‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 61 sur 125 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Comment messire Taliebot cuîda lever le siège de <^h3stillon , et comment il y mourut et son fils , et se rendirent ceul dii chastel; et de la gprande occision d^Anglois qui fut devant ChastiUoii.

Tawtost que les Franchois feurent advertisde la venue de messire Tallebot , ils bouttèrent au champ qiai estoit fermé de fossés ; et trouva icelui Tallebot ' en son chemin aucuns francs archiers qui encoirès n'estoient pas retraicts audit champ; et les commenchèrent les Franchois à fort tirer pour gagner le champ> pour ce que les Anglois commenchèrent à marcher pour approcher, cuidants que les Franchois se fuissent et levassent leur siège. Lors feit icelui Tallebot > en attendant upe partie de ses gens à pied , mectre une quoeue de vin sur le bout pour leur donner à boire et lesraffraischir. Et cependant les Franchois arrivèrent au parcq, et se meirent en ordonnance, et meirent sur les fo^és leurs engins à poudre devant la Tenue d'iceux Anglois. Caux de Chastillon trouvèrent façon de mander audit Tallebot qu'il se advançast légièrement , et que les Franchois fuy oient, ce que fit icelui Tallebot ; mais lui venu , il fust moult esbahi de veoir la forteresse que avoient faiteles Franchois, tant de fossés^ artillerie comme autrement. Illecq estoit

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pour résister aux An^lois les mareschaux de Franche, le grand maistre-d'hostel du roy, le comte de Penthièvre, leséneschal de Poitou, le sieur de la Besière, messire Jehan Bureau et plusieurs autres , lesquels estoient commis à conduire icelle armée, et avecq eux estoient plusieurs grands seigneurs. Messire Tallebot etsa compagnie arrivèrent à la barrière, cuidants entrer au champ ; mais ils trouvèrent frontière de valliantsgens de guerre qui leur monstrèrent hardi et bon couraige , dont ils feurent esbahis , veu ce que on leur a voit mandé. Icelui Tallebot estoit monté sur une petite hacquenée , et ne descendit point à pied , pource qu'il estoit ancien homme; mais il fit mettre pied à terre à touts ceux de sa compagnie , qui estoient venus à che\^l; et à l'armée avoient les Anglois vingtquatre bannières desployées, tant du roy d'Angleterre, de saint George, de la Trinité conmie d'autres, et dudit Tallebot, et plusieurs estendards. Et adonc commencha l'assaut; et y oit de grande valliance; et se combattirent fort l'une partie et Tautre ; et dura le cappelis par l'espace d'une forte heure ; mais , pour renforcer les Franchois , vindrend le sieur de Montauban , le sieur de Hinnaudière , avecq les gçns du duc de Bretaigne , lesquels ils avoient en gouvernement. Lesquels venus à ï'enibrchement des Franchois , par grand couraige et par leurs prouesses ; feirent tant , que les Anglois retournèrent le dos; et feurent abbatlues et ruées par terre toutes leurs bannières par iceux Bretons ;

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et preindrent les Anglois la fuitte, dont en moururent plusieurs. Et par espécial fust tëru d'une coulevrine la hacquenée de messire Tallebot , tellement qu'elle cheut toute morte et Tallebot dessous; lequel fust tué illecq des Franchois, car il n'estoit point armé, pour ce quant le roy Charles lui quitta sa ranchon , quant il fust prins en Rouen , et lui donna grande somme de deniers, il promit de sa franche volonté , sans constrainte , de soy jamais armer contre lui ne les siens, et s'en alla aux pardons de Rome ; mais lui retourné ne poeult laisser sa vie, et recommencha la guerre comme dit ai ci-dessus. Icelui Tallebot estoit tenu pour ung des valliants chevalliers d'Angleterre et le plus redoubté ; il avoit esté plus de trente ans en Franche , où il avoit fait moult valliance et aussi nîoult de maux et meurdres, d'occisions, de feux boutter et de innumérables maux ; desquels maux et valliance appert par les chroniques en ce temps faites . En icelui capelis fust aussi pareillement mort son fils , sieur de Lisle^ messire Hernel , Paul Thomas Auringhani , le sieur de Pinguillairi , Gascon , et trente chevalliers du royaume d'Angleterre, et des plus valliants , comme on disoit ; et sy y fust prins le sieur Desmoulins. Mais pour ce que les Franchois estoient de pied et fort travalliés, 'plusieurs Anglois et Gascons eschappèrent, et se bouttèrent dedans la ville et chasteau de Cha^tillon, jusqu'au nombre de huict cents à mille , entre lesquels estoient le fils du captai de Rœuf , comte de Candalle,

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le sieur de Montferrant , le sieur dé Rasam et le sieur d'Engladres; et esçhappa le sieur de TEsparre, qui avoit esté la principale cause que le pays de Bourdelois s'estoit remis es mains des Anglois. Plusieurs prindrent les clefs des champs , les ungs par terre, les autres par mer, dont plusieurs feurent envoyés pour rattaindre ceux qui se fuirent par terre. Montèrent à cheval le comte de Penthièvre , le bailly de Tourraine et plusieurs autres Franchois de touts estats, lesquels poursuivirent les Anglois, tuants jusques auprès de Saint-Million. En icelle besoigne feurent au champ occis quatre à cinq cents Anglois. Le lendemain d'icelle desconfiture d'Anglois , les Franchois feirent approcher leurs engins à poudre devant la ville. Ceux de dedans , voyants l'appareil que on leur faisoit, commenchèrent à eux humilier, et se rendirent touts prisonniers à la volonté du roy et des seigneurs dessusdits qui s'en estoient retraicts avecq eux; lesquek estdient en nombre de quinze cents.

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