CHAPITRE XLVI
Comment le duc de Bourgogne envoya le comte d^Estampes à Amient , pour prendre le vidamme d^ Amiens et autres.
Environ ce temps , Philippe , duc de Bourgogne , doublant , comme on disoit , que Arthus de Longueval, chevallier, lequel estoit bailli d'Amiens , de par le roy de Franche , outre la rivière de Somme, et nondecha la rivière en tirant vers Flandres , car en ce temps estoit bailly le sieur de Crèvecoeur , chevallier , de par ledit duc de Bourgogne, et estoit meilleur bailliage qu'âvoit ledit sieur de Crèvecoeur , sans comparaison , et estoit peu dé chose du bailliage dudit Arthus ; que icellui Arthus avoit ordonnance de gens d'armes de par le roy, et ne volsist faire entrer en ladite ville d'Amiens aucuns gens de guerfe de par le roy , comme on disoit qu'il prélendoit à faire , envoya audit lieu d'Amiens , Jehan , comte d'Estampes. Lequel comte venu audit lieu d'Amiens , par le comman^ dément dudit duc, de sa propre main print pri* sonnier le vidamme d'Amiens , * chevallier , et envoya au duc à Bruxelles; lequel duc le feit boutter prisonnier à Ripplemonde. Duquel vidamme le comfte d'Estampes avcHt espousé sa soeur; et si avoit le vidamnae eSpousé la fille bastarde du
3 10 MÉ Moin ES (*4%)
duc. La cause pourquoi ledit vidamme fust prins , aulcuns disoient que c'estoit pour son fol gouvernement , et qu'il gastoit toute sa chevance ; autres disoient que c'estoit pour ce qu'il avoit emprunté grande somme de deniers à Charles d'Anjou , comte du Maine , frère de la royne de Franche , sur la terre , ville et chasteau de Ricquigny, assés près d'Amiens , laquelle est très forte place , et lui contendoit à vendre ; et par ainsi euist esté en la tnain du roj , qui euist peu porter préjudice au duc de Bourgogne. En laquelle ville et forteresse de Ricquigny , après la prise dudit vidamme , ledit conite d'Estampes meit garnison et enfeit capitaine le sieur de jN^iraumont. Quant ledit comte entra en ladite ville d'Amjens , ledit Arthus c[e Longueval , lequel estoit , coîi^me on disoit , en ladite ville d'Amiens , se partist de ladite ville , et se boutta en ung petit batelet en la rivière , et se saulva> qu'il ne fust pas prins ; car s'il euist esté prins il euist esté en danger. On disoit aussi que , en ladite ville d'Amiens ^ estoient plusieurs qui bien sçavoient ce que ledit Arthus contendoit à fs^ire , et estoient ses complices, dont on en cuida prendre aucuns^ mais ils se sauvèrent, et par espécial ung nomuié Jacques de Pliilesciam,ps , lequel estoit recepveur d'Amiens , et avoit gagnié toute sa chevance , lequel estoit très riche , au serviche du duc de Bourgogne; et eschappa ledit Philescamps, parce qu'il monta sur le meilleur cheval qu'il avoit, etfeindit ^ller esbattre i mais au commandement dudit
(i4S9) DE J. DU GLERCQ. 3ll
comte, il fust prestement poursuivi pour le cuider prendre. Quant il veit ce il frappa son cheval tellement des espérons que ains que on le puist rattain^ dre , il entra en ung bois et illecq descendit et tua son cheval de son espée qui lui coula plusieurs coups parmi le corps , et puis se boutta dedans le bois et ainsi eschappa ; quant il se veit eâchappé , il print son chemin vers Bruxelles, et s'en alla prestement vers le duc, etfeit sa paix : ne sçaiss'il estoit en la malle grâce du comte d'Estampes , pourquoi il s'estoit ainsi absenté, ou se c'esloit pour le fait dudit Arthus.