‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 8 sur 125 · DE J. DU CLERCQ. I · texte numérisé non relu

DE J. DU CLERCQ. I

trencquis sur le pont et le gardoient fort , adfin que les gens du duc ne pouissent passer par ledit pont. Quant le comte d'Estampes veit lesdites trencquis et le pont ainsi gardé , si feit semblant de vouloir passer ; et , entre tant feit chevaucher une partie de ses gens, qui passèrent par Watrelot , ung villaige assés près ; lesquels vindrent enclorre cenxqui gardoient le pont. Et lantost ceux qui gardoient le pont percheurent les picquenais derrière eux, et que les archiers commenchèrent à tirer sur eux ; si se retraièrent en ung fort moustier, assés près d'illecq, et laissèrent le pont. Lors passa le comte d'Estampes, et vint environner le moustier où les Gantois s'estoient retraicts , et feit lesdits Gantois admonester qu'ils se rendissent et qu'il leur sauveroit les vies ; de quoi ils ne voulurent rien faire, ains tirèrent dudit moustier d'engins et d'arbalestrès après lui et tuèrent trois archiers^ et plusieurs en navrèrent. Quant le comte appercheut ce, il feit prestement boutter le feu au moustier. Lorsque le feu fust dedans , si saillirent touts hors, et en saillants hors, on les occioit et coppoit-on les gorges, tellenaent qu'il n'en eschappa nuls ; et en mourut illecq jusques au nombre de quatre-vingt et dix. Et illec n'estoit point ledit Boutreman , ains s'en estoit fuy et allé ailleurs à garand. Après ce fait , le comte s'en retourna à Watrelot et à Lannoy. Lui et touts ses gens illecq se refreschirent et pansèrent les navrés , et laissèrent lès Gantois morts tout nuds sur terre, lesquels y feurent trois

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jours sans estre enterrés , tant que par pitié aucunes cîréaturesles vindrent mectre en terre non sainte ; mais ains que le comte se partist, feit enterrer les trois archiers qui estoient morts de ses gens en terre sainte.

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