‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 4 sur 103 · CHRONIQUES d'eKGUERKAND (i4i · texte numérisé non relu

CHRONIQUES d'eKGUERKAND (i4i

» émeute m*est faite par voire conseil ; et ne vous » en pouvez excuser , car gens de votre hôtel sont » les principaux. Si sachez sûrement qu'une fois w vous en repentirez , et n'ira pas toujours la be- » sogne ainsi à votre plaisir. » A quoi ledit duc de Bourgogne répondit , en soi excusant aucunement : « Monseigneur, vous vous informerez quand serez » refroidi de votre ire. »

Et adonc nonobstant les paroles dessusdites, furent emmenés tous ceux qui avoient été pris, et mis en diverses prisons ; et après allèrent quérir maître Raoul Bridoul , secrétaire du roi , lequel , ainsi qu'ils Temmenoient , fut féru par l'un d'iceux qui le hajoil, d'une hache en la tête, et un autre le boula en rivière de Seine, et fut là mort; et aussi occirent un tapissier moult riche et bien emparlé , nommé Martin d'Ave. Et si tuèrent un canonnier qui avoit été Orléanois, très exellent ouvrier de ce faire, lequel ils laissèrent tout nu deux jours devant Sainte-Catherine; et après contraignirent monseigneur d'Aquitaine à demeurer à l'hôtel de Saint-Pol avec le roi son père , et gardèrent curieusement les portes , afin qu'il ne s'en allât hors de ladite ville de Paris ; et disoient aucuns d'eux , qu'on le faisoit pour sa correction , car il étoit de jeune âge, et ne pouvoit souffrir êlre redarguéde quelque personne. Les autres assignoient plusieurs autres causes; entre lesquels l'une étoit, pource qu'il vouloit aller le premier jour de mai jouter au bois de Vincennes, et qu'il avoit mandé à messire

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Pierre des Essarts qu'il amenât six cents bassinets et les pajâtpour un mois , lequel mandement étoit jà exécuté ; et aussi que le duc d'Orléans et les autres de sa partie fàisoient grand' assemblée de gens d'armes, pour être avec ledit duc d'Aquitaine au jour dessusdit; dont le duc de Bourgogne et iceux Parisiens n'étoienl pas bien contents.

Et pour vrai, c'étoit piteuse chose de voir lors le règne desdites communes , et comment ils se conduisoient dedans Paris , tant envers le roi comme envers les autres seigneurs. Et derechef écrivirent , lesautres Parisiens, leurs lettres à plusieurs bonnes villes du royaume, contenant que ce qu'ils avoient fait étoit pour le bien du roi, requérant que si besoin leur étoit , le voulsissent conseiller, aider et conforter en toutes leurs aflfaires , et aussi que tous ensemble demeurassent à la fidélité et service du roi et de son aîné ; en après , afin que quelque congrégation ni asssemblée de gens d'armes ne fût faite par aucuns des seigneurs , fut fait un édit de par le roi à la requête d'iceux Parisiens, adressant à tous les baillis et sénéchaux du royaume, duquel la teneur s'ensuit :

« Charles, par la grâce de Dieu , roi de Ftv.nre , an bailli d'Amiens ou à son lieutenant , «alui :

» Comme es divisions et débats , qui naguères étbienten notre royaume^ nous et notre très cher premier fils duc d'Aquitaine , dauphin de Viennois, ayons tant labouré que Dieu donnant, ayons ordonné bonne paix être et demeurer en notre

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royaume ». laquelle , ceux de notre lignée , pour la plus grand' partie; on t fiance et promis à tenir icelle; eu oulreont promisde jiirer etle jurèrent enl retenir à leur pouvoir ; et ne loist (est permis) auéun faire quelque mandement ni assemblée de gens d'aroaes, sinon de notre exprèi» mandement. Nonobstant ce , avons-nous entendu qu'aucuns de. notre, sang et aucuns autres se préparent d'assembler gens d'armes et autres gens par manière de compagnies en plusieurs parties de notrerojautne, sansde ce avoir licence de notre partie ; laquelle chose est et pourroit être à notre très grand' charge , et s'en pour-» roient ensuivir plusieurs inconvénients , s'il n'v éloit brèvement pourvu de remède. Pour laquelle chose, nous vous mandons et expressément enjoignons , que de votre partie soit publié publiquement en tous les lieux public de votre bailliage ; en défendant de par nous et sur peine de confisquer corps et biens, que quelconque per-* sonne,' de quelque état qu'elle soit, soit baron, chevalier ou autre, ne voise (aille) en armes au mandement de quelque seigneur, sinon au mandement de nous ou de notre fils, ou de notre bienainié cousin le comte de Saint-Pol , connétable de France , ou autre notre commis.

M Et afin qu'il vous appère dece , nous vous envoyons nos lettres scellées de notre grand scel , en notre conseil. Et leur soit enjoint que toutefois et quantefois qu'ils seront mandés par nous ou par notredit fils, viennent. Et pourtant que nos très

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cbers oncle el cousin , c'està savoir lesdncsdeBeci» cl de Lorraine sont continuellement en notre sect vice, notre ifitention n est pasi que leurs vassauxrMiâ sujets ne puissent venir devers eux toutes et quaiilia^ fois qu'ils seront mandés , pour eux employerlén notre service* Et si aucuns de ladite baillie font le contraire^ nous voulons , et y par la teneur de çg» présentes vous mandons que vous les contraignez , par prise de corps et de biens , qu'ils soient, comme ils sont, tenus à leur souverain seigneur.

» Donné à Paris, le neuvième jour de m2|j> l'an de.grâce mil quatre, cpnt et treize, et de notre règne , le vingt-troisième. Ainsi signées parle roi , à la relation du conseil tenu par le duc d'Aquitaine, où étoient les ducs de Berri , de Lorraine et plusieurs autre .J. Millet.» ;,

Lequel mandement fut tantôt envoyé es \ie\\% accoutumés el publié. Et alors tous les Parisiens avoient fait une livrée de blancs chaperons , le^r quels ils portoient , afin qu'ils pussent mieux con^ noitreceux qui étoient de leur parti et alliance ; e^ mémement les firent porter h plusieurs princes et autres notables seigneurs , et aussi à plusieurs genç d'église ; et qui plus est , depuis^ les porta le roi ep propre personne ; laquelle besogne sembla être ^ plusieurs prud'hommes grand' dérision , attendu les détestables et cruelles manières qu'avoient tenues et encore tenoienticeux Parisiens, lesquelles n'étoient pas à tolérer ni à souffrir; toutefois ils étoient lors si puissants et si obstinés en leur mau-

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vaiseté , que les princes ne savoient pas bonnement y pourvoir. Toutefois iceux avoient grand' fiance et espérance, qu'ils seroient^sou tenus et aidés du duc de Bourgogne et de ceux de son parti , si besoin leur étoit.

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