CHAPITRE XXXVI
Delà venue de la femme du comte de Neyers à Lille devers Philippe, duc de Bourgogne, et de la feste que on lui feit j et autres choses.
Ljb quinziesme d'aoust, audit an ckiquante huict, PhiKppe , duc de Bourgogne , estant en la ville de Lille, Charles, comte de Charollois, Charles, comte de Nevers, Adolf de Clefves, et plusieurs autres princes et seigneurs montèrent à cheval et allèrent allencontre de la femme dudit Charles, comte de Nevers , laquelle estoit fille du sieur de Labret, en Auvergne, et laquelle venoit veoir le duc ; et la rencontrèrent environ une lieue près de la ville. La amenoit Jehan, comte d'Estampes, frère du comte de Nevers, lequel l'estoit allé quérir en Retelois. De l'honneur que le duc feit à ladite dame , et des esbatements , belles compagnies et mystères que ceux de la ville feirent à l'entrée de ladite dame , longue chose seroit à racompter ; â m'en tairai. Mais elle , venue en ladite ville , descendit à l'hostel dudit comte d'Estampes; et descendit le duc de son cheval pour la mectre jus de sa hacquenée , sur quoi elle séoit , et puis la mena en sa chambre , et durant toute la nuict on joua jeus de personnages devant son hostel ; et le lendemain vint en ladite ville la comtesse d'Eu ,
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fille du sieur d'Antoiag , allencontre de laquelle le duc alla et la ramena jusques en sou hostel. Et le lendemain messire Philippe, de Lallaing, che- ^vallier , feit une jouste de sept courses de lanches contre touts venants. Etle samedi ensuivant, Adolf de Clefves jousta contre touts venants ; et le dimanche ensuivant,Charles,filsdudit duc, Anthoine, bastard de Bourgogne , son frère , eux vingt , tournoyèrent contre autres vingt, lesquels estoient messire Philippe Sainct-Pol, et Philippe de Bourbon, le bastard de Brabant , ledit Adolf de Clefves, et plusieurs autres grands seigneurs. Et ce temps durant feirent banquets et mangers les plus riches que l'on pourroit dire ; et en feit ung ledit duc , et ledit Adolf; et puis en feirent ung ceux de la ville, où estoient dames, damoiselles et bourgeoises de la ville* Et ainsi fust ladite dame festoyée dix jours durant. Et le onziesme jour, ladite dame de Nevers se partist de ladite ville, pour aller à Englemoustiers , où estoit la comtesse d'Estampes, sa belle-sœur ; et la convoya le duc et ledit Adolf avecq lui , lui sixiesme armé au blanc , chacun ayant sa lanche derrière. Et comme ils la convoyoient , environ ung quart de lieue près ladite ville , à ung ponchelet , vindrent à l'encontre desdites dames , Charles , comte de CharroUois , fils dudit duc , et messire Anthoine , bastard dudit duc , eux sixiesmes , armés tout au clair , lesq\iels vindrent audit ponchelet, demandèrent audit Adolf qui il estoit, et où il menoit ces dames; lequel
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leur respondit qu'il ne leur chaussist (importât), et qu'ils les laissassent passer leur chemin, car ils ne demandoient riens. Lors ledit Charles, comte de CharoUois, lui et ses gens avallèrent leurs lanches, et ledit Adolf pareillement , et se ferrent ensemble; et rompit chacun sa lanche; puis saisirent leurs espées, lesquels estoient rabattues ettournantes;et illecq, comme en ung tournois, battirent tant l'ung l'autre, que chacun se recrandist (rendit); et quant chacun fust recrand , ils ostèrent leurs heaulmes , et vindrent aux dames , et les meirent en ung très bel hostel assés près dudit pont, qui estoit au frère maître Betremy , à le Truye , jadis maître de la chambre des comptes dudit duc, auquel lieu ledit comte de CharoUois avpit fait appointer ung moult riche mangier ; et après mangier chantèrent et dansèrent; et après tout ce, les dames remontèrent à cheval ; et illecq print congié le duc aux dames, et s'en retourna à Lille , et les dames^ et ledit comte de Nevers , et comte d'Estampes , à Englemoustier.
Environ ce temps, ung chevallier, nommé le sieur de Roncq , lequel avoit espousé la soeur bastarde du comte de Saintc-Pol , et lequel estoit l'un de ceux qui mectoient à exécution aucuns crisminaux faits quant le comte de Sainct-Pol les vouUoit faire faire ; c'est à sçavoir ; de voye de fait , et de battre ou tuer ung compagnon, lequel avoit fiancé une josne fille, laquelle ledit sieur de Roncq ne vouUoit pas qu'il prinst , pour ce qu'il
l'aimoit , feit prendre ledit compagnon environ la ville de Renty , puis le feit coucher à terre et coupper la lâchure de son pourpoinct , puis coupper les génitoires et son membre , puis lui feit fendre le ventre et prendre le coeur de son ventre, et partir en deux , et ainsi mourut. Pour lequel fait Philippe , duc de Bourgogne , envoya audit pays , pour le cuider prendre , aucuns de ses archiers ; mais ledit sieur de Roncq s'espaysa et ne le trouvat-on point, pourquoi le duc feit mectre toutes terres dudit chevallier en sa main ; et assés tost après derechief il envoya encoires deux des enfants basta^ds de Renty , chevaliers, son maitre d'hostel, chambellan et capitaine de ses arcliiers , accompagnés de sept ou huict de ses archiers de corps pour prendre ledit sieur de Roncq s'ils le pooient trouver. Lesquels allèrent à Hucqueliers, assés près du lieu où ledit sieur de Roncq avoit son logis , et illecq se tindrent huict à dix jours sans ce que on sceut pourquoi ils se y tenoient. Eux estants audit lieu de Hucqueliers , on rapporta aux Anglois de la garnison de Calaix qu'il y avoit des archiers du duc qui espioient s'ils sauroient nuls Anglois dudit Calaix pour les prendre ; pourquoi environ cinquante ou soixante Anglois se meirent hors dudit Calaix et s'en allèrent embucher en ung bois à trois lieues près dudit Hucqueliers ; et en y oit huict qui les allèrent ourdoier autour dudit Hucqueliers, où que les dessusdits estoient. On vint dire auxdits bastards et archiers qu'il y avoit là entour des An-