CHAPITRE XXII
Comment Loys , dha^yliin de Vlanne , aisnc' fils da roy de Franche , vint à refage au dtic de Boarg(%ne , et eschai^pa des mains de ceiix qui Iç cacboient^ et de plnsieurt incidents.
L'au de grâce mil quatre cent cinquante-six, Loy3, dauphin de Vienne, aisné fils du roy de Franche ^sçachant que le toy de Franche, Charles, son père , avoit envoyé secrètement messire Anthoine de Cbabanne, comte de Domp Martin, au pays de Vienne , avecq grand nombre de gens d'armes , pour prendre et amener devers lui sondit fils , pour certaines causes qui à ce le mouvoiént , lesquelles je ne sçay pas au vrai , sincj n que aucuns disoient qu'il avoit tellement taillié le pays du Dauphiné, et mis au bas pour soi entretenir, sy que plus n'en pooit; et avecq ce avoit totalement roté le temporel de ceux de Téglise , et les gens de l'église sy mis à obéissance, qu'ils n'a voient de leurs bénéfices que ce qu'ils volloient ; et vol I oient aucuns dire aussi, que ledit dauphin avoit jà pieça fait mourir une damoiselle nommée la belle Agnès, laquelle estoit la plus belle femme du royaume, et totalement en l'amour du roy son père ; après la mort de laquelle, comme dessus est dit , le roy retint à sa cour sa niepce , nommée la damoiselle de Villeclerc, laquelle estoit aussi moult belle, et avoit en sa compagnie les plus belles damoiselles
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qu'elle popit tçouver, l^ùellés êHivoieBt toujoùi?» le roy où qu'il a%st, et se logeoient toujours une lieue ou naoim près de lui* Duquel gouvernement le da^hm avoît ^sté et estoit moidt despkisatit , «t pour ceste cause .«'eitôit absenté du royaume de Franebe plus Sjd douze ans tout entiers , et s'estait tenu au fs^js de Danj^iné^ durant lequel temps il n'avoit eu quelques deniers, de son père ne du royaume, aias lui aYoit -failly vivre du pays. Autres aussi disoient que le roy le volloit retraire dèversJui, et lui donner un^stat comme il appartenoit. Autres encore disoient que se le roy s^n père le oit tenu^ le euist mis en tel lieu, que jamais on n'en oit ôuï.parler, et ,euist fait roy de Franche ajH'ès lui.... *..
Desquelles choses je m'attendsà ce qu'il en est; mais touteslbis le dauphin, scachaut que le roy son père le contendoit à. faire prendre secrètement, ou se on ne le euist peu. prendre secrètement, de faire entrçr à forche au Dauphine, et le prendre à forche, feit appointer un disner en une forest pour cachier, et illecq faindit de aller disner, et y faire une grande. feste ; à icelle feste le cuida prendre le comte de Damp Martin, et feist touts ses aguets pour le prendre ; mais le dauphin , le jour qu'il deWoit partir pour aller à la chasse, lui sixiesme ou septiesme , se partist, et à tuer cheval chevaucha vers les marches de Bourgogne. Et jà-soit-ce que tantost que on sceut son département , il fust suivi
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du comèe de Dan^p Martin et autres de moult près, et si près„ que on ne pourroit pins, toutesfois il leureschappa ; et cbevaucha tant qu'il- vint à Saint- Claude en Bourgogne > et îilecq fuSt receu moult honorablement du prince d'Orange, lequel estait grand seigneur en Bourgogne. ïjequel prince parayant ledit dauphin avoit moult hay pour aucunes destrousses queledît prince et lemarischal de Bour^ go^ne avoiént fgiits sur les gens du roy et de ses gens, Totttesibîs , lui estant aveé le prince , il manda le marischal de Boqrgognet^ et le pria qu'il le menast devers le duc de Bourgogne; lequel marischal vint vers lui , et bien accompagnié de gens de guerre, convoya et amena le dauphin vers le duc de Bourgogne. Et arriva le dauphin environ le mois de septembre, Tan dessusdit cinquantesix, à Louvain en. Brahant et à Bruxelles, où le duc de Bourgogne estoit. Lequel duc , tantost qu'il sceut sa venue, alla allencontre de lui et le receupt moult honorablement comme aisné fils du roy de Franche, et tant honorablement. que on ne pourroit plus » , et lui-donna , pour entretenir son estât , deux mille couronnes d'or le mois , les soixante-dix couronqes pesant le marc de huict onces; et avecq ce lui pria qu'il esleut pour sa demeure telle place qu'il luiplairoit en touts ses pays. Lequel dauphin
I Voyezje cérémonial suivi dans cette ctiti'cvue , le cérémonial de la cour de Bourgogne, par Eléonore de Poitiers, a la fin du vplume qui suit.
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esleut et priât une place et forteresse en Brabant, nommée Genappe , laquelle estoit à quatre lieues près de Bruxelles. Et depuis cesle heure, fust le marischal de Bourgogne totalement en la grâce dudit dauphin comme il monstroit.
En icelui an mil quatre cent cinquante-six, environ le mois de mai , Thiebaut de Luxembourg , chevalier, sieur de Fiennes, frère germain au comte de Sainct-Pol, s'en alla rendre moisne de GsteauXy en Tabbaye de Cisteaux ; lequel Thiebaut estoit de l'âge de trente-six ans, très beau chevalier, et avoit esté marié àlafille du sieur d'Anthoing, de laquelle il avoit à celui jour plusieurs enfants ; et estoit sa femme morte ^ et disoit-on que dez son enfance avoit eu volonté d'entrer en religion et servir Dieu. Toutesfois, jusques au jour qu'il se rendit, avoit esté moult mondain, valliant chevalier et gentilhomme ; mais il n'oit guerre esté en religion qu'il ne fust abbé d'Igny , et puis oit des autres abbayes; ettant feit, qu'il fust évesque du Mans ^ et puis alla en cour de Rome adfin d'avoir plus d'honneur et de bénéfice.
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