CHAPITRE XVIII
Des grands subsides et aydes qae le duc de Bourgogne demanda au pays d'Artois et ailleurs en ses pays pour aller guerroyer les Turcs , et de plusieurs incidents.
Cinq jours après ce que le duc Philippe de Bour-
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gogne oit ainsi esté receu , festoyé et honoré en la \ille d'Arras, ledit duc assembla et manda les Ipois estats de la comté d'Artois; auxquels trois estats il requist que , adfîn de résister aux ennemis de la foi , qu'ils volsissent faire aide de six ving^t mille couronnes d'or, les soixante-dix pesant huict onces , qui est le marc de Troye, De laquelle aide qu'il requit lesdits trois estats feurent moult esbahis ; car la comté d'Artois en^ domaine ne vault au comte d'Artois, que i4,ooo francs. Toutesfois, tant par crainte que par amour on lui accorda et prconit payer 56,ooo francs, moyennant qu'il ne lèveroit point ledit argent jusques à ce qu'il se partiroit , et son armée avecq lui, pour aJler sur lesdits Turcs; et aussi le duc de soi-mesme le promit. Après ce fait, le duc se partist de la ville d' Arras , et s'en alla en Flandres , Brabant , Haynaut et ailleurs ses pays , oii illecq il requit aussi moult grandes et grosses aides pour faire ledit voyag-e ; lesquels en partie ob l'y accorda, comme dessusdit est , tant par crainte que par amour.
Kn ce temps, l'an mil quatre cent cinquantecinq , ou environ la Saint-Jehan-Baptiste , Raoul de Habare ^ frère germain du sieur de Habare , accompagné de quatorze ou quinze hommes , entra en la cité d'Arras, environ six heures du matin, par la porte Maistre-Adam ; à laquelle porte il laissa les huict de ses compag-nons, et lui sixiesme alla ens, au cellier de l'hostel de la Couronne, en la cité , qui est entre le portai de l'éfiflise el la porte
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d'Arras, et illecq print au lit tout nud ung nominé Estienne Braquet, sergeant du presvot de la cité , et le tira bors , et tant le bastit que deux jours ou trois après il mourut. .
En ceste saison aussy * , audit an mil quatre cents cinquante-cinq, mademoiselle de Vill©cler( Villequiers,) laquelle estoit très bien en la grâce du voy , et comme on disoit, en faisoit le roj ce que lui plaisoit ^ de une jeune fille d'un escuyer nomn^é Anthoine Rebreuves, demeurant en la cité d' Arras, nommée Blanche , laquelle fille demouroit avecq la dame de Jenly , femme du sieur de Jenl j , laquelle dame estoit allée à la cour du roy , et avoit mené ladite Blanche , laquelle estoit la plus belle que on eust peu veoir ne regarder. Icelle dame de Vilecler , sitost qu'elle vit icelle fille , pria nK)ult de l'avoir avecq elle ; mais la dame de Jenly lui respondit qu'elle la remèneroit ou renvoyroit à son père , et que sans le congié de son père ne l'auroit pas , et aussy la remena ; lûais assés tost après , par le gré et consentement de son père , du sieur de Saucourt , oncle d'icelle Blanche^ et du sieur de Jenly,
I . Antoinette de Maignelais , veuve du sieur de Villequiers, la même qui vécut ensuite avec François II duc de Bretagne, 'dont elle eût quatre enfants. Elle avait acquis pour 8 mille écus d'or, ehviron 80 mille louis de notre monnaie , la terre de Menneton salon en Berry , qui avait appartenu à Jacques Cœur.
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Jaquet de Rebreuves, frère d'icelle Blanche , très bel escuyer , aigié de vingt-sept ans, ou environ, et «a soeur de dix-huict ans, mena sadite soeur Blancbe à la cour du roy, demourer avecq icelle damoiselle de Villecler, et fust ledit Jacques retenu escuyer tranchant d'icelle damoiselle. Et pour vray icdle damoiselle tenoit grand esta.t, et pkis grand que la royne de Franche ; et le voulloit ainsy le roy. Icelle dame de Villecler estoit moult belle , et estoit mariée; et sy avoit esté niepce d'une damoiselle c[u*on appelloit la belle Agnès, laquelle avoit esté totalement en la grâce du roy ; et dit-on qu'icelle Agnès mourut par poison moult josne' ; après laquelle, icelle damoiselle Villecler gouverna le roy pareillement , ou plus que ne avoit fait sa tante.
Et avoit toujours icelle dame de Villecler, trois ou quatre filles ou damoiselles, les plus belles qu'elle pooit trouver , et suivoient le roy partout en moult grand estât et bobant, et tout aux despens du roy; et nonobstant ton les ces choses, etque lepère^ frère, oncle et seigneurde Jenly fuissent sulvertis de tout ce que j'ay dit et du gouvernement, ils y envoyèrent icelle belle fille Blanche, et la y mena son frère ; laquelle, Blanche , au partir de l'hostel de son père en la cité d'Arras, plourpit moult fort ; et me fust dit qu'elle dit qu'elle aimeroit mieux qu'elle puist demourer avecq son père, et mangier du pain et
^ 1 Agnes mourut en couche en i449' M0KSTHE1.BT, T. XIIK — MÉM. DE J. DU Clercq. j 2
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boire de Teaue. Toutes voyes elle y alla ; et discHt-«on que son père lui avoit envoyé par escarseté et cbiceté ; adfin qu'eUe ne lui coustast rien , ne son fils qui estoit son aisné fils , nonobstant que ledit Anthoine estoit très riche homme et bien à Tavant , ayent de beaux héritai^es. Et assés tost après que icelie damoiselle Blanche oit esté ung peu de temps avecq ladite damoiselle de Villecler, la renonlmée couroit qu'elle estoit aussy très bien en la grâce du roy ; et pareillement qu 'estoit la damoiselle de Villecler.