‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 79 sur 125 · CHAPITRE XXÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXÏ

Comment les Turcs fearent descctnfîts et ru^ en Hoo^ie , )a& par un noble chrestien , nomme Oyidiapus ^ plus par mir^ijle que antrement, et comment le pape , après ceste victoire , veut que par toi^te c}^Te^ tienneté en soit faite mémoire perpétuelle.

En cest an mil quatre cent cinquante six, le grand admirai de Turquie , nommé M orbesant , à présent empereur de Qrganie , sieur de Tlsle de r Achaie, avoit mis lé siège de?vant une fortresse et bonne ville nommée Grusseusseberch ', sur lés frontières de Hongrie, es marches de Hongrie, auquel lieu le siège detm3ura par Tespace dé quatre mois et demi. Enl'ost desdits Turcs avoit des chres tiens , lesquels feurent advertîs que le Turc avoit juré par son dieu Mahomet que icelle ville et chasteau il assaillèroit et gâgneroit, ou lui et toùts ses gens y demoureroient ; lesquels chrestiens feirent ce sça-

I vStulweissemboujg ou. Albe Royale.

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Yoir à ceux de la ville, lesquels de la ville feirent sçavoir à ung homine très puissant nommé Ovîdiaans * ; ils mandèrent que le grand Turc et toute sa puissance dçbvoit assaillir ladite ville la nuict de la Magdeleine . Lequel Ovidianus, après telles nbuvelles puyes, se .mit »us et assemMa noeuf cents hommes à cheval et bien quarante mille piétons , gens de plusieurs nlestiers , avecq lesquels gens il arriva devant ladite ville, la nuict dti jour de la Màgdeleine, et entra dedans par la rivière de la Euvre, laquelle rivière le grand Turc ne faisoit point garder, et ne. tenoil son siège que par terre. Le grand Turc désirant d'avoir la ville et ceux de dedans à son volloir, et veuillant tenir sa promesse de assaillir la viUe , feit assaillir ladite ville par la terre, partie de ses gens, environ douze heures de la nuict, dont lendemain estoit le jour de la Magdeleine, Auquel assaultles chrestiens se revangèrent moult fort et rebouttèrent les Turcs jusques de leurs murailles ; et dura Tassant depuis douze heures de la nuict jusques à hiîict heures ensuivant, que les Turcs feurent recrans (fatigués) et se retirèrent; et lorsqu'ils se feurent retirés, revindrent autre tierche partie des gens dudit grand Turc ^ frais et nouveaux, lesquels commenchèrent de nouvel à assaillir la ville; et dura ledit assaut depuis huict heures jusqu'à quatre heures après midi; et comme devant rebouttèrent les chrestiens les-

1 Corvin, deuxième fils de Jean Hunniades.

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dits Turcs. Après , pour faire lé tiers assaut , vint le grand Turc en personne , accompagriié de toutesa gentillesse, pour assaillir ladite vilte, comme devant.. Et durant cest assau heures après midi jusques au li que de sies trois assaulïs les g mpult travaUiés. et presque vî une grande partie des Turcs entrés dedêins la ville;, et à celle heure y oit ung dévot frère > nommé Capistranus, cordelier, lequel priât un crucifix en sa main et monta au plus haut du chameau et cria à haute voix les mots qui ci-après s'ensuivent : << Q Deus meus y Deus meus y S aliissime pater y veni » in adjutorium; veniy libéra populwn quem rede- » misti pretioso sanguine iuoj veni, uoktardarel » Deus meuSf Deus meus^ ubi sunt misericordiœ » tuas? J^eni j ne Twxi et increduli dicarit : ubi est » Deus eorum ? »

Ces propres mots cria-t-iï à haute voix , moult: tendrement plourant. Geste voix oireht les chrestièas;si en feurent ntioult confortés et renforcés; et comme s'ils ne euissent. point esté travalliés paravant, se férirent tellement es Turcs, qu'ils, ocçicent tous les Turcs qui estoient entrés en la ville^ et les autres meirent en fuitte et les suivirent bien huict lieues loing , en toujours les occiant ; et tant en meirent à mort que à peine les sçavoit-on nombrer. Et à compter ceux -qui demourèrent morts dedans et devant la ville, on en trouve le nombre de cent mille et plus. Et trouvèrent les chrestiens.

OÙ le siège avoit esté , onze bombardes, dont il y en avoit six de trente trois quartiers de longuet sept quartiers de hauteur, et ^jien deux cents autres petites bombardes et canons, et plusieurs autres biens et richesses. Icelle noble victoire miracu^ leuse venue à la cognoissance de- nostre Saint-Père le pape, ledit Saint-Père envoya ses bulles par toute la chrgstienneté, contenants ladite victoire, comme ci-dessus est esçript , çomm^mdant à toutes églises cathédraux, monastériaux , priorés, prevostés et paroisses, que^n l'honneur de Dieu , qui ceste victoire avoit envoyée , on feit sonner touts les jours , à l'heure entre deux et trois, après disner, trois coups sur la plus grosse cloche qui y fust, adfinque chacun bon chrestien dist trois fois Paler noster et trois fois Ave Maria , et prier Dieu qui donna victoire aux chrestiens contre les ennemis de la foi; et aveoq ce commanda que On feit le premier jour de chacun mois , proce*ssion générale en chacun ville , église ou villaige , et pour ce faire donna grands pardons et indulgences ; lesquelles choses, au commandement dudit nostre Saint-Père, on feit par tout le royaume de Franche , jà-soit-que ce fust nouvelle chose, mais on ne feit la procession que quatre fois en la ville d'Arras; ne scais que on feit ailleurs , mais on continua les trois coups sui> la cloche , que on appella les Pardons après disner , pour tant que de tout temps par avant on sonnoit par tout les Pardons après soupper, quiestoîent establis à l'honneur de la glorieuse Vierge Marie , mère de Dieu.

IQO MÉMOTRES (i4S6)

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