CHAPITRE CLVIL
Comment le roi de France et autres princes eurent grand' tristesse pour la perte de la journée d'Azincourt; comment le duc Jean de Bourgogne assembla grand' armée pour venir à Paris , et comment Louis y roi de Sicile j^ s'en alla.
Apabs que les nouvelles furent portées à Rouen devers le roi de France, de la douloureuse aventure et perte de ses gens^ ne faut pas douter que lui et
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les autres princesn 'eussent au cœur grand' tristesse; néanmoins, dedans certains brefs jours ensuivant, en ]a présence du roi Louis, des ducs d'Aquitaine, de Berri et de Bretagne , du comte de Ponthîeu son aine fils , et plusieurs antres de son grand conseil , constitua et établit le comte d'Armagnac connétable de France , et manda icelui hâtivement au pays de Languedoc à venir devers lui.
Et entre temps, le duc Jean étant en son pajsde Bourgogne, lui furent portées nouvelles de la perle des François, pourquoi, pareillement que les autres princes, il en fut très dolent et déplaisant, par espécial de ses deux frères , c'est à savoir le duc de Brabant et le comte de Nevers ; mais, nonobstant ce , sans délai se prépara à venir vers Paris , atout (avec) grand' puissance de gens d'armes. Et pour tant que les nouvelles en allèrent jnsques au roi de France et à ses princes , se hâtèrent de retourner audit lieu de Paris , et y vint le roi et les dessusdits seigneurs trois jours devant la Sainte-Catherine. Si éloit en la compagnie dudit due de Bourgogne le duc de Lorraine, et dix mille chevaucheurs; pourquoi les Parisiens, doutant ledit duc de Bourgog^ne, envoyèrent leurs ambassadeurs solennels à Melun, devers la reine de France , qui là étoit malade ; laquelle de là se fit porter par plusieurs hommes de pied audit lieu de Paris , et là se logea à l'hôtel d!Orléans avec la duchesse d'Aquitaine, fille audit duc de Boui^ogne.
Et est vrai qn'iceux Parisiens , et aucuns officiers
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(lu roi qui avoient été favorables à la partie d'Or-^. léaos contre ledit duc dé Bourgog'ne , comme dit est , le doutèrent très fort , pource qu'il avoit en sa compagnie plusieurs de ceux qui avoient été ban-* nis et enchâssés de ladite ville de Paris , c'est à sa*voir messire Elion de JacqueviUe , messirePiobinet de Mailly , maître Eustache de Lactre y maître Jean de Trojes , Caboche , Denisot de Ghaumont , Gar* not de Saint-Ion, et plusieurs autres; et pourtant traitèrent vers le roi et le duc d'Aquitaine , que messire Clignet de Brabant, le sire dé Barbasau el le sire de Bocqueaux furent mandés à venir, audit lieu de Paris atout ( avec ) grand nombre de gens d'armes, pour la garde et résistanced'icelle, et aussi pour accompagner ledit duc d'Aquitaine;, et avçc ce fut mandé derechef le comte d'Annagmac, qu'il vînt à Paris le plus bref que faire se pouvoit, atout la plus grand' puissance de gens d'armes qu'il pourroit finer.
Le dessusdit duc Jean , venant de Bourgogne > passa par Troyeset Provins, et s'en vint à Meaux* en Brie; auquel lieu on lui refusa l'entrée , par \é con>mandement du duc d'Aquitaine et du conseil du roi, qui leur avoit écrit que pas ne le missent dedans, dont il ne fut pas bien content; et pour tant s'en alla à Lagny-»-sur-Mari*e , et se logea dédains la ville, et ses gens sur le plat pays, qui de ce fut moult travaillé*
Et d'autre partie , se mirent sus plusieurs capi> laines à grand' puissance au pays de Pic^ardié ^