‹ Chroniques d'Enguerrand de MonstreletChapitre 37 sur 54 · DE J. DU GL6RCQ. II · texte numérisé non relu

DE J. DU GL6RCQ. II

les portes ; et lendemain matin, on commencha à butiner; mais ie comte feit commander sur la hart que on cessasttant qu'il fust venu. I-iequel y entra environ midi; et feist chacun loger par fourrier tant qu'il oit nouvelles de son père , lequel oit volonté d'entrer en la ville ; mais il lui fust conseilUé de non y entrer, puisgue sa volonté estoit de la destruire; sy n'y alla pas. Pourquoi, assés tost après que on sceut sa volonté , et que chacun euist son quartier et logis par fourrier, on commencha à butiner, carie comte avoit tout abbandonné chacun en son quartier; et y oit au commenchement grand desroy ; et tuèrent l'ung l'autre pour le butin ; mais en la fin , chacun garda son quartier et son logis.

Icelle ville de Dy nant estoit réputée la plus riche ville que on sceuist et la plus forte. Le seigneur de Roubaix et le seigneur de Marœul , qui estoient sur la muraille rompue, r'ostèrent à plusieurs compagnons leur butin quant ils avoiant quelque chose de bon , s'ils n'es^toieot forts assés. Chjacun prenoit son faoste prisonnier^ ejt mesme plusieurs enfants , petit et grand ; mais il polroit sembler que Dieu soufiPrist' ceste pugnition d'eux estre faite, tant pour ce qu'ils esloieut excommuniés, comme pour la grande orgueil et outrecuidance, dont ceux de la ville estoient pleins et pe cremoient (craignoient)IHeu ne homme.

Le mardi, lem^ercrt^di «t le j^»di, or^ ne Ceit que butiner; et estoit toute la rivière 4e Meuse pleine

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de basteaux pleins de biens que on vuidoit de la ville; et si ne véoit-on touts lesjoursque chars, charettes, chevaux, tonneaux, brouettes, chargiésde biens qu'on emportoit hors de la ville , et hommes à pied et à cheval chargiés de biens , car il j avoit tant de biens ; et se y avoit tant de vivres que merveilles; et disoit-on qu'ils estoient garnis de vivres pour trois ans.

Ces jours durant, on prist plusieurs femmespour sçavoir qui estoient les mauvais, et ceux qui avoient dit les blasphesmes du duc et de son j&ls, lesquelles en accusèrent plusieurs; si feirent ceux de Bouvynes, et en accusèrent aucuns , lesquels feurent prins et jettes, deux loyés ensemble, en la rivière et noyés; et si feit le comte pendre le bombardier de Dynant sur la montagne desseure Féglise, Touts aussi que on poivoit scavoir qu'ils avoient esté cause de la guerre feurent jettes en la rivière.

Au commenchement de butiner, le comte de CharoUois fust adver ti que on enforchoit les femmes; pourquoi il feit commandement sur la hart que on cessast; mais il y en eut aucuns qui ne cessèrent, desquels le comte en feit pendre trois; les autres se sauvèrent; lesquels trois qui feurent prins, le comte publiquement et en plein jour, feit venir parmi l'ost trois fois , adfin que chacun prist exemple , et puis les feit pendre à ung gibet; laquelle justice feit cesserqueon n'osastplusles femmes violer; car lecomte aussi avoit juré, que touts ceux qui violeroient femmes , fuissent nobles ou non nobles , qu'il les feroit

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mourir.Le comte aussi^asséstost après que il fust entre en la ville, feit vuiderhors de la ville les gens d'église y les femmes et petits enfants, et les feit conduire par ses gens jusques près de la cité de Liège, en leur donnant congié , et les laissant aller qpiittes et deslivrés ; lesquels femmes , petits enfants et gens d'église, à l'issir hors la ville, jettèrent deux ou trois cris si terribles et piteux, que touts ceux qui le oyrent eurent pitié et horreur, tant pour la pitié de leur parlement^ comme pour les piteuses lamentations qu^ils faisoient , et pour autres povretés.

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