CHAPITRE CLVIII
Comment les Parisiens et ceux de l'uniyersîtë allèrent deyers le due d'Aquitaine et autres princes, proposer aucunes besognes; et de la mort d'icelui duc d'Aquitaine.
Or estainsiqueles Parisiens, principalement ceux de l'université , voyant de jouren jourque plusieurs maux et divisions se mulliplioient enlre les seigneurs du sang royal, et ceux de leurconseil, Tun contreTautre, à la grand' destruction du royaume et du pauvre peuple, allèrent un certain jour en grand' multitude devers le duc d'Aquitaine^
366 GHRONIQUBS d' E PrOlf Êfi R AND (i4iS)
OÙ étoit présent le duc deBerrietle comle de Pontliieu , avec plusieurs autres grands seigneurs et gens d'église , demandant audience de parler ; laquelle obtenue, le premier président en parlement commença le thème qui s'ensuit. Domine^ saha nos qui perimus : c'est-à-dire , Sire , sa<ive-nous , car nous périssons ; et est écrit au chapitre de saint Mathieu ; lequel clairement il exposa , en touchant sagement et éloquentement plusieurs conclusions , et déclarant plusieurs malfaiteurs du royaume , troublant et empêchant , et de fait opprimant le pauvre peuple*
Après la fin de laquelle proposition , ledit duc d'Aquitaine promptement jura , en parole de fils de roi, que dorénavant les malfaiteurs du royaume, de quelque état qu'ils fussent, seroient punis selon leur démérites , et que justice seroit réparée et gardée, et le clergé et le peuple seroient tenus en paix. Après laquelle réponse se partirent très cantents du duc d'Aquitaine les dessusdits; mais à bref dire, sa parole ni son intention ne purent pas venir à effet , car assez bref ensuivant il accoucha malade de fièvres , dont il mourut le dix - huitième jour de décembre ' en l'hôtel de Bourbon,
I. 11 était âgé de 21 ans. Les chronîqaes le représentent comme aimant beaucoup à jouer de la harpe et de Fépinette, tenant table jusqu^à minuit, et passant la moitié du jour au lit. // apalt bon entendement tant en latin qiHcn fran-
(i4i^) DB MONSTaELET. Z6y
Pour la mort duquel furent faits pleurs et lamentations de plusieurs seigneurs et autres ses serviteurs ; et fut aucune renommée qu'il avoit été empoisonné. Si fut gardé en un serons ( cercueil) de plomb audit hôtel , par quatre jours; et là vinrent tous les collèges de Paris prier pour lui, et d^uis fut porté à Saint-Denis , et enterré assez près des royaux.
En après, huit jours ensuivanl; , le comte d'Ar* magnac , mandé de par le roi, entra à Paris à recevoir l'office de connétable et l'épée de la main du roi, en faisant le serment solennel, comme il est de coutume. Et le remercia humblement le roi du grand honneur qu'il lui faisoit. Et étoit ledit comte d'Armagnac accompagné , à compter ceux de Paris , bien de six mille combattants. Et tantôt envoya Remonnet de la Guerre avec quatre cents bassinets en la ville de Saint-Denis, en garnison , pour résister contre les gens dudit duc de Bourgogne; et pareillement es autres lieux sur Seine et ailleurs fit rompre tous ponts et passages. Et âdonc Jean de Corsay, natif de Berri , fut de par le roi ordonné maître des arbalétriers de France , et messire Thomas de Hersis bailli de Vermandois , et le sire de Humbercourt bailli d'Amiens,
çaîs, disent les registres an parlement , mais employait peu, Car sa condition était Remployer la nuit h veiller et peu/aire , et le jour à dormir. (Preuves de l'hisl. de Paris, t. it. , p. 56o) .
568 GHaORIQUES d'eNGUERRAND (i4t5)
raessire Pierre d'Aunay , natif de la Rochelle , bailli de Sentis y inessire Mansardd'Esne, bailli de Vitry , messire Brunel de Bouves bailli de Tournai; et pareillement par le roi dessusdit furent faits plusieurs nouveaux officiers.