CHAPITRE XXXIIL
Comment, à la requeste de ceux de Gand , Philippe, duc de Bourgogne, alla à Gand; et comment ceux de Gand le receuprent honorablement; et autres choses.
Le vingt-troisiesme jour d'apvril, Tan mil quatre cent cinquante-huict, après Pasques, à la requeste de ceux de Gand, qui par long-temps devant avoient fait prier et requérir, lant par monsieur Loys , aisné fils du roy de Franche , dauphin de Vienne , comme par plusieurs autres grands sieurs, à Philippe, duc de Bourgogne, leur sieur, qu'il lui pleust venir en sa ville de Gand , mais le duc n'y mena pas ledit dauphin, Charles de CharoUois, son fils, ne le sieur Croy, son principal gouverneur. De laquelle entrée du duc en ladite ville de Gand, je vous veux ung petit compter. Il fust vrai que ainsi que le duc entra en ladite ville , quant il fust à un
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quart de lieue près, vindrent allencontre de lui tout le clergié de ladite ville , chanoines, prestres, et touts autres gens d'église à procession, revestus de riches cappes; et j avoit six abbés; après les gens d'église, vindrent en belle ordonnance le grand bailly de Gand , nommé messire Robert de Gouy, chevalier, capitaine de cinquante hommes à cheval, gens de justice, touts d'une livrée, èsquels estoient ceux de la loi; après, vindrent les doyens des mestiers , dont il y en avoit soixante-dix, chacun doyen accompagniéjusquesà dix hommes de leur mestier des plus honorables; et avoit chacun doyen et ceux de sa compagnie chacun un manteau tout d'une couleur, et à chacun doyen de diverses couleurs ou fâchons; après, vindrent les nobles hommes de la ville , chevaliers, escuyers et bourgeois, qui estoient jusques auhombre de cent, ou plus. Et quant touts les dessusdits de Gand feurent venus jusques auprès dudit duc leur seigneur, le bailly de Gand s'approcha du duc en disant telles paroles : « Mon très honoré seigneur, voyez cy ceux de vostre ville de Gand qui vous requièrent et prient (et lors se meirent touts à genoux, et joindants leurs mains) qu'il vous plaise oublier leurs outrages et mauvaises volontés qu'ils ont eus par ci-devant, et eux tout pardonner, car ils sont touts prêts et appareillés de vous servir, obéir , et estre vos pauvres subjets, et mourir, se besoing est, avecq vous; » en disant plusieurs autres paroles, lesquelles je ne sçaurois racompter, car je n'estois pas présent.
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En la compagnie du duc estoient Jehan , comte d'Estampes, Adolf de Çlefves, nepveux du duc, A uthoine, bastard du duc, et plusieurs autres grands seigneurs, jusques à bien douze cents hommes, chevaliers. Ce fait, le duc se meit en chemin, lesdits de Gand devant en belle ordonnance, comme ils estoient venus. Devant lui estoient touts ses héraulx et rojs d'armes, vestus de leurs robbes d'armes, jusques au nombre de dix-huict à dixnœuf; après, six trompettes dudit duc, combien que avecq ceux de Gand estoient biei^ trente trompettes, ou plus; devant ledit duc estoit son escuyer d'escurie , nommé Meliador, et qui portoit l'espée; et autour dudit duc estoient ses archiers de corps , jusques au nombre de cinquante, touts à pied. Quant approcha la ville, sy veit les portes de ladite ville , que ceux de Gand avoient fait despendre et mectre hors de la ville à pleins champs, adfin que le duc ne se doubtast de quelque mauvaistié, ne trahison.
Quant le duc entra ep la porte de Gand, veint une pucelle, belle et josne, laquelle descendit par engins, qu'on avoit fait de bien hault ; laquelle pucelle salua le duc en disant telles paroles en latiii : Inveni quem diligit anima mea* Après ce fait, et que le duc fust entré en la ville , touts ceux de dedans la ville crioient Noël ! Et y avoit les trois parts de ceux qui le voyoient qui plouroient; et pareillement ceux de la compagnie du duc, de pitié pour l'humillitë qu'ils voyoient que ceux de
la ville faisoient ; car depuis la première porte de Gand jusques à Thostel du duc , estoient toutes les rues tendues des plusTiches draps que on a voit peu trouver: et selon les fenestres estoient tout du lon^r des rues torches allumées ; et , disoit^^on qu'il y en avoit plus de quarante mille, mais je m'en attends au voir, (vrai) De carrefour en carrefour, dont il y a plus de quarante, avoit hours faits, où on jouoit histoires par signes , les plus riches que on pooit veoir; et sur le grand pont en la rivière, avoit ung grand basteau couvert de drap , et tout autour des torses ardentes ; et sembloit qu'elles ardissent en l'eaue ; et pareillement autour du basteau et dedans avoit plusieurs beaux jeux de mistères. Par les carrefours aussi estoient grands feus allumés ; entre les autres en feirent ung devant le Vieil Chasteau , où y avoit, comme on disoit, dix-sept grosses charrées de bois , à quatre chevaux chacun ; car, à brief dire , du vivant d'homme on n'avoit veu faire à roy ne à princes si noble et riche entrée et recueil ; et ainsi alla le duc jusques à son hostel, où il meit plus de deux heures, à cause des mistères que on lui montroit. Et à l'entrée de son hostel , ceux de la ville de Gand , lesquels avoient fait tuer ung lion, et dedans la peau du lion avoit ung homme , lequel vint prendre ledit duc par la bride de son cheval, et le mena dedans son hostel. Et le lendemain, tout avant la ville de Gand feirent feus; et mectoient tables par les rues, et y mangeoient et beuvoient; et ne voy oit-on que hours chargiés de joueurs de pei -
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sonnages qui en touts leurs jeux rendoient grâce audit du*c de l'honneur qu'il leur avoit fait, toujours en eux humilliant , et à l'honneur dudit duc et des seigneurs.
En ce temps, le quatorsiesme de mai mil quatre cent cinquante-huit , en ung villaige nommé Sonastre, à six lieues près d'Arras, ung compagnon àmarrier, laboureur, nommé Jennin de la Bonne, natif de Sailly-au-Bois, occit et murdrit sa mère, et lui donna trois coups de coustel en la gorge , et puis lui couppa la gorge ; laquelle mourut sans confession. Après lequel fait, ledit Jennin fust prins par la justice dudit sieur de Sonastre , et fust pendu audit lieu, le penultiesme du mois ensuivant.
Oudit an aussi, mil quatre cent cinquante-huit, le quatorziesme de mai , en la cité d'Arras, feurent prins par justice deux compagnons, l'ung nommé Jennin Boulois, natif de Leuze en Haynault, brasseur, de l'âge de trente-six ans, l'autre natif de ladite cité, nommé Collart Muette, cordonnier, de l'âge dedix-hiiict ans, pour lemaudit et ord peschié de sodomie; et confessèrent leur cas; et fust ledit Jennin bruslé et ard3 lez le gibet de l'évesque,^ nommé les Hoschettes.
Le dix-septiesmedumois, fust, comme dislest, ards ledit Jennin, lequel avoit empunaisié de cestuy maudit peschié plusieurs bonnes villes, car il confessa l'avoir commis à Amiens, Saint-Quentin, cité et ailleurs, et l'avoir continué l'espace de dix-huict ans. Il en accusa plusieurs, dont il en ^
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oit prias à Arras deux compagnons , l'un nommé Oudinet Blas, natif de Blangy en Ternois, piqueur, l'autre nomtné Hacquinet l'Hoste, natif de Bouchain , brasseur. Lequel Oudinet cognut avoir fait ledit peschié depuis Pasques passes seulement, avec aucuns larchins^ pourquoi il fust condamné par les eschevins d' Arras à estre ards ; et fust ards lez le gibet de la ville, le dix-huictiesme de mai; et ledit Hacquinet fust requis, comme clercq, par l'évesque ; mais les eschevins d' Arras ne le voUurent rendre, ains envoyèrent devers le duc de Bourgogne, leur seigneur, pour scavoir ce qu'il voUoit que on en feit; lequel duc leur rescripvit qu'il volloit que autant que on trouvoit, feussent prestres, clçrcqs ou lais, que on les ardist. Geste response eueparlesdits eschevins, condempnèrent ledit Hacquinet à estre ards; et fust ards au lieu où ledit Oudinet avoit esté , à scavoir, audit gibet d' Arras, le vingt-cinquiesme de mai ensuivant.
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