‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 9 sur 125 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Des nobles hommes et seigneurs qui vindrent à Grammont, où le dac estoit, pour le servir en armes, moult noblement accompagniés ^ et comment le comte d^Eslampes leva le siège de devant Audenarde, et des chevalliers qui y furent £ûts , et de la grande multitude des Gantois qui y moururent.

Quant le duc eut partout envoyé ses lettres pour faire assembler gens d'armes , si se tira à Grandmont, une petite ville à cinq lieues près deGand. Auquel lieu de Grandmont vint noblement accompagnié de gens de guerre Lojs, comte de Saint- Pol, Tibault de Luxembourg , sieur de Fresnes , et Jacques de Luxembourg, frère audit comte , Adolf de Clèves, frère au duc de Clèves, nepveu audit duc , Cornille, fils bastard du duc , capitaine de Luxembourg, messire Jehan de Croj, grand bailli de Hainaut, seigneur de Cymay , avecq touts les nobles et gens de guerre du pays de Hainaut, le sieur de Croy , son aisné frère, chambellan et principal gouverneur dudit duc, le sieur d'Oissy , le sieur de Crecquy , et tous les nobles du pays de

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Flandres , au moings la plus grande partie ; louts lesquels dessusdits se trouvèrent vers le duc à Grandmont.

Or , vous veuille compter du comte d'Estampes , qui s*estoit retraict à Watrelot et à Lannoy après l'occision faite des Gantois, accompagnié des Picards seulement , lequel conclud qu'il iroit lever le siège de Audenarde , ains qu^e le duc en sceut rien , le vingt- cinquiesme jout d'apvril mil quatre cent cinquante-deux , comme il feit ; laquelle conclusion il avoit grand désir de faire sçavoir à messire Symon de Lallaing^ capitaine d'Audenarde, lequel estoit enclos dedans ladite ville , et n'y pooit-on entrer pour Tost desdits Gantois. Lors feit tant qu'il trouva trois compagnons , dont les ungs estoient soldoyés du chastel de Lille , nomme Jonesse, lesquels promeirent, moiennant chacun cinquante couronnes , qu'ils se mectroient touts nuds en la rivière de l'Escaut au plus près qu'ils polroient aller pour l'ost, et nageroient tant en la moitié que entreroient en Audenarde , et porteroient lettres audit messire Symon , pour estre prest à l'heure que ledit comte lui escriproit, comme il feirent ; et à l'heure que ledit comte avoit rescript audit messire Symon , se partist du lieu où il estoit en moult belle ordonnance , et feil et ordonna trois batailles ; en la première bataille , que l'on appelle l'avant-garde , fust Anthoine , fils bastard du duc , le seigneur de Saveuses , Jacques de Lallaing et plusieurs autres nobles hommes

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d'armes et archiers ; en la seconde bataille estoit ledit comte , moult noblement accompagnié , et en la tierche bataille , que Ton appelle l'arrièregarde, plusieurs cbevaliers et escuyefs. Et ainsi chevauchèrent tant qu'ils vindrent assés près du siège. Lors feit le comte touts les archiers descendre à pied ; et pour tant que le comte n'estoit point chevalier , requist l'ordre ,de chevalerie au sieur de Saveuses ; et après qu'il l'eustreceu , il feit cinquante-deux chevaliers , desquels aucuns je nommeray : premièrement Anthoine , bastard du duc , Loys de Bourbon , le sieur de Haines, Wallerand, sieur de Moreul, Jehan de Comines, Jehan de Miraulmout , Philippe de Lallaing , Robert sieur d'Austreulles , Anthoine sieur d'Avelluy , David d'Artus , Anthoine sieur de Herin , le Borgne Dens et son fils , le sieur de Hallewin en Franche , Percheville , seigneur de Belleforière , Hugues de NoeulVille^ AUard, sieur de Rabodengres, et autres dont le compte seroit trop long à racompter ; et aussi des autres ne scay les noms.

Or , vous veuille compter du siège que les Gantois avoient, lesquels avoient tellement enclos ladite ville d'Audenarde , qu'on n'y pooit entrer d'ung lez et de l'autre de la rivière de l'Escaut , laquelle passoit parmi la ville , tellement que ceux d'ung lez ne pooient scavoir de l'autre ; c'est à sça-* voir , ceux qui estoient d'ung lez versCourtray ne pooien tscavoir de ceux du lez vers Grandmont^ pour ladite rivière qui les despartoit. Quant ceux du

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lez vers Gourtray , auquel les Picards les venoient assaillir , veirent et sceurent que les Picards les approchoienl, comme valliants et hardys laissèrent leur siège, etfièrementsemeirent en belle bataille, etvindrent la pluspart chascun une picque en la main , qui est ung baston de la longueur d'une lanebe d'homme d'armes ; mais elle est plus menue ferrée et acberrée au bout^ et sont très dangereux bastons. Et tous autres engins , comme coullevrines et autres , contre lesdits Picards , lorsqu'ils s'approchèrent, commenchèrent les archiers de Picardie à tirer sur eux ; lesquels traits ils ne peurent endurer, car ils estoient inal armés; ains se mirent en fuite, les Picards les enchâssants tellement , que peu en eschappa qu'ils ne fuisseiit mis à mort , et on veut dire et estime-t-on qu'ils y moururent trois mille Gantois, sans ce qu'il y oit nul des assaillants qui y fust mort , sinon qu'un homme d'armes nommé Jennirid'Athies, fils d'ung bour-; geois d'Arras, lequel ains que les archiers commenchèrent à tirer sur les Gantois, se boutta sur les-» dits Gantois si avant qu'ils le tuèrent.

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