‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 77 sur 125 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Comment te duc Philippe de Bourgogne feit son fîls bastard y nomme David , évesque d^Utrech, qui est entre Frise et Hollande^ et de la guette qui s^en esment; et comment enfin le dtic fat sa volonté , et fat sondit fils ëvesque , nonobstant quHl fîist ëvesque de Thérouanne,

En Tan mil quatre cent cinquante-cinq , Tévesque d'Utrech, une grosse cité, située entre les pays de Hollande et le pays de Frise, mourut; après laquelle mort les chanoisnes de ladite église esleurent le prévôts d'icelle église, lequel estent frère du sieur de Brederode, lequel sieur de Brederode pottoit Tordre du duc Philippe de Bourgogne, qui estoit le Toison-d'Or, et estoit parent au duc. Et ains (avant) ladite élection faite , le duc eavoya prier aux chanoisnes de ladite église d'Utrech, et ains âussy que Tévesque fust mort , que se ledit

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évesque môuroit , qu'ils volsissent eslire à évesque DavW , son fils bastard > évesque dé Thérouanne , ce qu'ils ne voullurent accorder ; pourquoy le due envoya impétrer ledit évesquié pour son fils au pape, lequel confii;'ma ledit esvesquié audit David, après la mort de l'évesque ; et comme ce temps pendant Tévesque d'Utrech mourut, après ce que le duc oit ladite confirmation du pape pour ledit David , il se transporta en son pajs de Hollande , en une ville qu'on appelle La Haye en Hollande, contendant par douce voye tant faire à ceux d'Utrech , qu'ils receussent son fils à évesque. Et arriva le duc à ladite Haye , environ le jour Saint-Remy , l'an mil quatre cent cinquante-cinq 5 auquel lieu il séjourna jusqu'à laSaint-Jehan-Baptiste mil quatre cent cinquante-six ensuivant , sans qu'il sceut ne peult estre d'accord à ceux^'lltrech. Et quand le duc veit que sans forcbe il ne mectroit point son fils en ladite évesquié , sy assembla ses osts près de ladite ville d'Utrech. Après ce qu'il ost assemblé ses osts, ceux d'Utrech s'accordèrent à lui , et fust le traictié fait entre le duc et ceux d'Utrech, par telle condition que ledit David auroit l'évesquié d'Utrech, quatre mille francs d'or chacun an, et deux mUle francs chacun an sur l'évesquié de Thérouanne , qui font quatre mille Couronnes d'or.

Avecqçe auroit ledit esleu , pour les mises et despensqu'Û avoit faits, cinquante mille lions d'or, dont les cinquante-six pesoient ung marc de huict onces, pour une fois tant seulement, dont les églises ca-

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thédtàtix de ladite évesquié d'Ulrecli debvoierit payer treinte mille lions, elles autres vingt mille se debvoient payer à tel jour que le duc de Clefves et ledit David, évesque d^Utrech, diroient; et sy seroit le esleu de Brederode , premier conseillier du duc, en son pays de Hollande , à mille mailles d*or dé gages chacun an; et par les présents susdits ledit Brederode se déporta de Tévesquié , lequel valoit , comme on disoit , bien cinquante mille florins d*or ou francs chacun an^

Ces choses faites et passées le cinquiesme jour d'aoust, le duc de Bourgogne, accômpagnié de bien quatorze mille combattants, comme on disoit, entra en la ville d'Utrech; et vindrent ceux de la ville , bien loing au dehors de ladite ville , allencontre de lui, et lui présentèrent les clefs de ladite ville, pour et au nom dudit David son fils, bastard ; et le lendemain , jour devenderdy, ledit David > évesque d'Utrech, feit son entrée en ladite ville , lequel y entra en armes de corps^, accômpagnié des Picards; et le dimanche ensuivant dit la messe en l'église cathédrale. Après ce fait , le duc veuillant mectre en obéissance du tout ceux dudit évesque , alla mectre le siège devant une ville nommée Deventer , moult belle et forte ville , laquelle estoit de ladite évesquié , et laquelle estoit rebelle et desobéissante audit David , évesque d'Utrech. Auquel siège mectre ceuxdelavilleissirent ; et y oit escarmouche; et y oit des blesciés et morts de part et d'autre ; mais ceux de la ville feui^fï^*

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rebeuttés, et fust \e siège mis. Icchx de Deyenter avoient fait nng moult fort bouliovert, lequel quatre jours après le siège mis, fust si fort battu d'eagins, que i^ne moitié de ceux de Deventer mesmes bouttèrentle feu dedans, et se retraireut daus la: ville; et le lendemain matin les gens du duc y allèrent ,, et le pardèmolirent.Tant tint le siège le duc devant ladite ville de Deventer, que environ la fin du mois de* septembre, ceuxd'icelle ville envoyèrent ambassade vers le duc , et promirent au duc de obéir audit David son fils, évesque d'Utrech> et faire obék» toutes les autres villes de tadite èvesquié; Ce temps pendant que le duc de Bourgqgne tenoit le siège devant Deventer > et que ceux de la viUe traictoîent de paix et accord, le duc de Gueldres , qui avoit espousè la niepce dudit duc de Bourgogne^ et lequel avoit amené ledit duc au"dit pay^s , et abandonné touts ses pays et fortresses , fjekallianeeà ceux de Frise; et s^àssemblèrent ceux de Frise et ledit ducde Çueldres en grand nombre pour venir ruer jus ledit duc, et lever son siège qu'il tenoit; et de ce ne scavoit rien le duc de Bourgogne , ains tenoit le duc de Gueldres pour son vray amy. La femme du duc de Gueldres , qui estoit niepce du duc de Bourgogne, sçachant la fausse et mauvaise trahison que son mary vouUoitet pourch assoit, par une^uict se embla d'une ville où elle se tenoit, et print urig sien fils avecq elle, de l'âge de quinze à seize ans, fils du duc de Gueldres , et vint dire tout ce que son mary pour-

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chassoity et ayoit intention de faire au doc dé Bourgogne , son onde , pour laquelle cause le duc fust prest et cpndescendit à plutost pï^ndre traietié à ceux de Deventer. Pourquoy> après ledit traictié fait 0t passé par Ceux de Dcventer au duc , et ceux dé Deyenter le olreiit promis à tenir , comme dit ai cy-dossus, et eurent fait lettres scellées de leurs seaux et promis de non jamais aller au contraire , ain§ de toujours pbéir audit David , le vingtseptiesme de septembre mil cinq cent cinquantesix, le duc de Bourgogne leva son siège) et, sans encombrjer ne perte de biens ne de gens, s*en retourna à Utrech et de Utrech à La Haye en Hollande,' et illecq défit son armée et laissa son fils paisible évesque d'Utrech. Bien debvoit le duc aimer sa niepce ; car pour certain , la nuict ensuivant que lé duc de Bourgogne leva son siège, le duc de Gueldres et les Frisins lui debvoient venir courre sus, et se hastoient à tuer cheval d'y venir ; mais sitost qu'ils sceurent que le duc en fust adverly , sy se arrestèrent. Le duc à$ Gueldres estoit moult traistre et desloyal, et mal considéroit les biens que le duc de Bourgogne lui aVoit faits, lequel avoit marié sa fille au roy d'Ecosse, et le fait mener, et tout à ses despens, et d'autres biens que sans nombre il lui avoit faits.

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