‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 85 sur 125 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Comment le dac de Boargogne mena le daophin à Bruges , et de rbonnéur que on lui feit ^ et autres ckoses.

Environ la Pasque ensuivant , mil quatre cent cinquante sçpt > Philippe , duc de Bourgogne , se partist de Bruxelles, en la compagnie de monsieur Loys , aisné fils du roi de Franche , dauphin de Vienne , et s'en aUa à Oudenarde au giste , et le lendemain ati giste à Courtray, et de Courtray à Bruges. En laquelle ville de Bruges y ains qu'ils entrassent ens , vindrent allencontre d'eux les nations qui se tenôient à Bruges , chacune nation vestue de diverses couleurs , touts en habits de soie ou de velours, et les bourgeois pareillement; et estoient , comme on, disoit , bien huict cents hommes touts vestus de soie, sans autres richement habillés, et sans le peuple qui issit hoi^s la ville pour veoir ledit monsieur le dauphin. Et pour certain monsieur le daulphin n'avoit oncquesmais veu tant de gens , que issist de la ville , et n'eùist point cuidé comme à peu en euist autant en la comté de FlaifHres , au moins en la pluspart* En icelle ville de Bruges fust Iç dauphin , pour

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rboniieur du duc , et aussi que ainsi le volloit , receu moult honorablement , et tant que on ne porroit de plus.

En ce temps couroient plusieurs mauvais garnements en Artois , en Picardie et ailleurs , lesquels desrobboient les pauvres gens, et aucuns prenoient et vendoient aux Anglois ; et si n'en faisoiton nulle justice ; et s'accompagnoîent aucunes fois avecq ceux de Calaix qui estoient Anglois. Et fust prins d'eux environ ce temps ung gentilhomme de la comté de Sainct-Pol , nommé le Brun de Cuincy , en revenant de l'hostel de son frère , par aucuns Anglois , et mené «à Calaix ; mais environ trois xaois après , par lettres que le duc de Bourgogne feit rescripre , il fust deslivré sans ranchon, mais si lui cousta-t-il en despens plus de quatre cents couronnes d'or.

En ce temps aussi , en mai , revindrent de devers le roi de Franche lesdits messieurs Jean de Cvoy et messire Symon de Lallaing , et arrivèrent à Bruges devers le dtic ; de ce qu'ils bésoingnèrent je n'en peus rien sçavoir.

En ce temps aussi, le neuviesme jour de mai, l'an dessusdit , ung compagnon lahourier , nommé Florent, dit Daraustra , natif de Seclin , lui septiesme , feurent prins en la chasteltenie de Lille,, en ung villaige nommé Raimbaucourt , et fust ledit Arroustta , Hacquenet , Anglois , et encoires ung , lui troisiesme > pendus à ung' arbre , et les aultres feurent menés à Lille prisonniers ; et là

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cause pourquoi feurent pendus esloit que ledit Arroustra se tenoit es bois , et par nuict alloit par les vîllaiges compo^r les bonnes gens ; et avoit tué un hostellain au Pônt-à-Rache, et le craignoit-on moult fort , pour tant qu'il estoit accompagnié de plusieurs mauvais garçons ; car qui ne lui donnoit ce qu'il demandoit, ,il les metiachoit de tuer et ardoir leufrs maisons. Il estoit ïe plus tel homme de tout le pays, mais toùts les jours il s'efForcoit de faire mal , et escripvoit es lieux , au moins en plusieurs où il se hostelloit , comme par mocquerie : « Harroustra , si on te tient , on te pendra ; •> laquelle dérision et mocquerie lui fust prophétie é En icellui temps, uiig pelletier , noranlé Jean Pinte , mourut le vingt-septiesme jour du mois de juing audit an cinquante sept , et le lendemain matin, ainsi que Jean Pinte fust mis en terre , sa fçmme , laquelle estoit josne femme de trente quatre ans On environ , fiancha et espoosa ce propre jour, ung nommé WiUemet de Noenville , pelle^ tier ausài , de l'âge de vingt ans oïl environ , et la nuict ensuivant coucha avecq sondit second liiari. Je tnets ce par escript , pour tant. que, comme je crois ^ on a veu peu de fenimes sibi plutost remarner , combien que- en aulcunes manières on la . pourroit excuser; car en ce temps, par tout le pajj du due de Bourgogne , sîtosi qu'il advenoit que aucuns marchands, labouriers et aucune fois bourgeois d'unç bonne ville ou officier trespassôit de ce siècle , qui fust riche, et il délaissast sa femme

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riche , tantost ledit duc , son fils ou autres de ses pays vouUoient marrier lesdites vefves à leurs archiers ou autres leurs serviteurs ; et falloir que lesdites vefves, si elles se voulloient marrier, qu'elles eispousissent ceux que leurs seigneurs leur voulloient bailler , ou fissent tant par argent , au moins tant à ceux qui les voulloient avoir , comme à ceux quigouvernoient les seigneurs , et aucunes fois aux seigneurs mesmes, que ils souffrissent qu'elles se marnassent à leur gré ; et encoires estoientelles les plus heureuses , qui par forche d'amis et d'argent en pouvoient estre deslivtées ; car le plus souvent , volsissent ou pon , si elles se voulloient taiarrier , il falloit qu'elles prinsissent ceux quelesseignurs leur voulloient bailler. Et pareillement , quant ung homme estoit riche et il avoit une fiile à marrier , s'il ne la marmioit bien josne , il esloit travaillié , conime est dit ci-dessus.

En celui temps aussi , pour obvier aux courses et entreprinses que les Anglois faisoient au pays du duc Philippe de Bourgogne , le duc envoya à Saint-Onaer, Jehan, comte d'Estampes , Anthoine, bastard du duc , et autres. Devers lequel Jehan , comte d'Estampes , vint le comte de Werwicq , capitaine de Calaix j et se trouvèrent ensemble lesdits comtes en plain champ , chacune partie bien accompagniée de chevalliers , escuyers et archiers en armes. Et fust icelle journée de parlementer entre l^dit comte d'Estampes , pour «t au nom du duc , et ledit comte de Werwicq , Anglois , pour

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et au nom du roy Henry d'Angleterre , Je premier de juillet ; auquel jour fust tant traictié , que trefves feurent données entre lesdits Anglois et ledit due , l'espace de huict ans , et avecq ce fust rendu le Brun de Cuincj , lequel un peu de temps de-; Tant avoit esté prins et mené .à Galaix.

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