CHAPITRE XLV
De Fambassade que Philippe , dac de Boargogpie , envoya à Mantua , où le pape ayoit assemble plusieurs preslats et princes oihrestiens , pour conclure sur plusieurs choses touchantes les Turcqs et la foy ; et autres incidents.
Ou mois de juing oudit an cinquante neuf , Philippe , duc de Bourgogne , pour CvStre à certaines journées et jours de conseil préfixés que le pape debvmt tenir à Mantua ^ auquel lieu le pape Pius avoit semons de venir touts les princes chrestiens , pour délibérer de certaines choses touchantes les griefs que les Turcqs faisoient touts les jours et les conquestes sur les chrestiens; et autres choses ton-* chantes la foy, envoya une grosse ambassade devers ledit papç , de laquelle ambassade estoit chief Jehan , duc de Clefves , nepveu dudit duc de Bourgogne. Avecq lui estoieut les sieurs de Lorgnes en Hollande^ messire Jejian de Croy , sieurs de Chymay, le sieur de Gouly, maître Aûthoine Haveron, et plusieurs autres grands seigneurs , et estoient en tout bien trois cents chevaux ; et avoit ledit duc six chars chargiés de ses bagues, et six joueurs de clairon$ et de trompettes, desquels clairons ils jouoieut à l'entrée des bonnes villes; et passa par Paris le duc en moult grand estât , où il fust receu honorablement. Brief , c'estoit noble chose à veoir ladite
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ambassade y tant estoient touls bien en poinet et bien montés et habillés.
Oudit an cinquante neuf , le vingtiesme et un de juing, en la ville de Dourlens , Jehen nette de Groiches, frère du sieur de Griboval, chevallier, meit à mort d*ung coup de dague ung nommé Bonnelet ; et se prist le débat à cause de ce que ledit Bonnelet cuidoit mectre accord entre ledit Jeunet et ung nommé Robinet Casaques, quiavoient pris parolles ensemble pour le jeu depalmes ; icellui Bonnelet estoit josne et rude,et homicide de plusieurs hommes.
Environ ce temps , par ung mardi douziesme de juing , audit an cinquante-neuf, mourut et fina ses jours Bauduin d'Oignies, sieurs d'Estrée, chevallier et gentilhomme , gouverneur de la chastelleniè de Lille , Doùay , et d'Oi:chies ,. maistre d'hostel , chambellan^ et ung des gouverneurs des finanches du duc de Bourgogne. Lequel Bauduin fu^t et avoit esté ung très sage homme , bon justicier et de très.honneste vie , sobre et dilij^ent, sans estre luxurieux ne putrageux, ne en boire ne en mangier ; et atyoit plusieurs vertus , et n'estoit taschié de nuls vices que de convoitise , mais il estoît assés convoiteux. Il fust motilt plaint en la chastelleniè de Lille ; et jiar especial de ceux de la ville ; et feirent faire et célébrer ceux de la ville de Lille , par toutes les paroisses et églises , un serviche solemnel , en priant Dieu pour Tâme de lui. Il avoit esté marié deux fois , la première fois à la fille de Guy Guillebault, qui plus n'avoit d'enfants légiti-
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mes que ladite fille ; lequel Guy jà -soit-que en sa jeunesse il euist esté machon , par la subtilité de lui, il feit tellement qu'il fust receu gétiéral du iduc de Bourgogne ; et le loua moult le duc , en son vivant et après sa mort. Icelluy Guy estoit de Hesdin , et feit touts ceux de son lignaige riches , tant par les offices et bénéfices qu'il leur faisoit avoir du duc, comme les biens qu'il leur faisoit; et achepta de gros^s terres , et feit faire le chastel de Brouay. Et par le moyen dé la fille dudit Guy, que ledit Bauduin prit en mariage, de laquelle il eust plusieurs enfants, ledit Bauduin, qui .estoit povre gentilhomme, fust esleu el advanchié comme dessus est dit ; et après la mort de sa première femme se remaria à la fille d'ung sieur de Hallewin en Flandres , de laquelle il laissa aussi plusieurs enfants, auxquels il laissa atouts de^ biens largement , car il estoit moult riche , et avoit environ de cinquante à soixante ans quant il mourut.
Oudit an aussi cinquaùte-neuf, le premier jour de jùing , Michel Lallier , ung très riche marchand et bourgeois de Paris, assés près du pont Saint- M axence , vers Creil , fusir prins par trois compagnons Anglois et mené à Calaix.
Environ ce temps un cabaretierd'Arras, nomn^é Quentinet , lequel estoit joueur de dez , regnieur et blasphesmeur de Dieu outrageusement , en l'hostel Dieu de Saint-Jehan en Lestrée, mourut de maladie de derverie (folie) et comme dervé.
En ce temps aussi, le neuviesme de juillet, fei-
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rent grandes oraiges environ Arras; et tuist le tonnoire une femme à Monchy-au-Bois, laquelle fenoit foing ; et disoit-on qu'elle estoit enchainte d'enfante
Oudit an encoires, environ le douziesme de juillet, en la ville de Lille, feurent ards deux sodomites , Tung de l'âge de cinquante à soixante ans , et l'autre josne compagnon , qui sçavoit jouer du tambourin , et se disoit estre serviteur au sieur de Fretin. Après lesquels ards, ung sergeant du prévost de Lille , nommé François , pour tant qu'il les avoit trouvés au peschié et ne les avoit point raccusés, ains les avoit composés à grands deniers, tant pour ce que pour autres cas , f ust ledit Françoise ondamp né à mort; et euist ledit François Je hatreau (cou) tranchié.
Environ ce temps , entour de la ville d' Arras et ailleurs , en la comté d'Artois et en Picardie , feurent faits plusieurs homicides , dont ne sçais les causes pourquoi ni les noms des auteurs.
Audit an cinquante-ueuviesme, apvril et mai feurent si froids çtsi secqs, qu'il fu$t bien peu d'avoine, «t valloit le meneaud d' Arras, seize ou dix -sept sous; c'estoitUchierge (charge) d'un cheval trentetrois sous. Et renchérirent les bleds, car il en estoit peu ; et vaillut après aoust , la chierge d'ung cheval , de bled vingt-huit sous ; et fust l'année très tardive , pourquoi les vins feurent très verds et ne vailloient guerres , mèsme ceux du pays de Biaune ne vaillèrent comme riens et feurent très verds.
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