CHAPITRE LV
Gomment le dac envoya ung hërault dedans Gand , et comme les Gantois envoyèrent vers lui requérir miséricorde.
Après la grande victoire que le duc oit eire contre ceux de Gand , ses subjets , le lendemain de la bataille , le duc, par sa bénignité, considérant que
byGoojIe
(i4M) de J. du CLERCQ. 111
ce t[ue les Gantois avoient fait , avoît esté par fol et mauvais conseil , ayant pitié d'eux ^ comme seigneur et prince doit avoir de ses subjets, envoyaung héraut en la ville de Gand, portant ses lettres-patentes, èsquellesavoit ainsi escript, ou en substance, que : jà-soit-ce que le grand Dieu tout-puissant , à l'aide de son bon droit, luieust envoyé plusieurs fois victoire sur eux , toutesfois lui non désirant , ne oncques devant n'a voit fait> leur mort, il avoit encoires pitié d'eux , et que s'ils se voUoient mectre en sa voUonté , qu'il auroit encoires pitié d'eux. Et avecq ce leur envoya ung sauf-conduit pour aucuns d'eux venir lui. Lequel héraut ^rriva à Gand, vestu d'une coste d'armes du duc, le vingt-quatriesme jour de juillet. Et tantost que ceux de Gand olrent veu lesdites lettres du duc , et considérant sa grande humilité et la pitié qu'il avoit d'eux , non ayant regard à leur grande orgueil et rébellion , le héraut fust hautement festoyé d'eux et honoré ; et feurent les lettres du duc lues en publicq. Après lesquelles lettres lues , touts conclurent de prier merchy au duc et de faire sa volonté comme à leur prince et seigneur souverain ; et, sans prendre jour ni heure, envoyèrent prestement aucuns de la ville de Gand devers le duc avecq ledit héraut. Lesquels venus devers le duc , requirent que, combien que en enfraignant son commandement, et à tort les Gantois l'euissent guerroyé, il volsist avoir pitié d'eux et les recepvoir à merchy , et que par sa bénigne grâce volsist, lui
112 MÉMOIRES (i45o)
et ses gens , se retraire à Gavres pour trois jours , lesquels trois jours durant les Gantois viendroient vers liii pour avoir paix et faire toute sa volonté. Laquelle requeste le duc leur octroya et s'y recula lui et son ost à Gavres ; et en retournant passa là où la bataille avoit esté , et veit les morts tout nuds despouillés et n'estoient point enterrés , dont le duc en oit grande pitié ; et dirent aucuns qu'il pleura de pitié. Lesquels morts feurent trois jours ou plus sans estre enterrés» Et c'estoit une grande pitié de voir les femmes de Gand ; lesquelles venoient quérir , l'une son mari , l'autre son fils, l'autre son père , frère ou autres parents. Les aucunes peschoient en la rivière après leurs amis, lesquels y estoient noyés , car de gens noyés estoit toute la rivière, couverte. Et feit commandement que nul fust si hardi de faire mal aux femmes , ains qu'on les laissast enterrer les morts.
Et le vingt-cinquiesme jour de juillet, envoyèrent ceux de Gand une ambassade vers le duc à Gavres , en laquelle estoit l'abbé de Saint-Bavon de Gand , le prieur des Chartreux , et plusieurs que je ne sçaurois nommer. Lesquels , venus devant le duc, se jettèrent à genoux en priant merchy à lui pour ceux de Gand, lesquels estoient prests y moyennant leur vie sauve , de faire sa volonté. Lors le duc , mec tant en oubli touts les maux que les Gantois lui avoient faits , et non se orgueillant de la victoire que Dieu lui avoit donnée, comme bégnin et piteux, leur pardonna touts
0453) DE S. BU CfcERCO. ii3
leurs meffaits, par telles conditions qu'ils tiendroient le traictié qu'ils avoientfait à Seclin, et promis et conôlud de faire eh la vflle de Lille, par les trois membres de FJandres avecq les nations de Bruges. Ces paroles ouyes par les ambassadeurs de Gand pour et au nom de ceux Je Gand, ils le promirent faire et accomplir sans nuls contredits , en remerchjant le duc bien humblement de sa bénignité et pitié :- lequel traictié filst tel que s'ensuit chy. après.