‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 66 sur 125 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Comment le Turc feit assaillir Constantii^ople, et de la grande dcffenso qu^on y feit , et comment elle fut prinse d^assault.

Le Turc, comme cy-dessus est dit, tout deslibéré d'assaillir la ville de Constantinople , trois jours devant l'assaut, commanda que chacun de son costé feit solemnelle jeusne à la révérence du Dieu du ciel, lequel seul il adore; laquelle jeusne, lui et ses gens , feirent trois jours continuels , et ne mangeoient tout le jour rien , fors seulement la nuict, pour sustenter le corps; et feirent en ces nuicts infinies lumières de chandelles et de bois qu'il brusloit de soy-mesme en mer et en terre, tant qu'il semblast que mer et terre bruslassent;

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et, avecq ce, l'eirent grands sons de tambours et autres instruments, car de trompettes avoient-ils bien peu. Les trois jours finis, le vingt-septiesme de may, audit an cinquante-trois, le Turc cornmencha son assaut bien lentement au soir ; et avoit ordonné , iceluj Turc ses gens, en la manière qu'il s'ensuit , c'est à sçavoîr , Siglardy , capitaine-général de Turqiîie , atout vingt mille hommes , à ^ porte du Puich , où estoit la grande bataille , et Sagam Bassa , conseillier du Turc , avecq la tierche partie des gens du siège , à la porte de Sainct- Romain, loing du Puich environ ung mille ; Wigabec , capitaine-général de Grèce , fust mis au costé de Galligara , à l'endroit du palais de l'empereur; Sagam Bassa, Albanois, venu estoit long devers Père, avecq plusieurs chrestiens reniés ; car, de ce pays là, moult se renient touts.les jours. L'assaut commenché , ceux de dedans se deffendirent partout vailliamment. A Sainct-Romain estoit le lieu le plus légier à prendre, et la muraille la plus foible , de laquelle avoit jà esté abbattue par les jours passés , une partie ; et là éstoient les bombardes qui ruèrent jus une barbaquenne , et la moitié des murs , du milieu desquels en cheut deux cents braches ; là aussi avoit des couleuvrines et des traicts , tant que à peine véoit-on le ciel ; toutesfois ceux de dedans relevoient les bresches du mur de grosses tonnes et de bois en terre , et d'autres choses ; et se deffendirent au mieux qu'ils pooient. En iceluy lieu, se deffendoit fort, messire Jehan

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Justînian, ung Genevois (Génois ) , qui estoit aux gages de l'empereur , et s'y porta moult vailliamment ; mesme aussi toute la cité aVoit grand espoir en lui et en sa vailliance. Mais, en iceluy lieu, pour faire son dernier eflPort , le Turc , avecq dix mille hommes pour garder sa personne , et deux bannières élevées , et autre infini nomh'^e de Turcs avecq eux, et ceux du chasteau de boi», par eschelles et autres instruments , commenchèrent à emplir les fossés et à monter sur les murs. Lors fust messire Justinian , blessié d'une couleuvrine; et s'en partist pour soy faire médiciner ; et bailla sa garde à deux gentilshommes genevois. Néantmoins les Turcs montèrent sur les murs. Et adonc leschrefsliens , eux voyants si oppressés, et aussi que iceluy Justinian s'en estoit allé , cuidants qull s'enffuit , abbandonnèrent leur garde et s'enffuirent. Lors entrèrent les Turcs en Constantinople , le vingt-huitiesme jour de may % audit an cinquante trois , mectanl touts àl'espée ceux qui lui faisoient résistence. Illecq fust tué l'empereur de Constantinople, et dirent aucuns qu'il eust la teste trenchiée; autres dirent qu'il mourut à la porte, en la presse, cuidant issir. L'une et l'autre poeut estre vraye , ce qu'il fust mort en la presse , et que depuis les Turcs lui eussent trenchié la teste. A

» Constantinople fut pri3e le 29, Voyez les Relations de ce î:?iège, dans l'Appendice de ce volume.

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icelle entrée piteuse et douloureuse pour les clirestiens , les Turcs eurent paisible possession de la cité ; et se transportèrent es églises d'icelles , par espécial en la maistresse, qui est appellée Sainète- Sophie , qui moult estoit grande , large et spacieuse ; et là trouvèrent-ils plusieurs dames et damoiselles, et femmes de grande auctorité, avecq plusieurs filles pucelles , lesquelles ils eurent leur compagnie -charnelle , de forche et outre leur gré et volonté, et en contempt de Dieu nostre créateur et de la foy ; et mesmement le Turc viola en icelle église la femme de l'empereur, et là tint depuis pour sa concubine , et l'emmena avecq lyi, quant il partist de la cité. Plusieurs autres de ses gens commirent illecq peschié de luxure en plusieurs et diverses manières ; et disoit-on qu'ils prindrent l'hostie sacrée du précieux corps de Jésus-Christ , et la«traisnèrent par les rpes , et qu'ils ajrdix^ent le corps de Saincte-Sophie , et occirent tOuts les chrestiens, grands et petits. Voyants les galères vénitiennes du pays de Roménie , icelle perdition , ils demourèrent jusques à midy, attendant de sauver aucuns chrestiens, dont il en issit de la ville, bien quatre cents; entre lesquels fust Jacques le Talet , qui estoit sur le mur, à sa garde, bien loing de la porte où entrèrent les Turcs , et s'entretint bien deux heures après leur entrée, et gagna la mer , et se despouillia , et nagea jusqu'aux galères qui Le receurent. On disoit encoires que si l'armée de Venise, que menoit mc^ire Jehan

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Rendour (Jacques Lordonne), fust arrivée ting jour devant qu'elle arriva , la ville eusl esté bien secourue; en laquelle il y avoit noeuf galères vénitiennes, et vingt navires du inoings; mais elles ne vindrent pas à temps. Elle arriva seulement à Nigreport, un jour après icelle prinse.

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