‹ Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet (volume 5)Chapitre 90 sur 125 · CHAPITRE XXXIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIÏ

De la maladie da roy Charles , et de plusieurs autres choses.

Em, ce temps, Charles, roy de Franche, en la ville de Tours en Tourraine , fust sy malade que on disoit touts les jours qu'il estoit mort ; et feit-on à Paris et en plusieurs lieux du royaume , processions et prières , adfin que Dieu lui envoyast santé , et assés tost après il fust guéri. Et tantost qu'il fust guéri, il envoya ung gentilhomme vers Philippe, duc de Bourgogne , porter lettres de crédence , lequel escuyer trouva le duc à Bruges ; et après ce qu'il lui oit présenté ses lettres , ledit duc lui dit qu'il dist sa crédence. Lequel dit audit duc, que

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Charles, roy de Franche , avoit mis en sa garde le damoiseau de Rondemach et toutes ses terres , ens ou royaume et dehors , lequel Rondemach avoit la pluspart de ses- terres en la duchié dç Luxembourg, et avoit toujours esté pour le roy Lanselot contre ledit duc. Ledit. duc lui respondit que les terres dudit damoiseau n'estoiei^t pas au royailme de Franche, ains estoit ledit damoiseau subjet à lui, et en ce n'y avoit Charles, le roy, queveoir; et dit au messagier : « Je.vodrois bien sçavoir se le » roy veut tenir la paix qui fust faite à Arrais entre » luiet moy, car au regard de moy je nelabriseray » pas; mais je vous prie que vous lui disiez qu'il me » fasse sçavoir sa vollohlé^etme recommanderésen » sa bonne grâce , car je sçay bien qu'il n'y a nul de » son conseil que me aime, >y Et ceste response faite par le duc , le lendemain le duc envoya une secrète ambassade devers le roy.

Durant le temps de ces choses, le comte de Sainct-Pûl estoit devers le roy Charles , et disoit-on qu'il euist esté voUontierS connestable de Franche.

En ce temps, on doubtoit fort q ue le roy ne volsist mouvoir guerre contre le duc.

Oudit an cinquante-sept, il fust sy fort et grand hyver et long, que depuis le Saint-Martin d'hyver jusqu'au dix-huictiesme de febvrier, il ne desgella pas , pourquoy le gros fust rompu. Il gela 3y fort que on passoit la rivière d'Oise et plusieurs autres rivières à chariost et à cheval; et se feit en la fin moult grandes neiges, et sy grande multitude en

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quiet (tomba), que cpiant il déSgella ilfit sy grande lavasse, qu'il n'estoit point mémoire d'homme que on les éuist veu si graudes , et feirent moult dommaiges*

Oudit an, le vingt-déu^esme de febvrier, il feit , par l'espace de buict heures , sy grands vents en la ville d' Arras et environ , qu'on n^avoit veu de long-temijps devant sy grand ne sy dommageuî. Il abbatdten la ville et en la cité d' Arras plusieurs queminées et descouvrit plusieurs maisons , et es villaiges d'entour abbattit grandes maisons et gros arbres. Et le vingt-quatriesme dudil mois feit pareil imjpétueuxvent, qui dura depuis minuit jusques à midy on plus : en la ville de Bruges abbattit murs et rtiaisons et occit plusieurs gens.

A l'Escluse , périt une grosse nef pleine de fruits de caresme j et entre l'Escluse et le Dam pareillement encoires une nef pleine aussi.de fruits de caresme , et y feurent noyées trois personnes.

En la ville de Lille , abbattit partie d'une des portes de la ville , et plusieurs murs et queminées, et occit une josne femme ; et généralement par tout le pays d'environ , c'estoit grande pitié en estre, tant pour le péril que pour le dommaige comme le vent y faisoit; et dirent aucuns que la terre croUa , mais il ne fust point certiffié.

Audit an , Baudechon Mallet et son frère , fils de Jehan Mallet , maistres de la chambre des comptes de Philippe , duc de Bourgogne , à Lille , feurent prins en ladite ville pour avoir forché une josne

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femme armée (J'ung -compagnon : et par>.esj)écial ledit Bàudecho» avôit fait la forche, pourquoi il fust mené eris ou.chasteau de Lille , et illecq , tatat pour ledit ca;5 que pour autres, comme d'avoir fué ung sergent en ladite ville , par le commandement de Charles, coïrlte de CharoUois, fust descapité. Mais ledit feaudechon ne se vôuUoit agenouiller , et ne voûUoit souffrir qu'on le descappitast.. Quaiat le'bonrel vi^tcfe, ledit Baudechon estant droit, d'ung revers de l'espée^pat^-devant par la gorge, lui- envoya la teste sus les espaules > ce qu'on n'avoit oncques T\i faire ; et sien pqrtoit qu'il* n'avoit point commis 1^ cas , fust envoyé prisonnier à Cbaulline , une -forteresse où decoustune on envoyoit les malfaiteurs pour mieux les punir.

Oodit an aussi, environ le -caresme, iet après Pasque,. l'an niil (juatjre cîenl cinquante -hqit, grande? multitude d'AJlema"ns et de Brabançons et d'autres pays ,/tant homities que femmes et eiifants, en très graftd notnbre , par plusieurs fois passèrent par le pays d!Artois , et leS pays environ, et alloiçnt en pèlerinage au nK)n.t Siaint-Miehel ; et disoient que c'êstoit par miracles qne monsieur saint Mieliel aroit fait en leur pays. Pt en tre.au très chpses racomptoiertt que ung homme mourut soudainement en battant son enfant, pour ce que l'enfant voulloit aller au mont Saint-Michel ; et disoient que monsieur Saint-Michtel le avoit fait mourir. Aucuns disoient aussi que communément ceste volonté leur venoit, et ne scavoient pourquoi, sinon

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que nullement ne pooient avoir repos par nuict qu'ils n'euissent volonté de aller- yisïter le saint lieu du mont Saint-Michel ; et eh, y. passa plusieurs milliers par plusieurs fois.

Et^ cest an aussi^ par le jour du grand vênderdi , mourut Charles, sieur de Rochefôrt , chevalier lequel Charles estoit premier clKimbellaii et. principal gouverneur de 3ehan , comte d'Estampes; et ne fbst que deux ou trois jours malade. Et combien qu'il euist bon sens et entendement, sj ne' voullustil oncques oyr parler de confession ni de recepvçir les sainfô sacrements; etsj trouva-t-on aprèssa mort bien cinquante mille escus qui estoiént à lui.; sy ne avoit ojQçques esté marrie et avoit bien cinquante ans. Ledit Charles fust peu plaint , car'il estoit trop convoiteyx , et disoit-on que ce s^voit esté par lui que la comtesse d^Ëstampes avoit esté mal de son mari. ^1 avoit fait en son temps , par convoitise , moult de cTioses desraisonnables, et entre les autres j'en dirai une : il avoil fait mectre par forche et par puissance, en l'église de Saint-^Guislain en Haynault, img abbé nouvel, jà-soû-ce que l'abbé n'estoit poiiit mort, lequel abbé, qu'il avoit fait mectre par son fol gouvernement. , avoit destruit une autre abbaye en Haynault, nommée Mons , et sy avoit cousté à ladite abbaye de Saint-Guislain, pour cuider résister de non avoir ledit abbé, plus de trente mille livres, monnoie de Hajnault, sans huict cents livres de rente que ledit Charles prenoit chacun an sur ladite église, sa vie durant, que

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l'abbé qu'il avoit mis lui a^oit donné , sans autres dons qu'il debvoit avoir. Et environ ce temps aussi, ledit abbé mourut, et jusques aii nombre de sept personnes , qui avoient esté cause du dommaige de ladite église , pour y mectre ledit abbé , qui sont choses miraculeuses. Audit Charles succéda en son office Hues de Longueval, chevalier, sieur de Vaux.

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