‹ Chroniques d'Enguerrand de MonstreletChapitre 41 sur 54 · CHAPITRE LXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXY

D'oDe piiease adventore qui advint en img villaige nomme Dyevast.

L'ak de grâce mil quatre cent soi3;ante-sept, le pénultiesme jour d'apvril , en ung villaige nommé Dievast, àsixlieues d'Arras,et en la comté de Saint- Pol, ou environ, ung gentilhomme, nommé Jehan deBailloeul,derâge de cinquante ans, ou environ, lequel demouroit audit Dyevast, avec sa damoiselle mère, qui estoit vefve, et y avoient seigneurie, rempli de l'ennemi d'enfer, se leva bien matin et print une dague tqute nue et s'en alla en la cuisine de sa maison , où il trouva une josne fille qui le servoit , de l'âge de vingt ans, ou environ, bonne et belle pu-

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celle, laquelle s'estoil levée teuiprement (de bonne heure) pour faire la buée, à laquelle il donna de celle dague plusieurs horions et l'occist ; mais ains qu'elle mourut, cria. Ojant le cri, lacham^ brière de l'hostel , de pareil âge, et belle et bonne pucelle, alla celle part, laquelle derechief férist et occist. La damoiselle mère, oyant le cri des pucelles, ouvrit sa chambre et alla celle part, à laquelle il donna deux coups de dague au ventre, desquels coups ce propre jour ou lendemain mourut; mais elle se confessa et receupt ses sacrement^ ains sa mort. Puis alla ledit Jehan pour cuider entrer en la chambre d'une sienne fille nouvellement mariée, laquelle il trouva close; si descendit etralla en sa chambre et voUut occire son fils qui avoit la nuiet couché avec lui, de l'âge de seize à dix-huict ans ; mais son fils lui pria tant mercy et parla si beau qu'il lé laissa. Ce fait, s'en alla en sa cour ; et illecq , par ceux de l'hostel et autres qui s'assemblèrent quant ils eurent oyes l'elfroy, fust prins par forche et lié. Icellui Jehan de Baillœul estoit aussi fils de ladite damoiselle et de Martel de Bail-^ lœul qui estoit mort , et estoient plusieurs enfants, Icelui Jehan de Baillœul , paravant ceste horrible meurdre , estoit tenu pour ung aussi gracieux et honneste homme et de bon sens que homme de la ville. En ses josnes jours, il se maria à uiie gentille femme, sœur du seigneur de Taulay, contre le vouloir de son père , pour ce que son père p'estoit point au-devant, etill'eust volontiers marié

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richement. Pour estre despesebié, il se marria noblement à une belle et bonne fille , mai» elle n*estoit pas riche ; pourquoi son père et sa mère , de couraige animé et propos deslibéré,le maudirent plusieurs fois et lui donnèrent leur malédiction. Et ce estoit tout commun qu'il estoit ainsi ; et à ceste cause, comme on disoit, avoiteu plusieurs adventures diverses et estranges à racompter, s'il estoit Trai. Toutesfois, assés tost après le mariage fait, son père et sa mère lui pardonnèrent tout , et eut d'icelle damoiselle plusieurs enfants , desquels il avoit marié Tune quinze jours paravant« Il estoil vefve environ ung an ce fait advenu. Il avoit toujours esté luxurieux et encoires estoit ; et disoit-on que la cause de sa fresnésie fust pour ce qu'il aimoit une fille audit villaige , et sa mère lui avoit dit que c'estoit mal fait. De ce fust pour c^estecause ou autre , je ne scai , ou pour ce qu'il ne pooit bien faire par la mal^iction de son père , mais toutesfois, combien que on ne avoit oncques ouy parler de si cruel fait , si ne fust il point prins par justice, ne ses biens confisqués, mais seulement fust mené à Saint-Axare et à Saint-Nazare , comme hors de son sens , ou il fust certains jours. Après lesquels on ne veit oncques en lui faute de sens, et sembloit aussi raisonnable que ung autre , et s'en alla à Rome .et rapporta son pardon ; et autre justice ne fust faite; qui pooit sembler à plusieurs gens merveille ; mais aucuns gens disoient, par espécial les clercs, que ou n'y pooit asservir sentence sur lui non plus qu'à ung homme furieux.

Environ ee temps , Anthoine , bastard de Bourgogne , monta en mer au port de l'Ecluse , et s'en alla en Angleterre, et y alla bien accompagnié, furny d'engins et de gens de guerre , pour ce que aucuns escumeurs de mer , qui se disoient Espa-gnols, mais il ne disoient pas vrai, ains disoit^n qu'ils estoient des marches de Franche, s'estoient mis sur la mer pour le cuider prendre et ruer jus. Desquels escumeurs, par les gens dudit bastard feurent prinses deux nefs où il y avoit plusieurs biens et gens de guerre, lesquelles feurent butinées. Que on feit de ceux de dedans je ne sçai ; mais ledit bastard sans dangier alla en Angleterre et feit ses armes, desquelles je me tais, pour ce que ne fut par grand fait d'armes, comme on disoit ; car ce n'estoient que armes à plaisance et à la volonté du roy.

Environ ce temps, outre Arras , en une églke de Saint-Michel , assés près de la ville , en la rivière on trouva ung homme noyé, une pierre à son col, mal vestu , à grands et gros soUiers , une bourse en son^in où il y avoit environ seize pieches d'argent, duquel on ne peut scavoir le nom, ne qui il estoit. Aucuns disoient qu'il s'estoit désespéré; autres présuposoient qu'on l'avoit murdry , et que ceux qui le avoient murdry lui avoient par advanture baillié mauvais accoustrements^ adfin qu'il semblast estre ungpovre homme qui se fust désespéré, mais on ne peut rien scavoir.

Audit an soixante-sept, leonziesme jour de juing, par le commandement du comte de Charollois,

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Maillotin du Bacq, prcvost des mareschaulx, entre cinq et six heures du matin , en la ville d'Arras , entra en la Gour-le-Comte , et illecq ung prisonnier nommé Guillaume Weré , natif de la cité d'Arras, emmena hors de la ville, au bois de Mof- Haines , auquel lieu à ung arbre le feit pendre et eslrangler; et la cause fust pour ce que icellui Guillaume Weré , de l'âge de trente ans ou environ , lui estant marié et ayant trois ou quatre enfants, une femme de la ville d'Arras, laquelle alloit aux champs veoir des bleds croissants qu'elle avoit prins à loyer à l'aoust prochain , prist par forche, et la traisna audit bled , et la viola contre sa vollonté. Icellui Guillaume estoit accompagnié d'ung compagnon nommé Jehan , de la ville d'Arras ; lequel après que ledit Guillaume euist fait sa vollonté d'elle, en feit autant que ledit Guillaume ; et contre son gré et voUonté la viola , et prist sa compagnie; et après qu'ils eurent ce fait , toUit à ladite femme l'argent de sa bourse. Icellui Guillaume estoit renommé d'estre de malle vie, et par espécial avoit esté plusieurs fois reprins de larchin et d'autres choses, et pareillement estoit son compagnon ; ils feurent touts deux prins prisonniers et requis de leur couronne comme clercqs , et fust ledit Jehan rendu à son ordinaire; mais ceux de la ville d'Arras nevoUurent rendre ledit Guillaume, mais diflPérèrent tant qu'ils eurent envoyé devers le comte de Charollois son information : laquelle veue, le comte de Charollois prestement envoya

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son prévost des maréchaux à.Arras, qu'il feist antre information d'icellui Guillaume ; et s'il trouvoit que l'information qu'oùlui avoit envoyée fust vraie, que prestement le feist pendre, comme le feit. Et trouvaladite information vraie et encore plus, par quoi il accomplist la voUonté du comte en faisant justice comme dit est, et s'il euist peu avoir l'autre son compagnon, duquel il feit bonne diligence, mais il ne le peult ravoir, il en eust fait pareillement que dudit Guillaume.

IjC deuxiesme jour de juillet ensuivant audit an, en la ville d'Arras, ung compagnon nommé Hotin, lequel avoit esté prins à Cantimpré près Cambray, qui est du bailliage d'Arras , et amené en ladite ville , de l'âge de vingt-buict ans ou environ, pour plusieurs larchins, lesquels touts ensemble ne montrent pas plus de dix francs , par les hommes de la Cour-le^omte fust condamné à estt%pendu et estranglé, comme il le fust, et fust peu^'^H birelin. Icellui Hotin, comme on disoit , estoit^olvre de sens et comme innocent, et lui faillit le cœur sur l'eschelle , et estoit de si petit courage qu'il le faillust lyer par le corps et le tirer à mont de l'eschelle.

L'an mil quatre cent soixante-cinq , les vins feurent si verds partout , que pourceste année on n'en polvoit boire; et en but-on bien peu, car ils avoient esté l'année devant bons et à grande abbondance.

Bleds feurent cesle année en la comté d'Artois, Santers , Picardie et aUleiurs , presque touts «n-

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mieslés , mais il en fust assés , et ne feurent point pour ce les viels trop chiers , parce qu'il en estoit tant de viels ; et ne vallut la cherge d'ung cheval que seize ou dix-huict sols monnoye d'Artois.

L'an soixante-six ensuivant , bleds feurent encoires emmieslés; mais pour ce ne feurent plus chiers que ladite année paravant; et si feurent vins très bonSy et sien fust plenté (abondance), pourquoi feurent à bon marchié.

L'an soixante- sept ensuivant, il fust planté de bleds , bons et de bonne garde.

£n ce temps, les dames et damoiselles ne portoient plus nulles queux à leurs robes , mais elles portoient bordures de gris et letisses de velours et autres choses, de la largeur d'un velours de haut ; et si portoient sur leurs chiefs bourlets à manière de bonnets ronds et en allant amenusant par-dessus, de la hau^ttr de demi-aune , ou trois quartiers de loii^^Hfcunes moins, autres plus, et deslies couvre^Refs par-dessus, pendants par-derrière jusques en terre , et chaintures de soie de la largeur de quatre ou cinq poulx ; les tissus et les ferrures larges et dorés, pesants cinq, six, huict onces d'argent , et larges colliers d'or en leurs cols de plusieur$ fâchons. ^

En ce temps ausèi , les hommes se vesloient si court, que leurs chausses alloient près jusques à la fachon de leurs fesses, et par-devant tout ce où leur humanité estoit ; et faisoient fendre les manches de leurs robes et de leurs pourpoincts, que on

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véoit leurs bras, parmi une déliée chemise qu'ils portoient , 4ont la manche de la chemise estoit large , et si portoient longs cheveux qui leur venoient par-devant jusques aux jeux, etpar-derrière jusques au fond du hatrel (cou), et dessus leurs testes bonnets de draps de ung quartier , ou quartier et demi de hauteur; et les nobles et les riches, grosses chaisnes d'or au col, et pourpoincts de. velours ou draps de soie , et longues pouillainnées (pointes) à leurs soUiers, de ung quartier ou quartier et demi de long, et à leurs robbes gros maboitres(bourrelets) surleursespaules pourlesfaire apparoître plus furnis et plus croisés, et pareillement à leurs pourpoincts, lesquelson fournissoit fort de bourre;et ils n'estoient ainsi habilliés, si s'habilloient-ils tout long jusques en terre de robbes; et s'habillment puis long puis court; et n'y avoitsi pelitcompagnon demestier qui n'eust une longue robbe de drap jusqu^^x talions*

i^^x talions*

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