‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 79 sur 103 · CHAPITRE CLXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXV

Copie des mandements royaux que le roi de France enyoya en plusieurs places de son royaume , à cause des maux et pillages que les gens du ducdeBourg[ogne y faisoient.

« Charles , par la grâce de Dieu , roi de France, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

» La préexcellence et hautesse royale, à laquelle le très haut Tout-Puissant , et le souverain roi des rois notre créateur Jésus*Christ, par digne grâce et clémence, nous a élu et appelé en nous laissant et baillant le régime de ce très renommé et très noble royaume de France , h quoi nous sommes tenu et , obligé par le sceptre de la verge royale , il appartient diligemment à la paix entendre de jour et de nuit , en avisant et imaginant toutes voies et manières possibles , par lesquelles nosdits sujets puissent obtenir paix et sûreté en notre temps ; et les séditieux et Iroubleurs de paix être séparés des paisibles, et demeurer sous notre régime en paix, etvivreenbonne justice, et c'est ce à quoi nous, de tout notre cœur, (toujours) tous dis avons entendu et entendons.

» Et comme il est venu à notre connoissance, par la relation des gens de notre conseil et des autres dignes de foi , tant par complaintes misérables et clameurs douloureuses de plusieurs de notredît

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Harflear ; lequel connétable, sans Jéhii, envoya Reniorinet de la Guerre , accompagné de huit cents hommes , aux seigneurs à Paris , et traita trêves un mois aveojues les Anglois de Harfleur, depuis le cinquième jour de mai i«usque au second jour de juin.

Le samedi, second jour de mai, furent amenés devant les halles les dessus nommés prisonniers , où ils furent décolés comme traîtres; mais ledit Aimé rie d'Orgemont, comme homme d'église, parTordoniiance du grand conseil du ^oi, fut rendu par le prévôt de Paris aux doyen et chapitre de Noire-Dame de Paris, à faire son procès et condamnation ; lesquels prestement firent son procès, condamnant icelui perdurablement au pain el à Teau , en charlre,

El après les trêves faites, ledit connétable vint à Paris , accompagné de trois cents hommes d'armes : et adonc lui , accompagné' d'hommes d'armes sans nombre , et le prévôt de Paris , prirent toutes les chaînes de fer par Paris , et furent menées à la bastille Saint- Antoine ; et pareillement ôtèrent à ceux de Paris leurs armures.

Et adonc vint à Paris Louis Bourdon , accompag-né de deux cents hommes d'armes , el après vinrent Cligne t de Brabant et le seigneur de Bosqueaux , gouverneur de Valois , en grand nombre. Si furent lors ceux qu'on senloit favorables au duc de Bourgogne en grand' perplexité en icelle ville de Paris. Et par espécial, ceux qu'on trouva cou*

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Jean de Tournai , capitaine de Ghamplot , Puise- Tin d'Auxerrois, Charles Labbe , le bâtard O)gnart de TAuxerrois , le bâtard de Launois, Guinis, Rousselet, batelier y Philippot Vexis de Sens , Etienne Guiart de Sens, Simon le vigneron, de Joisgny , Etienne de la Croix , le fils du petit Hotellier en Sens , Collin de l'Hôpital , le bâtard de Cbaullaj, le bâtard Guignart, trois frères du moine de Coulanges-sur- Yonne, Jean de Duilly , Chariot de Duillj , et u ne- compagnie de hausselaires, qui se nomment les Begeaux, acompagnés de plusieurs séditieux et parlroubleurs de paix. Desquels aucuns pour leurs péchés perpétrés furent bannis par notre justice de notre royaume, accompagnés aussi de plusieurs autres de perdition. Lesquels, contre notre volonté , ont assemblé gens de mauvaise volonté et de perverse condition , et s'assemblent de jour en jour en très grand nombre, en courant et chevauchant par notredit royaume, envahissant par force et de fait, tant par assauts comme autres voies subtiles, plusieurs villes et châteaux, appartenant tant à nous comme à nos vassaux nobles et gens d'église de notredit royaume, pillant de tout en tout iceux et icelles ; et qui plus est, comme meurtriers, accoutumés en leur faux et pervers cœurs, éjouis^ sant d'effusion de sang, ont meurtri et occisent, noient et mettent à mort de jour en jour les pauvres et simples gens, laboureurs, marchands, bourgeois, et autres nos sujets demeurant et habitant èsdites villes et châteaux , quin'y pensoienl ni n'y pensent à nul mal.

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» Et encore qui plus est à émerveiller , et que nous n'eussions pas cru si nous n'eussions par expérience vu le contraire , c'est à savoir qu'ils sont venus et approchés en chevauchant plusieurs fois, eniprèsetentour de notre bonne ville de Paris et cilé de notredit royaume, en laquelle est notre principal siège de la justice d'icelui, quérant temps et opportunité d'entrer en icelle par fraude , afin de mettre icelle à pilleries , occisions et rédemptions (rançons) ; et tout en la manière que dit est ; et espécialement en une certaine nuit naguère passée, par très grande et folle entreprise.

'* Et en continuant ces choses vinrent à grand' force et puissance d'armes devant les portes de notredite ville de Paris; et sachant que nous, notre très chère compagne la reine , et notre fils le duc de Touraine , et autres de noire sang étions personnellement en icelle , cuidèrent et s'efforcèrent d'entrer larcineusement en icelle, et tout à la fin et intention dessusdite , dont, si le cas fui advenu, qui ne plût pas à notre créateur ! se fussent ensuivis larcins , occisions , corruptions d'églises , efforcemenls de femmes , et autres maux infinis , et non réparables; de quoi vraiment se fut ensuivie / annulation et corruption de notredite ville; conséquemment désolation et totale destruction de notredit royaume.

» Nous, reconnoissant iceux être nos sujets à nous obligés naturellement , comme à leur vrai et naturel seigneur , et à la défense de notredit

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royaume y el non à la persécution et destruction d'icelui ; dont il est à tenir sans doule, que plus légèrement et plus hardiment ils envahiroient les autres bonnes villes et cités fermées , el villes champêtres et châteaux de notredit royaume à prendre et piller icelles ; et qu'il soit ainsi apparu assez par évidence de fait ; car quand ils virent qu'ils tie purent entrer en notredite ville de Paris , comme tous forcenés pour leur faute , ils allèrent droit en la ville de Beaumout-sur-Oise , appartenant à notre très cher et aimé fils et neveu le duc d'Orléans , prisonnier en Angleterre; et en allant à icelle ils prirent chevaux , dépouillèrent marchands et autres gens et prirent prisonniers. Après ce ils prirent par force et violence, ladite ville, et le châtel pillèrent el occirent cruellement , noyèrent plusieurs en eaux, et en grand' quantité; et pareillement pi^irent et pillèrent la ville de Nesle en Vermandois. Et ainsi avoient fait par avant en notre ville de Chablis, et au châtel de Néant , appartenant aux religieux de la Charité sur Loire , avec plusieurs villes , châteaux et villes champêtres; en outre prenant par force femmes mariées, pucelles , veuves, et autres non mariées, violant icelles , comme si c'étoient bêtes mues , ce prenant el pillant églises , monastères , et autres lieux sacrés , dont nous recevons de jour en jour, et avons reçu plusieurs requêtes et clameurs moult lamentables. Lesquels maux ne voudroient ni pourroient plus faire nos anciens ennemis les Anglois;

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iceux dessus noramés obstinés en péchés, font et commettent sans cesser les maux dessusdits , rendant et démontrant eux rebelles et inobédients à nous et à notre domination , en dépitant nous , et nosdits commandements , et commettant port d'armes et crime de lèse-majesté , et autres grands et détestables délits , crimes et malfaits dignes de toute punition possible , et indignes de toute grâce et rémissions ; mêmement de ce qu'ils n'ont notre souveraineté et domination en cremeur, (crainte) ni en révérence. Sur lesquelles choses, après aucunes lamentables supplications et requêtes , que nous font de jour en jour plusieurs de nos vassaux et sujets, qui de ce se sont à nous complaints et dolus, et encore complaignent chacun jour, en requérant à Dieu notre créateur et à nous vengeance et punition de juste sang et innocent si cruellement épandu.

» Nous qui par les faits et œuvres dessusdites autre chose imaginer ni penser ne pouvons , fors tant seulement la subversion, destruction et perdition de notredit royaume et domination , à quoi , comme nous croyons et tenons , les dessus nonimés ontcontendu, avons fait assembler plu* sieurs de notre sang, de notre grand conseil , et de notre parlement , que autres seigneurs , barons, nobles et autres de notredit royaume, afin d'aviser et délibérer les voies et manières comment nous es choses dessusdites pourrons pourvoir, el remédier par avis et délibération, Des-

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quelles 9 après plusieurs voies et autres manières en ce cas ouvertes et avisées, nous, qui plus ne pouvons souffrir les cruautés et autres maux dessusdits „ ni trépasser sous dissimulation » afin qu'au dernier jour du jugement divin ne soit pas à nous reconnu le sang juste cruellement épandu, et que de tout notre cœur, entre les autres charges et sollicitudes que nous avons pour notredit royaume et domination entretenir, toudis (toujours ) avons désiré et désirons bonne paix et tranquillité être en notredit royaume et nosdits sujets , avec leurs biens demeurer en paix et tranquillité :

» Nous faisons savoir à tous que tous ceux dessus nommés avec leurs adhérents^ alliés , complices el récepteurs, nous avons déclaré, et par ces présentes nous déclarons être nos ennemis, rebelles et inobédients , et comme tels nous les avons tenus et réputés , et par ces présentes nous les tenons et réputons. Et pourceque de présent nous viennent grandes occupations tous les jours pour roccasion de la guerre que nous avons contre nos adversaires de notredit royaume et ennemis d'Angleterre , en laquelle plusieurs nobles , et autres de notredit royaume sont occupés, nous ne pouvons entendre à bouler hors iceux de notredit royaume, nous , iceux dessus nommés , avec tous leurs alliés, adhérents et complices, qui sont et seront trouvés avec eux et en leur compagnie, avec tons leurs biens, quelconques que ils soient, et là où on

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les pourra trou ver et savoir, avons abandon né, et par ces présentes abandonnons, donnons licence et autorité à nos vrais sujets et obédients de quelque état, condition ou autorité qu'ils soient, d'iceux envahir par voie de fait, de prendre, de saisir et d'arrêter tant par armes que sans armes, avec tous leurs biens, et d'occire iceux s'ils se défendent, sans ce que pour cette cause ils soient pris, emprisonnés ou autrement arrêtés , ni mis en procès ordinaires, par quelconque^ justiciers ou officiers de nolredit royaume, elsanscequ'il leur soit nécessite d'avoir sur ce grâce ou rémission aucune. Si donnons en mandement au bailli d*Amiens , ou à son lieutenant, par notre présente ordonnance, qu'il fasse crier solennellement deuxou trois fois chacune semaine, haut au son delà trompette, et publier en toutes les bonnes villes et ressorts d'icelles, en Souffrant tous nos sujets et obédients envahir les dessusdits par voie de fait, prendre, saisir et arrêter avec tous leurs biens , et occire iceux si besoin est , sans faire détourbier ou empêchement, en corps ou en biens. Mais du contraire , si aucun détourbier ou empêchement étoit fait pour cette cause en leurs personnes , ou en leurs biens, qu'ils se fassent mettre à pleine délivrance, et que es choses dessusdites, et circonstances, et dépendances d'icelles, ils entendent diligemment, tellement que par leur négligence aucuns inconvénients ne s'en puissent ensuivir au préjudice de nous et de notredit royaume et domination. Auxquels aussi mandons

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qu'ils fassent ajouter foi à la copie et transcrit de ces présentes es lieux où elles ne peuvent être portées ; et ain6i le voulons comofie h Toriginal foi être ajoutée.

» En témoin de ce , nous avons mis en ces présentes notre scel. Donné à Paris le trentième jour d*août, Tan de grâce mil quatre cents et seize, et de notre règne le trente-sixième.

» Ainsi signées par le roi , à la relation de son grand conseil. Fbrron. »

Lesquelles lettres furent solennellement publiées en la ville d'Amiens , environ le douzième jour de septembre, et puis furent envoyées à tous les prévôts du bailliage d'Amiens , à publier es lieux de leursdiles prévôtés. Mais pour le doute et cremeur (crainte) dudit duc de Bourgogne lesdils prévôts , c'est à savoir de Beauquesne, de Montreuil, de Saint- Requier et de Dourlans, ne l'osèrent publier fors tant seulement une fois en leurs plaids , où étoient peu de gens.

Et tôt après, Remonnet de la Guerre fut envojé de par le roi et de par le connétable , à Nojon et à Nesle , pour défendre le pays avec messire Thomas de Hersies , bailli de Vermandois , contre les gens du dessusdit duc de Bourgogne. Si commença lors la guerre à êtredu tout ouverte et émue entreicelles parties sur les marches dessusdites, et en divers autres lieux au royaume de France. Et pour vrai, quand les gens du roi pouvoient prendre ni atteindre aucuns des gens d'icelui duc, peu en échap

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poient^ fussent nobles ou autres, qu'on ne les fît mourirpar justice. Et par especial ceux quichéoien t es mains des officiers de Noyon et des gouverneurs d'icelles, étoient exécutés sans miséricorde; et tant qu'aucuns arbres assez près d'icelle ville en étoient merveilleusement chargés et hourdés.

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