CHAPITRE CL
Comment le roi de France fit grand' assemblée de gens d'armes par tout son royaume , pour résbter à l'cncontre du roi Henri , et des mandements qu'il envoya pour ce faire*
Après qu'il fut venu à la connoissance du roi de France, de ses princes et de son grand conseil, comment la ville de Harfleur étoit rendue en la main de son adversaire le roi d'Anglelerre , doutant que celui roi vouisît derechef faire autres entreprises sur son royaume, afin d*y résister, fit mander par tous ses pays la plus grand" puissance de gens d*armes qu'il put finer ; ^t pour ce faire , envoya à tous ses baillis et sénéchaux, ses mandements royaux contenant entre les autres choses , comment il avoit envoyé par avant ses ambassadeurs devers ledit roi d'Angleterre , en son pays , lui offrir sa fille en mariage avec terres et grands finances , pour venir à paix , laquelle il n'avoit pu trouver. Mais de fait icelui roi d'Angleterre l'étoit venu envahir en son pays elassiégerladite villede IJarfleur, et laconquerre , dont il étoit moult déplaisant; et pour ce , requéroit bien instamment à tous ses vassaux et sujets y que sans délai le voulsissent aller servir. ^
Et mêmement mandaen Picardie , par ses lettres
Chroviqdes de Monstrelet. — T» III, 2 1
322 CHRONIQUES d' BNGU E R R Â.N D (i4i^)
closes , aux seigneurs de Croy, de Waurin , de Fosseux , de Créqui^ de Helchin , de Brimeu , de Mammez, de la Viefville, de Beaufort, d'Inehj, de Noyelle , de Neuf ville et autres nobles , que incontinent le vinssent servir avec toute leur puissance , sur tant qu'ils douloient à encourir son indignation, et qu'ils allassent devers le duc d'Aquitaine son fils , lequel il avoit commis chef et capitaine général de tout son royaume. Lesquels seigneurs de Picardie délayèrent à y aller , pour ce que le duc de Bourgogne leur a voit mandé et écrit, et à tous ses sujets^ qu'ils fussent prêts pour aller avec lui quand il les manderoit ; et n'allassent à quelque mandement d'autre seigneur, de quelque état qu'il fût. Et pour ce que les dessusdits gens d'armes ne se bâtoient pas assez pour aller servir le roi , furent derecbef publiés nouveaux mandements , dont la teneur s'ensuit :
«Charles , par la grâce de Dieu , roi de France, au bailli d'Amiens ou à son lieutenant , salut.
»Commepar autres nos lettres nous vous eussions mandé faire commandement par proclamations et publications, par tout votre bailliage, à tous nobles et autres ayant puissance et coutume d'eux armer, et à tous autres gens de guerre et de trait, demeurant en votredit bailliage et es mettes d'icelui , qu'ils fussent appareillés, et venissent bâtivement devers nous et notre très cher et très aimé fils le duc d'Aquitaine, notre lieutenant et capitaine général ; car jà pieça que nous partîmes à aller contre
fi4i5) DE MOINSTRELET. SsS
notre adversaire d'Angleterre , qui adonc étoîl descendu en moult grand' puissance de gens d'armes et de trait, et maints habillements de guerre en notre pays de Normandie, auquel pays après ils se tinrent à îâége devant notre ville de Harfleur , laquelle , par négligence ou remanance ou retardement que vous et autres avez fait d'exécuter nosdites lettres , et par défaut de secours et aide, il convient que nos nobles et bons et loyaux sujets étant en icelle, nonobstant très grand* et très notable défense qu'ils firent , et que plus ne pouvoient résister à l'oppression et à la force desdits nos ennemis , rendirent à iceux la ville par violence ; et pour ce qu'il touche à chacun de nos sujets , la conservation et défense de notre domination , nous qui avons délibéré et du tout conclu de ravoir et recouvrer par puissance notredile ville , et combattre et débouter de notre royaume notredit adversaire et sa puissance , à sa grande confusion , à l'aide de Dieu et de la benoîte vierge Marie, et de nos bons, vrais, et Joyaux parents et sujets, desquels de présent nous requérons l'aide et secours ; vous mandons , et , le plus expressément que faire pouvons , enjoignons et commandons , en conimettant par ces présentes , que sur la foi et loyauté que nous devez , et sur tout ce que vous pouvez forfaire envers nous , que derechef, incontinent vues ces présentes, vous fessiez commandement à tous autres de votredit bailliage, à leurs personnes , à leurs hôtels et demi* , et à toutes gens qui ont accoutumé d'eux
524 CHRONIQUES d'en GU £RR AND (i4i^)
armer et servir guerre , et aux autres ajant puissance d'eux armer, par proclamations solennelles es bonnes villes et autres lieux èsquels en vôtredit bailliage on a accoutumé de faire proclamations , tan t et si sou ven t qu 'aucu n ne puisse prétendre ig^norance, que sur peine d'être réputé pourinobédien ts, et de forfaire corps et biens, iceux, incontinent après lesdites proclamations > publications et commandemenls, viennent armés etsuffisamment habillés; et iceux qui ne pourroient venir pour trop grand' vieillesse , débilité , infirmité ou jeunesse , qu'ils envoient personnes suffisants , armés et habillés chacun selon sa puissance , devers nous et notredit fils ; et à ce faire vous les contraignez par la caption de leurs biens , en mettant en leurs maisons mangeurs à leurs dépens , et par toutes autres voies et manières qu'en tels cas est accoutumé de faire, pour nous aider à combattre notredit adversaire et sa puissance, et à débouter hors de notredit royaume, à sa grand* confusion , comme dit est.
» Et néanmoins , ces choses signifiées aux bourgeois et habitants des bonnes villes de votre bailliage , en commandant à iceux et requérant de par nous , que tous les engins , canons et artilleries qu'ils ont , et dont maintenant ils n'ont point besoin, ils ,sans délai, envoient pour nous aider en ce que dit est; lesquels nous leur ferons rendre et restituer ; et en ce vous procédez par si grand' diligence^ , que par vous plus nuls inconvénients n'en puissent ensuivre , à nous, à notre domina-
(i4«5), I>E MONSTUBLBT. 32S^
tion et sujets. Sachant que si aucunes choses par votre défaut s^ensuivoient , que Dieu ne veuille ! nous de ce vous ferions si grièvement punir , que ce seroit exemple à tous autres. Mandons et commandons à tous nos justiciers , officiers et sujets , qu'à vous et à vos commis en cette partie obéissent' et entendent diligemment; et de la réception de ces présentes renvoyez certification à nos amés et loyaux les gens de nos comptes à Paris , pour valoir en temps et en lieu.
» Donné à Meulan , le vingtième jour du mois de septembre , l'an de grâce mil quatre cent et quinze , et de notre règne le trente-six.
» Ainsi signé par le roi et son conseil. » Après lequelmandementpubliéàParis, Amiens , et autres lieux du royaume , le roi envoya devers les ducs d'Orléans et de Bourgogne, ses ambassadeurs , eux requerre bien acertes , que chacun d'eux lui voulsît envoyer cinq cents bassinets. Ledit duc d'Orléans fut content d'envoyer; mais depuis y alla lui-même avec toute sa puissance. Et le duc de Bourgogne fit réponse que point n'y envers roitses gens , mais iroit en propre personne avec tous ceux de ses pays servir le roi ; néanmoins par aucune attargation (retard)qui survint entre eux, n'y alla pas * , mais grand' partie de ses gens se mirent sus et y allèrent.