CHAPITRE CLI
Gomment le roi d'Angleterre entra dedans Harflenr ; des ordonnances qu'il y lit; du voyage qu'il entrepit à yenir à Calais, et du gov< yemement des Français.
Or est vrai qu'après le traité fait et conclu eatre Le roi d'Angleterre et ceux de la ville de Harfleur, comme dit est , et que les portes furent ouvertes » et ses commis entrés dedans, icelui roi> à entrer en la porte descendit de dessus son cheval , et se fit déchausser; et en tel état s'en alla jusques à l'église Saint-Martin , parrochiale ( paroisse ) d'icelle ville, et là fit son oraison très dévotement , en regrâciant son créateur de sa bonne fortune. Et après ce qu'il eut ce fait , fit prisonniers tous les nobles et gens de guerre qui étoient léans , et depuis, brel ensuivant, les faitineltre hors de la ville , grand' partie vêtus de leurs pourpoints tant seulement , moyennant qu'ils furent mis tous par nom et surnoms en écrit ; et jurèrent sur leur foi d'eux rendre prisonniers en la ville de Calais , dedans la Saint- Martin d'hiver prochain ensuivant. Et sur ce se
Philippe Morgan, ponr traiter d'une alliance avec loi* (yoje?5 Rymer , à Tannée i4i5.)
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partirent. Et pareillement furent mis prisonniers grand' partie des bourgeois de la ville ; et fallut qu'ils se rachetassent de grand' finance ; et avec ce, furent boutés dehors la plus grand' partie des femmes avec leurs enfants ; et leur bailioit-on au partir à chacune cinq sous > et une partie de leurs vêtements. Si étoit piteuse chose de voir les regrels que faisoient iceux habitants, délaissant ainsi leur ville avec leurs biens. En outre , furent licenciés tous les prêtres et gens d'église. Et quant est des biens qui là furent trouvés , il en j avoit sans nombre , lesquels demeurèrent audit roi ; et les fit dé* partir selon son bon plaisir. Toutefois deux tours qui étoient sur la mer moult fortes , se tinrent environ dix jours , depuis la rendition de la ville , et après se rendirent comme les autres.
En après ^ ledit roianglois envoya en Angleterre, par Calais , grand' partie de son ost^ menant par navire grands dépouilles de prisonniers et engins , en laquelle compagnie étoit principal capitaine son frère, le duc de Glarence, et le comte de Warwick. £t ledit roi fit réparer les murs et fossés de ladite ville de Harfleur , et puis y mit garnison de ses Anglois , cinq cents hommes d'armes et mille archers, desquels étoit capitaine) sire Jean-le^Blond' ,
1. Suivant HolliDgshed, le roi nomma le duc d'Eieter gouverneur d'Harfleur, et sir John Fastolfe lieutenant-goa- Temenr. Le duc de Glarence retourna en Angleterre , à
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chevalier, et avecqne ce y mit grand' provision de vivres et habillements de guerre.
Après, en la fin de quinze jours, se partît ledit roi de la ville de Harfleur , veuillant aller à Calais , accompagné de deux raille hommes d'armes et treize mille archers , ou environ , avecque grand nombre d'autres gens ; et s'en alla loger a Fauville , et ps lieux voisins. Après , en trépassant le pays de Caux , vint vers le comté d'Eu. Et fut vrai que les coureurs desdits Anglois vinrent devant la ville d'Eu , dedans laquelle étoient plusieurs François, qui saillirent à l'encontre d'eux , entre lesquels éloit un très vaillant homme d'armes, nommé Lancelot Pierres; lequel, courant contre un Anglois, de fer de lance fut féru par entre deux lames au travers du ventre , dont en la fin en mourut ; et depuis qu'il fut navré à mort , tua ledit Anglois. Pour laquelle mort du dessusdit Lancelot, furent le comte d'Eu et plusieurs autres François très ennuyés. Et de là, icelui roi d'Angleterre, trépassant le Vimeu, avoit volonté de passer la rivière de Somme à la Blanche-Tache , où jadis passa son aïeul Edouard , roi d'Angleterre , quand il gagna la bataille de Crécy , contre le roi Philippe-de- Valois' ; mais, pour tant que les François à grand'
cause de répidémie qai fat si funeste à Tarmëe devant Har> fleur.