‹ Chroniques d'Enguerrand de MonstreletChapitre 29 sur 54 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Comment le dac de Normandie feit son entrée à Rouen j et comment tantost après le roy, k forche cl^armes, .rentra «n Normandie; et se rendit tout le pays à lui , lequel H osta à sott frère y et d^aucuns hérétiques en nostfe foy qui feurent ards en la ville tle Lille.

Après que le comte de CharoUois fust parti de Gonflans, Charles, frère du roy, nouveau duc de Normandie , accompagnié du duc de Bretaigne , du comte de Dunois et autres seigneurs , prist son chemin pour aller au pays de Normandie, lequel estoit du tout à son obéissance, et alla jusques à la Sainte-Catherine, emprez Rouen. Ceux de la ville de Rpuen , pour recepvoir leur nouveau duc , feirent des grands apparaux ; et conclurent le duc et ceux de la ville, que le jour Sainte-Catherine, en décembre , le duc entreroit en la ville de Rouen, auquel jour, comme ceux 'de Rouen avaient leurs choses toutes prestes, et estoient prests pour recepvoir leur duc à grand toaneu», le duc ne yenoit,^

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pour taut^ comme on disoit, que le duc de Bretaigne lui donuoit à entendre qu'ils faisoient faire aucuns habillements pour entrer en pompe en la ville, et lui prioit qu'il attendist qu'ils fuissent faits. Mais on disoit encoires qu'il tendoit à autre fin , c'estoit de mener le duc en Bretaigne , pour le gouverner et le pays de Normandie à son plaisir, et avoir aucunes vUles de la duchié deNormandie , qui estoient sur les marches de Bretaigne ; et si voUoit mectre toutsofficiersen Normandieàsiiposté,ceque lesNormands ne vouUoient souflFrir ; de toutes lesquelles choses , je ne sçais pas bien le vrai. Mais ceux de Rouen voyants que tout estoit prest pour recepvoir leur duc, estants adverlis des choses dessusdites, par le conseil de messire Jehan de liOrraine, comte de Harcourt, et frère du comte de Vaudemont, lequel estoit principal gouverneur du nouveau duc de Normandie, et l'y avoit mis le duc de Bretaigne, avecq lec[uel il se tenoit ; ceux de Rouen et la communauté de la ville en armes vindrent à Saii^te-Catherine lez Rouen où estoit leur duc et le duc de Bretaigne , accompagnié dudit Jehan de Lorraine, lequel, présents touts, dit au duc de Normandie, que ceux de Rouen le venoient quérir, et qu'il lui pleusist à partir;et de fait l'enmena, le tolsist le duc de Bretaigne ou non ; et disoit-on que autrement le duc de Normandie ne scavoit issir de la compagnie du duc de Bretaigne. Et s'en alla le duc de Normandie, avecq les déssusdits , en 1» ville de Rouen, en laquelle il fust^'moult hautement fes-

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toyé ; mais la feste durant que Ton festoyoit dedans Rouen , le duc de Bretaigne , lequel duc Testoit venu accompagnier , et avoit laissié ses gens d'armes, ce voyant, partist de Sainte-Catherine , et s'en alla avecq ses gens d'armes; et tira lui et son armée vers Bretaigne , et passa par le pays de Normandie, en pillant et dérobbant tout le pays ; et ne laissoient licts, lincheux, étraim, que^ touts ne feissent emmener avecq eux sur cars ; et mesmement se rendirent plusieurs villes à lui , comme la ville de Rennes et autres ; auquel lieu de Rennes il laissa le chastel garni de ses gens^ hes choses dessusdites faites par le duc de Normandie et le duc de Bretaigne , tantost que le roy fust adverti de ce que le duc* de Bretaigne avoit fait contre son frère, feit son arrièré-ban , et assembla tout ce qu'il peut savoir de gens d'armes, et entra en Normandie; et premier alla à Rennes, laquelle lui fust rendue par le duc de Bretaigne. Ce fait , toutes les villes de Normandie, réservé Rouen, Louviers, Pont-à l'Arche et aucuns autres chasteaux se rendirent au roy sans coup férir. Et ne laissoit pour ce marchandise à courir au pays , pour tant que entre les gens du roy et de son frère n'y avoit encoires eu nulle bataille ne rencontre ; car le duc de Normandie avoit peu de gens , si ne se osoient moubvoir ni trouver devant les gens du roy. Le duc estoit en la ville de Rouen, auquel ceux de Rouen avoient promis de le tenir à seigneur et non autres , et en ceste querelle mourir avecq lui^ mais tout le

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contraire advint,car, asséstost après, le duc de Normandie, qui n^estoit pas asseuré dedans la ville de Rouen , s'en partist et s'en alla devers le duc de Bretaigne , qui le receupt bénignement. Ceux de Rouen , incontinent le duc parti , se rendirent au roy ; si feit le Pont-à-l' Arche et Louviers, et briéf le roy reprist en sa main toute la duché de Normandie. De toute laquelle rendition fust cause le duc de Bourbon , par lequel la duché avoit esté mise en la main du duc de Normandie ; mais prestement le traictié fait , le roy se gouverna par lui en son conseil, par lequel duc de Bourbon, beaufrère du roy, la duché fut remise en la main du roy ;et feit noyer le seigneur d'Esternoy, pour ce qu'il avoit esté cause de la rendition de Rouen à son frère ; lequel seigneur d'Esternoy avoit esté général de Normandie, du temps du roy Charles ; lequel estoît moult aimé au pays,et tenu pour moultsage homme. Il estoit homme de grande dévotion , et , comme oo disoit, ne couchoit point sur lict; il vestoit unehayre sur la chaire nue ; il ne mangeoit à son repas que d'ung mez ; il se confessoit touts les jours et faisoit moult d'autres abstinences et aumosnes. Le roy, pour la cause dessusdite, en feit d'autre^ mourir à Rouen et en Normandie, dont je ne peuxsçavoir les noms ; et fust tout ce fait au mois de décembre l'an soixante-cinq.

L'an dessusdit, audit mois de septembre, en la ville de Lille, feurent preschiés publiquement cinq hommes , lesquels on appeloit turlupins ; et estoient

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faux hérétiques et incrédules en la foi chrestienne, lesquels estoient de la Tille de lille ou environ ; et en les.preschant , feurent desclarées les erreurs que les très desléaux avoiént crues, desquelles ils se rappellèrent les quatre ; et crièrent merci à Dieu et à l'Église ; et pourtant que c'estoit la première fois qu'ils estoient reprins d'hérésie, leur fust pardonné et feurent respités (épargnés ) d'estre ards , moiennant la pénitence qui leur fust enjointe, enleurdesclarant sur le feu que jamais ne creussent nulles d'icelleserreurs et autres; et l'autre fust ards, et son corps ramené en poudre.

Et jà- soit-ce que les erreurs et incrédulités sont choses abominables et merveilleuses à oir à touts bons chrestiens ; toutesfois , adfin que chacun se garde de telles erreurs et de hanter tels faux et mauvais hérétiques , je veux ci mectre par escript et desclarerai quatorze articles , pour lesquels ils feurent preschiés, et confessèrent estre plusieurs de leur fause crédence et compagnie, et qu'ils s'assembloient ensemble secrètement et oyants touts l'ung d'eux qui lisoit leurs livres d'hérésies et fausse incrédulité. Et pour venir au poinct des quatorze articles de leur incrédulité,

Le premier estoit, qu'ils disoient que Christ estoit plus véritablement au chiel que au sacrement de l'autel ;

Le second^ ils disoient quel'eaue bénite estoit de nulle valeur, et qu'elle ne pooit estre bénite ;

Le tierch, qu'il n'est nul prestre ^ et si n'est pas de sacrements ;

Le quart , qu'il n'est pas de pape en l'église de Rome;

Le cinquiesme^ que la Vierge Marie , mère de Dieu , n'est point advocate des pescheurs , et que en elle ne es saincts ne doibt estre mise nulle espérance ;

Le sixiesme , que le signe de la croix est de nulle valeur;

Le septiesme , que le peschié d'adultère est plus grand que hérésie ;

Le huitiesme^ que on peut bien dire, je crois en Difeu , mais non au Saint-Esprit ;

Le neuviesme, que on ne doibt point se confesser aux prestres ;

Le dixiesme , que ce n'est point peschié que de mangier chair en caresme ;

Le onziesme , que Jésus-Christ ne instituist pas de jeusnes ;

Le douziesme , cjue Jésus-Christ ne fust au sépulcre cjue deux jours ;

Le treiziesme, qtte prestre estant en peschié mortel, ne peut consacrer le corps de Jésus-Christ;

Le quatorziesme et dernier article , que Jésttô- Christ estant au chiel , ne peut estre tout ensemble au chiel et au sacrement de l'autel •

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