CHAPITRE LXVI et dernier
De la mort et trespas àe Philippe , dac de Bour^o^'e , et de son «nterrement. Fin et dernier chapitre de ce présent livre.
Le douziesme jour de juing , en Tan de l'incarnation de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, mil quatre cent soixante-sept, par un venderdi au soir, en la ville' de Bruges , prist à Philippe, duc de Bourgo-
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gne, une maladie, laquelle lui prist par vomir ; de laquelle le lundi ensuivant, quinziesmejourdudit mois , entre neuf et dix heures du vespres, il mourut et çloLSt son dernier jour. Le dimanche avant sa mort, on alla hastivement dire au comte de GharoUois , lequel estoit à Gand , comment son père estoit griefvement malade, lequel comte , la nouvelle oye, prestement monta à cheval et se partist de Gand et alla à Bruges , et sembloit partout où il passoit qu'il deuist faire fendre des pieds de son cheval les quarreaux, tant hastivement chevauchoit; et n'y en eut que quatre ou cinq chevalliers qui le peurent suivir. Il arriva le lundi envirou midi à Bruges, et descendit à l'hostel de son père, devers lequel prestement il alla , lequel son père atoit jà perdu la paroUe. Le comte se jetta devant son père à genoux, tenrement plourant, lui requérant sa bénédiction, et que s'aucune chose luiavoit meffaitfi^H lui pardonnast. Au plus près du duc estoit^^^onfesseur, évesque, lequel l'admonesta et pria moult, que s'il avoit encoires entendement qu'il le monstrast, et que au moins, s'il ne pooit parler, qu'il feit aucuns signe. A laquelle admonestation , voeux et prières de son fils , il retourna ses yeux sur sondit fils, et regarda, et lui estreindit (serra) la main, laquelle il avoit mis sur la sienne; et autre signe ne lui peut faire ne feit. Le comte son fils fust toujours emprès lui, tant qu'il rendit l'âme etqu 'il fust expiré.
Le duc mort et expiré , son corps fust laissé sur
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son lit toute cesle nuict, ung noir bonnet sur son chief j et en sa chambre , et le lendemain jusques au soir, chacun qui vouUoit le venoit veoir, où il y eust moult grand peuple. Le lendemain, jour de mardi , sur le soir , fust son corps ouvert et embausmé, et son cœur, son corps et ses entrailles rais en trois vaisseaux de plomb , et ceste nuict portés en sa chapelle sur une bierre de six pieds de haut ou environ , couverte de noir velours jusques en terre, et dessus une croix de drap de damas blanc, et aux quatre costés de la bierre, quatre grands cierges ardants; etlàfeurent célébrés messes à deux autels sans cesser jusques à nonne. Et le dimanche ensuivant, environ quatre heures après midi , fust le corps porté enterrer dedans l'église de Saint- Donat à Bruges, jusques à tant que On auroit pourveu ad ce qu'il falloit pour le porter es lieux qu'il avoît ordonné. Auquel corps porter en terre alloient devant seize cents hommes touts vestus ^^^r , armoyés des armes du duc, portants chacu^^e torse ardante en leurs mains, dont les quatre cents estoient de l'hosteletauxdespendsdu duc, quatre cents de par la ville de Bruges,qu2ttre cents de par les mestiers de Bruges, et quatre cents de par le pays du Franc, et touts aux despens de la ville, des mestiers et du pays du Franc, autant de Tung comme de l'autre; et au moilon (milieu) desdites torses alloient bien neuf cents hommes, tant nobles comme archiers, l'abbé de Bruges et du Franc, avecq vingt-un preslats, desquels estoient Té vesque de Beerme (Berne),
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qui dict le lendemain la première messe^ ung évesque d'Angleterre , l'évesque de Cambray , l'évesque de Tournay , qui dict le lendemain messe et feit un bref sermon, et puis fit la bénédiction sur le corps , et Tévesque d'Amiens , qui dit la seconde messe; les autres estoient abbés de Flan« dres et d'ailleurs. Entre les preslats et le corps, y avoit quatre rois d'armes embrungné (en deuil), vestus de cottes d'armes, c'est-à-sçavoir les rois de Brabant , de Flandres , d'Artois et de Hainault , avecq le mareschal de Brabant, nommé Cbarollois. Le corps portoient les seigneurs le Soingny , Crequi, Grandehue, Com mines, Bossu, Vevres, Breda, le bastard de Braband, Philippe, fils du bastard de Bourgogne , Philippe de Bourbon , et le marquis de Ferrare, et les archiers du duc estoient allenviron d'eux. Sur le corps avoit un drap d'or, de velours noir, jusques en terre, à une croix de damas blan^ et dessus le corps bien hault portoient sur quilre lanches le comte de Nasso, le comte de Boucant(Buchan),Baulduin, bastard de Bourgogne, et le seigneur de Ghalon une palle de draps d'or; et devant le corps portoit Meliador , premier escuyer d'escurie , l'espée le point dessous. Et feirent le deuil deux de ses nepveux; c'est-à-sçavoir : Jacques de Bourbon, Adolf de Clefvesetle comte de Marie, le seigneur de Roussy, Jacques de Saint-Pol, et moult antres nobles chevalliers en grand nombre; devant lesquels alloient les quatre ordres mendiants avecq toutes les paroisses de Bruges. Et feu-
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rent cellui jour , par toutes les paroisses de Bruges, dites vigilles pour le duc, et lendemain messe en cest estât; et, comme j'ai desclaré, fust porté le corps en ladite église de Saint - Donat , laqueUe estœt préparée, c'est àsçavoir : le chœur estoit tendu de noir damas, et par-dessus de velours y avoit grand nombre d'armoiries contenants le blason du duc en l'ordre de la Toison. Au dextre du grand autel, estoit l'oratoire de Charles son fils ^ nouvel duc, tendue de satin, et près d'icelle ung sarcus (cercueil) couvert de cœur et de corps. Le travail estoit fait en forme d'une croisiée, tendue de noir damas , armoyée,oùestoientquatre grandes bannières desdites armes sur la bierre, et dedans avoit ung drap d'or bordé de damas à une croix de blanc velours, avecq quatre grands chirons ardants, et autres petits , en nonibre de quatorze cents ou plus , touts ardants ; et faillit trouer les verrières pour la chaleur. L'autel du chœur et ce de dessous estoit tout tendu de velours noir, et par-dedans et par dehors d'ungvelours pendant en bas, armoyé des armes du duc; et s'y avoit ung pénon tacheté d'armes , et une grande bannière du duc; et la nef de l'église estoit tendue de draps noir et par desseure de camelot noir. Quant vint à mectre le corps en terre, n'est homme qui sceut dire la grande pitié des pleurs des officiers et autres illecq présents ; à vérité dire chacun pooit et debvoit plourer qui estoit subjet au duc; car ils perdoient ce jour ung prince le plus renommé qui fus rust la terre des chrestiens , plein
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de largesse, pleia d'honneur, plein de hardiesse et valliance, etbrief, rempli de moult nobles vertus, lequel avoit touts ses pays, gardé en paix, à la poincte deTespée, envers touts et contre touts, sans en rien espargner son corps; ains le avoit toujours mis devant pour deffendre ses subjets , et garder ses pays. Touts nobles hommes qui venoient à lui à saulfveté, euissent esté ses ennemis ou non , recepvoit-il humblement ; et les retenoit de sa cour et leur faisoit ce qu'il pooit de bien. Après que le corps fust avallé en la fosse , les officiers domestiques , comme il est accoustumé de faire, jettèrent en la fosse chascun ung blanc baston , desquels ceux qui faisoient à relever , feurent relever; ledit cœur et corps feurent mis en ung plat sarcus (cercueil), chascun par soi couvert d'une bierre de marbre, de la hauteur de cinq pieds de large et de sept de hauteur, de longueur de noeuf à dix pieds. Et le lendemain fust fait le serviche , où fust le comte de Charollois , nouvel duc , accompagnié comme dit est , sous l'office des âmes , duquel feit chanter la messe l'évesqae de Tournay , lequel y feit ung très notable sermon , auquel recommanda l'âme du duc es prières des présents et de tout son peuple ; laquelle Dieu par sa grâce veuille mectre en sa gloire , à repos avecq les bons et loyaux chrestiens ! Amen .
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER LIVRE DE J. DU CLERCQ. MOJISTRKLET- 7*. A/\ — MÉM. DE J, DU ClbRCQ. lO