‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 76 sur 103 · CHAPITRE CLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLIX

Comment le duc de Bretagne yint à Paris et pourquoi ; dn partement du duc de Bourgogne de Lagny-sur-Marne , et de la prise de messire llartelet du Mesnii et de Ferry de Mailly.

En ces propres jours^ Jean doc de Bretagne alla à Paris pour traiter devers le roi, que le duc de Bourgogne pût aller devers lui atout (avec) sa puissance , laquelle chose il ne put impétrer ; et pourtant s'en retourna assez tôt après en Bretagne. Mais devant son partement se corrouça moult fort à messire Taneguy du Chastel , prévôt de Paris , qui lui dit plusieurs injures, pour ce qu'il avoit fait mettre en prison en Châtelet le ministre des Mathurins y docteur en théologie , lequel avoit fait devant ledit prévôt et peuple de Paris , une proposition de par le duc de Bourgogne. Et bref ensuivant ledit prévôt le délivra franc et quitte.

En outre, ledit duc de Bourgogne, après qu'il eût été bien dix semaines en la ville de Lagn j-sur- Marne, voyant que par nul moyen ne pouvoit im-

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pélrer dévers le roi ni son conseil d'entrer dedans Paris, sinon à son sinlple état, se partit delà, allant à Dampmartin , et puis vers Reims ; et de là par Laonnois, Thiérasche et Cambrésis ; et vint en la ville de Douai , et de là à Lille. Et toujours durant ce temps avoit très grand nombre de gens d'armes sur les champs, desquels lé pauvre peuple étoit moult fort oppressé. Toutefois à son parlement de Lagny fut poursuivi par aucuns soudojers du roi, lesquels vers le pont à Vaire prirent et occirent de ses gens, dont grandement fut mal content. Et pour sa longue demeure dedans icelle ville de Lagny , les Parisiens et autres gouverneurs du roi le nommoient , en commun langage , Jean de Lagny.

Et après, quand il fut retourné , cotnme dit est, en la ville de Lille , aucun peu de temps ensuivant, s'en alla en Brabant visiter ses deux neveux , c'est à savoir Jean et Philippe, fils au duc Antoine de Brabant. Et lors prit avec lui Philippe le mainsné^ et mit un confimis qui gouverna toute la terre , et institua officiers , c'esl à savoir es comtés de Ligny et de Saint-Pol , et toutes les autres appartenances qui furent jadis au comte Waleran de Saint-Pol, layon (aïeul) des dessusdits enfants. Et de là retourna en Flandre, et ordonna au seigneur dé Fosseux, capitaine de Picardie, à faire relraire ( retirer) tous ses capitaines , et leurs gens d'armes, hors de ses pays d'Artois et des mettes environ.

Et pource que les aucuns travailloient moult fort

CnnoHiQur-s de Mohstrclbt. — T. III* 2 4

070 CHHONIQUBS d' E N G U E R A.N D. (»4»*)

Ies]>ays<luroiy le vingt -quatrième jour de janvier, par npit , Remonnet de la Guerre , le prévôt de Gompiégne, et le seigneur des Bosqueaux , gouverneur de Valois, par le commandement du roi et son conseil, assemblèrent secrètement grand nombre de gens d'armes, et seférirentau logis messireMarlelel du Mesnil et Ferry de Maill j , qui étôient logés aa pays de Santerre , en aucuns villages , atout (avec) bien six cenls hommes de plusieurs terres assemblés , et faisant grands dérisions sur le plat pays. Lesquels^ par les dessusdits, furent tous morts, pris ou détroussés, sinon ceux qui échappèrent par fuite. Et furent lesdits messire Marteiet et Ferrj de Mailly pris prisonniers, et emmenés à Conipiégne. Toutefois ; le jour de la Purification Notre- Dame, ledit messire Marteiet, et quatre autres gentilshommes, après ce qu'ils eurent étéquestionnés par les officiers du roi, furent traînés et puis pendus au gibet de Gompiégne; et depuis ledit Ferry de Mailly , par le moyen d'aucuns de ses amis , fut mis à pleine délivrance.

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