‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 63 sur 125 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Comment le roy de Franche meit le siëge devant Gadillacq , et le prit d'assaat.

Lb dix-septiesme jour de juillet , en ce mesme an cinquante-trois , Charles, roy de Franche, se partist de la cité d'Angoulesme, pour aller au pays deBourdelois, pour conforter et aider son ost ; et estoient en sacompagnie les comtes d'Angoulesme, du Maine, de Nevers, d'Estampes, de Castres, de Vendosme, et plusieurs autres barons, chevalliers et escuyers ; et arriva en la ville de Libourne , et son ost devant Fronsac, que tenoient les Anglois; lesquels se rendirent, et s'en allèrent, chacun ung baston en son poing ; puis passa son ost la rivière de Dordonne , pour mectre en l'obéissance du roy de Franche le pays d'Entre-deux-Mers. Et le roy allaà Montferrant, et feit mectre une bastille devant Lomantde-lez Bourdeaux, par une partie de son ost; et l'aytre partie meirent e siège devant la ville et chasteau de Cadillacq, devant laquelle estoit de l'autre costé le comte de Clermont, les comtes de Foix, d' Albrecq , le sieur Dorval , le sieur de Sau-

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trevillers , bailly de Lyon , et plusieurs autres , jusques au noinbre de mille lanches ; et les archiers estoient devant Bourdeaux , du costé de devers les landes, pourmangier le pays, adfia que ceux de Bourdeaux ne s'en peussent aider ; et le dix-huietiesine de juillet , le roy , en personne , et son ost assaillirent la place de Gadillacq^ laquelle fust prinse et emportée d'assaut. Et entra le premier dedans, ung escuyer nommé GeoufFroy de Saint- Bellin , bailly de Chaumont en Basâgny ; et lors les Anglais se retirèrent au chasteau qui estoit moult fort et bien fermé autour, duquel fust meis le siège des Francbois ; si qu'il convint qu'ils se rendissent , au mois d'octobre ensuivant , touts prisonniers du roy de Franche ; desquels le capitaine du lieu, nommé Gaillardet, fustdescapité. Dedans lî^ bastille de Lorimont estoient le seigneur de Loheac, mareschal de Franche, et[dusieurs autres seigneurs, chevalliers et capitaines, jusques au nombre de quinze à seize lanches, avecq les gens de traie t, bien guerny d'artillerie ; et auprès d'icelle bastille estoient les basteaux de l'armée du roy, par mer, c'est àsçavoir , de Bretaigne, de Poitou, de l'Espaigne, de Hollande, de Zélande et de Flandres , armés et avitaillés. Et là feurent dedans la rivière de Gironde, Jusques à ce que la ville de Bourdeaux fust mise en l'obéissance du roy de Franche. Du parti des Anglois estoient pareillement les basteaux et navires venus du pays d'Angleterre. Et incontinent eux arrivés, feit le sieur de Camus mectre

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cordage dedans la ville de Bourdeaiix, àdfin qu'ils ne s'en pussent aller. Lesdits Anglois aussi firent faire une bastille contraire à celle des Franchois, et au-dessus d'icelle ; mais elle leur prôuffita peu. Ils estoient en la ville , de la part du roy d'Angleterre , grands gens , c'est à scavoir , le sieur de Camus, le sieur de Cliton, le bastard de Sombreset, le sieur de Lesparre , Gascon, le sieur deRosain, et de trois à quatre mille Anglois d'Angleterre , et autant et plus de gens du pays de Gascogne ; dont l'une des parties estoit dedans icelle ville , et l'autre dedans leur bastille pour garder leurs navires. Et là feurent les deux puissances , les ungs devant les autres, et chacun en sa bastille, pour garder les navires, depuis le premier jour d'aoust jusques au dix-septiesme jour d'octobre ensuivant, dommaigeant et grevant chacun jour l'ung l'autre, en toutes les manières qulls pouvoient.

CHAPjITRE V.

De la readidon de la ville^de Bordeaolx assiégée , et de tou& le pays de Bourdelois et de Guyenne.

La ville de Bourdeaux assiégée par le roy de Franche, comme dessus est dit , les Anglois de dedans, voyant eux oppressés de toutes parts de Fran-

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chois, et qu'ils avoient faute de vivre, et avec ce que toutes les places et forteresses du pays, par forche d'armes, estoient en l'obéissance du roy de Franche, requirent de avoir amiable composition. Le roy de Franche, oye leur requeste, veuillant toujours user de pitié et miséricorde , comme il estoit coustumierde faire, et considérant que en son ost il avoit très grande mortalité , qui faisoit fort à doubler, adfin que ses gens changeassent nouvel air, fust content de traictier avecq Jes Anglois , par la manière qui il s'ensuit. Et fust l'accord fait : c'est à scavoir , que la ville et cité de Bourdeaux lui seroient rendues ; et demoureroient touts les habitants ses vrais et loyaux subjets, et feroient le serment de non jamais se rebeller contre la couronne de Franche, recongnoissant le roy estre leur souverain seigneur; etles Anglois eurent congié de eux en aller en leurs navires au pays d'Angleterre ouàCalaix, se bon leursembloit, qui siet sur la mer. Et pour ce que aucuns des seigneurs et de la cité avoient esté en Angleterre quérir les Anglois, rompants leur foi et serment qu'ils avoient fait l'année précédente au roy, lequel à grande forche , à grande peine et frais , les auroit conquis, feurent bannis de Bourdeaux vingt personnes , telles qu'il pleut au roy, de ceux qui avoient esté quérir iceux Anglois, du nombre desquels fust le sieur de Duras et le sieur de Lespare. Et fusticelui traictiç fait le dix-septiesme jour d'octobte audit an cinquante-deux^ Messire Pierre Beaunneau ,

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sieur de la Bessière, mourut environ trois jours après la bataille de Chastillon; et aussi mourut messire Jacques de Gfaabannes^ grand-maistred'hostel du roy, quifust moult plaint, car îi estoit valliant chevallier. La ville ainsy rendue au roy, le roy eust incontinent toutes les places de Bourdelois et de Guyenne. Ainsi le pays deslivré des Anglois et autres ennemis du roy de Franche , le roy commit pour garder celui pays^ le comte de Clermont, fils du duc de Bourbon, et le feit son lieutenant-général , et y conmiit avecq lui messiré Theaude de Valpergue ; et maistrç Jehan Bureau , trésorier de Franche, demoura maistre de la cité. Et avecq-eux deslaissa plusieurs gens d'armes, archiers et arbalestriers pour la garde du pays, dont il estoit besoin. Ce f^t, voyant le roy qu'en tout son royaume de Franche n'y avoit ville ne forteresse, ducs ne seigneurs que touts n'obéissent à lui, réservé les villes de Calais, Hames, Guygnes, lesquelles estoient en l'obéissance du roy d'An^eterre , et , disoit-on que le roy les fust allé conquerre, mais les laissoit, pour ce qu'elles estoient du demaine et comté d'Artois , laquelle comté estoit au duc de Bourgogne , et aussi qu'il n'y pooit venir sans passer par les pays d'icelui duc , et que en passant on pourroit faire aucuns griefs au pays , dont grande guerre se pourroit esmouvoir, car les Anglois avoient trefves audit duc de Bourgogne : le roy se partist du pays de Bourdelois, et s'en retourna en la ville de Tours.

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