CHAPITRE PREMIER
Comment et pour quelle caate Philippe , dac de Bourgogne , de Braisant, de Lothiers, de Lembourg et de Luxembourg, comte de Flandres , etc. , requitt aux quatre membres de Flandres certaine impontion sur le sel, qui fust la cause pourquoi la guerre sourdit d'icelui duc contre les Gantois
En Fan de rincarnalion de Nostre Seigneur mil quatre cent cinquante et ung, Philippe, duc de Bourgogne, deBraband, de Lotrich, deLeûibourg
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et de Luxembourg", comte de Flandres, d'Artois, de Bourgogne , de Haynault , de Hollande et de Zélande , seigneur de Frise , de Salins , de Malines , possessant des pays de" Picardie, Vermandois, Ponthieu , Boullenois eit autres pays , en l'âge de cinquante quatre ans, ou environ, assembla les quatre membres fie Flandres. Et pour donner à entendre que c'est des quatre membres de Flandres, vrai est qu'en la comté de Flandres a plusieurs grosses villes et villaiges, avecq plusieurs villes fermées qui ne sont point si grandes comme Bruges ou Gand ; et est ceste comté divisée en quatre membres , desquels le premier est la ville de Gand , qui est l'une des plus fortes et grosses villes de par decha les monts , fort peuplée de gens et de grand circuit, et icelle ville se comprend tout le pays de Wast , qui est ung fertile pays ; le second membre est Bruges, avecq laquelle ville se comprend celle de Nieuport sur la mer , avecq autres gros villaiges ; le tiers membre est la ville d'Ipres , avecq laquelle se comprend tout le pays du Francq, comme la ville de Bergue, Duncquerque, et autres grosses terres et villaiges ; le quart membre est la ville de Courtray , avecq laquelle se comprend la, ville d'Audenarde , la ville de Termonde, et autres gros villaiges et villes , comme la ville et comté d'Aloste , le pays des Quatre-Mestiers et autres places. Icellui pays de Flandres est moult fort beau pays, et si vit et gouverne en partie avecq le mestier de la draperie , de marchandise
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de sel, tant en harengs, raollues, drogues, el poissons de mer qu'ils salent, et pourvoient le pays d'autour d'eux , comme autrement.
Après que le duc Philippe, comte de Flandres, eust assemblé iceux membres , il leur requist que , pour supporter ses affaires et les frais qu'incessamment lui convenoit faire en plusieurs manières, ils lui volsissent octroyer que sur chacun sacq de sel que on vendroit en la comté de Flandres , il peut prendre à son prouffit et des comtes de Flandres ses successeurs advenir, vingt-quatre gros , monnoye de Flandres , lors courrante , lesquels vingtquatre gros valloient alors demi-escu d'or de la forge de Franche ; et moiçnnant ce , ledit Philippe, leur seigneur, estoit content de leur promectre que de ce jour en avant ne leur feroit requeste , qu'ils lui accordassent nulles aides, qu'on appelloit tailles^ et leur promectoit de ce jamais eux requérir. Et pour donner à entendre que c'estoit d'ung sacq de sel , vrai est que ung sacq de sel estoit le fais d'ung homme, et autant que ung fort et rude homme de trente ans pooit soustenir sur ses espauUes pour porter de lieu en autres. Or, la requeste du duc Philippe par les quatre mençibres examinée , considérant ceux de la ville de Gand , premier membre et principal d'icelle comté (car cestui membre pooit plus audit pays que les autres trois ) , que tout le pays de Flandres , ou en partie , se nourrissoit de choses salées, et que par le moien des marchandises salées qu'ils menoient hoi*s du
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pays de Flandres, l'argent venoit au pays, el en esloit pays riche ; et aussi doublant que si ils accordoient icelle demande à leur seigneur, que pour le temps advenir, icellui leur seigneur , ou autres après lui à venir , ne lairoient leur demander aides ou tailles, et par ce , pay croient en deux manières , laquelle chose ils ne polroient bonnement souflPrir sans la diminution du pays, car icelle imposition sur le sel monteroit touts les ans infinis deniers , et laquelle imposition ne prendroit jamais fin , icellui membre de Gand , toute la ville et tout le pays à eux subjets ne voUurent accorder au duc leur seigneur icelle requeste, ni que ladite imposition fust mise sur le sel , aius y fust du tout contredit et en touts ; et respondirent au duc leurdit seigneur, qu'ils avoient convenu ensemble et conclue! entre eux, que jusques à la mort du derrain homme de la ville de Gand et du pays à eux subjet , ils n'accorderoient ni souffriroient ladite imposition estre mise sus, Ouye laquelle response par les trois autres de Flandres , ils conclurent entre eux. que ils feroient remonstrer au duc , que touchant ladite imposition ils se y gouverneroient ainsi et pareillement que ceux de Gand , et non autrement ; et ceste response feirent au duc Philippe et non autres. Après lesquelles responses faites au duc par iceux de la ville de Gand et les autres trois membres, il leur donna congié ; et si ne requist ladite imposition sur le sel , et ne leur en feit parler en nulles manières ; mais ceux de Ganddepuis
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qu'ils olren t refusé ladite imposition estre mise sus , ils percheurenl bien que quant ils auroient aflPaires au duc ou à son conseil, ils n'auroiént point si bons accès à lui ni à son conseil , comme ils avoient accoutumé d'avoir, mesmes ne pooient avoir, ce leur sembloit, si briefve expédition de leur causes et querelles qu'ils souUoient ; par quoi ils commenchèrent à murmurer contre leur seigneur.