‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 54 sur 125 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

De la mortelle bataille que le duc de Bourgogne eult contre ceulx de Gand, ses subjeU; et comment tes Gantois fenrent desconfits j et de la grande occission qu'ail y oit.

Le vingt-deuxiesme jour de juillet mil quatre cent cinquante-trois , se partist le duc Philippe de Bourgogne de 4evant Gavres, atout son ost, pour

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aller combattre ceux de Gand , ses ennemis. Lequel duc , après ce qu'il oit mit ses gens en ordonnance, comme dessus j'ai dit, ne fuist passitost meu , qu'il perchut ses ennemis. Aussitost qu'il les perchut et veit que son avant-garde estoit jà près d'eux , si envoya avecq ceux de l'avant-garde le seigneur de Saveuse et sa compagnie pour faire secours à ceux de l'avant-gardé.

Mais sitost que Jes Gantois veirent les Picards , si se rangèrent en bataille et meirent leurs couUeuvrines et engins devant eux. Quand le marischal du duc veit ce , se doubta que du traict desdits engins ne fuissent plusieurs de ses gens occis; pour laquelle cause, adfin qu'ils laissassent leurs engins, feit signe de ung peu reculer. Et à certes tantost que les Gantois les veirent reculer , si allèrent très asprement vers eux en très belle ordonnance , et les conduisoit ledit Jean de Vos. Sitost qu'il fust assés près pour combattre , si frappa son cheval des esporons et s'en vint rendre au duc en lui disant telles paroles : « Voichy lés Gantois que je vous » amaine j je me mets en vostre merchy. » Après ce, commencha la bataille, et commenchèrent les archiers à tirer sur les Gantois , et les Gantois à eux très valliamment deffendre ; et avoient jà occis ung homme d'armes et aucuns archiers, quant le jJuc de sa personne se férit en eux et généralement toutes les trob batailles ensemble ; et y feit le duc merveille de valliance , et aussi feit Jacques de Sainct-Pol. Lorâ ne se peurent plus tenir ceux de

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Gand et prindrent lafuitle laide et vilaine, et s'enfiuirent vers Gand , et le duc et ses gens en fuyant les oceyoient ; et ainsi qu'ils cachoient(chassoient) lesdits Gantois, aucuns d'iceux Gantois seretrairerit en une prairie enclose de fossés et ung petit bosquet. Lesquels Gantois derechief se meirent illecq en deffense ; et illecq des hommes d'armes du duc et le duc mesme feurent enclos; lesquels homnies d'arfties ne scavoient entrer dedans pour les fossés dont ladite prairie estoit enclose ; et y avoit honneur à y entrer premier , pour ce que on n'y pouvoit entrer à cheval qu'à grand dangier ; et si n'avoient illecq lesdits hommes avecq eux aucuns archiers, lesquels estoient touts descendus à pied et ne les avoient peu suivre , ains estoient derrière eux , où ils chassoient les Gantois et les oceyoient. Entre les hoa^mes d^armes dudit duc qui avoient enclos ladite prairie , il en y oit ung qui estoit de Bruges , qui par trois fois sur son cheval passa les fossés , et sa lanche en poinct , se férit es Gantois , et à chacune fois repassa. Mais à la troisiesme fois qu'il y retourna , tantost qu'il fust issu de ladite prairie , son cheval mourut des horions qu'il avoit eus. Quant ce veit le duc, et que nul n'osoit entrer ladite prairie, si férit son cheval des esporons et passa les fossés , et entra dedans ladite prairie ; et tantost touts ceux de sa compagnie le suivirent et se férirent touts es Gantoits, et illecq feit merveille de valliance ledit duc de son corps, et Charles, son fils, aussi; mais aussi receuprent-ils

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maingts coups de picques des Gantois, lesquels fort et vertueusement se deffendoient ; et euist le duc etses hommes d'armes fortà faire à subjuguer lesdits Gantois en ladite prairie , quant une grande compagnie tl'archiers , lesquels suivoient le duc de loing, et auxquels, pour les haster, on estoitallé allencontre leur dire comment le duc se combastoit , vindrent au secours du duc et commenchèrent à tirer sur lesdits Gantois ; lesquels , prestement qu'ils sentirent les traicts, l'eurent desconfits et commenchèrent à lanchier l'ung chà , l'autre là, mais ils ne pooient vuidier ladite prairie, pourquoi feurent touts illecq occis. Pareillement ceux qui fuyoient de la bataille, on les occyoit et tuoit , car ils ne sçavoient bonnement tirer à Gand, s'Us ne passoient par la rivière de l'Escaut. Et plusieurs, ettant que merveille, lesquels pensoient passer la rivière, se noyoient, tant pour le Iraict que on tiroit après eux , comme pour ce qu'ils ne pooient nager , ou ne sçavoient, pour leurs armes ; et si en tuoit-on plusieurs , tant en l'eaue , comme sur le bord de l'eaue, qu'on ruoit en la rivière, tellement que ladite rivière en fust toute vermeille. Plusieurs aussi y en y oit qui, sans passer la rivière , s'enffuirent à Gand , lesquels feurent tellement castiés des Picards, que s'ils eussent voUu^ sans qu'ils euissent sceu qui ils estoient , fuissent francquement entrés dedans la ville de Gand , et reuissent'"prins ; ca rpour certain , à ceste heure, ceux de Gand feurent si esperdus et si espouvan-

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tés, qu'en la ville il n'y avoit nulle deflfense. Toutesfois le duc , comme aucuns disoient , ne voUut souffrir qu'on entrist dedans, ni qu'on allast ce jour jusques là pour leur livrer l'assaut ; car le duc considéroit que si on éntroit dedans la ville , qu'elle seroit tellement pilliée et deslruicte^ que jamais elle ne seroit réparée : pourquoi le duc, après la bataille gagnée et lesdits Gantois occis et cachés jusques es portes de Gand, feit touts ses gens retraire. Ledit duc, après ceste victoire, rentra dedans sa tente , et là se jetta à genoux et rendit humblement grâces à Dieu de ce qu'il avoit subjugué ses ennemis les Gantois, tes morts de la partie de ceuxdeGand , tant noyés que occis, feurent nombres à vingt mille , ou plus ; mais toutesfois le bastard de Blancq Estrain reschappa et se sauva passant la rivière à nud ; et de la partie du duc y moururent que seize hommes, lesquels moururent au commenchement de la bataille , et estoient Bourguignons et Hennuyers.

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