‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 26 sur 125 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Comment ceux de Gand vindrent à Lille et promeirent d^entretenif ce que les ambassadeurs du roy ordonnèrent , et la sentence que les ambassadeurs rendirent.

Les dessusdits ambassadeurs venus à Lille , et les conseillers du duc, lequel duc avoit levé son siège, comme dit est, et départi son armée le vingtdeuxiesme jour de juillet, au dessusdit an cinquantedeux, ceux de Gand envoyèrent audit lieu de Lille leurs députés jusqu'au nombre de cinquante chevalliers, avecq ung advocat du parlement, qu'ils avoient mandé pour estre à leur conseil, nommé maistre Jehan de Pouppincour t ; lesquels illccq venus baillèrent auxdits ambassadeurs leurs faits par escript ; et pareillement feit le conseil dudit duc. Et combien que le ducn'y volsist point estre , toutesfois il fust tant requis et prié , tant par son conseil, comme par lesdits ambassadeurs du roy , qu'il se partist de Bruxelles, e^ le vingt -septiesme jour d'aoust arriva à Lille. Le duc venu à LQie , scachant les despûtes dé Gand , que de brief on debvroit rendre leur sentence, et aussi que le jour approchoit que les trefves dévoient faillir, ils se partirent de la ville de Lille , et se retirèrent à Gand ; et ne laissèrent en ladite ville de Lille que deux hérauts

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et ung triischeman ; après lequel département les ambassadeurs du roy rendirent leur sentence en telle manière , c'est à scavoir :

Premier, ordonnèrent que la porte par où leç Gantois estoient vuidés pour aller mectre le siège devant Audenarde, seroit close une fois la semaine, par tel jour qu'ils vuidièrent, et fust par un jeudj, à toujours perpétuellement.

Item , que la porte par où vuidèrent pour aller livrer bataille à leur prince et seigneur, qui fust à Ripelmonde , seroit close à toujours mais et murée.

Item , avecq ce seroient tenus ceux de Gand mectre jus touts les chapperons blancqs , lesquels touts ceux qui tenoient le parti de ceux de Gand , portoient pour enseigne, et par ce estre cognus comme en guerre qu'autrement.

Item y pour tant que qui estoit bourgeois de Gand, on ne le pooit traictier, sinon par-devaat les eschevins de G^nd , ou qu'ils fuissent den^Qurants en la comté de Flandres, pourquoi on ne pooit avoir raison d'eux, sinon en perdant la plus grande part de ce qu'ils debvoient , ils ordonnèrent que lesdits eschevins de Gand ne cognoistrcnent désormais de nuls de leurs bourgeois, sinon de ceux qui seroient demourants en leur banlieue.

Item y pçwr ce qu'ils bannissoient sans ce qu'ils disent les causes pourquoi , ils ne le feroient plus sans dire et desclarer les causes pourquoi au grand bailly de Gand , ordonné de par le duc leur sei-

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gneur ; et si autrement le faisoient , soient tenus les amender et en estre punis.

Item^ pour tant qu'ils avoient accoustumé que au renouveller, les eschevins de Gand dévoient estre en nombre de vingt-qoatre , dont il y en failloit avoir les douze qu'ils fuissent du mestier des tisserants ou soubs leurs bannières, fiist dit par les ambassadeurs, que quatre preud'hommes esleus par le duc , et quatre esleus par la communauté renouvelleroient lesdits eschevins, sans avoir regard d'en faire plus du mestier des tisserants que des autres , sinon à ceux qui seroient plus propres pour le bien publicque ; ne jamais lesdits esleus ne partiroient d'une chambre qui leur seroit ordonnée, jusques à ce qu'ils auroient esleu lesdits eschevins , et ainsi le soUoient (avoient coutume) faire du temps du noble comte Guy.

Item, pourtant qu'ils avoient accoustumé , sitost qu'ils se troubloient , de mectre leurs bannières hors, et les porter au marchié, et illecq leur assembler et veoir leur puissance, il fust ordonné qu'ils esliroient six maisons, les plus lointaines l'une de l'autre que faire se polroit , et illecq polroient assembler^ et avecq ce feroient mectre toutes leurs bannières en ung coffre fermant à cinq clefs , dont l'une porteroit le grand bailly de Gand ; l'autre, le premier eschevin; la tierche, le grand doyen des mestiers, et les deux autres, deux preud'hommes esleus de par la ville.

Item, ne s'escriproient plus, tant en leurs lettres

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missives comme autrement les dessusdits eschevins de Gand , les Seigneurs de Gand , comme faisoient et a\oient fait grands temps devant ; mais se règleroient d'escripre comme les autres villes apparle- Dantes audit duc.

Item^ que toute la loi de ladite ville , les doyens et hojguemans , avec deux mille des manants et habitants de ladite ville de Gand, viendroient, en leurs chemises tant seulement , demi-lieue hors de la viUe de Gand, où y sembleroit bon au duc, lui prier merchy, en disant que mauvaisement et faussement s'estoient rebellés contre lui , qui estoit leur seigneur, en lui priant que d'eux volsist avoir pitié et les recepvoir à merchy , en leur pardonnant la rébellion par eux faite à tort et mauvaise cause.

Item y si aucuns des officiers du duc doresnavant faisoient chose qui requirist pugnition , les eschevins ni ceux de la ville n'en cognoistroient plus , comme avoient fait , ains seroient renvoyés au duc et à ses conseillers.

Item y le pays de Wast, d'Aloste, d'Audenarde, de Terremonde , de Ripellemonde , Briefvliet, avec le pays des Quatre Mestiers , lesquels auparavant obéissoient à ceux de Gand , sans ce que autres que eux en euissent la cognoissance , lesdits ambassadeurs ordonnèrent que dedans ung an advenir, ordonneroient si lesdits Gantois en auroient plus cognoissance ni domination ou non.

Item y et pour les dommsyiges que ledit duc avoil eus et supportés à cause de la. rébellion des-

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dits Gantois , lesdits de Gand seroient tenus de payer au duc deux cent cinquante mille reyders d'or, telles que soixante pesoient la marque de trois de huit onces pour le marque du bon or et alloy, telles que le duc avoit fait forger en sadite ville de Gand.

Telles feurent les ordonnances pour parvenir à paix, que lesdits ambassadeurs du f oy rendoient par forme et matière de sentence ; de laquelle sentence ceux de Gand ne tindrent rien , jà-soit-ce qu'ils avoient promis de tenir et furnir tout cç que les^ dits ambassadeurs ordonneroient.

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