CHAPITRE IL
Comment la ville de Bordeaux et tous les pajs deBourdelois feurent mis en la main des Anglois.
L'an de grâce mil quatre cent cinquante-deux , le sieur de FEsparre, et aucuns bourgeois et autres habitants de la ville de Bordeaux , par le conseil des sieurs de Monferrat , de Rosan , de Laval et de An^lade , trouvèrent fachon et moyen d'aller en Angleterre; et eux arrivés audit pays, sous couleur qu'ils disoient que depuis qu'ils s'estoient mis en l'obéissance du roi de Franche , ils estoient travaillés des aides, subsides, tailles, gabeHes et maltotes, que bonnement ils ne pooient plus souffrir , ils traictèrent se remectre en l'obéissance du roy d'Angleterre et des Anglois. Pour laquelle remise feit le roy d'Angleterre assembler son conseil, et y feurent esvoqués toute les capitaines et
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seigneurs du pays ; et là fust conclud d'envoyer le sieur de Tallebo.t , au mois d'octobre audit an cinquante-deux , audit pays de Bourdelois, Après ce fait , le sieur de l'Esparre et ses complices s'en revindrent audit pays de Bourdelois ; et le mois d'octobre ensuivant se partist d'Angleterre , le dixhuitiesme jour dudit mois , accompagnié de quatre à cinq mille combattants anglois , et arriva à Tisle Damadot^ où Us prindrent deux places petites, pour loger partie de leurs gens. Et adonc ledit Tallebot commencha faire courre ledit pays pour le mectre en subjection , qui n'estoit pas fort à faire ; car il n'y avoit nulle résistance, parce* que l'armée du roy estoit en retraicte, et n'y avoit demouré que ung peu de gens es garnisons, La venue de Tallebot , sceue par ceux de Bordeaux , ils commenchèrent à parlamenter les ungs avecq les autres de la manière d'eux remectre en la subjection des Anglois , et en leur obéissance : et voUurent les aucuns que les Franchois^ estant en garnison dedans la ville , dont estoit capitaine pour le roy le sieur de Cattigny , séneschal de Guienne , et le sieur du Puich , et que eux et le soubsmaire $'en allassent leurs corps et biens saufs. Mais cependant aucuns allèrent ouvrir une porte d'icelle ville, par quoi feurent touts les Fr anchois prins qui estoient dedans la ville, au moings la plus grande partie, tant de gens de guerre, officiers comme autres, lesquels demeurèrent prisonniers aux Anglois. Ces nouvelles venues au roy de Fran-
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che, il Tust moult dolent, et envoya pour ceste cause hastivement les mareschaux de Franche, Joachim Rohault, et plusieurs autres capitaines, jusqu'au nombre de six cents lanches , et les archiers, et coustelliers, et guisarmiers, pour garder et renforcher les places allentour de Bordeaux; comme le comte de Clermont , lieutenant-général èsdites marches, croiroit estre expédient jusqu'à la saison d'esté ensuivant , que le roy avoit intention d'y mectre plus grande provision'; mais ains queles gens du roy y fuissent arrivés , le sieur de Tallebot, ses gens, et les barons du pays de Bourdelois meirent la pluspart dudit pays en l'obéissance du roy d'Angleterre, et, par espécial, la ville et chastel de Châtillon en Perrigorre , laquelle estoit tenue par les gens du roy de Franche , et laquelle fiist rendue auxdits Anglois , par faute de secours , et s'en allèrent les Francbois leurs corps et leurs biens saufs. Et à toutes ces choses ne pooit résister le comte de Clermont , fils aisné du duc de Bourbon , jàçoit qu'il s'y gouvernast grandement et vailliamment ; mais ains la venue de ceux que le roy y envoya , S ne pooit résister à la puissance des Anglois,' pour tant que la pluspart du pays de Bourdelois estoit du parti du roy d'Angleterre.
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