CHAPITRE XXVI
G)inment le duc de Bourgogne se courroucha à Charles son fils , et comment depuis le dauphin feit la paix ; et de la femme dudit Charles, qui accoucha d^enfent d^une fille ; et de plusieurs autres incidents.
L'aw dessusdit, mil quatre cent cinquaute-six , lé dix-septiesme de febvrier, monsieur dauphin, le le duc de Bourgongne, et Charles son fils, estants en la ville de Bruxelles , meut paroles entre k sieur de Sempis , aisné fils de messire Jehan de Croy , bailly de Haynaut , et le sieur d'Emeryes , fils du châncellier de Bourgogne , lesquels estoient chambellants d'iceluy Charles , comte , seul fils du duc de Bourgogne ; et la raison fust pour ce que, chacun des deux contendoit en Tabsence du sieiir d'Aussy, lequel estoit premier chambellan d'iceluy comte de CharroUois , estre le premier après lui ; et tant que ce bruit vint à la coignoissance du duc de Bourgogne , lequel manda son fils , et lui commanda que le sieur de Sempis fust le premier ; lequel respondit au duc , son père , que jamais ceux de Croy ne le gouvernerôient , ainsi qu'ils le avoient gouverné , et que trop le avoient gouverné. Pour lesquelles paroles , le duc se courroucha si fort à son fils, qu'il lui dit par courroux plusieurs injurieuses paroles, en lui faisant conimandement qu'il vidast ses pays ^ et tira
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une dague qu'il portoit pour le férir ; et le eust féru , s'il ne se en fust fui, car il en feit tout son pouvoir. Et après qu'il fust parti, jà-soit-ce qu'il fust près de la nuict, le duc manda un cheval et monta sus ; et nonobstant qu'il plust très bien , et feist ord (sale) temps, se partist tout seul de Bruxelles, et, comme homme courroucé, s'en alloit, ne lui en chaloit où , comme on disoit. Et la nuict venue, il se trouva en ung bois auquel il se perdit, et faillit qu'il se couchast en la maison d'un povre homme , audit bois ; lequel povre homme le conduisist jusques à Genappe, qui est, couime dessus est dict, à quatre lieues près de Bruxelles; auquel povre homme il donna huict pièces d'or; et combien qu'on ne scavoit où il estoit allé , toutesfois il fust incontinent suivi de ses gens , et tant quis ( cherché ) qu'on le trouva ; et fust tantost bien accompagnié et s'en revint à Bruxelles.
Et le vingt-uniesme jour dudit mois de febvrier, à la requeste de monsieur le dauphin , l'évesque de Liège , nepveu du duc , de la femme d'iceluy comte de Charrollois, de l'évesque d'Utrech , et de la duchesse de Bourgogne , le duc pardonna à son fils son courroux et mal-talent ; mais, pour tant que son fils avoit esté , comme on disoit , induit par aucuns ses serviteurs de vouloir avoir , contre la vol ontédesonpère, lesieurd'Eme ryes à premier chambellan, le duc feit bannir de tous ses pays deux des principaux serviteurs de son fils : le premier , appelle Guillaume Visse , maistre de
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sa chambre, lequel , ne avoit guëres de temps, estoit venu un povre valeton du pays de Champagne vers Bourgogne , et avoit premier servi Martin Cornille , recepveur-général et garde des chevaux, et delà servit ledit comte de Charrollois; le second fust un escujer , natif du pays de Bourgogne^ nommé Guyot Duisy.
Environ ce temps , monsieur le dauphin et le comte de CharroUois s'en allèrent à la chasse , en laquelle le dauphin , se perdist lui troisiesme , en ung bois , et pareillement se perdist lé comte. Et quai\t vint sur le soir, le comte , cuidant que iceluy dauphin fust retourné, s'en retourna à Bruxelles ; et sitost qu'il fust descendu , alla veoir son pèrç, lequel lui manda où estoit monsieur le dauphin, auquel respondit qu'il nescavoit, et<ju'il cuidoit qu'il fust revenu devant lui. Lors le duc se courroucha à lui , et lui commanda que prestement s'enrallast vers lui, et ne retournast jusques à ce qu'il l'auroit retrouvé ; ce que le comte feit, et y alla prestement. Et le duc feit monter gens de touts lez à cheval atout (avec) torses ardentes pour Je quérir ; lequel s'estoit jà esloignié huict grosses lieues de Bruxelles ; et n'euist esté ung paysan , auquel il donna une pièce d'or, qui le ramena, tant <ju'ils trouvèrent le comte de CharroUois et autres plusieurs qui le ramenèrent à Bruxelles vers le duc , lequel duc feit venir vers lui celui qui le avoit ramené, auquel il donna ung beau don.
En cest an mil quatre cent cinquante-six, par
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xxng mardy , dix-^septiesme jour de febvrier , madame Catherine , femme du comte de Gharrollois , et fille du duc de Bourbon, en la vill^ de Bruxelles^ accoucha d'une fille ; et la tinst sur fonts , monsieur le dauphin de Vienne , la duchesse de Bourgogne , et la dame de Ravestain , niepce d'icelle duchesse , et femme de Adolf de Clefves ; et lui donna iceluy dauphin, à nom Marie, pour l'amour de la reine ^e Franche , sa mère , laquelle s'appelloit Marie. A la nativité de laquelle fille on feit solemnelle fesle. Et à porter iceluy enfant à fonts, alloit devant le fils du duc de Guelfes, nepveu du duc de Bourgogne , lequel portoit ung bachin ; après lui alloit Addif de Clefves , nepveu aussi du duc , lequel portoit une couppe d'or ; ef, après alloit le comte d'Estampes, lequel portoit ung cierge bénit. Après lesquels trois, la duchesse de Bourgogne portoit l'enfant, et, à sa dextre, estoit le dessusdit dauphin, qui tenoit sa main sur le chief de l'enfant, en le soutenant; et y avoit cinq cents torches ou plus ; et feurent au baptesme, l'évesqtie de Cambray, frère bastard du duc, et l'évesque de Toul , abbé de Sainct-Bertin. A la venue d'icelle fille , par tattls les pays du duc , feurent faits feux et grande feste.
En ce temps, dame Isabelsiu, duchesse de Bourgogne, et fille du roy de Portugal, feit faire une religion de grises sœurs de l'ordre Sainct-Franchois, mendiants, en Flandres, en ung lieu nommé le Motte-au-Bois, es bois de Nieppe , et illeeq s'alla
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tenir , menant vie de dévotion ; et disoit-on qu'elle estoit mal do due son mary , à eause du discord qui avoit esté entre son fils et son mary ; et cuidoit le duc que ce euist esté par elle , pourquoy il ne vouloit parler à elle.
Audit an cinquante-six, par une nuict du vingtiesme , entre onze et douze heures à midy , en la ville de Tournay , ung nommé Guillebert de Brenay , recepveur de messire Guillebert d'Engbien , chevallier , assez près du Pont-à-Pont , fust occis par trahison, en le frappant par - derrière , par deux compagnons; desquels deux, l'ung d'iceux estoit frère de trois compagnons que iceluy recepveur avoit fait pendra par justice, comme murdriers, touts trois à ung arbre ; et estoient menés à ceste guerre à cause d'un héritaige que le recepveur avoit achepté , que ceux frères disoient à eux appartenir , dont guerre s'en estôil meue ; et en avoit morts de deux costés , de dix à onze hommes , que d'espée que par justice.
En ce temps, un nommé Jacotin d'Athies, bourgeois d'Arras, tua en ladite ville ung compagnon , nommé Miquelet de Wailly ^ sur le petit marchié, à l'entrée de la maison d'ung drapier, oùilcousoit chausses, et lui donna deux coups d'une espée dont il mourut ; et feit ce au contempt que icelui Miquelet avoit fait relever une fille de joye, qui estoit couchiée avecq lui; lequel fait fait, Jacotin se rendit prisonnier à la loy d'Arras; de laquelle mort dudit Miquelet il fust jugié quitte et deslivré
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à cause de ce que iceluy Miquelet estoit semons à soixante livres , et estoit es escripts de là ville ; et a esté cause que , par leurs privilèges, le jugèrent quitte et deslivré.
En cest an aussi^ derechief le duc de Bourgogne renvoya, devers lerojde Franche, les dessusdits Jehan de Croy et Symon de La^Uaing , chevalliers et autres en ambassade.
Audit an mil quatre cent cinquante-six , en la ville de Rome, mourut Jacques Cœur, où il s'étoit tenu honorablement et richement , combien que Je roy de Franche , dont il avoit esté son argentier , euist retenu tout ce qu'il avoit en Franche. Après laquelle mort, lerçy de Franche, touts ses biens rendist à ses hoirs, et se repentist et. fust moult courrouché de ce que oncques on le avoit fait mectre prisonnier.
En cest an aussi, environ la fin du caresme, mourut le patriarche d'Acquillée, lequel avoit surnom Connenel ( Juvenal des Ursins) , et estoient quatre frères, fils du sieur de parlement de Paris, dont Tung estoit chancellier de Franche, l'autre archevesque de Reims ; lui patriarche d'Acquillée^ et l'autre chevallier en armes ; et les, avoit ainsi fait le roy de Franche , pour le sens qui estoit en eux et qu'il les aimoit.
En cestuy an , on leva en la comté d'Artois, les tailles que on avoit accordées au duc de Bourgogne, ou cas qu'il iroit sur les Turcs ; et les leva-t-on pas constrainte du duc , nonobstant qu'il n'allast
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nulle part, et qu'il euist dit qu'il n'en vouloit nulles , jusques à ee qu'il iroit sur lesdits Turcs.