‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 4)Chapitre 85 sur 103 · CHAPITRE CLXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXVII

Comment les rois d'Allemagne et d'Angleterre vinrent à Calais , auquel lieu alla le duc Jean de Bourgogne vers eux 5 et des besognes qui s'y firent.

En outre , environ la Saint-Remj de cet an mil quatre cents et seize , vinrent d'Angleterre à Calais les rois d'Allemagne et d'Angleterre, accompagnés de grand' seigneurie ; auquel lieu de Calais alla de vers eux le duc de Bourgogne, et fut d'iceux recr . très honorablement ; et le duc de Glocestre, frère diiditroi, vint à Saint-Omer tenir otage au lieu du duc de Bourgogne, et là par le comte de Charrolois fut icelui grandement reçu, et aussi par autres grands seigneurs, qui à ce étoient commis. Toutefois ledit comte de Charrolois alla le lendemain voir le duc de Glocestre à son hôtel , pour lui complaire et faire compagnie , accompagné d'aucuns seigneurs de son conseil. Mais quand il vint à la chambre dudit duc, icelui ayant l'épaule tournée vers lui, parlant à aucun de ses gens, point ne se prépara de faire révérence à icelui comte, comme il appartenoit , et encore ce qu'il en fit fut en bref disant : «< Bien venant soyez, beau cousin^ v sans venir à rencontre de lui. Ainçois (mais) parla grand espace aux dessusdits Anglois. Si n'en fut ledit

ChROHIQCES de MOKitTRELET. — T, III, oQ

comte de Cbarrolois , nonobstant sa jeunesse , pas bien content, combien que pour le présent n'en montrât nul semblant.

En après, ledit duc de Bourgogne étant à Calais, fut très instamment requis du roi d'Angleterre, qu'il se voulsit déporter (dispenser) de être en aide au roi de France à l'encoiilre de lui , par condition qu'il partiroit (parliciperoit) à aucunes des conquêtes qu'il feroit en France; et avecque ce ledit rt)i d'Angleterre lui promettoit de rien en Ireprendre sur toutes ses seigneuries , ni de ses alliés et bienveillants. Laquelle requête ne lui fut pas accordée par ledit duc ; mais les trêves qui par avant avoient accordées entre eux , furent ralongces jusques à la Saint-Michel , l'an mille quatre cent et dix neuf. Et avec ce , comme je fus iuformé , releva ledit duc de Bourgogne et fit hommage des ses comtés de Bourgogne et d'Alost audit roi d'Allemagne. Et après qu'il eut séjourné en ladite ville de Calais par neuf jours , et besogné ce pourquoi il y étoit allé , prenant congé au dessusdit roi, s'en retourna à Saint^Omer; et pareillement s'en alla ledit duc de Glocestre audit lieu de Calais. Pour lequel voyage ainsi fait par le duc de Bourgogne, fut le roi de Frattce et ceux qui le gouvernoient moult émerveillés ; et lenoienl véritablement qu'icelui duc se fût du tout allié avec le roi d'Angleterre au préjudice dudit roi de France et de sa seigneurie.

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