CHAPITRE CXXVII
Comment) afirés la prise de Soissons , le roi s'en alla à Saint^aentiii, etpuis àPéronDe , pour entrer au pays d*Artois.
Apnis toutes lesbeso^nesdessusditeSy le roi> parut de Soissons, s'en alla en la ville deLaon , où il t grandement et joyeusement reçu du clergé, urgeois et habitants de la ville. Auquel lieu vint tôt devers lui, par sauf-conduit, Philippe comte IVevers, baron de Donzy, de lignée royale, e germain du duc de Bourgogne ; et fut logé es iburriers du roi en l'abbaye de Saint-Martin ^remontré. Et avoit été ledit de Nevers averti m de ses féables, que le roi devoit envoyer en mté de Rethel gens d'armes atout (avec) puis- , pour, par force d'armes, le saisir et mettre en \n. Et pour ce, lui venu à Laon , mit toutes 'gneuries qu'il avoit au royaume de France main du roi , requérant merci et pardon de ses offenses , promettant que désormais en 1 cette querelle ne feroit à son frère , duc de j-ne , aide en appert ni en couvert contre le souverain seigneur. Laquelle chose faite , r otage , pour accomplir et entretenir les tes promesses , le seigneur de Lor ' et
*oise de Ijore , qui fut depuis prévit de Paris*
224 GHRONigaBS d'engueerand (4i4)
aucanscle ses autres hommes féodaux ; et par ainsi s'en alla ledit duc de Nevers à Mézières sur Meuse, par la licence du roi.
En outre , le roi étant à Laon , refit publier noaveaux mandements par tout son royaume» afin d'avoir aide de ses chevaliers et autres, qui ont accoutumé d'eux armer; et le dixième jour de juin s'en alla en Thierasche , et de là à Ribemont^ et puis en sa ville de Saint-Quentin , auquel lieu vint devers lui la dame de Hainaut , sœur du duc de Bourgogne, à (avec) deux cents chevaux en moult noble arroi , pour traiter envers le roi et le duc d'Aquitaine , de la paix dudit de Bourgogne. Mais finablement quand le roi eut ouï son conseil, ladite dame ne put rien traiter de la paix de son frère. Pourquoi, après ce qu'elle eut pris congé du roi , se partil de Saint-Quentin et s'en alla par-dévers le duc de Bourbon ^ et Charles d'Albret, connétable de France, conduiseur de l'arrière -garde, auxquels elle prit congé. Et tant chevauchèrent en sa compagnie quatre des chevaliers du roi- pour la conduire , qu'elle trouva les Bourguignons , qui étoient environ deux cents bassinets venant au secours du duc de Bourgogne; desquels étoient capitaines messire Gautier de Rupes , les seigneurs de Montaigu et deThoulongeon, messire Guillaume de Champ-Divers , le Veau de Bar , bailli d'Auxois , et plusieurs qui étoient logés vers Marie , en tirant vers Hainaut : mais ce venu à la connoissance desdits chevaliers du roi , tantôt retournèrent à leur
miHi UB MOMS'l R£LET. 225
ost pour signifier la venue desdits Bourguignons , aâo qu'ils fussent combattus. Et incontinent le duc de Bourbon , le connétable et plusieurs autres capitaines, atout (avec) bien quatre mille combattants; hâtivement chevauchèrenl vers Hainaut par /a Chapelle , en Thîérascbe , tant conmie chevaux les pouvoient porter, pour atteindre et combattre esdiis BourguignonSé Lesquels ils poursuivirent isques au pont de Mie-Braj sur Teau deSambre , \sez près de Beau mont ; et là tuèrent et prirent aurns Bourguignons qui conduisoient le charroi ; ire lesquels fut pris le dessusdit Veau de Bar , m d'Auxois ; et de là suivirent lesdites gens du jusques vers Notre-Dame de Hal lesdits Bour- ^nons , lesquels s*en allèrent loger es faubourgs Bruxelles. Et iceux gens du roi, voyants qu'ils ou voient les atteindre, retournèrent parmi le de Hainaut, en prenant plusieurs biens et vides bonnes gens du pays , qui de ce rien ne tutoient, et vinrent jusques à Guise en Thiée ; auquel lieu ils trouvèrent le roi atout (avec) cercite , qui là étoit retourné pour combattre 55usdits Bourguignons ses ennemis. De lacfaevauchée nïoult déplut au duc Guillaume, de Hainaut y pour tant que son paysavoit été urragé et couru.
ôt après le roi retourna â Saint-Quentin , et
^guignons par-devers Audenarde s'en aïlë-
>ouai , où ils trouvèrent ledit* duc-de Biiur"-
duquel furent reçus, authentiquement ,
7XS DE MOMSTKILBT.— 7/7. l5
226 CHRONIQUES d'enGUBRRAND (i4i4)
comnae s'ils eussent été tous s<^s frères. Et vint ladite dame de Hainaut sa sœur, comme dit est , laquelle de toute sai force et pouvoir sa paix envers le roi procuroit , mais encore n*y avoit pu trouver aucun moyen.
^ En outre , le roi, de la ville de Saint-Quentin, avecques les princes, s*en all^ à Péronne, et se logea en son châtel ; et la fête de saint Pierre et de saint Paul , apôtres, solennellement en l'église de Saint-Quentin fort y solennisa ; et le lendemain d*icelle fête ladite dame de Hainant et son frère , le duc de Brabant, vinrent devers le roi audit lieu de Péronne pour la cause dessusdite. Lesquels royalement et grandement furent reçus , et puis firent au roi la requête pourquoi ils étoient venus.
Lie dimanche ensuivant; premier jour du mois de juillet , fît le duc de Guienne , à ladite dame et à son frèr^, un grand et noble diner, en lequel il les festoya très solennellement. Semblablement étoient venus , avecques ladite dame et son frère , aucuns des plu$ notal>les bourgeois , et des quatre métiers de Flandre verj^ le roi ^ pour les trois états dudit pays de Flandre , lesquels à grand' joie furent reçu^ ; et leur fit à leur département le roi donner par sage disposition cent marcs d'argent en vaisselle dorée, donticeux furent moult réjouis^ Mais finablement , ladite dame de Hainaut et son frère le dnc de Brabant ne purent pour cette fois traiter devers le roi la paix de leur frère le due de Bourgogne ; pour quoi> tristes et dolents^ à Douai
M) DE MONSTllELET. 227
vers iui s'ea retournèrent. Et lors ledit duc de
JBourgogneconelutavecques tous ses capitaines de
résister par iouies voies et manières contre ses en-
Demis, excepté seulement la personne du roi et
sonfilsleducd'Aquitaioe. En après icelui duc s'aii
retourna en son p$ijs de^iandre.