CHAPITRE CLXI
Connnent une grande taille fat mise sus par les gouyerneurs du roi, dont les Parisiens furent mal contents , et autres besogiies qui sourdirent à cette cause.
DuK ANT lequel temps, après le partementde Tenir pereûr , fut mise sus une grand' taille , par tout le royaume de France , de ceux qui gouvernoient le roi : c'est à savoir la reine , le roi de Sicile , le duc de Berri et aucuns autres. Pour laquelle le peuple, et par espécial ceux de Paris, qui étôient favorables au duc de Bourgogne, furent fort troublés contre lesdits seigneurs ; car avecque ledit duc de Bourgogne avoit en icelle ville plusieursde son alKance, qui chacun jour machinoient et traitoient secrèlemenl qu'il pût retourner devers le roi et avoir le gouvernement du royaume. Et afin d'accomplir leur intention, lui avoient fait à savoir qu'il envoyât couvertement aucuns de ses gentilshommes dedans Paris , bien instruits et de grand' prudence, auxquels ils se pussent rallier et avoir conseil si
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J>esoin leur étoit. Laquelle requête il accomplit ; et eovoja messire Jennet de Poix , Jacques de Fosseux , le seigneur de Saint-Léger , Binet d*Anfleu et aucuns autres, lesquels portèrent plu* sieurs lettres de crédence signées de la main dudit duc^ adressants à ceux qu'on sa voit qui aimoient son parti. Et en conclusion , ou conlempt (dédain), et sous la couleur de la taille et haine dessusdite , firent iceux Parisiens, conclurent et jurèrent conspiration centre eux. Et avoient intention que le jour du grand vendredi, après dîner, tous ensemble prendroientceuxàeux contraires , et premièrement le prévôt de Paris ; et s'il n'étoit à eux consentant, comme juge, ils Tocciroient , prendroient le roi et le mettroienl en chartre ; et après il le mettroientà mort, la reine , le chancelier de France et autres sans nombre , avecque la reine de Sicile; en outre, vétiroient de vieils et honteux habits le roi de Sicile et le duc de Berri , et leur feroient rere (raser) leurs chefs , et mener par la ville de Paris sur deux ords (sales) tombereaux, et après ce les feroient mourir. Toutefois ce fut altargé ( retardé) à faire cette fois h ce jour paraucunsd'iceux, disants que plusieurs adonc pourroient échapper, étants en leurs dévotions par dehors etdedans Paris, et plusieurs seroien t es collèges à ce jour pour cause de confession , et autres seroien t en pèlerinage , et ainsi à ce jour on ne les pourroit tous trouver à leurs maisons ; mais mieux vaudroit ce faire le jour de Pâques , après dîner.
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