I. Et janvier i4i4? nouveau style
(*4i3) d'un BOUliGEOIS DE PAKIS. igS
Champs; Arminac Tostel d'Artois, qui estôit le droit chief d'eux; Alençon, Behaine, brief tous estoient deçà les ponts, et si n'avoient harde-, ment d'ouvrir nulles des portes , tant fust paôur ; et convint ce samedi devant que ceux qui admenoient Içs biens à Paris , comme le pain de Sainct,- Brice , comme autres biens et vivres , plusieurs furent jusques à une heure sonnée, pour attendre qu'on ouvrist la porte ; mais oncques ne fust en leur hardeinent de l'ouvrir, tant ils avoient grand paourdu ducdeBourgongne; et convint quelesdit^ bonnes gens , si remenassent leurs denrées ; et les menèrent en l'ost du duc de Bourgogne , qui fit crier sur la hart, qu'on ne prinst rien sans payer; et là vendirent leurs denrées biens. Et fust ainsi Paris fermé bien quatorze jours, que homme n'osoit et ne povoit besoingner aux champs ; et si n'y avoit nuls gens d'armes sur les champs plus près que Sainct-Denys , où estoit le duc de Bourgongne et Ses gens, qui nul mal ne faisoient à créature nulle; et disoit-on qu'il ne vouloit rien à homme nul que au roy Louis duc d'Anjou , pour ce que ledit Louis avoit un fils, lequel avoit espousé une des filles audit duc ; et sansscavoir cause pourquoi ledit Louis fist despartir son fils de ladite fille dudit duc de Bour- gongne , et la renvoya comme une bien povre ou simple dame à son père ledit duc , et plus fort avoit tant fait au duc de Bretaigne , qu'il donna en mariage une sienne fille , qui n'avoit mie encore trois ans à ce dit fils du roy Louis , qui estoit mari à la
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fille devaHtdite^ fille du duc de Bourgoagne. Et en celle dite sepmaine^ firent crier, sur la hart, que nul du commun ne se armast , et qu'on obéist au duc de Bavière et au comte d'Arminac , qui estoient deux des hommes du monde qui plus haïssoient les bonnes gens de Paris. Ainsi estoit tout gouverné comme vous avez ouï.
liemj le saniedi ensuivant, dix-septiesmejourde lévrier, oudit fi^n, fust cvïè ledit de Bourgongne à trompettes parmi les carrefours de Paris, banni comme faux traistre, meurtrier, lui et tous les siens, helbatidonnésoorps et biens, sans pitié ne sans merci.
Jfam, en icelnj temps, chantoient les petits énï-fants^ au soir, en allant au vin pu à la moustarde, tous communément : Voslre c.^a la toux^ com-^ nièpej vosWe c... a la toux , la ioux. Si advint par le plaisir de Dieu quhm mauvais air corrompu , chyt sur le monde, qui plus de cent mille personnes à Paris mist en tel, qu'ils perdirent le boire, le menger et le reposer; et avoient très forle fiet^vre deux ou trois fois le jour, et espécialement toultes fois qu'ils mengeoient ; et leur sembloient touttes choses quelxconques amères et très mau-^ vaiseset puantes ; ^t toujours trenibloient où qu'ils fussent; et avecquesce, qui pis estoit, on perdoit tout le povair de son corps , que on n'osoit toucher à soy de nulle part que ce fust, tant estoient grevés ceu:| qui de ce mal estoient atteints ; et duroit bien sans cesseï? trois sepmaines, ou plus ; et commença à bon escient à Tentrée du
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mois de mars oudit an ^ et le nommoit-on le tac ou le horion ; et ceux, qui point n'eti avoient, ou qui en estoient ^uéi*ià , disoieut par esbattement : « En a^-tu ?jPar ma foi, lu ad chanté, t}ù6tre c*k..ala » toux y commère. ^y Car aved tout le tnal devant dit, on avdit la toux §i fort et la rume et Tenroueiîrc ; on ne chantoit rien qui ftisi dd hautes messes à Paris; maid sur tous les maux la toux estoit si cruelle à tous, jour et nuiet, qu'aucuns hmnmes, par force de tousser, estoient rompus par les génitoires toute leur vie; et* aucunes femmes qui estoient grosses , qui n'estoient pas à terme , orent leurs enfants sans compaignie de personne par force de tousser , qui convenoit mourir k grant martyre et mère et enfant j et quant ce vènoit stir la garison, ils jetoient grant foison de &anc par la bouche et par le nez et par-^ssous , qui moult les ébayssoit, et néanmoins persotine ne mouroit ; mais à peine en povoit personne estre guari : car depuis que Tappetii de manger fust aux personnes revenu, si fust-il plus de six sepmaines, avant qu'on fust nettement gnari. Ne fisisien nul ne scavoit dire quel mal c'estoit.
Item , le dernier jour de mars ou dit an^ vigile de Pasques florin , mesnèrent les devant diz bande^, le roy et son ainsné filx, escrier contre le duc de Bourgongne, et lui feirent assiéger Compiengne* Ainsi lui feirent passer la sepnlaine peneuse , et les Pasques en celle bonne besongne ; et cependafit ceux qui dévoient garder la ville , cotome le royLoys, le prévost de Paris et leur bandes
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feirent et (Trclonûèrent une grosse taille , et feirent crier parmi Paris que chacun portast la bande ; et tantost plusieurs la prindrent tout à plain. Et fust au mois d'avril après Pasqués. Et en cedit mois fut ars le pont à Choisy tretout, et si ne pot homme sçavoir qui ce avoit fait, mais moult de bonnes gens y perdirent tout le leur entièrement.
Item y ou mois d*avril quatorze cent quatorze, la derraine sepmaine, fust prinse Çompiengne,par ainsi que ceux qui dedans estoient ne se armeront jamais contre le roy pdur quelque homme du monde , sur peine de perdre corps et biens sans merci, et d'estre réputés pour traistres à toujours.
Item y de là eux s'en allèrent à Soissons , et assiégèrent la ville, et y firent plusieurs assaux, où ils gagnèrent pou ; car dedans estoit Enguerran de Bournon ville, un homme moult prisié en armés, qui en estoit capitaine. Si la gardoit si soigneuse^ ment jour et nuict que oncques n'y porent riens gagner en icelui temps, car ledit Enguerrand ne laissoit reposer ceux de l'ost ne par nuict ne par jour , et en prenoit souvent et menu de bons prisonniers. Et advint, à un assaut ou il estoit; que le bastard de Bourbon y sourvint, et se mist en la meslée très asprenïent, et Enguerran le navra à mort. Si laissèrent ceux de l'ost l'assaut , et Eut guerran s'en alla en la cité , lui et ses gens.
Item , lé vingtiesme jour du mai, oudit an, que fortune, qui avoit tant amé Enguerran, le fist troubler aux gens de ladite ville , par quoi un très grant murmure s'esmeut contre lui; et machinèrent qi;e
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quant il iroit à la monstre pour veoir ses gens^ ils livreroient la ville à ceux de l'ost , et sauTeroient leurs vies s'ils povoient. Si advint que Enguerrau sceust leur voulenté ; et se meslèrent Tung à l'autre de paroles, et les autres de fait. Adonc issit ung homme en larrecin hors de la ville, qui dit en Tost : « Se vous voulez assaillir la cité , vous » l'aurez enprésent ; car ceux de la ville se sont » meslés aux gens Enguerran ; et ne trouverez per- » sonne qui la deffende ; car tous sont courus à la » meslée. » Tantost la ville fut assaillie très asprement , et fut tantost prise et abandonnée à tous, et tous les biens et les corps. Là fut prins Enguerran, qui bien se deffendit , et plusieurs autres gentilshommes de sa compàignie; mais rien ne leur valut; car tous furent prins et liés et admenés par charretées à Paris; et en moururent tous par le jugement des tandez , qui faisoient du tout à leur vouloir; et fut la ville prinse le vingtiesme jour de mai, quatorze cent quatorze, à un lundi après dinep ; et Enguerran ot la teste couppée en ladite ville le vingt-rcinquiesme jour dudit mois, et^ plusieurs autres; et plusieurs en furent pendus; et les femmes de Feligion et autres prudes femmes et bonnes pucelles eflTorcées , et tous les hommes rançonnés, et les petits enfants; et les églises et les reliques pillées et livrées, et vestements; et avant qu'il fust dix jours après la prinse de la ville, elle fut si pillée au net , qu'il n'y demoura chose qu'on peust emporter. Et dit-on qu'on n'oiiyt oncques
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parler que les Sairazins feisseot pis que firent ceux de l'est en ladite ville, par le mauvais conseil qui pour lors estoit entour le bon roy, dont homme n'osoit parler. *,
Item, quant ils eurent fait du pis qu*ils porent en ladite ville , ils tnesnèreni le roy à Laon ; et entra dedans sans ncnse et sans.tanoon (débat), car ils prindrent exemple à ceux de Soissons*
Item y il est vrai qUe ceux de la bande , qui pour lors gouvernoient le royaume à Paris et ailleurs, firent faire les feux comme on fait à la Sainct- Jehan, aussitost que ils sceurent la nouvelle de la destruc-^ tien de la ville, comme si eussent e^é Sarrazins ou mescréaots que on eust destruits. Ne il n'estoit nulqui de ce osast parler, neeniivoirpitié devant les bandés et bandées; dont vous eussiez veu à cesdicts feux et à la vigile Sainct-Jehan et Sainct-Pierre , plus de quatre mille femmes, touttes d^estat» non pats d*honneur , toutles bandées, et des hommes sato nombre ; et estoient si obstinés à celle faulce bande, qu'il ne leur estoit pas advis qu'il fust digne de vivra qui ne la portoit; et s'aucun homnie en parlast par adventure » se on le pouvoit sçavoir , il estoit mis à grant finance ou batmi> ou longue peine de prinson sans mercû
liem^ de Jjaon s'en alla le roy à Perronne; et là vindrent ceux de Gant, et de Bruges et du Franc, et des autres bonnes villes de Flandres parlementer; et aussi y vint la dame de Houl-' leBKfe; et ne firent rien»
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Item^ de là s'^n alla le roy devant là cité d^Arras, et y fust moult longuement le siège.
Item y en cedit an mil quatre cent quatorze , fust commancée par lesdits bandés une^^confrairie de Sainct-Laurent aux Blancs-Manteaux , le jour de rinvencion de Sainct-Ëstiçnne , troisiesme jour d'aoqst ; ei disoient que c'estoit la confrairie des vrajs et bons catholiques envers Dieu et leur droit Seigneur; et fut la Sainct-Laurent au vendredi} et Je dimanche ensuivant, firent leur feste à Sainct-Laurent; et feurent plus de quati^e cents touts bandés , que hommes que femmes ; et n'osoit ne homme ne femme estre au mostier ne à leur feste, s'il n'avoit la bande ; et aucunes personnes d'hoDneur qui y estoient allés veoir leurs amis pour la feste Sainct-Laurent qui se faisoit au dimenche y en feurent en très grand danger de leurs biens, pour ce qu'ils n'avment point de bandes.
Item^ en ce temps estoient guerres par toute France ; et si y avoit si grant marché de vivres à Paris , de pain et de vin ; car on avoit une pinte de bon vin sain et net pour ung denier parisis, blaoc et vermeil, en cent lieux à Paris, et pain à la vaïue ; et en toute celle année, ne fust trouvé ilu creu d'icelui vin qui devenist graâ, ne boutté, ne puant.
Item y ceux de Tost en avaient grant charte, car ils feurent moult devant Arras , sans riens faireè . .
Item , quant ils veirent que trestonts enchéris--
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soient leurs biens,et trestoutsleschevaux mouroient de faim, par tout ils firent crier la paix, le onsiiesme jour de septembre , environ trois heures après minuit , à un mardi ; et quant ils partirent des tantes, après le cri qui. avoit esté tel, que nul homme , sur peine de la hart , ne mist feu en son logis. Mais les Gascons , qui estoient en Taide de la bande, firent le contraire; car ilsmeii^nt le feiî partout où ils peurent, en despit de ce qu'on s'en alla ainsi ; et fust le feu si grand qui courut au pavillon du roy par darrière ; et eust esté le roy ars, qui ne Teust mis hors par-devers le meilleur , et dirent ceux qui se salvèrent que ou feu demoura plus de cinq cents hommes qui feurent ars qui estoient malades dedens les tantes.
Item j le jeudi ensuivant , fust sceu à Paris ; et ne ouistes oncques plus belle sonnerie à Paris qu'on y fist iceluy jour ; que (car) depuis le matin jusques au soir, en tous les moustiers de Paris on sonnoit; et faisoit-on grant joie pour l'amour de la paix.
Item y ce jeudi treiziesme jour de septembre, ung jeune homme osta la bande à l'image Sainct- Huistace qu'on lui avoient baillée, et la deschira en despit de ceux qui lui avoit baillée; et tântost fust prins , tort ou droit , lui fust le poing couppé sur le pont Allais, devant Sainct-Huistace , et fust banni à tous jours mais; et si ne fust oncques homme qui osast dire le contraire , tant estoit tout
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mal gouverné et de mauvaises gens. Et si sçachez que tous ceux qui devant Arras avoient esté , ou la plus grant partie , quant ils venoient , estoient si décharnés , si pâles , si empires , qu'il sembloit qu'ils eussent esté en prison six ou huit mois au pain et à Teaue ; et n'en apportèrent que péché , et en mourut plus de onze mille , quant ils vuidèrent à leur aise.
lienij le onziesme jour d'octobre ensuivant^ ung jeudi , fust fait ung champ de bataille à Sainct-Ouin , d'un Breton et d'un Portugal ; et estoit l'un au duc de Berry, et l'autre au duc de Bourgogne; et feurent mis ou champ à outrance ; mais ils ne firent, chose dont on doie parler, car on dist tantost ho ! lorsqu'ils dévoient faire armes. Et fist ce faire le duc de Berri pour le Breton, qui estoit de la bande , dont il avoit moult grant paour y car le Portugallois se maintenoit en son harnois si très légièrement, que cbascun lui don-' npit la victoire ; mais on ne pot oncques dire lequel la deust avoir au vrai.
Item, le sabmedi ensuivant, treiziesme jour dudit mois d'octobre ôudit an , vint le roy à Paris , à belle compaîgnie de ceux de Paris ; et plut , tout le jour se très fort, qu'il n'y avoit si joli qui n'eust voulu estre à couvert ; et soudainement, environ huit heures de nuit, commenchèrent les bonnes gens de Paris , sans commandement , à faire feus, et à bucciner le plus grandement qu'on emt yeu, passé cent ans devant, et les tables en-mi
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rues drecées à touts venants par toutes les rues de Paris qui point ajeot de renom.
Ilem y le vingt-troisiesme jour d'octobre desposèrent le prévost ; c'est à sçavoir, Andry Marchant; et firent lesdits bandez prévost ung chevalier de la cour du duc d'Orléans » qui estoit baron , nommé messire Tanneguj du Ghastel; et ne le fut que deux jours et deux nuits ^ pource qu'il n'estoit pas bien de leur accort* La troisiesme journée ensuivant, fut refiPait prévost sire Aùdrj Marchant , très cruel et sans pitié , comme devant est dit*
Item^ en cedit temps, entre la Sainct-Remy et Noël^ lesdits bandés, qui tout gouvernoient , firent bannir tontes les femmes de ceux que devant avoient bannis sans mercy $ qui estoit moult grande pitié à Veoir; car toutes estoient femmes d'honneur et d'estat^ et la plus grande partie de elles n'avoicnt oncques eslôngné Paris sans honneste compaignie , et ils estoient accompagnés de ser^ gents très crueulx; et qui plus destraignoit le cueur, c'estoit qu'on les envoyoit toutes au pays du duc d'Orléans . tout au contraire du pays où leurs amis et maris estoie'ht. Et encore autre chose qui leur venoit au devant ; car toutes femmes sont vitupérées d'estre menées à Orléans. Et là les envoyoit-on le plus; mais autrement ne povoit estre pour le temps, car tout estoit gouverné par jeunes seigneurs, senon le duc de Berry et le ccmile d'Arminac.
Item y les festes de Noël ensuivant , c'est à sça-
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voirwil quatre cent quatorze, fut fait par Içroy, le comte d'Alencon . duc d'Alencon : et fut faite du** chié qui n^estoit que comté; ne oncques mais n'avoit esté duchié jusques à oel:.i jour; ainsi en fut, Ilerriy à l'entrée de fétrier ensuivant, joustèrent le roy et les seigneurs en la grande rue Sainct-Anthoine, entre Sainct-AnthoîneetSaincte-Catheriçe du Val des EscoUicFS , et y avoit barrières. En ces joustes , vint le duc de Br^an , pour traictier la paix; et jousta, et gaigna le prix. Ad ce temps estoient les Anglois à Paris pour traictier d'ung mariaige à un0 des filles du roj de France. ^ Item y le mardi, dix-neuviesme jour, ftist des-^ posé de la prévosté de Paris Andry Marchant , qui ^utresfois avoit esté ^e^sposé par ses démérites; mais il finoit toujours par argent; for$ que à celle fois en ladite prévosté fut remis sire Tanneguy du Chastel la seconde ou la troisieœie fois. Mais en ce temps aus§i estoient cbevaliers d'E^paigne et de Portugal, dont trois du Portugal, bien renon>més de chevalerie, priudrent> par ne sçai quelle folle entreprinse. Champ de bataille encontre trois chevaliers de France , c'est à scavoir : François de Grinquos..., WÇtKjue.,.,, MorigOio; et fut à outrance ordonné au vingt-troisiesme jaurde^ebvrier, vigille Saint-Père et Saint-OUi^?© ; et fut avant soleil.,..., qu'ils entrassent en champ; mais en bonne vérité de Dieu, ils ne mirent pas taujt qu'on mettroit à aller de la porte 3ainct-Martin à celle de Sainct-Anthoine , à cheval , que les Portugallois
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ne fussent déconfits par les trois François, dont la Roque fut le meilleur.
Item y le sabmedi ensuivant, vigille Sainct-Mathieu, fut la paix criée parmi Paris, à trompes; et disoit chacun cpje ce avoit fait le duc de Breban ; et feist-on au sabmedy plus de feusparmi Paris que toutes les autres fois devant dites ; et si estoit les qiiatre-temps des brandons.
Item y environ sept ou huit join^ en mars,, fut Saine si cruelle à Paris , que ung mouUe de bûche valoit neuf ou dix solsparisis, et ung cent de costerets , qui les vouloit avoir tons , vingt-huict ou trente-deux sols parisis; le sac de charbon , douze sokparîÂs; boorées, foin semblablement, tuille, piastre en la manière ; et si sachez que depuis la Tou^ainct jusques à Pasques,*ne.fut oncques jour <Ju'il ne cheist eaiie de jour ou de nuit ; et dura la eaiie jusques en my-avril , qu'on ne povoit aller es marez entre Sainct-Anthoine et le Temple, ne dedans la ville, -ne dehors.
Item y le dix-septiesme jour d'avril, fut mondit seigneur de Guienne en l'hostel de là ville, et ordonna trois. eschevins nouveaux, c'est à sçavoir , Pierre de Grantrue, Andriet d'Espdroon , et Jehan de Louviers , et desposa Pierre Oger , Jehan Marcel , Guillaum^e Tirasse.
/te/w, le jour de Sainct-Marc ensuivant, fut criée de parmi Paris, la paix, à trompettes, sur peine de perdre corps et biens ^uila contrediroit.
Jleniy le moisd'aoust ensuivant, au commence-
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ment, arrivât le roy d'Angleterre à toute sa puissance en Normandie , et prit port emprès Harrefleu, et assiégea Harrefleu et les bonnes villes d'entour.
Iteniy M. de Guienne, fils aisné du roy, se partie de Paris le premier jour de septembre , à ung dimanche au soir, à trompes ; et n'avoit que jeunes gens avec lui; et partist pour aller contre les A nglois; et le roy de France son père se partist le neuviesme jour ensuivant, pour aller après son fils, et alla à Saint-Denis au giste ; et tantost après fut cueillie à Paris la plus grande taille qu'on euist vu Cueillir d'aage d'homme, qui nul bien ne fist pour leprouffit du royaume. Ainsi estoit tout gouverné par lesdits bandés ; car Harrefleu fut prins par les Auglois oudit mois de septembre, le quatorziesme jour, et tout le pays gasté et robbé, et faisoient autant de mal les gens d'armes de France aux povres gens , comme faisoient les Anglois; et nul autre bien n'y firent ; et si fist bien sept ou huict sepmaines , puis que les Anglois furent arrivés, aussi bel temps comme on vit oncques point faire en aoust et en vendanges, jour de vie d'homme , et aussi bonne année de tous les biens ; mais néanmoins, pour ce ne s'avança oncques nul des seigneurs de France de combattre les Anglois qui là furent.
Iterriy les dessusdits bandés, le dixiesme jour d'octobre mil quatre cent quinze, firent à leur poste { gré ) un prévost des marchands nouvel et quatre eschevins; c'est à sçavoir, le prévost des marchands,
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Philippe de Brebaii, fil» d*un impositeur, les échevins, Jehan du Pré, espicier, Estienne de Bonpré, pelletier, Regnault Pidoye^ changeur, Guillaume d'Ausserre, drappier ; et si estoient le roj et M. de Guienne à ce jour en Normandie, Tun à Rouen et l'autre à Vernon , ne oncques ceux de Paris n'en sceurent rien, tant que ée feust fait ; et furent moult esbahis , le prévost des marchanda et les eschevins qui devant estoient, quant on les desposa sans autre mandement du roy ne du duc de Guienne, ne sans le sceu des bourgeois de Paris.
Itenijle vingtiesmejdurdudit mois ensuivant, les seigneurs de France oiiyrent dire que les Anglois s'en alloient par la Picardie : si les tint monsieur de Cbarollois si court et de si près, qu'ils ne porent passer par où ils cuidoient. Adoncques allèrent après tous les princes de France , sinon six ou sept , et les trouvèrent en ung lieu nommé Agincourt , près de Roustanville ; et en ladite place , le jour Sainct-Crepin et Gwpinien,.ils combattirent à eux; et estoient les François plus la mcHtié que les Anglois 5 et si furent François desconfits et tués , et prins des plus grands de France.
Item y tout premièrement le duc de Breban, le comte deNevers, frères du duc de Bourgongne, le duc d'Alençon , le duc de Bar, le eonnestable de France, Charles deLabrait, le comte de Marie, le comte de Roussj, le comte de Salmes, le comêe de Vaudemons , le comte de Dampmartin, le iQarquis du Pont ; ceux cj nommés furent touts morts
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en la bataille, et bien trois mille espérons dorés sur les autres ; mais de ceux qui furent prins et menés en Angleterre, le duc d'Orléans, le duc de Bourbon , le comte d'Eu, le comte de Richemont ^ le comte de Vendosme, le mareschal de Bouciquaut , le fils du roy d'Ermenie , le sire de Torsj, le sire de Helly, le sire de Mouy, M. de Savoisy, et plusieurs autres chevaliers et escuyers dont on ne scet les noms. Oncques, puis que Dieu fut, ne fut fait telle prinse en France par Sarrazins, ne par autres ; car avec eux furent morts plusieurs baïUis de France qu'ils avoient avec eux admenés. les communes des bailliages, qui tous furent mis àFépée, comme le bailli de Vermandois et ses gens , le bailli de Mascon et ses gens, celui de Sens et ses gens, celui de Senlis et ses gens, celui de Caen et ses gens , le bailli de Meaulx et ses gens ; et disoit-on communément que ceux qui prins estoient, n'avoient pas esté bons ne loyaux à ceux qui moururent en la bataille. Environ trois sepmaines après, vint le duc de Bourgogne assez près de Paris , moult troublé de la mort de ses frères et de ses hommes, pour cuider parler au roy, ou au duc de Guienne ; mais on lui manda qu'il ne fust si hardy de venir à Paris ; et fist-on tantost murer les portes, comme autresfois; et se logèrent plusieurs cappitaines au Temple, à Sainct-Martin et es places devant dittes, par deffaulte des seigneurs; et furent toutes les ruelles d'entour les lieux devantdits prinses desdits cappitaines , ou de leurs gens , et les povres gens
IkJONSTnfcLET. T»Xy» JOUIVN. d'cK BOURG. HE PaBIS. 14
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boutés hors de leurs maisons; et à grant prière et à grande peine avoient-ils le couvert de leur hostel; et cette laronnaille couchoient en leurs licts, comme ils feissent à dix ou douze lieues de Paris ; et n'estoit homme qui en osast parler, ne porter coustel , qui ne fut mis en diverse prison , comme au Temple, à Sainct-Martin, à Sainct Magloire, en Tyron et en autres diverses prisons^
Item^ environ la fin de novembre , Tan mil quatre cent quinze^ le duc de Guienne, aisné fils du roy de France, moult plain de sa voulenté plus que de raison , accoucha malade , et trespassa le dixhuictiesme jour de décembre oudit an , jour mercredi dès quatre-temps ; et furent faittes ses vigilles le dimanche ensuivant, à Nostre-Dame de Paris ; et fut apporté du Louvre sur les éspaules de quatre hommes ; et n'y avoit que six hommes à cheval, c'est à sçavoir devant ; après, les quatre ordres mandiant et les autres collèges de Paris; après, sur un grant cheval lui et son paige ; sur ung autre fut le chevalier du guet ; après grant pièce le prévost de Paris. Après le corps fut le duc de Berry, le comte d'Eu et ung autre. En ce point fut porté à Nostre-Dame de Paris, et là fut enterré lelandemain.
Iteriiy en ce temps fut le pain très cher; car le pain qu'on avoit devant pour huit blancs, valoit cinq sols parisis , et bon vin pour deux deniers parisis la pinte, En ce temps furent les portes murées , comme autresfois, pour le duc de Bourgongne, qui
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estoit près de Paris , et grant foison de gens d'armes, parquoi Iromaiges et œufs furent si chers, qu'on n'a voit que trois œufs pour un blanc, et un frcnnaige commun pour trois ou quatre sols parisis* Et Paris e^cÂt gardé par gens étranges ; et estoient leurs cappitaines , ung nommé Remonet de la Guerre, Barbasan, et autres tous mauvais et sans fHtié; et pour mieux faire leur voulenté, mandèrent le comte d'Arminac , personne excommuniée, comme devant est dit, nommé Benart, et de celui firent eonnestable de France à ung lundy en la fin de décembre ; et le prévost de Paris , au mois ensuivant, fut fait admirai de France, gouver^ neur de la Rochelle ; et fut desposé d'estre admirai une mauvaise personne nommée Clignet de Breban , qui moult fit de mal en France , comme il fut admirai.
Item^ le duc de Bourgongne estoit toujours en la Brie , ne ne povoit .parler au ro j , ne le voj à lui, pour puissance qu'ils eussent eux deux; car les traistres de Franche disoient au roy , quanti! demandoit, qui moult le demandoit souvent, que plusieurs fois on l'avoit mandé ; mais il ne daignoit venir , et d'autre part mandoient au duc de Bourgongne , qui estoit à Laingny , que le roy lui deffeadoit sa terre, sur peine d'estre réputé pour traistre faux.
Item y le douziesme jour du mois de février fust fait par les de$susdits 'bandés ledit comte d'Arminac seul de tout le royaume de Franche à qui il en
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dépleHst, car le rôj estoit toujours mal disposé* En celui temps s'en alla le duc de Bourgongne en son pays.
Item y le premier jour de mars mil quatre cent quinze ensuivant, jour de Sainct- Aubin, entra Tempereur roy de Hongrie à Paris, à ung dimanche ; et vint par la porte Sainct-Jaccjues ; et fust logé au Louvre ; et le deux , mardi ensuivant , furent-envoyées semondre les demoiselles de Paris et des bourgeoises les plus honnestes , et leur donna à disner en l'hostel de Bourbon le dixiesme jour ensuivant après sa venue, et à chacune aucun joiiel.
Item y il fust à Paris environ trois sepmaines , et puis s'en alla devers Angleterre pour avoir les prisonniers du sang de Franche, qui là estoient de la prinse d'Agincourt.
Item, commençant la sepmaine penneuse ensuivant, qui fust entrant le treiziesme jour d'avril mil quatre cent quinze , entreprindrent aucuns des bourgeois de Paris de prendre ceux qui ainsi tenoient Paris en subjection ; et dévoient ce faire le jour de Pasques, qui furent le dix-neuviesme jour d'avril : mais ils ne le firent point par scus ; car il fust sceu par ceux de la bande , qui les prindrent et les misdrent en prison; et le vingt-quatriesme jour dudit mois d'avril mil quatre cent seize, fust mené en ung tombeel à boiie le doyen de Tours, chanoisne de Paris, frère de l'évesque de Paris de devant cellui qui pour lors estoit, maistre NicoUe
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d'Orgemont , fils de feu Pierre d'Orgemont. En ce point, vestu d'ung grand mantel de vioUet et chaperon de mesmes , fust mené es halles de Paris ; et en une charrette devant estoient deux hommes de honneur sur deux ais , chacun une croix de bois en sa main; et avoitJ'ung esté eschevin de Paris, et l'autre estoitliommediionneur.etestoitmarcheren ars nommé maistre Régnault, et l'eschevin Robert de Belloy; et à ces deux on couppa les kestes, voyant ledit d'Orgemont , lequel n'avoit qu'un pied ; et après la justice fust ramené sans oster dudit tomberel en prison ou chastel Sainct-Anthcnne ^ et environ quatre jours après fust presehié ou parvis Nostre-Dame de Paris , condampné en chartre perpétuelle au pain et à l'eaue.
Item y le premier samedi de mai ensuivant furent décollés pour ce fait, trois moult honnestes hommes, et de moult bonne renommée; c'est assavoir le signeur de Lours, de la porte Baudet, ung tainturiér nommé Durant de Vry , ung marchant de lalon et espinglier, nommé Jehan Perquin ; et estoit ledit tainturiér maistre de la soixantaine des arbalestriers de Paria.
Item^ le septiesme jour de mai fust crié parmi Paris que nul ne fust si hardi de faire assemblée à corps , ne à nopces , ne en quelque manière , sans le congié du prévost de Paris. En ce temps avoit , quant on f aisoit nopces , certains commissaires et sergents aux despens del'espousé, pour garder que homme ne murmurast de rien.
2i4 JOUBWAL (i4i6)
Iteuiy le huitiesme jour de mai^ venderdi, furent ostées les chaisnes de fer qui estoiedt à Paris, et lurent portées à la porte Sainct- Anthoine, En ce temps estoit toujours le pain si cher , que petits mesnaiges n'en povoient avoir leur saoul ; car la charte dura moult longuement ; et coustoit bien la douzaine , que on avoit devant pour dix-huict deniers, quatre k)ls parisis.
Item y le samedi ensuivant, neuviesme jour dpdit mois , furent ostées les armures aux bouchers en leurs maisons, tant de Sainct Germain ^ de Sainct- Marcel, de Saincte-Geneviefve et de Paris.
Item^ le lundi ensuivant fust crié parmi Paris, sur peine ];d'estre réputé pour traistre, que tout homme, prestre, clerc ou lay, portast ou envoyast toutes ses armures, quelles qu'elles fussent, ou espées, ou badelaires, ou hachets, ou quelque armure qu'il eust , au chaste! de Sainct-Anthoine.
léenty le venderdi quinziesme jour dudit mois, firent lesdits commencer à abattre là grant boucherie de Paris ; et le dimanche ensuivant vendirent les bouchers de ladite boucherie leurs chars sur le pont Nostre-Dame , moult esbahis pour les franchises qu'ils avoient en la boucherie , qui leur furent toutes ostées ; et sembloit ce dimanche que lesdits bouchers eussent eu quinze jours ou trois sepmaines de temps à faire leurs estaux, tant furent bien ordonnés du venderdi jusques au dimanche.
lèem^ le venderdi ensuivant furent commencées à murer les portes comme autrefois. '
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(i4i«) d'un bourgeois de paris. ai5
Item y le lendenmin de la Sainot-Laurens eoisuivanty firent crier lesdits bandés parmi Paris, que nul ne fust si hardi d'avoir à. sa fenestre coffre ne pot , ne hocte, ne coste en jardin , ne boutmlle à vinaigre à sa fenestre qui fust sur ?ue , ^ur peine de perdre corps et biens, ne que nul ne se bs^ignast en la rivière , sur peine d'estre pendu par la gorge.
Item y le jour de Sainct-Laurens ensuivant, feirent chanter lesdits bandés aux Quinze- Vingts, fust tort ou droit; et y avoit commissaires et sergens qui fipsoient chanter devant eux tels prestres qu'ils vouloient , malgré €eux dudit lieu , lesquels vouloient que on leur fist droit de certains prisonniers qui esloient au Geôle, lesquels feurent prins en la franchise par l'outrage du prévost de Paris; et feurent prins le vingt-cinquiesme jour de mai, vigile de l'Ascension de Nostre-Seigneur; et fust avant U Sainct^Laurens ensuivant , que on chantast ne messe ne vespres en ladite église.
Item , la première sepmaine de septembre ensuivant, fist-on deffense aux bouchiers que plus ne vendi^nt leur char sur le pont Nostre-Dame ; et celledite sepmaine commenchèrent à vendre en la halle de fieauvais, à Petit-Pont, à la Porte- Bandais : et environ quinze jours après, commenchèrent à vendre devant Sainct-Lieufray, au Trou- Pugnais*
Item , en celle sepn^aine fust crié que nul sergent à cheval ne demourast hors de la ville de Paris , sur peine de perdre son office.
2i6 JOURNAL (i4i^)
Item , fust crié celledite sepmaine que lesdits estaux de boucherie seroient bailliés au prouflSt au Toy au pkis oflfrant , et que lesdits bouchiers ri y auroient quelque franchise.
Item y le mois d'octobre ensuivant, fust commencée la boucherie du cimetière Sainet-Jehan , et fust achevée; et y vindrent vendre ceux de derrière Sainct-Grervais , le premier dimanche de febvrier oudit an.
Item y, le vingtiesme jour de febvrier oudit an , fust crié que l'on ne prinst nulle monnoie à Paris que celle du roy ; qui moult fist grand dommaige aux gens de Paris ; car la monnoie du duc de Bretaigne et du duc de Bourgongne estoient prinses comme celle du roy ; dont plusieurs marchands, riches et pouvres , et autres gens qui en avoient . perdirent moult; car, pour la desfence, homme n'en eust eu quelque nécessité , se non au buil- Ion : mais environ un mois après, on reprint les dessusdites monnoies delFendues , comme devant feurent.
Item y letroisiesme jour d'avril oudit an, trèspassa monsieur de Guienne,aisné fils du roj de Franche à Compiègne , qui avoit esté quinze mois ou environ dalphin.
Item y ledit roy Loys, l'an mil quatre cent dixsept , trespassa environ trois jours en la fin.
Item , en iceluy temps , on avoit vin sain et net pour un denier la pinte ; mais de grosses tailles, trois ou quatre touts les ans ; et n'osoit nul parler
(i4i7) d'un bourgeois de parts. 217
du duc de Bourgongne , qu'il ne fust en péril de perdre le corps ou la chevance , ou d'estre banni.
Item^ le vingt-neuviesme jour de mai ensuivant , vigile de la Pentecoste , fust crié que nul ne prinst quelque monnoie , cpie celle seulement du coing du roy , et que on ne marchandast que à sols et à livres ; et feurent aussi criés à prendre petits moutons d'or pour seize sous parisis^ qui n'en valloient pas plus de onze sols parisis; et le lundi ensuivant , premier jour des festes de Pentecostes , commenchèrent les gens de Paris ; c'est assavoir de quelque estât qu'ils feussent, prestres, ou clercs, ou autres, à curer les voiries , ou à faire curer à leur argent ; et fust celle queuUette si aspre, qu'il falloit que chascun, de quelque estât qu'il fust , de cinq jours en cinq jours , enbaillast argent; et quant on payoit pour cent, on y en mettoit une quarantaine , et avoient les gouverneurs le remenant (reste).
Item y celledite sepmaine fust fait le pont levye à la porte Sainct - Anthoine ; et celle année feurent faites les maisons entre les bastilles et l'escorcherie aux Tuileries.
Item , en celui temps fust prins , de par le prévost de Paris, un nommé Louis Bourdon, chevalier , qui tant feit de peine au chastel d'Estampes, comme devant est dit , et fust noyé pour ses démérites ; et fust la royne privée du tout , que plus ne seroit au conseil , et lui fust son estât amendry ; et demourèrent les choses en ce point , sinon que
2l8 JOUnSAL (i4i7)
toujours preooient lesdits gouverneurs , desquels vouloient et les bannissment ; et si falloit qu'ils allassent où lesdits gouverneurs vouloient, et en mains de trob sepmaines, en bannirent plus de huit cents, sans ceux qui demeurèrent en prinson.
Item , en ce temps , à l'issue d'aoust , s'esmeut le duc de Bourgogne , pour venir à Paris , et vint en conquestant villes, cités, cbasteaux, et partout faisoit crier, de par le roy et le dauphin, et de par lui , que on n'y payast nulles subsides , dont les gouverneurs de Paris prindrent si grant haine contre lui , qu'ils faisoient faiiie processions, et faisoient prescher qu'ils savoient bien de vrai qu'il vouloit estre roy de Franche , et que par lui et par son conseil , estoient les Engloys en Normandie , et par toutes les rues de Paris avoit espies qui estoient résidants et demeurants à Paris, qui leurs propres voisins faisoient prendre et emprisonner ; et nul homme , après ce qu'ils estoient prins , n'en osoit parler aucunement , qu'il ne f ust en péril de sa chevance ou de sa vie*
Item , à l'entrée de septembre mil quatre cent 'dix-sept , approcha le duc de Bourgongne de Paris, etgaignal'Isle-Adam, Pont-Saincte-Maxence, Senlis , Beaumont* Adoncq fust la porte Sainct- Denis fermée , et feurent abattues les arches pour faire un pontleveys, et fust deux mois fermée, en la droite saison de vendanges.
Item^ environ huit ou neuf jours en septembre , ftist desposé Breban, devantdit, de la prévosté des
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marchands , et fost fait prévost Estienne de Bonpuis , lequel ne le fust que cinq jours; et fust mis en la prevosté un faiseur de coflPres et de bans , nommé Guillaume Syrasse, le douze septembre oudit an. En ce temps vindrent les Bourguignons devant Sainct-Cloud ; et lors fust le pont rompu , et les Bourguignons assaillirent la tour à engins , et Tendommaigèrent moult; mais point ne fust prinse à celle fois , ains la laissèrent : mais ils tindrent si le pays autour de Paris , que quelque marée ne venoit à Paris de nulle part.
Item y la livre de beurre salé valoit deux sols parisiSf et vendoit-on deux œufs ou trois au plus, quatre deniers parisis; ung petit hareng caqué, six deniers parisis : le frois hareng vint environ les ottaves Saint-Denis, trois ou quatre penniers; et vendoit-on la pièce trois ou quatre blancs, tout lance et le poudre deux blancs, rien mains; et le vin qu'on avoit en aoust pour deux deniers, coustoit , en septembre ensuivant , quatre ou six deniers parisis.
Item y en ce temps avoit si pesme douleur à Paris, que nul n'osoit aller vendanger hors Paris, devers la Porte Saint-Jacques, de toutles parts, comme à jChastillon, à Bannex, Fontenay, Vanves, Icy, Clamart, Montrouge; car les Bourguignons hajCHent nçioult les bourgeois de Paris , et ils ve* noient fourrer jusques aux fauxbourgs de Paris ; et, quelques personnes qu'ils trouvoient, esloient prins et emmenés en leur ôst ; et avecques eux
220 JOURNAL Ci4«7)
a voit moult de gens de Paris qui avoient été bannis, qui tous les cognoissoient pour enquérir ou autrement. Et s'ils estoient de quelque renom , ils estoient cruellement traités, et mis à si grant rançon comme on les povoit mettre ; et s'ils eschappoient par aucune aventure et venoient à Paris , et on le sçavoit, on leur mettoit sus qu'ils s'étoient fait prendre de leur bon gré, et estoient misen prinson. Item y en ce temps, furent fait capitaine de la porte du Temple, ung nommé Sjmonnet du Bojs, qui estoit clerc ; Jacquot l'empereur , garde des coffres du roy; et de la porte Saint-Martin, un nommé Jehannin Nepveu, chauderonnier , fils d'un cbauderonnier nommé Colin Nepveu.
Ilem^en cestuy mois d'octobre , fust faite une grosse taille de sel ; car pou fu de gens qui fussent de nulle renommée , à qui on ne envojast deux sextiers ou trois , au gros , ung muy ou demi-mùy; et si le convenoit payer tantost et le porteur , ou avoir sergents en garnison, ou on estoit mis en prinson au Palais ; et coustoit le sextier quatre escus de dix-huit sols parisis pour pièce.
Item , la plus grant partie des cappitaines qui estoient dans Paris, on les payoit des advoines que on avoit admenées à Paris pour estre bien salvement ; et avoient congié de prendre ce qu'ils povoient piller autour de Paris , à deux ou trois lieues environ , et ils ne s'en faignoient pas. En ce temps feirent les bouchiers de SainctrGermain-des-Prez leur boucherie , en une rue qui est
(>4i7) d'un BOUaCBOIS DE PARIS. â2 1
entre les Cordeliers et la porte Sainct-Germain , en ung lieu en manière de celier , où on descendoit à degrés qui avoient dix marches.
Item y en ce temps valloit le caque de hareng , seize livres parisis.
Item , autour de Paris , de quelque part que ce fust , n'osoit homme aller qu'il ne fust desrobé ; et s'il se revenchoit ou deffendoit , il estoit tué des gens d'armes de Paris mesmes , qui issoient toutesfois qu'ils vouloient hors de Paris , pour piller ; car quant ils revenoient , ils estoient aussi troussés de biens que fait le hériçon de pommes , et nul n'en oyoit parler ; car ainsi plaisoit aux gouverneurs de Paris.
Item , en iceluy temps allèrent les Bourguignons devant Corbeil , et; fourrèrent le pays tout entour, et feirent plusieurs assaux ; mais pas ne le prindrent à celle fois ; car ils se retrairent vers Chartres : mais la nuit Sainct-Climent, arrivèrent devant Paris si soudainement que merveilles ; et les gens d'armes de Paris les allèrent souvent escarmoucher, mais toujours y perdoient grant foison de soudoyers de Paris ; et ceux qui eschappoient s'en revenoient par les villaiges d'entour Paris , et pilloient , roboient , ranconnoient , et avec ce admenoiept tout le bestial qu'il povoient trouver, comme bœufs , vaches , chevaux, asnes, asnesses, juments , porcs , brebis , moutons , chèvres , chevraux, et toutes autres choses, dont ils povoien t avoir argent ; et en église prenoient-ils livres , et toutle
2 %2 JOUfiNAL ((4i7)
autre chose qu'ils povoient happef ; et en abbajes de clames autour de Paris prindrent-ils messel , bréviaires, et toutte autre chose qu'ils povoient piller ; et quelque personne qui s'en plaignoit à justice, ou au connestable, ou aux cappitaines, tout bel lui estoit de soi taire. Et vrai est que les gens aucuns qui venoient de Normandie à Paris , qui estoient eschappés des Englois par rançon ou autrement après, et avoient été prins des Bourguignons , et puis à demi - lieue ou environ , estoient reprins des François , et traittiés si cruellement et par tyrannie , comme Sarrazins : mais ils, par leurs serments , c'est asçavoir aucuns bons marchands , hommes d'honneur , qui avoient été prisonniers à tous les trois devant diz , dont ils estoient eschappés par argent , et atermoient xjue plus amoureux leur avaient été les Englois que les Bourguignons ; et les. Bourguignons plus amoureux cent fois que ceux de Paris, et de pitance et de rançon , et de paine de corps et de prison ; qui moult leur estoit esbahissant chose , et à tout bon chrétien doit estre.
Item ^ un pou après la Toussainct , enchérit tel^ lement la bûche, que le cent de bons costerets valoit deux francs, et vingt-quatre moyennes bûches, et celle de Bondis, vingt sols parisis.
Iteniy la bûche de molle ' valoit dix sols parisis le molle ; et dura celle charte tout hyver*
(i) Mesure de bois valant un stère.
(i4i;) D UN B0URCB0I6 DE PARIS. 225
Iiem\ en ce temps fut la char si chère, que ung petit quartier de mouton valoit sept ou huit sols parisis , et ung petit morsel de bœuf de bon endroit, deux sols parisis , qu'on avoit en octobre pour six deniers parisis ; une froisure de mouton , deux ou trois blancs; une teste de mouton, six deniers parisis ; la livre de beurre salle , huict blancs.
liem^ ung bien petit porc coustoit soixante sols ou quatre francs.
liejYi^ ou mois de janvier oudit an, fut le prévost de Paris davant Mont-le-Héry ; et lui rendirent ceux de dedans de par traittié d'argent.
Iteniy delà s'en allaàChevreuse, y gagna la ville, et fist tout piller, quant que homme povoit apporter à charroj ou autrement , comme ils firent à Soissons ; et moult y ot des bonnes gens du pays tués sans pitié,
/tem, la daraine sèpmaine de janvier «udit an, alla le roy devant Senlis pour le prendre, par force ou autrement , et fut là cité hàbandonnée avant qu'elle fust assaillie.
Item y en icelui temps, touttes les bonnes villes de Normandie , comme Rouen , Montîvillier y Dyeppe , et plusieurs autres, quant ils virent comment Caën, Harfleur, Falaise et plusieurs bonnes villes du pays avoient esté prinses des Anglois, sans avoir secours du roy de France , pour messaigés qu'ils envoyassent , se rendirent au duc de Bourgongne.
Item y que lé jour Saine t-Martin d'hyver mil
quatre cent dix-sept, fut fait pape un cardipal nommé Martin , par l'accort et consentement de tous les rois chrétiens; et en fist-on feste par toutte chrestienté , se non à Paris; ne on n*en osoit parler , car le quatriesme sabmedj de caresme oudit an, pour ce que le recteur toucha au conseil que ce luisembloitbon que onfist solempnité du Sainct- Père, qui tant avoit cousté à faire, et si y avoit-on plus de deux ans et demy, pour tant fut mis en prinson , et dix ou douze maistres avecques lui.
Item y estoit toujours le siège devant Senlis, de par le roy ; et sachez que pou de gens dedans Senlis avoit, mais toujours yssoienjt ou par nuyt ou par jour; et souvent firent si grant dommaige à Vost du roy, que le connestable jura la destruction de laditte cité à feu et à sang; et fist crier à trompes, le douziesme jour d'apvril , que tous les gens d'armes qui .1 Paris estoient , de quelque estât qu'ils lussent, allassent devant Senlis, sur peine de perdre harnois et chevaux; et tant en y alla et tant en y avoit sur les champs de toutes pars, que la sep-^ maine penneuse, Paris fut si dégarni de bûche, que qui eust donné en Grève vingt sols parisis d'un costeret , on n'en eust pu finer ; et à Pasques ensuivant, coustoit le quarteron d'œufs huict blancs; et ung très petit fromaige blanc, six ou sept blancs; la livre de vieil beurre salé, sept ou huict blancs, une petite pièce de bœuf ou mouton , cinq ou six blancs ; et tout par le mauvais gouvernement du prévost de Paris et des marchands.
(i4i8) DDW BOUKGBOIS DE PÀllIS. 225
Item y celle année , le jour des grands Pascpies , négea toute jour, aussi fort qu'on vil onequesfaire à Noël; et si n'eust-on fine en Grève de bûche, qui eust donné ung franc d'un quarteron.
Item y le quatorze avril mil quatre cent dixhuict, fut faitte la solempnité du pape Martin par les églises à Paris et environ , très simplement.
Item y le vingt-quatriesme jour d'avril, oudit an, revint le roy et son ost de cWant Senlis, où il avoit esté depuis le mois de janvier, et ne la pot oncques prendre ; et si lui cousta que en canons que en autre artillerie, avec autres despences, plus de deux cent mille francs; et si furent souvent ses gens tués, rançonnés de ceux de la cité, et ses tentes arses, et prinse son artillerie; et au dernier s'en parti le roy et le connestable à très petit honneur; dont les gens d'armes qui avec le connestable estoient, furent si enragés de ce qu'ils orent failly à leur intencion de piller Senlis, qu'ils se tindrent si près de Paris de touttes parts, que homme n'osoit aller plus loing de Paris que Sainct- Laurent tout au plus , qu'il ne fust desrobé ou tur\ Et vrai fut que l'année de may, les gens de l'ostel du roy allèrent, comme accoustumé est, au bois de Boulogiie , pour apporter du mai pour Tostel du roy; les gens d'armes de Montmartre à la Villel'évesque à l'entrée de Paris, vindrent sur eux à force, et les navrèrent de plusieurs playes, et puis les desrpbèrent de tout ce qu'ils porent; et fut bien en ceux desdits^ serviteurs du roy qui se pot sauver
MOBSTRELET. T. XF, — JOURN. d'oK BOURG. Dg PaRIS. J 5
226 JOURNAL (i4»8)
OU gippon ou en chemise tbut à pié. En celui temps alloient femmes d'onneur bien accompaigniées ^ veoir leurs héritages près de Paris, à demi-lieue , qui furent eflPorciées, et leur compaignie battue , navrée et desrobée,
Item^ vrai fut que les aucuns desdits gens d'armes furent plains de si grant cruauté et tyrannie , qu'ik rostirent homipes et enfants au feu quant ils ne po voient payer ^ur rançon ; et quant on s'en plaignoit au connestable ou au prévost, leur responsee^toit : «S'ils n'y fussent pas allées^ et ce fussent » les Bourguignons, vous n'en partissiez pas. » Ainsi commença tout à enchérir à Paris ; car deux œufs coustoient quatre deniers parisis; ung petit fromaige blanc , sept ou huict blancs ; la livre de beurre , onze ou douze blancs; ung petit hareng soret de Flandres, trois ou quatre deniers parisis; et ne venoit quelque chose de dehors à Paris, pour les gens d'armes dessusdits. Ainsi estoit Paris gouverné faulcement; et tant hayoient ceipc qui gouvernoient, ceux qui n'estoient de leur bande, qu'ils proposèrent que par touttes les rues de Paris ils les prendroient et tueroient sans mercy, et les femmes ils noyeroient ; et avoient prinses par leur force les toilles de Paris aux marchands el autres sans payer, disant que c'estoit pour faire des tantes et des pavillons pour le roy, et c'estoit pour faire les sacs pour noyer lesdites femmes; et encore plus, ils proposèrent cpie avant W Bourguignons venissent à Paris, ne que la paix se feist, ils vendraient
(i4iS) d'un bourgeois db paris. 937
Paris au roj d'Angleterre ; et tous ceux qui pas ne devoieot mourir, devKHent avoir un escu noir à urtè crmx rouge ; et en firent fairç plus de seiie mille , qiki depuis furent trouvées en leurs maisons. Mais Dieu qui scet les choses abscondées, regarda en pitié son peuple , et esreilla fortune , qui en sour^ sault se leta cotome chose estourdie, et mit les pans à sa ceinture , et donna hardement à aucuns de Par» de faire assavoir aux Bourguignons que ils tout hardiement venissent le dimenche ensuivant, qui esioit vihgt-neuviesme jour dé mai, à heure de minuit, et ils lès mettroient dedans Paris par la porte Sainct-Germain , et que point n'y euèt de faute; et que pas ne leur faudroit pour mourir, et que point ne doubtassent fortune ; tàv bien sceussént que toute la plus grant partie du peuple estoit des leurs. En icelle sepmaine s'es^ meurent les Bourguignons de Pontoise, et vindrent au jour dit et à l'heure en Grandies ; et là comptèrent leurs gens , et ne ^e trouvèrent que environ six. ou sept cents dievaui, quant fortune leur dit que avec eux feroit la journée. Adonc prindrent cuer et hardement, et vindrent à la porte Saittct-Germàin entre une heure et deux devant le jour , et en estoit chef le seigneur de l'Islé- Adam, et le Beau sire de Bar, et entrèrent dedans Paris , vingt- neuviesme jour de may, criant : Nosltê-Dame ià Paixi F^ivë le Roy et le Dayphm et la Paix! Ëttantost fortutie, qui avoit nourri lesditeshandes, vit que nul gré ne lui sa voient de son
228 JOURÎ^AL (f4.i»)
bien , vint aveoques lesdits Bourguignons à toutes manières, et du commun de Paris , et leur fist rompre leurs portes et effendre leurs trésors , et piller; el tourna sa roë si despiteriient en soi vengeatit de^ leurs ingratitudes, pource que de paix n'avoient cure gr^nt. Tout joyeux estoit qui se povoit mucer , en cave , ou en celier, ou en quelque destour. Et quant le prévost de Paris , nommé Tanneguy du Chastel, vit fortune ainsi contre lui, et que les Bourguignons taschoient à eniprisonner les autres en plusieurs prisons diverses, et le commun àpiller, A^int à Sainct-Paul, prinst le dauphin ainsné fils du roy , et s*enfouy atout, droit à Melun , qui moult troubla la ville de Paris. Et plusieurs autres des plus gros de la bande, comme maistre Robert le Maçon, chancelier du dauphin, Tévesque de-Clermont, le grant président de Provence, Tung des mauvais chrétiens du monde , et plusieurs autres de leur bande , se boutèrent dedans le chasteau de. là porle Sainct-Anthoine, et' par ce furent Sauvés, et par le dauphin qu'ils avoient; et tirent moult assaut à ceux qui là passoient de trait, dont foison avoient. Le dimenche au soir, le lundy, le mardy ensuivant convint faire grant guet et feus parmi Paris pour paour d'eux; et en icelui temps se fournirent de gens d'armes dès fuyants de leur bande;, et le mercredy ensuivant , environ huict heures du matin , yssirent du chastel , et allèrent ouvrir la porte par dedans la ville, qui que le voulsist veoir; et aveoques eux entra grant foison de gens d'armes;
fi4i8) d'un BOUBGliOrS DE PARIS. 220
et entrèrent en la grànt rue Sainct- Anthoine , criant : A mort! à mort! faille guignée ! Vi\^e le Roy et le Dauphin et le i*oy d^ Angleterre! Tuez tout! tuez tout !
//e/w^est vrai que dimanche vingt-neuviesme jour de mai, à l'entrée des Bourguignons, avant qu'il fust nonne de jour , on eust trouvé à Paris gens de tous estats, comme moines, ordres mandiants, femmes, hommes, portants la croix Sainct-Andrj on de Troye, ou d'autre matière, plus de deux cent« mille , sans les enfants. Lors fusl Paris moult esmeu, et se arma le peuple moult plustost que les gens d'armes ; et avant que les gens d'armes fussent venus, estoient tant approchés lesdits bandés par force , qu'ils estoient à l'endroit de Tyron . Adoncq vint le nouveau prévost de Paris à force de gens , et à l'aide delà commune , les repoussa; abattant et tuant à grant tas jusques dehors la porte Sainct- Antboine ; et tantost le peuple , moult eschauffé contre lesdits bandés , vindrent par toutes les hostelleries de Paris quérant les gens dé Isidite bande ; et quant ils en porent trouver , de quelque estât qu'il fust , prisonnier ou non , aux gens d'armes estoient amenés en mi la rue, et tantost tués sans pitié de grosses haches et d'autres armes ^ et n'estoit homme nul à celui jour qui ne portast quelque armeure dont ils féroit lesdits bandés en passant par emprès , depuis qu'ils estoient tous morts étendus ; et femmes , et enfants , et gens sans puissance, qui ne leur povoient pis faire, les maudissaient eh
^5o JOURITAL (MlB)
pfl^s^nf par eixip]?è3r <îîsant : Ckiem traistres^ wms estes mieux que à vous n'appartient :. encore en y eut quepleust à Dieu que tous f eussent en tel estât ! Et si n'eussiez trouvé à Paris rue de nom, oà n'eiist aucune occision , et en^ mains qu'on n'y iroit cent pas de terre , depuis que morts estcnent , ne leur demeuroit que leurs Inrajes; et.estoient en tas comme {^rcs au milieu de la faoe, qui moult grant pitié estoit; car pou fu celle sepmaine jour ^u'il ne pleust moult fort ; et forent celle journée, dimanche vin^-neuf mai, à Paris, morts à Tespée, ou d'autres armes en mi les rues, sans aucuns qui furent tués es maisons, cinq cents vingt-^deux hom* mes; et plut tant fort celle nuit, que oncques ne sentirent nulle paaile odeur ; mais furent lavées par Iprce de la pluie leurs plaies, que au matin n'y avoit que sang, m^ ordures sur leurs plaies*
Item y en ces jours devant dits, prenoit-^on les Ârminas partout Paris, et hors Paris. Entre lesquels furent prins plusieurs grands de renom et très inauyaiscol^aige, cpmme Bernard d'Arminac, con* nestaUe de France, aussi cruel homme qui fust onor ques, Henry de Marie, chaticelier de France, Jehan Gaude, maistre de l'artillerie, le pire dé tous. Quant les pouvres ouvrier^ lui demandoient leur salaire de leui* besqingne, illeor disoit : m Avez- » vous point de petit blanc pour achetter ung chevesr » tre (licou) pour vous aller pendre? Senglante car » naille,c'estpour vous preu (assez). » Et n'en avoient ^ntre chose. Sji p^r ainsi espargna si grant trésov
(i4iH) DU» BOUl&Q£Ot$ D£ PARIS. 33 1
plusquele roy n'avoit ; maistre Robert de Tuillières, maistre Oudart Baillet, Tabbé de Sainct-Denys en France, très faux papelart, Remonet de la Guerre, capitaine des plus forts larrons qu'on pusttrouveren place; car ils faisoient pist que Sarrazins; maistre Pierre de l'Esclat, maistre Pierre le Gajant, personne sismatique, hérite (hérétique) contre la foi, et avoit esté presché en Grève, digne d'ardoir.
Item y il alla après ce à cour de Rome ; et quant il revint , il fust plus maistre en Gbastelet, et les let- ^ très dont il se meslmt , on avoit avant pour huit sob parisis , il en falloit bailler vingt«quatre solsparisis, et si falloit pajer par sa main.
Itemp révesque de Glermont, qui estoit tout le pire contre la paix, et plusieurs autres , et tant en avoit au Palais et au Ghastelet petit et grant , à Sainct-Martin , à Sainet-AnthcÂne , à Tyron , au Temple, qu'on ne lea sçavoit où mettre.
Item y cependant eatoient toujours les Arminas à la porte Sainct^^Anthoine ; pourquoi on faisoit toutes les nuits très grants feus , et n'estoit nuit , qu'on ne criast allarme ; et fai^it-on cris à trompes à minuit, après minuit, devant minuit; et néantsmoins tout ce plaisoit au peuple, pour ce que de bon cuer le faisoient.
Item^ le peuple s*avisa de faire en la paroisse Saint-Huistasse la confrairie Saint-Andry , et la firent ung jeudi neufvi^me jour de juing : qui s'y mettoit, avoit ung chapperon de rc^es vermeilles ; el tant s'y mist de gens de Paris, que les maistres
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de la confrairie disoient et atermoient qu'ils avoient fait faire plus de soixante douzaines de chappeaux; mais avant qu'il fust doze heures, les chappeaux furent faillis, mais le moustier de Saint-Huistasse estoit tout plain de monde; mais pou y avoit homme, prestre ne autre , qui n'eust en sa teste chappeau de roses vermeilles , ^t sentant tant bon au moustier, comme s'il fust lavé d'eau de rose.
Item y en celle sepmaine, demandèrent ceux de Rouen à ceux de Paris aide , et on leur envoya trois cents lances et trois cents hommes de trait ^ pour obvier aux Anglois.
Item y le dimanche ensuivant, douziesme jour de juing, environ onze heures de nuit, on cria allarme, comme on faisoit souvent alarme à la porte Saint-Germain , les autres crioient à la porte de Bardelles : lors s'esmeut le peuple vers la place Maubert et environ , puis après ceux de deçà les ponts, comme des halles et de Grève et de tout Paris; et coururent vers les portes dessusdites; mais nulle part ne trouvèrent nulle cause de crier alarme. Lors se leva la déesse de Discorde, qui estoit en la tour de Mauconseil^ et esveilla Ire la forcenée, et Convoitise, et Enragerie et Vengeance, etprindrent armes de toutes manières, etbouttèrenthors d'avecq eux Raison, Justice, Mémoire de Dieuet Atrempence (modération) moult honteusement. Et quant Ire et Convoitise virent le commun de leur accort, si les eschauflPa plus et plus , et vindrent au palais du roy^ Lors Ire la desvée (folle) leur jetta sa semence tout
(i4i«) d'un, bourgeois de paris. 255
ardant sur leurs testes. Lors furent eschauflEes outre mesure, et rompirent portes et barres, et entrèrent es prisons dudit palais à minuit , heure moult esbahissa nt àhomme surprinâ; et Convoitise, qui estoit leur capitaine, et portoitla bannière devant quiayec lui mesnoit Trahison et Vengeance, qui commencèrent à crier hautement: Tuez ^tuez ce s chiens traistres Arminas. Je reni bue (^Dieu)^ seja pié en eschappe en celle mut. Lors Force nerie la desvée , et Murtre et Occisibn abatirent, tuèrent, murtrirent tout ce qu'ils trouvèrent èsprinsons, sans merci, fust de tort ou de droit, sans cauàe ou à cause et Convoitise avoit les pans à sa saincture, avec Rapine sa fille, et son fils Larrecin, qui tost après qu'ils estoient morts ou avant , leur ostoient tout ce qu'ils avoient ; et ne voulut pas Convoitise qu'on leur laissast leurs brayes , pour tant qu^ils vàulsissent quatre deniers, ' qui estoit ung des plus grands cruautés et inhumanités chrestiennes à autre de quoi on peust parler. Quant Murtrê et Occision avoient fait ce, révenoit tout le jour Convoitise, Ire, Vengeance, qui dedans les corps humains qui mortis estoient , bouttoient toutes manières d'armes , et en tous lieux; et tant que avant que prime fust de jour , orent de cops de taille ^t d'estoc ou visaige, tant que on n'y povôit honïme congnoistre quel qu'il fust; etnefustleconnestable et le chancelier qui furent cogneus ou lict où tués estoient. Après , allèrent cedit peuple par renortemerit(avis)de leurs déesses qui les mesnbient, c'est assaroir , Ire, Convoitise et Vengeance, par
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toutes les j>riosoiis publiques de Paris , c'est assavoir à Saint-Ëloy^ au petit Gbastelet, au grant Chastelet , au Four-rÉvesque , à Saiot-Magloire , à Saint-Martin des-Champs, au Temple ; et partout firent; comme devant e^dit du palais , et n'estoit homme nul qui en celle nuit ou jour, eust osé par-» 1er de raison ou de justice , ne demander où elle estoit enfermée ; car Ire les avoit mise en si profonde fosse , qu'on ne les pot oncques trouver toute celle nuit, ne la journée ensuivant. Si en parla le prévost de Paris au peuple , et le seigneur de Hsle-r Adam, en leur admonestant pitié, justice et raison; mais Ire et Forcennerie respondit par la bouche du peuple : « Malgré bien , sire, de vostre justice, de » vostre pitié et de vostre raison : maudit soit de Dieu » qui aura jà pitié de ces faux traistres Arminas An- » glois,neque de chiensicar par eux est le royaume » de France destruit et gasté, et si l'avoient vendu » aux Anglois. »
Itemj est vrai que devant chàscune desdittes prinsons, avant qu'il fust dix heures du jour , estoient tous entassés^ cmnme se ce feussent chiens ou moutons;et n'en avoit nul pitié]disant :« Aussi ont-ils fait » sacs pour nous noyer et nos femmes et nos enffents, » et ont fait faire estandarts pour le roy d'Angle- » terre, et pour ses chevaliers, pour mettre sur les » portes de Paris , quant Us l'auront livré aux En- » gloys.
» Item j ils ont fait escussons à une rouge croix i> plus de trente milliers, dont ilsavoient poposéde
(i4i8) d'un bouuobois i^b paris. %56
» signer les hnysde ceux qui dévoient esire tués cm » non. Sd ne nous en parlez plus de par le DiaUe , » que pour vous n'en laisserons riens à foire, par le » sang bieu! »Quant le prévost vit qu'ilsestoientainsi escbaufies de la faulce ire qui les menoit , si n'osa plus parler de raison > de pîtié^ ne ^e justice , et leur dit : «c Mes amis , faites ce qu'il voqs plaira. » Ainsi s'en allèrent es prisons dessusdittes, et quant iU trou voient trop fortes prinsons, où ils ue povoient entrer, si boutoient dedans force de feu , et ceux qui dedans estoieut , n'avoieut rien^ de quoi leur aider , si estaingnoient et ardoient là dedans à nurtyre; et ne laissèrent en prinson de Paris, sinon au Louvre, pour ce que le roy y estoit, quelque prisonnier qu'ils ne tuassent par feu ou par glay ve ; et tant tuèrent de gens à Parts, que hommes qi^ femmes « depuis celle heure de mynuit , jusqu'au Undemain <k>uze heures, qui furent nombres mille cinq cent dix^huit ; et furent le connestable , le chancelier, ung capitaine nommé Remonet de la Guerre, maistre Pierre de l'Esdat , maistre Pierre Gaiant, maistre Guillaume Paris, l'évesque de C]Qnstances, fils du chancelier de France en la court de darrière devers la coulture; et furent deux jours entiers au pîé du degré du palais sur la pierre de marbre , et puis furent enterrés ce sept à Sainot- Martin en ladite court de darrière la coulture, et tous les autres à la Trinité; entre lesqu^ morts furent trouvés tués quatre évesques du faux et dampoable conseil, et deu^ des présidents de parlemente
IteiHy celle sepmaine fut déposé de la prévosté des marchands Guillaume Cyrasse, et y fut mis sire Noël Marchant.
Item y en icellui temps, on attendoit monsieur de Bourgongne de jour en jour, et si n'estoit homme qui peust sçavoir au vrai où il estoit; dont le peuple' fut plus félon , et n'osoit le prévost de Paris faire justice. *
Itenty ceUe sepmaine fut fait procureur du roj ung nommé Vincent Lormoy.
Itemy le vingtiesme jour de juing fut fait justice d'ung nommé Boutart, qui estoit sergent à cheval, demeurant en la grant rue Sainct-Denis , l'ung des plus mauvais de tous ceux de la bande; et pour ce que si maulvais estoit contre le duc de Bourgongne, et que moult bel parleur estoit , et grant façon d'homme ; il recogneut à la fin que quant il vouloit, il estoit à l'estroit conseil des bandés , et avoit eu commission de par le prévost et les autres, environ devant huit ou neuf jours que les Bourguignons arrivassent à Paris, de faire tuer tout le quartier des halles; c'est assavoir hommes, femmes ^t enflTents, lesquels qu'il eust voulu, et leurs biens confisqués à lui et à ceux qui lui eussent aidé à faire ladite occision. La sepmaine que lesdits Bourgui^ gnons entrèrent à Paris, devoit ce estre fait ; et recongneut que ung nommé Symonnet Tai^anne avoit ung autre quartier , pour faire semblablement; et autres [de leur maldit conseil dévoient ainsi faire par tout Paris. Mais Dieu qui scet les choses abscondites, qui mua le conseil d'Olofernes
(i4i8) d'un bouageois de paris. 237
par main de femme , les fist cheoir dans la fosse qu'ils avoient faite, comme devant est dit.
Item , le samedi ensuivant , fut décapité Guillaume d'Ausserre, drappier, esleu de Saint -Eloy , âgé de plus de. soixante-six ans, qui a voit de moult belles tilles à Paris, toutes femmes d'estat, lesquelles il vilena moult ; car il congnut tant detraysons contre le roj et son rojaume, que lui et ceux de ladite bande avoient machinées, et fait alliance aux Englois, que fort seroit à croire; et accusa autres , desquels fut décapité un sergent d'armes nommé Monmelian, lequel avoit fait par son pourchas décapiter le sieur de Lours, de la porte Baudet, et lequel seigneur de Lours environ six sepmaines après que les Bourguignons furent entrés à Paris, fut despendu, lui et plusieurs autres du gibet , et furent mis en terre saincte , et fut fait leur service honnestement.
lient y ou mois de juing fut la porte Sainct- Antoine murée, et n'avoità Paris que deux portes ouvertes; c'est assavoir la porte Saint-Denis et celle de Saint-Germain.
Item y en celle année ne fut nouvelle du Landit. Ce ne fut qu'à la fin qu'on vendit un pou de soulier de Breban en trois estaulx en la grant rue Saint-Denis^ emprès les Filles-Dieu .
Iterriy la vigille Saint-Jehan furent remises les chaisnes de fer au bout des rues de Paris; et cuidat-on tout trouver ; mais il s'en falloit trois cents que les bandés en leur vivant avoient degasté en
338 JOUHBTAL (i4i8)
leur profit, on ne scet en quel lieu, et les refist-ott moult hâstivement.
Item y Le dimenche tf oisiesme jour de juillet , fut fait une des plus belles processions que on eust veu oneques. Toutes les églises de Paris s'assemblèrent à Nostre-Danie de Paris ^ et delà vindrent à grant luminaire et sanctuaires à Saint-Jehan-en- Grève , et là moult bien dévotement prindrent le corps Nostre-Seigneur qtie les faux Juifs bouillirent, et l'apportèrent moult reverentement, faisant graus louanges à Dieu, à saint Martin-des-Champs; et alloient les gens de l'université deux à deux , c'est assavoir , emprès chacun maislre alloit un bourgeois au dessous de lui , et tous les autres semblablement.
Itetriy le vendredi ensuivant, vindrent les Arrainaz de Meaux jusques devant Paris, et boutèrent le feu à la Ville tte, à la Chapelle et ailleurs es granges pleines de bleds nouveaux. Si cria-t-on alarme à Paris ; si s'enfouirent ; et en eux en allant > allèrent couper les cordes des Arminaz qui pendus estoient au petit gibet dé Paris , et en eux en allant prindrent grant proye de bestial et prinsonniers povres laboureurs en leur lis, et le commun de Paris s'arma; mais on ne leur volt ouvrir la porte sitost , pour ce que sans chief estment. Tantost après vint le prévost de Paris, qui issit à grant compaignie, et eux le suivirent moult aspt*ement. Et fat vrai que les Arminaz povoient bien estre à plus de trois lieues loing, ains que ledit pré-
(i4id) d'un fiOUAGEOis DB PA.RIS. sSg
vost is^t , ne le commun qui mojult sentit mal comptent : toutes voyes suivirent -ils tant leurs enuemis à pié , qu'ils rescourrent presque tous les prinsonniers, et furent jusquesà Lagny-sur-Marne; et là leur fut dit que la grosse bataille potoit jà bien estre à trois grosses lieues loin. Lors s'en ervindrent le mieux cpi'ils porent , moult las y car moult faisoit grant chaut^ et on ne trouvoit rien nulle part que es bonnes villes ; car pour la guerre on y mettoit tout» Quant ils furent venus à Paris , si furent moult courroucés , et voulurent aller tuer les prinsonniers ArminazduGhastelet^ se n'eust esté le capitaine de Paris , qui par doulces paroles les appaisa. Et tantost après on fit faire les barrières devant Chastellet ; mais néantmoins comme il mena les gros prinsonniers à très grant compaignie de gens d'armes, à la porte Saint-Anthoine, ou autrement, eussent tués du peuple.
Item^ vrai est que en icellui temps , Soissons se rendit aux Bourguignons, etprindrent des ^*os bourgeois de la ville qui estoient Arminaz , desquels ils firent justice ; car ils cogneurent à la mort que dedans quaU^e jours ils avoient en pensée de tuer par nuit ou par jour tous ceux qui estoient de la partie auducdeBourgongne, et femmes etenffens faire noyer en sacs qu'ils avoient tous propres fait faire à femmes moult voleataire8 à la faulce traistre bande.
Item y vrai est qu'ils avoient fait faire moâuoie de pion très grant fcHson y et en dévoient bailler
24o JOUKNAL Ci4*9)
aux dizeniers de la ville de Paris , selon ce qu'ils avoient de gens en leurs dizainesquiestoient delà bande ; et n*en dévoient avoir nuls autres que eux ; et dévoient aller parmi les maisons lesdits bandés partout Paris à force de gens armés portant ladite bande , disant par tout : Avez-s^ous point de telle monnaie F S'ils disoient : P^eés en ci; ils passoient outre sans plus dire; s'ils disoient : Nous n^en avons point y ils dévoient tous estre mis à l'espée , et les femmes et enffens nojés ; et estoit la monnoie telle ou ung pou plus grant qu€^ ung blanc de quatre deniers parisis, en la pille un escu à deux lieppars l'ung sur l'autre , et une estoille sur l'escu en la croix, à ung des quemugnés une estoile, à chacun bout de la croix une couronne.
Item y le jeudi quatorziesme jour de juillet vint la royne à Paris; et la admena le duc de Bourgongne, et la présenta au roy au Louvre, laquelle avoil esté long-temps comme bannie et hors de France par les bandés , se le duc de Bourgongne ne l'eust secourue ;, qui toujours en son exil l'onora comme sa dame , et la rendit à son seigneur le roj de France , moult honorablement le jour dessusdit; et fut à leur venue la porte Sainct-Anthoine demurée; et furent les bourgeois de Paris vestus tous de pers ; etfurent réceus avecque telle honneur et joye que oncques dame ou seigneur avoit esté en France; car par tout où ils passoient, on crioit à haute voix Noël ; et pou y avoit gent qui ne plourassent de joye et de pitié.
(i4t8) d'un bourgisois db paris 24 i
Item y la sepmaine ensuivant, avoit à Saint-Denis en France , un capitaine nommé Jehan Bertran , aussi bon homme d'armes , et aussi preudomme pour son seigneur , comme nul en sceust en tout le royaume de France , mais n'estoit pas de grantlignaige. Si accroissoit de jour en jour sa renommée pour le bon sens et proesse qu'il avoit. Si en orent les Piquarssi grant envie, qu'ils espièrent le lundi ensuivant que la royne vinst à Paris , entre Paris et Saint-Denis en droit de là Chapelle de la ville ; et là l'assaillirent en trayson, et le navrèrent de lances et d'espées. Moult se defFendit longuement , mais riens ne lui vallut ; car il n'estoit que lui cinquiesme. Enfin le despécèrent tout et murtrirent, dont le duc dô^Bourgongne fut si dolent quand il le sceut , que il commença à 1ermer moult fort des jeux ; mais autre chose n'en osa faire, pour paour d'esmouvoir le commun, qui fut si esmeu quant ils le sceurent , qu'à très grant peine furent appaisiés.
Item^ en ce temps, les Arminaz faisoient moult souvent grants griefs autour de Paris, et prindrent celle sepmaine mesme Moret en Gastinois, et tuèrent grant partie du peuple sans merci.
Item y le vingtiesme jour dudit mois de juillet , les Anglois prindrent le Pont-de-l'Arche par deux capitaines faillis , l'un nommé Guillaume , et l'autre Robinet de Braqueraont ^ et le rendirent par leur mauvaisetié , avant que les tresves feurent saillies; car ils sçavoient bien que le secours ve-
MONSTRELCT. T- XF* — JoUtW. d'uK BOURG. DE PaRIS. i6
34? JOURI^AL (i4i8)
noit de Paris tressant , pour j estre à la journée. ^ Jtemy en iceluy temps, avoit à Paris un cbe-^ valier du guet, nomaxé messire Gaultier Rallart , qui nulles fois n'alloit au guet , quil n*eust devant lui quatre ou cinq ménestriers, jouants de .haulx insti:umenls 9 qu'il moult estoit estrange chose au peuple ; car ils disoient qu'il sembloiit qu'il dist aux malfaiteurs : Fujez-i^ous-en., car Je viens.
7^771.^ toujours faisoient les povres gens le guet et feux, et veiller toute nuit* Et si estoit la bûche si chère que toujours la bûche de Bondi coustoit treize ou quatorze sols parisis, celle de Grève la plus petite estoit à vingt sols parisis, le molle(stère) à dix sols parisis , le sac de charbon treize ou quatorze sols parisis ^ et nul temps on n'avoit que deux ou trois œufs pour ung blanc « La livre de beurre, au meilleur i marché, six blancs, très petit vin pour six deniers parisis à la pinte.
Item^ le dimanche vingt-uniesme jourd'aoust, fust fait en Paris une grant esmeutte , terrible et orrible et merveilleuse ; car, pour la cause que tout estoit si cher à Paris; et qu'on ne gagnoit rien , pour les Ârminaz qui estoient autour de Paris, s'esmeut le peuple celui jour; et tuèrent et abbatti^ent ceux qui porent sçavoir qui estoient de ladite bande> et comme desvés (fous), s'en vinrent en Ghastellet, et l'assaillirent de droit assaut; et cils qui; dedans' estoient, qui bien sça voient la maie voulenté du commun espécial aux Arminaz, eux deffendirent moult efforcement, et jettoient
(i4i8) D*UN BOURGEOIS DE PARIS. S^S
tuilles et pierres, et ce qu'ils povoient, pour cuidèr eslonger leurs vies; mais ce ne leur valliit rien; car le Chastelet fast eschellé de toutes parts , et descouvert et prins par force ^ et touts ceux de dedeus mis à Fespée ; et la plus grant partie fist-on saillir sur les carreaux, où la grant compagnie estoit du peuple qui les occioient sans mercW de plus de cent plaies mortelles ; car trop souffrôit le peuple de griefs par eux; car riens ne povoit venir à Paris, qu'il ne fust rançonné deux fois plus qu'il ne vallôit, et toutes nuits guet de feux et de lanternes en mi les rues aux portes , faire gens d'armes et riens gagnier^ et tout chien plus que raison par les faux bandés , qui tenoient maintes bonnes villes d'entour Paris , comme Sens , Môret, Melun, Meaux en Brie, Crecy, Compiègne, Montle-Héry , et plusieurs autres forteresses et chasteaux, où ils faisoient tous les maux qu'on peust faire ne'penser. Car par eux fust plus martyre de gens qiTC ne feirenl les anchiens ennemis de chfes^ tienté , comme Dyoclecien et Maximien , et autres qui feirent à Rome martyrs plusieOïs saincts et sainctes ; mais leur tyrannie n'estoit poinct accomparagée auxdits bandés, comme Dieu scet. Par quoi ledit peuple estoit ainsi esmeu ooiitre eux V comme devant est dit. .
Itefn y dudit Chastelet, quant ils orent mis à l'espée touts ceux qu'ils porent ' trouver , s*en allèrent au petit Chastelet, où ils orent moult fort assaut ; mais ce ne leur vallut rien , car touts feu*
244 JOURNAL (»4i»)
rent tués comme ceux du grant Chastelet. De là s'esmeurent pour venir au cbasteau Sainct-Anthoine. Lors vint le duc de Bourgongne à eux qui les cuida appaisier par ses douces paroles, mais riens uy vallut, ^ar ils s'en vindrent comme gens desvés droit au chasteau ; et l'assaillirent à force , et percèrent portes, et tout à pierres qu'ils jettoient encontre; et nul si hardi d'en haut qui s'osast monstrer ; car ils leur envoyoient sajettes et canons si très dru que merveille, Grant pitié en avoit le duc de Bourgongne , qui là afFoui à grant haste , accompaigné de plusieurs grants seigneurs et gens d'armes, pour leur cuider faire cesser l'assaut pour la compaignie qu'il admenoit ; mais oncques, pour puissance qu'il eust, ne lui, ne. sa compaignie ne les porent appaisier , s'il ne leur monstroit touts les prinsonniers qui là estoient , et s'ils n'estoient admenés ou Chastelet de Paris, que ils disoient que ceux que on mettoit oudit Chasteau, estoient toujours deslivrés par argent, et les bouttoit-on hors par les champs, et faisoient après plus de maux que devant , et que pour ce les vouïoient avoir. Et quant le duc de Bourgongne vit la chance ainsi, que bien véoit qu'ils disoient vérité ; si leur deslivra , par ainsi que nul mal ne leur feroient; et ainsi fust accordé d'une part et d'autre, et feurent admenés par les gens du duc de Bourgongne, et estoient, que ung que autre, environ vingt. Quant ils vindrent près du Chastelet , si feurent moult esbahis ; car ils trouvèrent si
(i4i8) D*UN BOURGEOIS DE PARIS. 245
grant nombre de peuple, que oncques, pour puissance qu'ils eussent, Be les porent sauver qu'ils ne feussent touts martirés de plus de cent plaies; et là feurent tués cinq chevaliers, touts grants seigneurs, comme Enguerran de Malçonquat, et son fils, premier chambellan du roj iiostre sire , monsieur Ethor de Chartres , et plusieurs autres , Gharlot Poupart, argentier du roy , le viel Tavanne , et ung de ses fils , dont le duc de Bourgongne fust moult troublé , mais autre chose n'en osa faire.
Item y après i'occision, droit en l'hostel de Bourbon s'en allèrent, et meirent à mort aucuns prisonniers ; ils y trouvèrent en une chambre une queue plaine de chausses-trappes, et une grant hannière comme estandart, où il y avôit un dragon figuré , qui , par la gueule , jettoit feu et sang. Si feurent plus meus en ire que devant, et la portèrent tout parmi Paris, les espées toutes nues, criant sans raison : « Vées-ei la bannière que le roy » d'Ang'leterre avoit envoyée aux faux Arminaz, en » signifiance de la mort dont ils nous dévoient faire » mourir. » Et ainsi criant, quand ils orent partout monstre, la portèrent au duc de Bourgongne; et quand il l'eust veue, sans plus dire , fust mise à terre , et marchèrent dessus; et en print chascun qui en pot autre sa pièce , et meirent les pièces au bout de leurs espées et de leurs haches.
Item y toute celle nuit ne dormirent, ne ne cessèrent de quérir et de demander partout se on
3^6 /OUBNAIi (1418)
scayoit nuls Arminaz. Aucuns en trouvèrent qui feurent tués et mis à mort sur les carreaux touts nuds«
Item ^ le Innài ensuivant, vingt-deuxiesme jour d'aoust , feurent accusées aucunes femmes , lesquelles feurent tuées et mises sur les carreaux sans robe que de leur chemise ; et ad ce faire estoit plus enclin le boureau que nuls des autres ; entre lesquelles femmes il tua une femme grosse, qui en ce cas n*avoit aucune coulpe , dont il advint un pou de jours après qu'il en fust prins, et mis en Chastelet, lui troisiesme de ses complices; et au bout de trois jours après eurent les testes couppées; etordonna le boureau la manière au nouveau boureau, comment il devoit copper teste, et fust deslié , et ordonna le tronchet pour son col et pour sa face , et osta du bois au bout de la dolaire et à son coustel, tout ainsi comme s'il voloit faille ladite office à un autre , dont tout le monde estoit esbahi. Après ce , cria merchi à Dieu , et fust descollé par son varlet.
Item y en iceluy temps, vers la fin du mois d'apust , faisoit si grant chalour de jour et de nuit, que homme ne femme ne povoit dormir par nuit , et avec ce estoit très grant mortàUté de boce et d'épidiiïiie , et tout sur jexmes gens et enfFens.
hemycellm an, demouroient les blés et les advoines aux champs à sayer tout autour de Paris , que nul n'y osoit aller pour les Arminaz, qui tuoient touts ceux qu'ils povoient prendre, qui
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estoient de Paris. Pourquoi la commune de Paris s'esmeut et allèrent devant MonWe-Héri , et y feurent environ dix ou douze jours, etfeirentle mieux au 'ils porent ; X5t eussent gaigné le thastel et les traistres de dedens> s© n'eussent esté auiîuns g^itilhommes > qui arrec eux^toient, qui les devt)ient garder et mener : mais quant ils veirént que la commune besoignoit si bien , si parlementèrent aux Arminaz, qui bien véoient qu'ils ne dévoient longuement durer contre la commune, qui si asprement les assailloit de jour et de nuit ; et prindrent grant argent des Àrminaz *, par ainsi qu'ils feroient lever le siège. Et ainsi firent-ils- Quant ils orent l'argent, si firent entendre aux bannes gens , que vraiment il venoit tm très g»rant secours à ceux du cUastel , et qui se pourrôit sau^ ver â se sauvast , que plus ne seroient là , et se partirent. Quant ce veirent la commune, si ce départirent moult courroucés j et quant ils vindrent près de Paris, on leur ferma les portes ; et dcmourèrient'à Sainct-Germain , à Sainct-Marcel , à NostresDame-cfefi^ Champs , deux ou trois jours ^nuits; et les ArminaKj tantost après le département du ^ége , couroient jusqu'au bout desdits villaiges où estoient nos gens pout* les cuider soufrprendre î mais oncques pour leur jouissance ne les porent grever^ et si n'avoient nul cappitaine que de ceux de Paris^; car les gentilshonmies qui les a voient laissés , cuidoient que les Arminaz les dl^ussent touts tuer, mais oncques Arminaz ne le^
2^8 JOUftWAL (14^8)
osèrent assaillir. Et vrai estoit que qui eust laissé faire les communes , il ne eust demouré Arminac en France qu'en mains dç deux mois n'eussent nûs à fin ^ et pour ce les hay oient les gentilshommes qui ne vouloient que la guerre , et Ûs la vauloient mettre à fin. Quant on vit qu'ils avoient si grant voulenté d'affiner la guerre , on les laissa entrer dedens Paris , et allèrent faire leur labour ; et les Armina?; faisoient du pis qu'ils povoient : car ils tuoient fpmmes et enffents, et bouttoient feuit autour de Paris j et si n'estoit homme nul qui y meist remède aucun. Et d'autre part estoient les Englois devant Rouen de toutes parts assiégés , qui moult faisoiçnt de grief de loutes parts à ceux de Rouen , dontfeurent moult a£Poiblis; mais à souffrir leur convint ; et tout ce estoit par les faux traistres de France qui ne vouloient que la guerre ; car bien scavoient touts combien de rançon ils dévoient payer se prins estoient. AUoit ainsi le roya.ume de Franche de pis en pis; et povoit-on mieux dire la terre déserte que la terre de Franche* Et tout ce estoit, ou la plus grant partie, par le duc de Bourgongne, qui estoit le plus long homme en toutes ses besongnes comme peust trouver ; car il ne se mou voit d'une cité quant il y estoit, ne quant ce fust paix par-tout, ^se le peuple par force de plaintes ne l'esmouvoit; dont tout enchérit dans Paris de plus en plus. Car il estoit en septembre le commencemant d'iver qu'on se devoit garnir, et un cent de bonnes huches valloit tou-^
64i8) 0*UN BOURGEOIS DE PARIS. 3^9
jours deux francs ; un sac de charbon , seize sols parisis; le mouUe , dix ou douize sols parisis; la livre de beurre salle , sept ou huit blancs en gros; œufs , deux deniers parisis la pièce ; ung petit fromaige , trois sols parisis ; bien petites poires ou pommes^ ung denier la pièce ; deux petits oignons, deux deniers parisis ; bien petit vin pour deux ou trois blancs ; et ainsi de toutes choses.
Item y en celluy mois de septembre , fust mandé le duc de Bretaigne de par le roy , et y Tint à Corbeil , de là à Sainct-Mor-des-Fossés ; et là vint la royne, le duc de Bourgongne, et plusieurs autres seigneurs. Là firent-ils une paix telle quelle , que voulsist ou non la royne. Tout fust pardonné aux Arminaz les maux qu'ils avoient faits; et si estoit tout prouvé contre eux qui estoient consentants de la venue du roy d'Angleterre, et qu'ils en avoient eus granls deniers dudit roy ; Item, d'empoisonner les deux ainsnés fils du roy de France, et sçavoit-on bien que ce avoit esté et fait faire; et de l'empoisonnement du duc de Hollande , et débouter hors la royne de France de son royaume. Et si convint tout mettre ce à nyant , ou se non ils eussent destruit tout le royaume de France , et livré aux Anglois le dalphin qu'ils avoient devers eux. Ainsi fut faite celle paix , qui en fut couroucé ou joyeulx; et fut criée parmi Paris à quatre trompes ^ et à six ménestriers, le lundi , dix-neuviesme jour de septembre, l'an mil quatre cent dix-huict.
25o JOURNAL («4l»)
Tteniy en cedit mois, au commencement, fut depposé de la prévosté de Paris, le Beau de Bar, et j fut mis un escujer nommé Jacques Lamben.
Item , cedit mois de septembre estoit à Paris et autour, la mortalité si très-cruelle y qu'on n'eust veu depuis trois cents ans par le dit des anciens ; car nul n'eschappoit qui fust féru de Tépidimie , espécialement jeunes gens «t enflfens. Et tant eu mourut vers la fin dudit mois, et si hastivement, qu'il • convint faire es cymetières de Paris grans fosses, où on en mettoit trente ou quarante en chacune; et ^toient arrangés comme lors^ et puis un pou pouldrez par-dessus de terre ; et toujours jdur et nuit on n'estoit en rue que on ne rencontras! Nostre-Seigneur, qu'on portoit aux malades* Et tretous avoient la plus belle cognoissance deNostre- Seigneur à la fin, que on vit oncques avcûr à chrestiens. Mais au dit des clercs, ou ne avoit oncques veu ne ouy parler de mortalité qui fust si desvée , ne plus aspre, ne dont moins eschapast de giens qui férus en (eussent; car en moins de cinq semaines trespassa en ville de Paris plus de cinquante mille personnes ; et tant trespassa de gens , que on enterroit quatre ou six ou huict chefs-d'hoslel à une messe à notte; et convenoit marchander aux prèstrès pour combien ils la cbanteroient, et bien souvent en convenoit payer seize ou dix-huict sols parisis , et d'une messe basse ; cpiatre sols parisis.
Item y en ce temps, qui estoit environ douze jours en octobre, n'estent pas encore cessée la mor-
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talité aucunement, ne les Arminaz pour paix, ne pour autre chose ne laissoient à faire comme d'avant tretout le pis qu'ils po^oient; et venoient souvent jusques emprès de Paris prendre proyes et hommes et femmes, et mesnoient en leurs garnisons; ne nul n'en osoit mot dire; et pour vrai il ressembloit qu'au duc de Bourgongne en fust apart, et appoisoit le peuple de douces paroles.
Jtem y tout le mois d'octobre et de novembre, fut la mort ainsi cruelle > comme devant est dit ; et quant on la vit sidesvée que on ne sçavoit mais où les enterrer, on fist grans fosses, aux Saints Innocens cinq^ à la Trinité quatre, aux autres selon leur grandeur; et en chacune on mettoit six cents personnes ou environ. Et fut vrai que les corduaniers de Paris comptèrent le jour de leur confreirie Sainct-Crespin et Sainct-Crespinian , les morts de leur mestiers; et comptèrent et trouvèrent qu'ils esloient trespassés bien dix-huict cents , tant maistrds que varlets, en ces deux mois, en ladite ville. Et ceux de l'ostel-Dieu , ceux qui faisoient les fosses et cimetières de Paris, afFermoient qu'entre la Nativité Nostre-Dame et sa Conception, avoient enterré de la ville de Paris plus de cent mille personnes, et en quatre ou cinq cents n'en mouroit pas douze ançiens,quetousenffenset jeunes
gens*
; Item , les Arminaz tenoient toujours les villes et forteresses devant dittes ; et tindrent Paris en si grant subjectikHi, que ung enffent de quatorze ans
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mangeoit bien pour huict deniers de pain à Teiire ; et coustoit la douzaine six sols parisis, qu'on avoit eue pour sept ou huict blancs, ung bien petit fromaige, dix ou douze blancs, le quarteron d*œufs, cinq ou six sols parisis, la char d'un bon mouton , Je bœuf trente-huict francs; ainsi petite bûche comme de Marne toute verte, quarante sols parisis, ou trois francs le cent; la bûche de molle, douze sols le molle ; meschantes bourrées où il n'a voit que feuilles, le cent, trente-six sols parisis ; ung quarteron de poires d'eugoisse , quatre sols parisis ; de pommes, deux sols ou six blancs; la livre de beurre salé, huict blancs; ung petit fromaige venant de Foisselle, seize deniers parisis; une paire de souliers, qu'on avoit devantpour huict blancs, en mil quatre cent dix-huict, coustoient seize ou dixl) uict blancs; et touttes autres choses quelles qu'elles fussent, estoient ainsi chères à Paris et partout.
Item^en ce mois de novembre, fut remis le Beau de Bar, c'est à sçavoir messire Guy de Bar, dit le Be'au , en la prévosté de Paris, comme d'avant.
Item , en cedit mois de novembre , orent lesdits bouchiers congié de refaire la grant boucherie de Paris , de devant le Chastelet ; et fut commencé à quérir les fondements le mercredi , onziesme jour de novembre; et environ douze jours après fist crier le roj, à trompes , qu'il pardonnoit à tout homme, fust Arminac ou autre, quelque chose que on lui eust méfait , se non à Trojs, le président de Provence, maistre Robert le Maçon, Remon Raignier.
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Ces trois avoient fait tant de trayson contre le roy, qu'il ne leur volt pardonner : car pour eux trois se faisoient tous les maux devant dits à Paris.
Iterriy la sepmaine d'après, partit le roy et monsieur de Bourgongne pour aller contre les Anglois; et allèrent loger à Pontoise , et là furent jusques à trois sepmaines après Noël sans riens faire , se non manger tout le pays d'antour. Et les Anglois estoient devant Rouen . et le dalphin ou ses gens gastèrent le pays de Touraine , et les autres estoient autour de Paris , et venoient jusques aux portes de Paris, piller, tuer; ne oncques le duc de Bourgongne, ne les siens , ne s'avancèrent aucunement de contester aux Anglois ne Arminaz. Et pour ce enchérit tretout de plus en plus à Paris, car riens n'y povoit devenir ceux de vaut dits. Enicelui temp^ coustoit un petit pourcel six ou sept francs; et toute char enchérit tellement que pouvres gens n'en mangeoient point ; mais en celle année fut tant de choux, que tout Paris en fut gouverné tout l'hiver ; car febves et poys estoient oultrageusement chers.
Item y en ce temps valloit une bonne livre de chandelle huit blancs, ou sept du mains.
Item y on payoit en ce temps tout homme qui vendoit vin de chacune queue en gros , huit sols parisis ; et cil qui l'acheptoit autant; et d'un poinson quatre sols parisis; et se on la vendoit à détail de vin à quatre deniers a#re huit sols ; à six deniers douze sols parisis. Et fut commencé cette
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douloureuse pratique , environ làToussainct quatorze cent dix-huit.
Item , le vingtiesme jour» de janvier oudit an quatorze cent dix-huit , ^trèreiit les Angloys dedans Rouen, et la gaignèrent par leur force, et parce que n'avoient de quoi vivre dedans la cité ; mais moult la tindrent longuement contre les Angloys, comme environ six ou sept mois* . Itemy après ce, vindrent devers pour gaignèr le remenant de France; et nul ne les contredisoit que ceux des bonnes villes qui leur tenoient un pou de pié^ Mais tantost les convenoit rendre : car nuls Aes gentilshommes, ou pou s'en meslotent , pour la hayne de Bourgongneet Arminaz. Et par ce vint si grant charte à Paris de toutes choses dont on povoit vivre : car tous les plus grans estoient esbahis;,et valloit un sextier de blé quatre ou ciftq francs audit an quatorze cent dix-huit ; petit pain pour sept sols parisis la douzaine ; une petit pièce de char six blancs ; une froissure de mouton douze deniers; pour un petit fromaige quatre s<ds parisis; trois œufs trois blancs; la livre de beurre salle quatre sols parisis; un quarteron de petites pommes seize deniers; chacune pomme quatre deniers ; le cent de harengs-sors trois eseus ; le cent de harengs acqués cjuatre francs ; deux petits oingnons ung denier; deuxchefs d'aux quatre deniers; quatre navez deux deniers;* un boissel de bon poys dix ou douze sols pari^ , 6t febves autant ; bûche , chère , cotnme devant est dit ; le cent de noys seize
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deniers; la pinte d'huile d'olive six sols parisis ; la livre de saindoulx douze blancs ; la ehopine dixhuit deniers ; la livre de fromaige de presse trois solsparisis. Brief^ tout ce de quoi créature humaine povoit vivre , estoit tant cher , que chacun denier coustoit quatre deniers de toute chose > se non de métaux > comme ^ain ou estain. Airain avoit-on porsix deniers la livre, estain pour dix deniers la livre ou pour huit deniers ; la livre de potin quatre deniers; mais argent valoitence temps dix francs le marc;^ ung des Petiz Moutons devant diz, de sdlze sols, valoit vingt sols parisis.
Iteniy la première sepmaine; de février oudit aa , fut prinse Mante par les Angloys , et plusieurs forteresses d'entour; et n estoit homme qui y meist aucun remède; caries seigneurs de France estoient si courroucés l'ung à l'autre ; car le dalphin de France estoit contre son père à cause du duc de Bourgongne qui estoit avec le roy /Çt tousles autres seigneurs, du sang de France estoient prinsonniers auroy d'An^eterredelabatailled'Agincourt, du jour sainct Crépin et son frère: devant dit,
Iteni) en ce mois de février* oudit an quatorze cent dix-huit, fut déposé le Beau de Bar, de la prévosté. de Paris , et.fust lait prévost de Paris ung nommé Gilles de Blamecy, natif de la ville de Paris, ce qu'on : n'avoit oncques mais vu daage d'homme qui à celui temps. fut trouvé en vie , que de la nacion de Paris on eust fait prévost.
Item y au mois de mars ensuivant valoit le marc
d'argent quatorze francs; le sextier de bon bled cent sols parisis; la pinte de bonne huile de noix sept ou huit sols,
Item, ou mois de mars ensuivant, environ quinze jours, fut le blé si cher , que le sextier valoit huit francs; et environ huit jours à l'issue dudit mois fut crié par les carrefours de Paris, que nul ne fqst si hardi qu'il vendist blé,segle,plus de quatre francs le sextier , le meilleur sextier de mestail plus de soixante sols parisis', le meilleur froment plus de soixante douze sols parisis le sextier , et que nul moulnier ne prenist^point delà mousture que arg ent ; c'est assavoir , huit blancs pour sextier; et chascun boulangier fist bon pain blanc, pain bourgeois, et pain festiz (bis) à toute sa fleur, et de certain prixoucry dit.Quandles marchands qui alloient ans blez, et les boulangiers, ouïrent le cry, si cessèrent de cuire , et les marchands d'aller hors ; et aussi ils n'y alloient point, et n'allassent qu'à une lieue de Paris que ce ne fust sur leur vie , car les Anglois sans cesser, venoient toutes les sepmaines une fois ou deux jusqu'au pont de Saint-Cloud, et les Arminaz jusques aux portes de Parissans cesser, et nul homme n'osoit yssir.
Item , en la derraine sepmaine de mars , l'an mil quatre cent dix-huict, ia quatriesme sepmaine de caresme, qui eust donné es halles de Paris, ou en la place Maubert , vingt sols d'une douzaine de pain, il n'en eust pu finer. Vrai est qu'aucuns boulangiers cuisoient ; et n'en povoit avoir chacun
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que ung ou deux au plus., et y avoit toujours quelque cinquante ou soixante personnes à l'uys. qui attendoient qu'il fust cuit , et le prenoient tout venant du four. En ce point estoit la cité de Paris gouvernée ; et pour vrai en tout le karesme pouvres gens ne mangeoient que pain aussi noir et mal savouré com pouroit faire. Vers la fin de karesme vint des hannons (merlus) de foys à autre; mais on vendoit le sac vingt-six sols parisis , com avoit veu avoir pour cinq blancs autrefois ; et n'en avoit-on que bien peu pour cinq ou six blancs. Et vint un peu de figues grasses et rudes , et si en vendoit-on la livre deux sols ; et toujours un hareng caqué bon huit deniers parisis , ung sor six deniers , une petite seiche trois ou quatre blancs. Et enchérirent tant les oignons , que une petite botte de vingt ou vingt-quatre oignons qus^tre sols parisis.
Item^ un pou devant mars, fut pillée Soissons, et grant occision faitte de hommes et de femmes et d'enffents par les Arnûnaz.
Item^ oudit an, en mars, fut faite grant occision en la cité de Sens, que le seigneur de Guitre y fist, pour ce que ceux de la cité vouloient mettre les Bourguignons dedens sans son sceu ; car il en estoit bailli.
lienij en ce temps furent Pasques le seiziesme jour d'avril mil quatre cent dix-neuf. Lors fut la char si chère , que ung bœuf qu'on avoit veu donner maintes fois pour huit francs ou pour dix tout, au plus, coustoit cinquante francs, un veau quatre
MOMSTBELET. T. XV , JoUBM. d'uH BOURG. DE ParIS. l J
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OU cinq francs, ung moalon soixanie sols ou quatre francs. Toute char que on povoit manger, fust volaille ou autre , estoit tant chère ; car ung homme eust bien mangé à son repas pour six blancs de bon bœuf, ou mouton, ou lart; et n'avoit-on que deux œufs pour deux blancs , ung fromaige mol six ou huitblanc&, lalivre de beurre salle quatorze blancs, le froys dix-huit blancs , une froissure de mouton deux sols ou huit blancs, ung pié de mouton quatre deniers , la teste de mouton trois ou quatre blancs. Et toujours couroient les Arminaz, comme ci-devant est dit, tuoient, pilloient, boutoient feu par toui> sur femmes et sur hommes , sur grains , et faisoient pis que Sarrazins , et nul ne les contredisoit ; car le duc de Bourgongne estoit toujours avec le roy à Prouvins ; et ne s!en bougeoient ; et y furent jusques au vingt-huitiesme jour de mai mil quatre cent dix-neuf, qu'ils vindrent à Pontoîse ; c'est assavoir le roy , la royne , le duc de Bourgongne ; et passèrent pardevant Paris par le bout de Saint-Laurens , sans entrer dans Paris, dont on fut moult esbahi à Paris ; de Pontoise allèrent à Meulan ^ et orent trêves aux Arminaz trois mois ensuivant ; et là parlementèrent aux Englois, aussi par trêves, de faire aucun mariaige ; et fut une chose dure au roy de France , que lui qui deyoit estrele souverain roy des chrestiens, convint qu'il obéist à son ancien ennemi mortel, pour estre contre son enfant ; et ceux de la bande , qui nonobstant trêves, pilloient toujours , et roboient comme devant.
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Itenij eu ce temps^là esfloîl très grant charte de toute vitaille^ comité devautest dit;>et Talloieut quatre chefs bien petits d'auk quatres deniers.
Item y le buitiesme et neuTiestfie jour de )uiiig ensuivant , après les trêves devan^tdkes environ six jours , vint tant d^e biens à Paris de lars , de fromaige de presse , qu'ils estoient es halles entassés aussi haut cpie ung bomme^ et fut d)o»né pour deux blancs ou pour deux francs ce qui coustoil sîjè la sepmaine de devant ; et vint tant d'aux à Paris, c^ ce qui) coustoit douze ou quinze sols la sepniainede devant, estoit donné pour cinq ou six blancs; et vint grant foison de pain de €orbeU y de Meleun et du plat pays d'entour Paris, qu'ils avoient des biens aux bonnes villes, et si en vint d'Amiens et de}>ar* delà ; itia» pou amenda du marché de, tous jours , fors qu'il estoil bien plus blanc.
Itenty la vigile de la Trinité vint tant de poisson à Paris, que on avoit quatre ou cinq bonnes soUes pour ung gros, et l'autre mcarée à la valïue; et fut la Trinité le jour saint Barnabe , onziestne jour de juing , l'an mil quatre cent dixrUeuf .
Item^ la sepmaine ensuivant fust crié c(ue on prenist les Moutons devant dits de seize sols pour vingt-quatre sols parisis , dont les marchands de loing furent plus eslongnés que devant de venir marchander à Paris ; ne nul n'y venoit qui de la monnoie tenist? compte oti pays qu'elle couroit en ce tentps ; car il couroit à Paris blans de Boupgongne de huit deniers parisis ^ pièce que on appeloit
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àibreSyCim ne valloient mie trois deniers , et avec ce estoien trouves comme raeriaux (jetons). Sieussiés veupar tout Paris, où marchandise couroit , tous jours desbat, fust à pain ou à vin, ou à autre chose.
Item , en icellui temps, fist tant le duc de Bourgongne , que paix fut faite entre le dalphin et le roy de France son père, et tous les Englois, comme en manière de traité , tant que ladite paix fut faite entre Meleun et Corbeil , en ung lieu dit le Poncel, à ung lieue de Meleun emprès Pouilly ; et là jurèrent tous les vassaux d'une part et d'autre à tenir ladite paix, sans jamais aller àl'encontrede ce qui fait en estoit ; et fut le mardi onziesme jour de juillet; et en fut faite très grande feste à Paris ; et fut confirmée le dix-neuviesme jour dudit mois ladite paix de tous les seigneurs qui pour lors estoient en France; et tous les jours à Paris, espécialement de nuit , faisoil-on très grant feste pour ladite paix à ménestriers ou autrement.
Item y le penultiesme jour dudit mois fust la feste Saint-Huistace , qui fut faite moult joyeusement : et lendemain, jour Saint-Germain, tourna en si grant Iribulalion, que oncques fit feste ; car à dix heures, ainsi qu'ils cuidoient ordonner d'aller jouer aux Matais, comme coustume estoit, vint à Paris un grant effroy ; car par la porte Saint-Denis quelques vingt ou trente personnes si effroyés comme gens qui estoient, n'avoient guères eschappés de la fliort, et bien y parut -, car les aucuns estoient navres, les autres le cueur leur failloit de paour, de
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chaiilt et de faing, et sembloient mieux morts que vifs. Si furent artés à la porte, etleur demanda-t-on rachoison(occasioD ) dont grant douleur leur venoit , et ilsprindrent à larmoyer, en disant : « Nous som- » mes de Pontoise qui a esté cette journée au matin » prinsedes Englois pour certain, et puis ont tué , » navré tout ce qu'ils ont trouvé en leur voie; et » bien se tient pour bieneure cpii peut eschapper de » leurs mains ; car onques Sarrazins ne firent pis » auxchrestiensqu'ilsfont. »Et ainsi qu'ils disoient, et regardoient cenx qui gardoient la porte devers Saint-Ladre , et véoient venir grans tourbes de hommes, femmes et enfants , les uns navrés , les autres despouillés , l'autre portoit deux enffents entre ses bras ou en hostes, et estoient les femmes, les unes sans chapperon, les autres en ung pouvre corcet, et autres en leur chemises , pouvres prèstrès c[ui n'avoient que leurs chemises ou ung sur* pelis vestu, la teste toute découverte, et en venant faisoient si grands pleurs, cris et lamentations, en disant : Dieu ^ gardez-nous par vostre grâce de désespoir j car huj au matin estions en nos maisons aisés et manants , etamedi ensuivant sommes comme gens en exil y quérantnostre pain. Et en ce disant , les aucuns sepasmoient, les autres s'asseoient a terre si las et si doloreusement, que plus ne pou voient; car moult avoient perdu aucuns de sang, les autres estoient moult affeblis de porter leurs enfants; car la journée estoit très chaude et vaine ; et eussiés trouvé entre Paris et le Landit quelques trois ou
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quatre cent ainsi assis qui recordoîent leurs graos douleurs et leurs grans pertes de chevauces et<l'amis ; car pou y avoit personne qu'il n'eust aucun ami ou amie , ou enffent demouré à Pontœse. Si leur croissoit leur douleur tellement qu'il leur souvencHt de leurs amis qui estoient demourés entre ces crueux tyrans Englois, que le pouvre cueur ne lespovoit soustenir ; car foibles estoient moult ^ pource qu'encore n'avoient le plus beu ne mangé ; et aucunes femmes grosses accouchèrent en la fuite, qui tost après morurent. Et n'est nul si dur cueur qui eust vu leur grant desconfort , qui se fust tenu de plourer ne larmoyer ; et toute la sepmaine ensuivant ne finèrent que de ainsi venir, que de Pontoise , que des villages d'entour; et estoient parmi Paris moult esbahis à grant tropeaux ; car toute vittaille estoit moult chère, espécialement pain et vin ; car on n'avoit point de vin qui rien vaulsist pour moins de huit deniers la pinte , ung petit pain blanc huit deniers parisis , les autres choses de quoi l'homme povoit vivre ^ par cas pareil.
lient ^ le peuple de Paris estoit moult esmerveillé du roy et du ànc de Bourgongne, que quant Pon^^ toise fut prinse, comiuedit est , ils estoient à SainK Denis bien accompaignés de gens d'armes ; et ne \ firent aucun secours à ceux de Pontoise ; ains vuy^ K dèrent lendem^ain le bagaige , et allèrent ^u pont de Charenton, et delà à I^igny, et passèrent au plus près de Paris sans entrer eus ^ dont tout le peuple de Paris se tint pour mal comptent \ c*r ii
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sembloit proprement que tous s'enfouyssent devant lesEnglois, qu'ils eussent grant haine à ceux de Paris et du royaume ; car en ce temps n'avoit chevalier de renom d'armes à Paris , ne capitaine nul, que leprévost de Paris etcelui des marchands , qui n'avoient pas accoustumé à mener fait de guerre. Et pour ce les Englois , qui savoient bien que à Paris ne avoit que la commune; car toujours avoient-ib des amis à Paris et ailleurs , vindrent la vigille de Saint-Laurens ensuivant devant Paris jusques près des murs , sans que nuls les contredist ; mais a&aillir n'osèrent Paris pour la commune, qui tantost se misdrent sur les murs pour deffendre la ville , et feussent voulentiers ladite commune aux champs issue : mais les gouverneurs ne vouldrent laisser homme issir. Quant ce virent les Englois, ils s'en allèrent pillant , tuant , robant , prenant gens à rançon. Et le lendemain, jour Saint-Laurent , revindrènt faire une course devant Pal*is , et s^en retournèrent devers Pontoise.
Item) ce jour, Sainct-Laurent^ tonna et esparty le plus terriblement et le plus longuement que on eust veu d'aagc d'homme , et plut à la value ; car ^elle teiripeste dura plus de quatre heures sans ces^r^ Ainsi estoit lé. monde dans le doubte de la guerre Nostre-Seigneur , et celle de l'ennemi.
Iteniy environ douze jours après, commencèrent les bouchiers de rechief à relaire la grande boucherie. En ce temps n'estoit nouvelles , fors que du mal <{tte les Englois faisoient en France ; car de
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jour en jour gaignoient villes et chasteaux, et minoient tout le royaume de France de chevance et de gens, et tout envoioient en Angleterre.
( Ici manquent quelques feuillets touchant la mort de Jean^ duc de Bourgogne .)
Et les seigneurs de France prins des Anglois tout par orgueil , faire sacrilège cent fois le jour, violer églises, manger char au vendredi à cuire, efforcer filles et femmes et dames de religion , rostir hommes et enfants ; brief, je croy que les tyrans de Rome, comme Néron, Dioclétien, Dacien et les autres, ne firent oncques la tyrannie qu'ils font et ont fait. Tous ces faits devantsdits de perdurable perdicion que chascun scet, estoient tous mis à ny^nt , quant à la justice corporelle ; de la divine je me tais. (Juant la déesse de discorde el son père Satban, à qui ils sont, leur fist la fauce trahison doloreuse faire, dont tout le royaume est à perdition , se Dien n'en a pitié , ou y veille de sa grâce ouvrer qu'ils soient en tel estât qu'ils le veulent congnoistre, et qu'ils ne puissent nuire à nulli, comme ils ont fait le temps passé ; car par leurs faits outraigeux devant dits meurent de fain les geus aux champs et à la ville, et de froit; car aussitost qu'ils orent fait leur dampnable voulenté du bon duc , tous ceux des garnisons coururent çà et là, pillant, robant, rançonnant, boutant feux; par quoi tout enchérit tellement, que le blé qui ne valoit que quarante sols parisis, vallut tantost après six ou sept francs , ung sextier de pois ou de
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febves, dix ou douze francs, fromaiges, œufs, beurre, aulx, oignons, bûche, char, brief touttes choses de quoi gens et bestes et enfFents povoient vivre , enchérirent tellement , que très petite bûche valloit trois francs le cent. Et p©ur celle cherté fut ordonné le bois de Vincennes à estre coppé ; et costoit le molle seize ou dix-huict sols parisis ; et n'en àvoit-on que trente deux pour molle ; une somme de charbon , trois francs, qu'on avoit eue autreffois aussi bonne pour cinq ou pour six sols. Item y le petits enffents ne mangèrent point de lait: car peinte coustoit dix deniers ou douze. Certes en icellui temps pouvres gens ne mangèrent ne char ne gresse , car ung petit enffent eust bien mangé pour trois blancs de char à son repas. La pinte de bon saindoux, quatre ou cinq sols parisis ; ung pié de mouton , quatre deniers ; ung pié de bœuf, sept blancs, et les trippes a la value ; beurre salle ^quatre sols \ ung œuf, huit deniers ; ung petit fromaige , sept sols parisis ; une paire de souliers à homme, huict sols parisis; ungs patins, huict blancs; brief, et toutes autres choses quelxconques estoient enchériespour la mort du bon duc; et se ne gagnoiton denier, si ne valloit rien la monnoye blanche , car ung blanc de seize deniers ne valloit pas plus de trois deniers en argent , et ung escu d'or du temps passé valloit trente-huict sols parisis; pour ung marc d'argent , quatorze francs. Et pour ce point, pour la foible monnoye, ne venoit point de marchandises à Paris, et si estoient les Anglois tous
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les jours jusques aux portes de Paris s'ils vouloient ; et les Arminaz d'autre costé^ qui estoient aussi maulvais ; et alloient chascuD deux ou trois fois la sepmaine au guet , une fois parmi la ville > l'autre fois surleseschiffldft (fortification). Etsiestoitlefin cueur de Tyver, et toujours pleuvoit et faisoit très froit, et furent les vendanges celle année l'an mil quatre cent dix-neuf , les plusordes et jJuvieuses,les raisins pourris , les plus febles vins qu'on eust veu d'aage d'homme ; et si cousta celle année quatre fois plus qu'ils n'avoient fait d'aage d'hommt? qui fust en vie , et tous par les maux qu'ils faisoient partout ; car pour certain qui avoit à cinq ou six lieues près de Paris , la queue lui coustoit cinq ou six francs tant seulement à admener; et en convoi de gens d'armes à une lieue |)rès de Paris , seize ou vingt sols parisis, sans vendanger, labourer, relyer, autre dépence. Et quant tout ost esté vendangé et recueilli, ils n'orent ne force ne vertu , ne couleur, et n'en estoit guères ou pou qui sentissent se non le pourry ; car le plus n'avoient point esté ordonnés en vendanges à leur droit, pour la paour qu'on avoit des dessusdits, et pour la doubte qu'on avoit tout temps de leur trayson. La nuit de Jasaincte feste de Toussainct , oncqueson ne sonna à Paris pour les trespassés , comme coustume est , se non guare-feu; et néanmoins touttes ces pouvre-* tés, misères et doleurs oncquesà pape ne à empereur, ne à roy ne à duc , si comme je croy^ on ne lîst autant de service aprçs leur trespassement , ne
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aus^ solemnel en une cité y comme on a fait pour le bon duc de Bourgongne y à cni Dieu pardoînt ! Item y à Nostre-Dame de Paris , fut fait, le jour Saint-Michel , le plus piteusement que faire sie pot ; et y avoit ou moustier trois mille livres de cire , touttes en cierges et en torches ; et là ot un moult piteux sermon que fisl le recteur de l'université, nommé maistre Jehan l'Archer. Et après ce le firent touttes les paroisses de Paris et toutes les confreiries de Paris l'une après l'autre ; et partout faisoit-on la représentation , de grands cierges et de grans torches j et estoientles moustiersencourtinez de noires sarges , et chantoit-on le Subvenite des morts et vigilles à neuf pseaulmes et à neuf leçons ; et par tous les moustiersesloient après mis les armes db bon duc trespassé , et du sire de Nouaille, qui fut mort avec lui , dont Dieu veille avoir les âmes ! et de tous les autres trespassés, et veille donner grâce à nous et à toutte ceste gent de le cognoistre, comme nous devons , et nous doint ce qui disoit à ces apostres : Paix soit avec vous! car, par cette maldite guerre tant de maux ont esté faits , que je cuide en telx soixante ans passés par-devant il n'avoit pas eu ou royaume de France , comme il a esté de mal depuis douze ans en çà« Uéla^I tout premier Normendie en est toutte exillée, et la plus grant partie qui soulloit faire labourer et eslre en son lieu , lui , sa femme , sa meschine (servante) , et estre sans danger , marchands , marcbaiMiises^ gens d'église, moines, nonnains, gens
de tous estais ont esté boutés hors de leurs lieux d'estrangers^ comme eussent esté bestes sauvaijjes; dont il convient que les ungs truandent (mandient) qui soulloient donner > les autres servent qui soulloient estre servis, les autres larrons et murtriers par désespoir, bonnes pucelles, bonnespreudes femmes venir à honte par estors (lutte) ou autrement, qui par nécessité sont devenues mauvaises, tantde moines , tant de prestres , tant de dames de religion et d'autres gentils femmes avoir toutlaissé par force, et mis corps et âme au désespoir.. Dieu scet bien comment. Hélas ! tant d'enfants morts-nés par faute d'aide , tant de morts sans confession par tyrannie , et en autres manières, tant de morts sans sépulture en forest et en autre détours, tant de mariaigesqui ont esté délaissés à faire , tant d'églises arses , et abbeïes et chapelles, maisons-Dieu, malladeries où on soulloit faire le saint service Nostre-Seigneur et les œuvres de miséricorde , où il n'a mais que les places, tant d'avoir musse (caché), qui y jamais bien ne sera, et de joyaux d'église et de reliques,et d'autres qui jamais bien ne seront , ce n'est d'aventure. Brief, je cuide quehommene pourra, pour sens qu'il ait, bien dire lesgrans, niisérables, énormes et dampnables péchés qui se sont ensuivis et faits depuis la très maleureuse et dampnable venue de Benart le comte d' Arminae, connestable de France; car oncques , puis que le nom vint en France de Bourguignon et d' Arminae, tous les maux qu'on pourroit penser ne dire^ ont esté tous coni-
{t^ï^) d'un bourgeois de paris. 269
mis ou royaume de France, tant que laclamour du sang innocent espandu crie devant Dieu vengeance. Et cuide en ma conscience que ledit comte d'Arminac estoit ung ennemi en fourure d'homme ; car je ne croi nul qui ait esté à lui, ou qui de lui se renomme , ou qui porte «a bande , qui tienne point la loi ne foi chrestienne ; ains se maintiennent en-, vers tous ceux dont ils ont la maistrise, comme gens qui auroient renyé leur créateur , comme il appert par tout le royaume de France ; car j'ose bien dire que le roy d'Angleterre n'eust esté tanthardide mettre le pié en France, par guerre, se n'eust esté la discension qui a esté de ce malheureux nom; et fust encore toute Normandie Françoise , ne le noble sang de France ainsi espendu , ne les seigneurs dudit royaume ainsi menés en exil , ne la bataille perdue, ne tant de bonnes gens morts n'eussent oncques esté en la piteuse journée d'Agincourt , où tant perdit le roy de ses bons et loyaux amis, se ne fust l'orgueil de ce malheureux nom Amiinac. Hélas! à faire cestes malheureuses œuvres, ils n'en auront de remenant que le péché; et s'ils n'en font amendement durant la pouvre vie du corps , ils en seront en très cruelle , misérable et pardurable damnacion ; car certes on ne peut rien mesconter à Dieu , car il scet tout , plain de miséricorde ; ne s'y fie homme nuls ne en longue vie ne en autre chose de folle espérance ou de vaine gloire ; car en vérité il fera à chacun droit selon sa déserte. Hélas! je ne cuide mie que depuis le roy Clovis qui
27c JOUBWAL (a4i9)
fust le premier roy chrestien , que France lust ateai désoHée et dirisée comine elle est aujourd'hui ; car le dauphin ne tend à autre chose jour et nuit, lui ou les ^ens, que de g^ster tout le pays de son j^re à feu et à sang, et les Anglois d'autre costé qui font autant de mal que 1^ Sarrazios ; mais encore vaut* il trop mieux estre prins des Anglms que des gens du datiphin, quise dn3nt Arminas; et le pouvre roy et la rc^ne depuis la prinsede Pontoise ne se meuvent deTroyesà pouvremesnie (suite), comme fussent-ib dieschâssés hors de leur lieu par leurpropre enflent, qui est graat pitié à penser à toute bonne personne.,
Item^ fist le roy à Troyes la feste de Toussainct en^ l'an mil quatre cent dix-neuf, et ceux de Paris ne pouvoient avœr nulle vraie nouvelle de son retour , dont moult estoient courroiissés les boas.
Item, fist le roy à Troyes son Nouël, p^rce que on ne l'osoit oster de Troyes pour faute de piMSsance et de compaignie , et pour paour des Anglois et des Arminas ; car chacun d'eux Te tâchoit à prendre, et par espécial les Arminas pour avoir leur paix. ILa troiisiesme cause , tout estoit si cher à Paris, que le plus saige ne s'y savoit vivre, espécialement pain et bûche qui estoit si chère , que oncques puis deux cents ans avoit esté , et la char ; car à Nouèl ung quartier die mouton, quant^il estoit bon , coustoit vingt-quatre sols parisis , la'chair d'ung mouton six francs, une oie seize sols parisis et l'autre à la valluë. En ce temps4à, il n'estoit nouvelle sur mesnaigères d'œuft ni de fro-
(i4i9) I>'l^N BOURGBOIS DE PàRIS. 271
maiges de Brie , ne de poix, ne de febves ; car les Arminas destruisoient tout , et prenoient femmes et enffenfe à rençon ; et les Anglois d'autre costé. Et convint prendre trêves aux Anglois par force, qui estoient anciens ennemis du roy ; et furent données depuis la moitié de décembre jusques au mois de mars. Passa décembre , janvier , février que oncques le roy ne la royne ne vindrent à Paris , ains estoient toujours à Troyes ; et toujours couroient autour de Paris les Arminas pillant , robant , boutant feus, tuant, efforçant fem^nes et filles, femmes de religion ; et à dix lieues autour de Paris, ne demouroit aux villaiges nulles personnes qu'aux bonnes villes, et quant ils s'enfuyoient aux bonnes villes , ils apportoient quelque chose , fust vitaille ou autre chose , tout leur estoit osté des gens d'armes des ungs ou des. autres, fust Bourguignon ou Arminac ; chacun en faisoit bien son personnaige ; et ainsi le plus, fust femmes ou hommes, quant ils veuoient aux bonnes villes, y venoient nuds de tous biens; et conyenoit que les bonnes villes fournissent tous les villaiges ; par quoi le pain enchérit tant ; car eu ce temps on n'avoit pas trop bon blé pour dix francs le sextier, dont chacun franc valloit seize sols parisis ; et si coustoit le sextier à moudre huict ou dix sols parisis , sans cç que le munier en prenoit à mau prouffit.
Item^ pour ce fut ordonné que le blé, quant on le baUleroit au moulnier, seroit pesé , et rendroit la farine par pois; et avoit-ou du sextier pesant
272 JOURWAL (»4ao)
huit deniers , et le moulnier du mouldre quatre sols parisis.
Item y en ce temps, on ne faisoit point de pain blanc, et si n'en faisoit-on point de mains de huit deniers pour la pièce : par quoi pouvres gens n'en pouvoient finer, et le plus de povres gens ne mangeoient que pain de noix.
Item y en ce temps, en karesmeestoit celle cherté; car il n'y avoit ni espices , ni figues , ni raisins , ne admende ; de chacun se coustoit la livre cinq sols parisis ; huile d'olive quatre sols parisis.
Item y la tainture estoit si chère que une aulne de drap à taindre en vert ancre , coustoit quatorze sols parisis , et autres couleurs à la vallue.
Item y en ce temps de mars, l'an quatorze cent dix-neuf , faillirent les trêves des Anglois , et on leur demanda autres trêves en attendant le duc de Bourgogne ; mais le roy Anglois n'en volt nulles donner, s'iln'avoitlechasteau de Beaumontet Corbeil, et le Pont-Sainte-Messan (JVfaixence)^ et plusieurs autres choses;mais on ne lui en accorda nulle* Si commença la guerre comme devant ; et tous , ungs et autres , n'avoient envie que sur la ville de Paris seulement , et seulement pour la richesse qu'ils cuidoient à eux usurper , ne à nulle autre chose ne tendoient que à piller tout.
Item y en celui karesme , le jour du grand vendredi, qui fut le cinquième jour d'avril, vindrent les Arminaz comme deables deschaînez , et coururent autour de Paris, tuant, robant et pillant.
(é4i9) d'un bourgeois DB PARIS. IjS
Et îcellui jour boutèrent le feu au fort de Champigny-sur-Marne, et ardirent femmes et enffents , hommes , bœufs , vaches , brebis , et autre bétail, advoine , blé et autre ^ain; et quant aucuns des hommes failloient pour la destresse du feu, ils mettoient leurs lances à l'endroit , et ains qu'ils fussent à terre , ils estoient percés de trois ou quatre lances , ou de leurs haches. Celle très cruelle félonie firent là ; et ailleurs cedit jour, et lendemain, vigiles de Pasques, firent autant ou pis à ung chastel nommé Croissj.
Item y la sepmaine d'avant, estoient allés les marchands de Paris et d'ailleurs vers Chartres et au proche, pour faire venir de la vitaille poi^r la ville de Paris , qui grand mestier en avoit ; mais aussitôt qu'ils furent partis, les Arminaz le sceurent par faux traistres, de quoi Paris estoit bien garni; si leur allèrent au-devant jusques à Gailardon , et là les assiégèrent ; pourquoi à Pasques ot si grant charte de char , que le plus des gens de Paris ne mangèrent ce jour que du lart qui en povoit avoir ; car le Cartier d'ung bon tniouston coustoit bien trente-deux sols parisis ; une petite queue de mouton dix sols parisis^ une teste de véel et la froissure douze sqIs chascun ^ six sols parisis la vache , le porc au prix , car de bœuf n'y avoit point à Paris pour le jour; et pour vray les bouchers de la graut boucherie de Beau vais juroient et affermoient par la foi de leurs corps , qu'ils avoient veu par maintes années , que en l'ostel d'ung tout seul
MowsTniLET. T. XV. — Jourv. d'xjk bodmg. dbPàkis. I o
274 JOUKNAL (i4ao)
boucher de Paris à un tel jour , on avoit tué plus de char que on ne feist en toutes les boucheries de Paris, ne autour.
Item y encore feist le roj sa Pasques à Troyes celle année, Tan quatorze cent vingt.
Item , celle année , estoient les violettes au mois de janvier, bleues et jausnes, plus que Tannée d'avant n'avoient esté en mars.
Item^ à Pasques mil quatre cent vingt, qui lurent le septiesme jour d'avril , estoient jà les rozes ; et furent toutes passées quinze jours en mai; et en l'entrée de mai vendoit-on des cerises bonnes; et estoient les blés plus murs en la fin de mai, qu'en l'année d'avant , à la Saint-Jehan , et autres biens par cas semblables; qui fut grand bien pour le povre peuple ; car toujours estoit le très cher temps de toutes choses, comme devant est dit, et de vesture encore plus. Drap de seize sols valoit quarante sols parisis ; sarge seize sols ; et chausse et souliers encore plus que devant ; l'aune de bonne toile douze sols ; fustaigne seize sols.
Item y en ce temps, estoient les Àrminaz plus acharnés*à cruauté que oncques mais; et tuoient, pilloient , eflfbrçoient, ardoient églises et gens dedans, femmes grosses etenflFents; brief, ils faisoient tous les maux en tyrannie et en cruauté quipussent estre faits par déables ne par hommes , par quoi il convint qu'on traitast au roy d'An-, gleterre, qui estoit l'ancien ennemi de France, maugréque on en eust,pourla cruauté des Ârminaz,
(Mao) d'un bourgeois DIî PARIS. 2j5
et lui fut donnée une des filles de France, nommée Katherine ; et vint gésir dedans Tabbaie de Saint- Denis , le huitiesme jour de mai douze cent quarante ; et le landemain passa par-devant la porte Saint-Martin par dehors la ville; et avoit bien en sa compaignie , comme on disoit , sept mille hommes de trait et très grant compaignie de gens d'estoffe ; et portoit-on devant lui ung heaume couronné d'une couronne d'or pour cognoissance , et portoit en sa devise une queue de renart de broderie; et alla gésir au pont de Charanton, pour aller à Troyes pour voir Je roy, et là lui fut présenté quatre charretées de moult de bon vin de par ceux de Paris.
Item^ de là alla à Troyes sans contredit des ArminaS; qui s'eatoient vantés qu'ib le combatteroient ; mais oncques ne s'osèrent, itionstrer. ,
Item y le jour de la Trinité mil quatre cent vingt, cfdi fust le deuxiesme jour de j uing, espousa àTroyes ledit roy Anglois la fille de France ; et le lundi ensuivant , quant les chevaliers de France et d'Angleterre voldrent faire unes joustes pour la solempmé du mariage de tel prince , comme accoutumé est , le roy d'Angleterre pour lequel on vouloit faire les joustes, pour lui faire plaisir, dit, oïantstous, de son mouvement : « Je prie à monseigneur le roy de » qui j'ai espousé la fille , et à tous ses serviteurs , » et à mes serviteurs je commande , que demain au » matin nous soyons toiis presis jwur aller mettre » le stége devant la cité de Sens , où les ennemis
HyO JOURNAL (i4»o)
» de monseigneur le roy sont; et là pourra chacun » de nous jouster, et , tournoyer et monstrer sa » proesse et son hardement; car la plus belle prœsse » n'est au monde que de faire justice des mauvais , » affin que le pouvre peuple se puisse vivre. » Adonc le roy lui octroya; et chacuns y accorda, et ainsi fust fait; et tant firent que le jour de jour Sainct-Barnabé^ onziesme jour dudit mois de juing, fust la cité prinse; et de-là vindrent assiéger Montereau où faut Yonne.
Gy ensuit le traitté fidt entre les roys de France et d'Angleterre et toot le conseil.
«Charles, par la grâce de Dieu,royde France, à perpétuelle mémoire. Combien que pour réintégrer Ijt paix, et oster les discensions des royaumes de France et d'Angleterre , plusieurs notables et dirers traités, qui ou tçmps passé ont esté faits entrts nos nobles progéniteurs de bonne mén^oire, et ceux de très haut prince, et nostretrès chier fils Henry, roy 4I' Angleterre, héritier de France, et aussi entre nous etnotredit fils, n'ayent apporté le fruit de paix pour ce désiré , sçavoir faisons à tous présents et avenir: que néantmoins, nous considérMûts et pensants en nostre cueur quans et grans inréparables maux, qi^antes énormités, et quelle doloreuse plaie universale et incurable;, la division des deux royaumes dessusdits a jusques ici mis et apporté, Bon pas tant seulement auxdits royaumes, mais à
m^o) d'uw bourgeois de paris. 177
toute réglise militante, nous avons naguères reprins traité de paix avec nostredit fils Henry , ouquel à la parfin, après plusieurs colacions et parlements des gens de nostre conseil , icelui octroyant ejffet à nos desseins qui promet paix aux hommes de bonne voulenté , entre nous et nostredit fils^ à l'envie de ladite désirée paix, est eonelud , comme il s'enssuit. Premièrement , que pour ce cpie par Talliance du mariaige fait pour le bien de ladite paix entre nostredit fils le roy Hençy , et nostre très chère etamée fille Catherine, il estdievenu nostre fils et de nostre très chère compaignieroyne>icel lui nostre fils nous amera et honorera et nostredite compaignie comme père et mère, et ainsi comme il appartient honorer tels signeurs , prince et princesse , et devant toutes personnes temporellésdu monde. ^ Item y que nostredit fils le roy Henry ne nous turbera, inquiettera ou empeschera que nous ne tenons et possidons tant que nous vivrons, ainsi que nous tenons et possidons de présent la couronne et dignité royale de France, et les revenues, fruits, pourveux d'iceux à la soustenance de nostre estât et des charges du royaume ; et que nostredite compaigne aussi ne tiengne tant qu'elle vivra estât, et dignité de roy ne, selon lacoustumeduditroyautne, avecques parties desdites rentes et i*evenuës à elle convenables.
• » Item^ est accordé que nostredite fille Catherine aura et percepvra ou royaume- d'Angleterre douaire , comme les roynes d'Angleterre ont ou
278 JOOKJNAL (i4ao)
temps passé accoustumé d'avoir et perçèpvoir, c'est assavoir powr chacun an quarante mille eseus , et desquels les deux valent toujours ung noble d'Angleterre.
» Ilem^ est accordé que nostredit fils Henry d'An-* gleterre par toutes vojes , moyens et manières qu'il pourra, sans transgression ou offense du serment par lui fait de observer les lois et coustumes et droits de sondit royaume, labourera et pourverra que nostredite fille Cafberine, le plustost <|ue faire se pourra , soit en tout plainement assurée de percevoir et avoir en sondit royaume d'Angleterre du temps de son tresp^s le douaire devant dit de quarante mille escus annuels, desquels les deux vallent toujours ung noble d'An^eterre.
» Item y est accordé que s'il advenoit que nostre fille Catherine surVive à nostredit fils Henry , elle percepvrfi^ et aura ou royaume de France, tantost après le trespas de nostredit fils , douaire de deux cent mille francs par an sur les terres , lieuif çt si^neuries que tint et eut en douaire nostre très chière dame de bonne mémoire Blanche, jad:5 femme de Philippe de bonne mémoire, jadis roy de France, nostre très reboudté signeur et grant ayeul. » Item y est accordé que tantost après nostre trespas et dès Ipr^ en avant, la couronne et royaume de France avec tous leurs droits et appartenance démonteront et seront perpétuellement de nostredit fils le ix>y Henry et de ses hoirs,
» Itemj pour ce que nous sommes tenus et eni^
(i4au} y'ujj BOUKGEOIS DE PARIS. 279
peschés le plus du temps , par telle manière que npus ne pouvons autre personne entendre, oti vacquer à la disposition des besoingnes de nostre royaume , la faculté et exercice de gouverner et ordonner la chose publique dudit royaume seront et demourront nostre vie durant à nostredit fils Henry avec le conseil des nobles et saiges dudit royaume à nous obéissants qui auront amé le prouffit et honneur dudit royaume ; pat ainsi que dès maintenant et d*ores-en-avant il puisse icelle régir et gouverner par lui-même , et par autres qu'il voudra députer avec le conseil des nobles et saiges dessusdits ^lesquels facuhé et exercice de gouverner ainsi estant par -devers nostredit fils Henry, il lalK)urera affectueusement et loyaument à ce qu'il pui§t et doit estre à l'honneur de Dieu et de nous et de nostredite compaignie, et aussi au bien publique du dessusdit royaume, et à deffendre, tranquiller, appaiser , gouverner icellui royaume selon l'exigence de justice et équité, avecque le conseil et aide desgrapdssigneurs>barons et nobles dudit royaume.
» Item y que nostredit fils fera de son povoir que la cour de parlement de France sera en tous et chascuns lieux subjets à nous maintenant , et ou temps à venir.
» Item y que nostredit fils de son povoir deffendra et conservera tous «t chascuns pers, nobles, cités, villes et communautés et singulières personnes à nous maintenir ou temps à venir subjets en leurs droits, coustumes , privilèges i prééminances , li-
l8o JOURNAL (i4ao)
bertés et franchises à eux appartenir ou d'eux en tous les lieux subjets à nous maintenir ou tenïps à venir.
» Item^qne nostredit filsloyalment, diligemment labourera , et fera de son povoir que justice sera administrée oudit royaume , selon lés lois , droits et coustumes du royaume de France , sans acception de personne ; et conservera et tendra les sujets de nostredit royaume en paix et tranquillité, et de son povoir les gardera et défendra de violences et d'oppressions quelconques.
» Item y est accordé que nostredit fils Henry pourvera , et fera de son povoir que aux oflSces, tant de la justice de parlement que des bailliages et seneschaussées, prévostés et autres, appartenants au gouvernement de seigneurie, et aussi à tous autres offices dudit royaume, seront prinses personnes habilles, prouffitables et ydoines pour le bon , juste, paisible et tranquille, régime' dudit royaume, et deS administrations qui leur seront à commettre, et qu'ils soient tels qu'ils doivent estre députés et prins selon les lois et droits dudit royaume.
» Item y que nostredit fils labourera et fera de son povoir, le plus tost que faire se pourra prouffitablement, à mettre à nostre obéissance toutes et chasounes cités, villes, chasteaux, lieux, pays et personnes dedans nostre royaume désobéissants à nous et rebelles tenants la' partie, ou estants de la partie vulgairement appelles du dalphin ou d'Arminaz.
» Item y afin que nostredit fils puisse faire exercer et
(i4Mi d'un bouboeois f>B PÂBis. 281
accomplir les choses dessusdites plus prouffitablement et seurement , il est accordé que les grands seigneurs , barons et nobles , et les estais dudit royaume tant espirituels comme temporels, et aussi les cités et notablescommunes^les citoyens et bourgeois des villes dudit royaume à nous obéissants pour le temps, feront les serments qui s 'ensuivent. »Premier à nostredit fils, ayant la faculté et exercite de disposer et gouverner ladite chose publique, et à ses commandements et mandements en toutes choses concernants l'exercice du gouvernement dudit royaume; et par toutes choses obéiront et entendront humblement à lui et obéissamment. » Iteniy que les choses qui sont ou seront appointées et accordées entre nous et nostredite compaigne la royoe , et nostredit fils Henry , avecques le conseil de ceux que nous et nostredite compaigne et nostredit fils aurons à ce commis , lesdils grands seigneurs, barons, nobles et estats de nostredit royaume , tant espiritueux que temporels , et aussi les cités , notables communautés , les citoyens et bourgeois des villes dudit royaume , en tant que à eux et àchascun d'eux pourra toucher, et en tout et partout bien, et loyalement garderont et feront de leur po voir garder par tous autres quelsconques. » Item , que continuellement, dès nostre trespas et après icellui, ils feront féaux hommages liges à nostredit fils et à ses hoirs ; et icellui nostre fils pour leur seigneur lige et souverain et vrai roy de France , sans aucune opposition, contradiction ou
282 JOURNAL (i4>o)
difliculté; receveront, et comme à tel obéiront , et qu'après ces choses jamais n'obéiront à autre comme roy ou régent le royaume de France; se non à nostredit fils le roy Henry et à ses hoirs.
» Item^ qu'ik ne seront en conseil, aide, ou consentement que nostredit fils Henry perde vie ou membre , ousoitprinsde mauvaise prinse> ou qu'il seuffre dommaige ou diminution en personne, estât, honneur ou biens; mais se ilsscevent aucune telle chose soit contre lui nulle machinée, ils l'empescheront de leur povoir, et lui feront assavoir le plustost qu'ils pourront par eux , messaigers ou lettres.
» Item y est accordé que toutes et chascunes conquestes qui se feront par nostredit fils Henry hors de la duché de Normandie , dedans le royaume de France , sur les désobéissants dessusdits, seront et se feront à nostre proufiit, et que nostredit fils de son povoir fera que toutes et chascunes terres et seigneuries estants es lieux qui sont ainsi à conquérir, appartenants aux personnes à nous présentement obéissants qui jureront garder cette présente concorde, seront restituées ausdites personnes à qui elles appartiennent.
» Item y est accordé que toutes et chascunes per-sonnes ecclésiastiques, bénéficiées ou duchié de Normandie ou autres lieux quelconques du royaume de France subgets à nostredit fils , à nous obéissants et iavorisants la partie de nostre chier et amé fils le duc de Bourgongne , qui jureront garder
(i4îo) d'un BOUUGEaiS DE PAIUS. 283
cette présente concorde , joyront paisiblement de leurs bénéfices ecclésiastiques , estants oudit duché de Normandie ou lieux devantdits.
>^ Item y que semblablement toutes et chascunes personnes ecclésiastiques obéissants ànostreditfils le roy Henry et bénéficiers, ou royaume de France, et es lieux subjets à nous, qui jureront et garderont cette présente concorde , joyront paisiblement de leurs bénéfices ecclésiastiques es lieux devantdits.
^IterUy que toutes et chacunes églises, universités et estudes généraux, et aussi collèges, estudiants et autres collèges ecclésiastiques estants es lieux à nous subjets présentement , ou pour le temps à venir, en la duchié de Normandie ou autres lieux du royaume de France, subjets à notredit fils le roy Henry, joyront de leurs droits et pocessions, rentes, prérogatives , libertés, prééminences et franchises à eux ou royaume de France comment que ce soit appartenants ou deues , saufve les droits de la couronne de France et de tous autres.
nitem y et quant il avendra que nostredit fils le roy Henry, vendra à la couronne de France, la duchié de Normandie , et aussi les autres et chascuns lieux par lui conquis ou royaume de France, seront sous la jurisdiction , obéissance et monarchie de ladite couronne de France.
y>Itemy est accordé que nostredit fils le roy Henry de son povoir se parforcera , et fera que aux personnes à nous obéissants et favorisants la partie dite qu'on dit de Bourgongne, auxquelles appar-
384 JOURNAL (i4so)
tenoient seignenries , terres , revenus et pocessions en ladite duchié de Normandie , ou aux autres lieux ou royaume de France , par icellui nostre fils le roy Henrj, conquises jàpieca par lui données, soit faite sans dimimution de la couronne de France, bonne recompensation parnousèslieus et terres acquises ou à acquérir en nostre nom sur les rebelles ou désobéissants à nous. Et se nostre vie ladite recompensation n'est faite aux dessusdits, nostredit fils le roy Henry, la fera èsdites terres et biens, quant il sera venu à la couronne de France : mais se les terres , seigneuries , rentes ou possessions qui auxdites personnes appartiennent èsdits duchié et lieux y ne auront esté données par nostredit fils, lesdites personnes seront restituées sans délai.
»Itemy que durant nostre vie, en tous les lieux à nous présentement ou pour le temps à venir subjets, les lettres comniunes de }UGStice, de dons d'offices, de bénéfices et d'autres pardons , ou par rémissions et privilèges deveront estre escripts , et procéder sous nostre iom et scel. Toutes voyes, pour ce qu'aucuns cas singuliers pourront avenir, qui par humain engin ne peuvent pas tous estre préveus, èsquels pourra estre nécessaire et convenable que nostredit fils le roy face escrire ces lettres en tel cas^ s'aucuns en adviennent, il sera loisible à nostredit fils pour le bien et seurté de nous et du gouvernement à lui , comme dit est , appartenant. Et pour éviter les périls et dommai*
(i4aO; d'un BOUUGEOIS DE PARIS. 385
ges qui autrement pourroient vraisemblablement avenir, escrire ses lettres à nos subjets, par lesquelles il commandera et defFendera , et mandera de par nous el de par lui comme régent , selon la nature et qualité de la besongne.
»Item^que de toute nostre vie, nostredit fils le roy Henry , ne se nommera ou escrira aucunement, ou fera nommer op escrire roy de France ; mais doudit nom de tous points se abstendra tant comme nous vivrons.
»Item^ est accordé que nous, durant uQstre vie, nommerons, appellerons nostredit fils le roy Henry en langue Françoise : nostre très-chier fils Henry roy d'Angleterre , héritier de France, et en langue latine, nosterpercarissimusfilius Henricus, rex Ângliœy hœres Francice^,
>>Itemy que nostredit fils n'imposera ou fera imposer aucunes impositions ou exactions à nos subjets sans cause raisonnable et très nécessaire , ne autrement que pour le bien publique du royaume de France, et selon l'ordonnance des lois, exigence et coustumes raisonnables et approuvées dudit royaume •
»Item y et afin que concorde , paix et tranquillité entre les royaumes de France et d'Angleterre, soient pour le temps à venir perpétuellement observées, et qu'on obvie aux obstacles et commendements par lesquels entre lesdits royaumes débats, discussions ou discordes povoierit sourdre ou temps à venir , que Dieu ne veuille ! il est accordé que
286 JOUBNAL (i43o)
nostredit fils labourera par effet de 5on povoir que de Tadvis et consentement des trois estats desdits royaumes, obstés les obstacles en cette partie, soit ordonné et pourveu que du temps que nostredit fils sera venu à la couronne de France ou aucuns de ses hoirs , les deux couronnes de France et d'Angleterre à toujours mais perpétuellement demourront ensemble , et seront en une mesme personne ; c'est assavoir en la personne de nostredit fils le roy Henry, tant qu'il vivra, et de là en avant es personnes de ses hoirs qui successivement seront les ungs après les autres ^ et que ces deux royaumes seront gouvernés, depuis ce temps que nostredit fik ou aucuns de ses hoirs parvenr a ou parvenront ausdis royaumes, non divisément, sous divers roys, sous ung mesnie temps, mais sous une mesme personne qui sera pour le temps roy et seigneur souverain de l'ung et de l'autre royaume , comme dit est , en gardant en toutes choses à l'ung et à l'autre royaume ses droits , libertés ou coustumes, usaiges et lois , non soubmettant en quelque manière l'ung desdits royaumes à l'autre, ne les lois, droits, coustumes ou usaiges de l'ung d'iceux royaumes aux droits , lois , coustumes ou usaige de l'autre.
» Item^ que dès maintenant et à tous jours perpétuellement se tairont et appaiseront de tous pmnts, cesseront touttes haines , rancunes, inimitiés et guerre d'entre lesdits royaumes de France et d'Angleterre^ et les peuples d'iceux royaumes adhérents
(i4ao) DUN BOUU6BOIS DE PARIS. 287
à laditte concorde ; et çatre les royaumes dessusdits sera et aura vigueur dès maintenant . perpétuellement età jamais, paix, tranquillité, concorde, aflPection mutuelle , amitié ferme et stable; et se aideront lesdits deux royaumes; et de leurs aides et cônseuls, et assistances mutuelles contre touttes personnes qui à eux ou à l'ung d'eux s'efforceront de donner violence , injure , grief ou dommaige; et converseront, marchanderont ensemble les ungs avecque les autres franchement et seurement , en payant les coustumes et devoirs deubs et accoustumez.
>) Item ^ que tous les confédérés et alliés de nous et dudit royaume , et aussi tous les confédérés de nostredit fils Henry et dudit royaume d'Angleterre, qui dedens ungmois, après que cette présente concorde de paix leur sera notifiée , ils auront déclairé se vouloir fermement adhérer à ladite concorde , et estre comprins sous le traité et concorde d'icelle paix, soient comprins sous les admitiés et considérations , seureté et concorde d'icelle paix , sauf touttes voyes à l'une et à l'autre desdites couronnes, à nous et à nos subgets, et aussi à nostredit fils le roy Henry et à ses subgets, ses droits , accions , remèdes quelconques convenables en ceste partie , et con^étants en quelque manière que ce soit envers lesdits alliés et confédérés.
» Item^ il est accordé que nostredit fils le roy . Henry, avec le conseil de nostre très chier fib
3 88 JOURNAL (i4io)
Philippe, duc de Bourgongne, et des nobles autres du royaume qu'il conviendra et appartiendra pour ce estre appelés , pourverra pour le gouvernement de nostre personne seurement, convenablement et honestement, selon l'exigence, de nostre estât et dignité royale, par telle manière que ce sera l'onneur de Dieu et de nous, et aussi du royaume de France et des subgets d'icelui , et que toultes personnes, tant nobles comme autres, qui seront entour nous pour nostre personnel et domestique service , non pas seulement en offices , mais en autres ministères, seront tels qu'ils auront esté nés ou royaume de France ou des lieux de langaige François , bonnes personnes saiges , loyalles et ydoines oudit serviche.
» Item y que demeurerons et résiderons personnellement en lieu notable de nostre obéissance, et non ailleurs.
» /^em^ considérés les orribles et énormes crimes et délits perpétrez oudit royaume de France par Charles, soi disant dauphin de Viennoys, il est accordé que nous, ne nostredit fils leroy Henry, ne aussi nostre très chier fils le due de Bourgongne, ne traiterons aucunement de paix ou de concorde avec ledit Charles, ne ferons ou ferons trait ter, se non du conseil et cons^tement de tous et de chascun de nous trois , et des trois estats des deux royaumes dessusdits.
» Item y est accordé que nous, sur les choses dessus dittes et chascunes d'icelles , outre nos lettres-pa-
fi4ao) d'un bourgeois DE PARIS. 289
tentes scellées de noslregrantscel, donnerons et ferons donner et faire à nostredit jSls le roj Henry lettres-patentes approbatoires et confirmatoires de nostredite compaigne, et dudit fils Philippe, duc de Bourgongne , et des autres de nostre sang royal , des grands seigneurs, barons^ cités et villes à nous obéissants, desquels en cette partie nostredit fils le roy Henry vouldra avoir de nous.
» Item^ que semblablement nostredit fils le roy Henry, pour sa partie , outre ses lettres-patentes sur ces mêmes choses scellées de son grand scel , nous fera donner et faire lettres-patentes approbatoires et confirmatoires de ses très chiers frères, et des autres de son sang royal, des grands signeurset barons, et de cités et villes à lui obéissants, desquels en ceste partie aous vouldrons avoir lettres de nostredit fils le roy Henry. Touttes lesquelles choses dessus escriptes, nous, Charles, roy de France dessusdit, pour nous et nos hoirs, en tant que pourra toucher nous et nosdits hoirs sans dol , fraude ou mal engin , avons promis et promettons, juré et jurons, en paroUe de roy aux saints évangiles de Dieu , par nous corporellement touchées , faire accomplir et observer, et que icelles ferons par nos subgez accomplir et observer, et aussi que nous ne nos héritiers ne vendrons jamais au contraire des choses dessusdittes , ou d'aucunes d'icelles en quelque manière , en jugement , directement ou par oblique, ou par quelque couleur exquise. Et aflin que ces choses soient fermes et estables per-
M »3r>r;iKLEr. T. Xï^. — Joubm. n'uN rourg. drParis. IQ
/ 2QO JOURNAL (»4«>}
pétuellement et à toujours, nous avous fait mettre notre scel à ces présenta. Donné à Troyes le vingtuniesme jour de maj, Tan de grâce mil quatre cent vingt , et de nostre règne le quarantiesme. Ainsi signé. Parle roy en son conseil.
» Jehan de Rivel. »
Item y tant furent devant Montereau, en mil quatre cent vingt , que ceux de dedens se rendirent, sauf leur vie^ en payant une somme d'argent. Entre les autres estoit l'esné de Guitry, l'ung des plus plains de cruauté et de tirannie qui fust au monde, lequel fut délivré avec les autres, qui depuis fist tant de tirannie ou pays de Gastinois et ailleurs que fist oncques Sarrazin.
Itemy de là vindrent le roy d'Angleterre et les Bourguignons devers Melun , et misdrent le siège.
Itemy en ce temps estoient pleines vendanges à la my-aoust ; et toujours couroient les Arminaz plus que devant; et pour eux enchéry tant la chose, espécialement à Paris , qu'une paire de souliers valloit dix sols parisis ; une paire de chausses pou bonnes , deux francs ou quarente sols , touttes choses de quoi homme se povoit aider au prix.
Itenhy ung escu d'or de dix-huict sols valloit en ce tempS' quatre francs ou plus , un bon noble d'Angleterre valloit huict francs,
Iterthy en ce temps avoit si grant faute de change à Paris, que les pouvres gens n'avoient nulles aumônes , ou pou ; car en ce temps quatre viels de> nieps pitrisis valloient mieux qu'un gros de seize
(r^iO) D*UN BOURCaSOÏS DE PARIS. ^gt
deniers > qui pour ferS cdttfoit , et feisoit-on <}e très «la^ffVââs liébres de baiéf demers, qui pà^-devairt foîrettt taïït refusez, et fsat justice dèffeiïdfnâ lès^ gros dessmsdits. Et pour plus ^erét le pôuvre commun, fut mfe le pai» de huict denieï^s à dix , et eelui de seize à vingt.
Ife^p^ une litige de bonne chandeHe yalkwt àtx biaifies, u-ng œuf, quatre deniers, la livre de (to-' maige de presse , huict Waàcs.
liém^ à k SffiHt-Reiîrïy, \e propre jour, fut crié le paiô de cinq blancs à den^t sois parisis, céîuï de dix dfetriers^à dottze deniers , ung oetuf sit deftiers , tLïtg hareng eaqué douze deniers , uiig' hareng pou -* dré cinq blancs.
Ilem^ parcelle saison es toit le vin si cher, qn'utïd queue de tin du^rû d'entour Paris on fa vèhdoit vingt et ffng eu vingt*deux francs on pliïs. Et ett Celle année plusieurs qui forent ctriHiz otf mois d*aonsf deviûdrent gras ou aigres.
Ifèm^ en ce temps eouroient totrj^urs devant Farisf et venoienl jusques aux portes^ dé Paris les Arminaz; etbootoient feux, prenoientmarchandy à Feutrée <fe Paris; et n'estoit homme qu'on lais-^ sast yssïr j et sembfoil qu'aucun dîe ceux qui y gôuvërnoiertt en ce temps , eussent auctme alliance atec eux ; car nul marchand n'aHoit de ?aris ou ne venoità Paris tant secréttemenf, qu^ils nesçussen? atrCunemertt l'allée au îa venue ; parquoî Paris demeura si nu êe tôuisf Mens , espécialemenf de paii^ et de bncrhe, que urig sextier de bonne farine.
Digiti^ed by VjOOQIC
2g2 JOURNAL (1^20)
seize ou dix-sept francs , la meschante buctie de Marne, quatre francs , et touttes choses au prix ; car l'ost du roy, qui toujours estoit devant Meleun sans rien faire , dégastoit tant de biens qu'on s'en sentoit bien vingt lieues tout autour.
Item y fut là tout octobre; et le dix-septiesme jour de novembre, jour Sainct-Germain , à un dimenche, entrèrent nos seigneurs dedens Meleun , et se rendirent tous ceux de dedens à la voulente du roj ; car tous mouroient de faim ; et mangeoient leurs chevaux ceux qui en avoient.
Item y le jeudi ensuivant furent admenez à Paris environ de cinq ou à six cents prisonniers de ladite ville de Meleun , et furent mis en diverses prinsons,
Item^ depuis que la ville de Meleun fut prinse, furent nos seigneurs, c'est à scavoir le roy de France, le roy d'Angleterre, les deux roynes, le duc de Bourgongne, le duc Rouge et plusieurs seigneurs, tant de France que d'ailleurs, demourants à Meleun et à Corbeil, jusques au premier jour de décembre, jour Sainct-Eloy, qui fut un dimenche; et cedit jour entrèrent à Paris à grant noblesse; car toute la grant rue Sainct-Denis par où ils entrèrent, depuis la seconde porte jusques à Nostre- Dame de Paris, estoient encourtinées les rues et parées moult noblement; et la plus grant partie des gens de Paris qui avoient puissance, furent vestus de rouge couleur; et fut faitte en la rue de Kalende, devant le palais^ un inoult piteux mystère
(i4ao) UXm BOUIVGEOIS DK PARIS. 293
de la passion Nostre-Seigneur au vif, selon qae elle est figurée autour du cueur de Nostre-Dame de Paris ; et duroient les eschaffaux environ cent pas de long, venants de la rue de la Kalende jusques au murs du palais; et n'estoit homme qui veist le mystère, à cui le cueur ne apiteast. Ne oncques princes ne leurent receus à plus grant joye qu'ils furent ; car ils encontroient par touttes les rues processions de prestres revestus de chappes et de surpeliz, portant sanctuaires, chantants Te Deum laudamus y ou Benedictus qui veniu Et fut entre cinq ou six heures après midi, et toutte nuit, quant ils revenoient en leurs églises ; et ce faiâoient si liement et de si joyeux cueur, et le commun par cas pareil ; car rien qu'ils feissent pour complaire auxdits seigneurs ne leur ennuyoit ; et si avoit très grant pouvreté de faim , la plus grant partie , espécialement le menu penple ; car ung pain qu'on avoit ou temps devant pour quatre deniers parisis, coustoit quarante deniers parisis ) le sextier de fa-^ rine, vingt-quatre francs ^ le sextier de poix ou de febves bonnes , vingt francs.
Iterrty le lendemain , deux dudit mois, entra la royne, avecque elle la royne d'Angleterre, la femme du duc de Clarence, frère du roy d'Angleterre , dedens Paris , à telle joye , comme devant est dit, du jour du dimenche; et vindrent lesdites roynes par là porte Sainct-Anthoine , et furent les rues tendues par où ils vindrent et leur compaignie , comme devant est dit.
Digilized by VjOOQIC
2g^ JOURSAL bkvf)
Ii0my ixswX qu'il fust Kuict jours passés api^i» leur Tenue, endbéry tant le blé et la farine, que le sextier 4e blé Irouaaent valloit à la xnesure <}a F$^, es halles du<lit Paris, treabe francs de la monnoye qui lors courroit, eit la farine bonne val^ loit trente-iieuic fraacs, et autre grain au prix, selon qu'il estoit, et n'j avoit point de pain à nnoins d^ vingt-quatre deniers parisis pour pièce, quiei^ toit atoat le bran^ et le plus pesait ne pesoit quA vingt onces ou envirpu. En icelui temps avment pouvres genset pouvres pcestres mal temps, qu'on W leur donnoit qiie deux sols p^risis pour lew presse , et pouvws ne mangeoîent pmnt de pain que db>u3i;: et naveaux , et tels sans pain ne sans sel^
Item^ tant enchéri le pain avant que Noudi fu^, <3{«e dl de quatre blancs vdi<»t huitblancs; etn'es-r toit nul qui en pust encore finer, s'il n'aUoitd^ vaut le jour chez les boidangers , et dqnner piiites pt chepines aiux maistres^t aux varleb^ pour en avcôr ; et si n'y avoit vin en ce temps, qui ne cou^ <ast douze deniers la pinte du moins : mais oa ne le plaignoit point qui en povoit avoir 5 car quant ce xrenoit ^nvinon huit lieares, il y avoit si très grant presse à i'uy« des boulangers^ que nul ne le cpoii>Qit qui ne l'auroit veu j et les pauvres créatures q«i pour leurs pouvres maris qui estoient aux ^amps , ou pour leiiurs enfants qui mouroient de iaim ^en leurs aaaLaifioos , quand ils iTen povoient avoir pour leur argmit pu pour la presse, Aprè^ celle heure, ouyssez pawii tParîs pitewK plai^.
(i4ao) d'un B0UB6B01S DE PARIS. 296
piteux criS; piteuses lameotations^ et petiz enfants iTier : Je meurs de faim jet sur les fumiers parmi Paris, quatorze cent vingt , pussiez trouver ci dix , ci vingt ou trente enfants , fils et filles, qui là mou* roient de faim et de froit; et n'estoit si dur cueur qui par nuyt les ouist crier : Hélas ! je meurs de faim y qui grant pitié n'en eust; mais lespouvres mesnaigiers ne leur povoient aider ; car on n'avoit ne pain , ne blé , ne bûche, ne charbon ; et si estoit 4e pouvre peuple tant oppressé des guets qu'il falloit faire de nuyt et de jour, qu'ils ne sçavoient eux aider ne à' autrui.
Item y en ce mc»s de décembre, fut déposé de la prévosté de Paris , Glamecy ; et fut institué prévost de Paris un chevalier nommé monsieur Jehan du Mesnil y septiesnie jour de décembre , jour S.-Ladre.
Item y le jour Saint-Estienne ensuite fut institué prévost des marchands uag nommé maistre Hu* gués le Coq. '
Item^ le jour Samt-Jehan évangéliste ensuivant, vingt septiesme jour de décembre, fut institué évesque de Paris ung nommé maistre Jehan Courtecuisse , maistre en théologie et prudomme.
Item^ ce jour partit la fille de France, nommée Katherine, que le roy d'Angleterre avoltespousée , et fut menée en Angleterre ; et fut une piteuse départie , espécialement du roy de Frauce et de sa fille.
Item y le foj d'Angleterre laissa pour estre capi-
2g(S JODUNAL (i4ao)
taine de Paris, son frère le duc de Clarence et deux autres comtes qui ^ou de bien firent à Paris.
Item, en ce temps estoit le blé si cher , que le sextier de bon blé valoil trente-deux francs et plus, le sextier d'orge vingt-sept francs, un pain de seize onces à toute la paille huit blancs, de fèves , de pois , nul pouvre homme n'en mangeoit qui ne les lui donnoit.
Item, une pinte de vin moyen pour mesnaige coustoit seize deniers parisis , tout le mains, qu'on avoit eu le temps précédent , ou aussi bon^ pour deux deniers parisis.
Item, en ce temps, à la Chandeleur, pourcon-f forter pouvres gens, furent remises sus , les enfants de l'ennemi d'enfer , c'est asçavoir , impositions, quatre et malestoutes; et en furent gouvejneurs gens oyseus qui ne sçavoient mais de quoi vivre, qui pinçoient tout de si près, que toutes marchandises laissoient à v^nir, tant pour la mon-r noie, comme pour les subsides. Par quoi si grant cherté s'ensuivit, que à Pasquesungbon bœuf coustoit deux cents francs au plus , un bon véel douze francs , la fliche de lart huit ou dix francs , ung pourcel seize ou vingt francs, un petit fromaige tout blanc seize sols parisis, et toute viande au prix; ung cent d'œufs coustoit seize sols parisis ; et toute jour et toute nuyt avoit parmi Paris pour la cherté devant dite les longs plains , lamentations , douleurs , cris piteables que oncques je CToy que Jérémie le prophète ne fist plus do-r
Hâo) D'um BOURGEOIS DE PAIUS, 297
loreux , quand la cité de Jhérusalem fut toute destruite, et que les enjffants de Israhel furent menés en Babylone en chetivoison (captivité); car jour et nuyt cry oient hommes , femmes , petiz enflPants : Hélas ! je meurs de fwity l'autre de faim. Et en bonne vérité il fit le plus long y ver que homme eust veu passé avoit quarante ans ; car les foires de Pasques il négeoit , il geloit et faisoit toute la douleur de froitqueonpovoitpencer, Etlagrantpouvreté que aucuns des bons habitants de la bonne ville de Paris véoient souffrir , firent tant , qu'ils acheplèrent maisons trois ou quatre , dont ils firent hospitaux pour les pouvres enffants qui mouroient de laim parmi Paris, et avoient potaige et bon feu et bien couchez. Et en moins de trois mois avoit en chacun hospital bien quarenle lits ou plus bien fourniz, que les bonnes gens de Paris y avoient donnés, et estoit l'ung en la Heaumerie, ung autre devant le Palays , et l'autre en la place Maubert. Et eu vérité, quant ce vint sur le doux temps, comme en avril , ceux qui en yver avoient fait leurs beuvages comme despence de pommes ou de prunelles , quant plus n'y en en avoit , ils vuidoient leurs pommes ou leurs prunelles en mi la rue , en intencion que les porcs de S. Anthoine les mangeassent : mais les porcs n'y venoient pas à temps ; car aussitôt qu'elles y estoient getées , ils estoient prinses des pouvres gens , de femmes et d'enffants qui les mangeoient par grant saveur, qui estoit une très grant pitié , chacun pour oyr
39^ JOUREIAL (i4a0)
mesme ; car ils mangeoient ce que les poroeaux ne daignoient manger ; ils mangeoient trougnons de choux sans pains ne sans cuire, les herbetles des champs sans pain et sans sel. Brief, il estoit si cher temps , que pou des mesnaiges de Paris mangeoient leur soult de pain ; car de char n'en mangeoientils point , ne de fèves ne de pois, que verdure qui estoit merveilleusement chère.
Item y ou moys de mars vers la fin , es fokes de Pasques prindrent journée de combattre les Arminaz contre le duc de Clarence, qui estoit capi^ taine de Paris, et le ducd'Oster (Glocester) et frère ainsné du roj Angloys ; et devoit estre la bataille entre Angers et le Manssurla rivière du Loire. Si alla voir la place le duc de Clarence avant que le jour de la bataille fust, laquelle place estoit ou pays des Arminaz ; et lui convint passer ladite rivière par ung pont bien estroit ; et fut bien accompaigné de quinze cents hommes d'iionneur et de cinq cents archers. Sesennemis, quiavoient toujours des amis partout, le sceurent, et firent deux embûches en ung bois ou il lui convenoit passer après la rivière ; et devant , outre le bois , avoit bien quatre cents hommes armés au cler sur une petite montaigne , lesquels les Angloys povoient bien voir : si n'en tindrent compte , car ils cuidoient que plus n'en y eust que ceux-là; dont ils feurent déceuz; car en la vallée avoit une grosse bataille d' Arminaz, sans les deux embusehes devant dits , qui , aussitôt qu'ils virent que les Angloys furent dedens le boys.
(l4»*) ^'UiN BOURGEOIS DE PARIS, 299
issireot par <lerrière^ et allèrent rompre le pont^ et puis les vindreat accueillir par derrière et par les côtés, et les autres par devant; et ainsi furent tous mis àTespée, se non environ deux cents hommes , con^me ménestriers et autres , qui eschappèrent par bien fouir ; et refirent le pont le mieux qu'ils porent , et s'enfuirent à leurs logeys ; et quant ceux des logeis quiestoient demourezle sceurent, ils se mirent comme tous enragez es faubourgs du Mans^ et murent le fea^ et tuèrentfemmes et enflPants, et hommes vieux et jeunes sans mercy . Et fut la vigille de Pasques, qui fut le vingt-uniesme jOUT de mars quatorze cent vingt.
Item, en ce mois, fut ordonné garde de la jus^ tice de la prévarté de Paris, sire Jehan de la Vallée, chevalier, seigneur de Walestin.
liem , le samedi ensuivant , le douziesme jour d'avril, fut criée la monnoie de Rouen, que le gros 4e seize deniers parisis ne vaudroit que quatre deniers parisis, et le noble soixante sols tourn(Hs, et l'escu trente sols t<Hïrnois, .
liem^ le mardi ensuivant, en fut si .grand escry à Paris^ que chascun cuidoit certainement que on feist ainsi le mercredi ou le samedi ensuivant de la monnoie, comme on avoit fait à Rouen ; dont tous vivres endhérirent tant, que on n'en povoit finer; car une pinte d'huile, qui ne valoit que cinq sols ou seize blancs , cousta avant le sabmedi douze sols pariiis , la livre de chandelle dix sols parisis, la livre de beurre salé dix s(ds parisis , et toutes
3oO JOURWAL (»4a»)
autres choses ou prix; et vendoit chacun marchand ainsi qu'il vouloit toutes denrées; car nul n'j mettoit aucun remède pour le prouffit publique ; mais disoit-on que tous ceux qui y dévoient mettre le meilleur remède estoient marchands eux-mêmes; par quoi le pouvre peuple souffroit tant de pouvreté de faim , de froit, et de touttes autres meschances que nul le scet que le Dieu de paradis ; car quant le tueur des chiens avoit tué des chiens , les pouvres gens le suivoient aux champs pour avoir là char ou les trippes pour leur manger.
Item y le dimanche devant la Pentecoste commencèrent les bouchiers à vendre char à la porte de Paris, et laissèrent le cymetière Saint-Jehan, Petit-Pont, la halle de Beauvais et les au Ires boucheries qui par-devant avoient esté faites.
Item y en cel an fut y ver si long et si divers , qu'il faisoit très grant froit jusques en la fin de mai , et en la fin de juing n'estoient pas encore les vignes fleuries ; et fut si grant année de chenilles , que le fruit fut tout desgasté ; et furent en ceDe année trouvés à Paris en aucuns lieux escorpions qu'on n'avoit point en ce temps accoustumé à veoit*.
Item y en ce temps, à la Porte Saint-Honoré , fut veue dessous le pont,en l'eau, une source comme de sang un peu moins rouge, et fut a^perceue le jour Saint-Pierre et Saint-Paul qui fut au dimanche, et dura jusques au mercredi ensuivant, et en furent les gens qui y alloient moult esbahys , et tant qu'il
(i4»i) d'un bourgeois de paris. 3oi
convint que la porte fut fermée, et le pont levé deux jours, pour la grant multitude du peuple qui là alloit ; et si ne pot oneques personne sca voir la sîgnifiance de la chose.
//^m^ le jeudi ensuivant, vigile Saint-aMrtin, furent criées les monnoies à Paris , que le gros de seize deniers ne vauldroit que quatre deniers parisis ; le blanc de quatre deniers , ung denier parisis; une pièce de monnoie de deux deniers parisis qui pour lors estoit , ne valloit-qu'une maille; qui moult dommaigea pouvres gens, et ne fist prouffit que à ceux qui avoient rentes et revenues. / liem^ le jour Saint-Martin, entra le roy d'Angleterre à Paris à belle compagnie , et si ne sça voiton rien de sa venue , tant qu'il fut à Saint-Denys en France.
Item y en ce temps estoient les loups si affamés, qu'ils déterroient à leurs pattes les corps des gens qu'on enterroit aux villaiges , et aux champs ; car partout où on alloit, on trouvoit des morts et aux champs et aux villes, de la grant pouvreté qu'ils , du cher temps et de la famine y souffroient parla malditte guerre, quitoujourscroissoitde jour jour , de mal en pire.
Item y en ce temps estoit très grant mortalité , et touts mouroient de chaleur , qui ou chief les prenoit^ et puis la fièvre; et mouroient sans rien ou pou empirer de leur char , et touts , ob les plus jeunes gens. En ce temps estoit le vin si cher, que chacune pinte de vin moyen coustoit quatre
3a2 JOUIiWA.L (,4ai)
$cis parisis , et si n'aineadoïl point le tm ; et si jr aToit en ce temps^ à Paris plus de ÏÀé qoe homme qui fast né en ce temps y eustoncques veu de son aage ; car on tesmoignoit qu'il y en avoit pour bien gouverner Paris pour plus de deux ans entiers; et si u'esloit point encore cueiUi l'aoust de nul grain.
Item^ en ce temps estoit uœ grosse murmure à Paris pour le cri devantdit de la monnoie, car toute les gens , ceux du palais^ dn Chastelet, se faisoient payer en forte monnoie , et tout le domaine du roy, comme impositeur, quatriesme et toutes suicides; et ne prenoient le gros que pour quatre deniers parisis , et le mettoient en tontes choses aux pouvres gens pour seize deniers parisis. Si se courrouça le commun, et feirent parlement en la maiso» de ville. Quant les gouverneurs les veirent, siorent paour, et feirent erieï^ que le terme des maisons premier venant , se pay croit en douze gros pour ung franc , et cependant on y remédîeroit le mieux que on pourroit, et estoit environ dix our douze jours après la Saincfr- Jehan mil quatre cent vingt-ung ; et fust dit ou cri que la derraine sepmaine d^aoust , chacun qui lenoit maison à titre cfe louaige,ou qui devoit cens ou rente, aïlast parler à son hoste, ou censier ou rentier, sçavoir en quelfe monnoie ils se vouldroient payer après la Sainct-Remy; et ouye leur response, ils estoient quittes pour renoncer ou louaige, ou cens , ou rente ; dont le peuple se desportà ,
(491) d'un bodrcbois de paris. 3o5
et fust appaisîé , pour ce qti*cncore avoient deox nK»s de terme à prendre ou renoncier , et que le terme de la Sainct-Remy venant seroit payé, comme on Tavoit accoustumé devant , douze* gros pour ung franc.
Item yen ce temps estoient les loups si affamés, qu'ils entroient de nuit es bonnes villes , et faisoient moult de divers dommaiges^ et souvent passoieni la rivière de Seine et autres à neu (nage); et aux cimetières qui estoient aux champs , aussitost qu'on avoit enterré les corps, ils venoient par nuit et les desterroient et les mangeoient , et les gembes; qu'on pendoit aux portes, mangèrentils en saillant, et les femmes et enffants en plusieurs lieux.
Item y la première sepmaine du mois d'aoust, l'an mil quatre cent vingt-un , fust institué prévost de Paris Pierre , dit le Barrât.
Item y en icelui mois print le roy d'Angleterre I^eux, Bonneval, Espernon, et autres villes par traité , que les Arminaz, qui dedans estoient , s'en allèrent sauvement , qui puis firent tant de maux que nul ne le croyoit.
Item y en ce temps estoit tout fruit si cher, qu'on n'avoit que quatre pommes pour un blanc ; le cent de noix quatre sols ; deux poires six blancs ; deux livres de chan<ielles pour seize sob parisis ; un petit fromaige trente sols ; ung ceul* trois blancs; ung boisseau de fèves ou pois deux francs; la livre ^ beurre vingt-huit blancs; la
3o4 JOURIfAL (»4*»>
pinte d'huille seize sols parisis ; une paire de souliers de eordouan vingt-quatre sols ; la paire basanne seize sols; la pin le ,de vin quatre sols; la charge de bûche plus chère que oncques mais.
Item y en ce temps , print le roy d'Angleterre deux villes moult nuisants à Paris , que les Arminaz tenoient ; assavoir Rangenay et Villeneufvele-Roy ; et de là s'en vint devant Meaux , droict à la Sainct-Remy.
Item^ en ce temps estoit le duc de Bourgongne devant ^ainct-Riquier en Pontieu , et là tenoit le siège ; et comme il voult aller à Boulongne sur la mer en pélérinaige , les Arminaz le sceurent et le cuidèrent sourprendre, mais la Vierge Marie y fist miracle ; car une partie de ses gens le laissa et s'enfuirent , comme consentants de la venue des Arminaz ; mais , malgré eux , par la grasce de Dieu et de sa glorieuse mère , les Arminaz feurent desconfits ; et en demoura bien onze cents en la place , sans les cappitaines qui feurent prins , et touts les grands qui là estoient, qui feurent menés en divers prisons.
/^e;7z^ letroisiesme j#ur de novembre ensuivant , mil quatre cent vingt-un, fustderechief la monnoie criée que les gros de seize deniers ne seroient mis que pour deux deniers; et feirent autre monnoie qui ne valloit que deux deniers tournois ; dont le peuple fust si oppressé et grevé , que pouvres gens ne povoient vivre ; car comme choux , poreaux , oignons, verjus, etc., on n'avoit à moins de deux
(i4«i) d'un bourgeois de paris. 3o5
blancs , car ils ne valloient que ung denier après le cri , et cjui tenoit à louaige , maison ou autre chose , il en convenoit payer huit fois plus que le louaige, c'est assavoir du franc huit francs, de huit francs soixante-quatre francs, ainsi des autres choses ; dont le»pouvre peuple ot tant à souffrir de faim et de froit , que nul ne le scet que Dieu. Il geloit aussi fort à la Toussainct qu'il fist oncques à Noiiel ; et finoit-on de rien qui n'a voit menue monnoie.
Item p en ce temps avoit à Paris le premier président de parlement, nommé Philippe de Morvillier , le plus cruel tyrant que homme eust oncques veu à Paris; car pour une parole contre sa voulenté, ou pour sourfaire aucune denrée, il faisoit percer langues ; il faisoit mener bons marchands en tumberaux parmi Paris; il faisoit gens tourner au pillory ; brief il faisoit jugements si crueux et si terribles et si espouventables , que nul homme n'osoit parler contre lui, ne appeller de lui ; et avec ce faisoit payer si grans admendes et si pesantes , que touts ceux qui venoient entre ses mains, s'en sentoient toute leur vie, ou de villenie ou de chevance , oxy de partie de leurs corps.
Item ) en ce temps il ordonna, de sa maitrise et de son orgueil, que nul orfèvre, ne nul d'autrt? mestier ne changeroit pour nul hesoing à son ami, ne à autre, or pour monnoie , ne monnoie pour or, queleschangeurs ; et si n'y avoit si hardi changeur
MOHSTRELET. T^XV.-^ JOURK. d'uW BOURG. DE PaRIS. 20
3o6 JO0RW.\L (i4ii)
qui eust osé prendre d'un escu d*or pètir change que deux deniers qui ne lui eust fait tantost amender de deux ou de trois cents livres de bonne monnoie.
Item y en ce temps , estoit encore le roy d'Angleterre devant Meaux , que là» périt moult de ses gens de faim , de froit ; car environ quinze jours où trois ^sepmaine^ devant Noiiel , pleut tant fort jour et nuit , et tant négea ou haut pays que Saine iust si desrivée et grant , que en Grève elle estoil; par deçà le moustier du Sainct-Esprit plus de deux lances, et en la grant court du palais , tout outre le moustier deNostre-Dame, dedessoubs la Saincte- Chappelle et en la Place-Maubert, emprèsla CrcMx- Hémon ; et ne dura que dix jours , et depuis commença descroistre le dimanche devant Noiiel ; et tant qu'elle mist a croistre , il geloit si fort que tout Paris estoit prins de glace et de gelée , et ne povoit-on mouldre nul moulin à eaue nul part , qu'à ceux au vent pour les grandes eaues.
Item , en ce temps , toute malheureuseté estoit à Paris par lui qui faisoit payer à tout homme qui avoit point de puissance selon sa qualité- argent fin, Tung quatre marcs, l'autre trois, l'autre deux, l'autre trois ou quatre onces , et pour faire celle méchante monnoie davantdit, et qui estoit refusant tantost avoit sergents en sa maison , et estoit mené en prinsons diverses ; et ne povoit-on parler à lui , et le convenoit payer ; et n'eust eu plus vaillant ou monde , puis que ce présîcknt l'a-
(liai) d'un bouuoeofs de pakis. 3o7
voit ^t ; et estoient de son donseil deux autres tirans, Jebail Dole et Pierre d*Orgemont, qui mei-^ rent marchandises si an bas, que homme île vendoit ne n'acheptoit que seulement pain et vin • €ar un homme estoit tout charge de dix francs en monnoie ; et pour ce n'en portoit-on point dehors; et si estoit chacun si grevé de payer ^a maison! que plusieurs renoncèrent en ce temps à leurs propres héritaig^ pour la rente , et s'en alloient par desconfort vendre leurs biens sur les carreaux et se partoient de Paris comme gens désespérés! Les uns alloient à Roueû, les autres à Senlis, les autres devènoient brigands de bois ou Armina^ et faisoient tant de maux après , comme eussent fait? les Sarrazins , et tout par le faux gouvernement des devantdils loups ravissants, qui faisoient contre la défense du vieil Testament et du nouvel; car ih mangeoient la char atout le sang, et si prenoient la brebis et la laine. Hélas ! /a grant pitié d'aller parmi la ville de Paris , fust feste ou autre jour ! car vraiment on y véoit plus de gens demandant l'aumosne *que d'autres , qui maudissoient leurs vies mille fois le jour; car trop avoient à souffrir; car en ce temps on leur donnoit très pou, car chacun avoit tant à faire à soi, que pou povoit aider à autre nulle personne ; ne vous eussiez esté en quelque compâignie que vous ne vissiez les ungs lamenter ou plourer à grosses^ larmes, maudissant lexxt nativité; les autres, fortune; les autres, les seigneurs; les autres, les gouverneurs
3o8 JOURNAL (i4»i)
en criant à haute toix bien souvent et à secret : Hélas ! vrai Dieu y quant nous cessera cette pesme douleur et cette douleureuse vie et de damnahle guerre /* en disant maintes fois. J^raiDieu , vindica sanguinem sanctorum y f^enge le sang des bonnes créatures qui meurent sans déserte par ces j aux traistres Arminaz.
Itçm y en ce mois de décembre , le cinquiesme jour d'iceluy, ot la fille de Franche en Angle-^ terre , ung fils nommé Henry.
Item y le lundi devant Noiiel, landemain de Sainct-Thomas , feurent apportées les nouvelles à Pmris , dont on sonna partout moult grandement , et fist-on partout Paris les feux comme à la Sainct-Jehan.
Item y en ce temps , la vigile de la Tyephanie vint à Paris le duo de Bourgongne , qui admena foison de gens d'arnaes qui feirent moult de mal d'entour Paris ; car il ne demoura riens après eux qu'ils peussent, s'il n'estoit trop chault ou trop pesant ; et les Arminaz ou costé de la Porte Saidct- Jacques, de Saincl-Germafti , de Bordelles, jusques à Orléans , qui faisoient des maux tant que oncques feirent tirans Sarrazins.
Item y en ce temps estoit le roy d'Angleterre devant Meaux, et y fist son Noël et sa Tyephanie , qui , en toute la Brie , avoit ses gens qui partout pilloient ; et pour iceux et pour les devantdits, on ne povoit labourer ne semer nulle part. Souvent on s'en plaignoit aux seigneurs dessusdits ; mais
(Mai) d'un BOUUGEOIS DE PAUIS. SoQ
ils ne s'en faisoîent que mocquer ou rire; et faisoient leurs gens pis trop que devant ; dont le plus des laboureurs cessèrent 'de labourer, et feurent comme désespérés, et laissèrent femmes et enffants , en disant Tung à l'autre : Que ferons-ru^us ? Mettons tout en la main du deable j ne nous chaut que nous des^enions. Autunt vaut faire du pis qu^on peut comme du mieux. Mieux nous vaulsist servir les Sarrazins que les chrestiens ; eï pour ce faisons du pis que nous pourrons y aussi-bien ne nous peuston que tuer ou que prendre j car par le faux goui^ernement des tt*aistres gous^emeurSy il nous faut renier femmes et enffants y et fouir aux bois comme bestes esgarées y non pas ung ans ne deux :mais il j aja quatorze ou quinze ans que cette danse douloureuse commença , et la plus grant partie des seigneurs en sont morts a glais^e^ ou par poison y ou par trahison , ou sans confession , ou de quelque mauvaise mort contre nature.
Item, en ce temps n'avoit point à Paris d'évesque ; car maistre Jehan Gourtecuisse devantdit , esleu par l'Université et par le clergé et par le parlement^ ne plaisoit au roy d'Angleterre; et pour ce ne fut-il tout cel an aucunement possesseur de l'évesché ; mais demeura tout ce temps à Sainl- Germain-des-Prés , car il n'estoit pas bien asseuré en son hostel à Paris , pour ce qu'il n'estoit en la grâce du roy d'Angleterre.
Item^ipouTldL bienvenue du duc de Bourgongne devant dit, on fist crier une petite monnoie nom.-
3lO JOURNAL (i4f»)
niée Noireaux,qui ne valloit qu'une Pouteviae, vaudroît une maille tournoise; et fut tout le bien qu'il nous fist' pour lors à la ville de Paris, qui tant Taimoit , et qui tant avoit eu à souffrir, et encore avok et de rechîef pour lui et pour son père , qui tant fut long et négligent en ces choses toutes que Dieu scet. Et vraiement le fils en tenoit bien les taches ; car il eust bien fait en ung quart d'au ce où il mettoit deux ou trois ans; et faisoit bien semblant que de la mort de soà père pou ou uyant lui chausist ; car certes il menoit telle vie dampnable et de jour et de nuit, comme avoit fait le duc d'Orléans et les autres seigneurs qili estoient morts moult honteusement ; et estoit gouverné par jeunes chevaliers pleins de folies et d'oultre cuidance, et se gouvernoit selon ce qu'ils se gouvernoient, et eux selon lui ; et, en vérité, de Dieu à nul d'eux se challoit que d'accomplir sa voulenté.
Item y en ce temps fut déposé de la prévosté de Paris cil qui est nommé devant le.Warrat, et fui le bailli de-Vermandois de Camp-Luisant.
Item y le roy d'Angleterre fist son NDiiel , la Tyçphanie et sa quarantaine devant Meaux.
lient y le deuxie^me jour de mars mil quatre cent vingt-un , le seigneur d'Auffemont cuida venir conforter les Arminaux de Meaux, et vint environ minuit accompagné de cent fers de lance , et sçavoit bien par où on poVoit mieux entrer en la cité par sur les murs ; et là les Arminaz de dedails avoient mis eschelles appuyées aux murs pour
(i4") d'un bourgeois Di: paris. 3ii
monter ledit seigneur d'Anffemont et ses gens y et avoient lesdits Arminaz couvertes les eschelles de draps de lit pour sembler à ceux de l'ost , quant ils tournoient pour faire le guet, que ce fussent les murs qui blancs estoientà cellui endroit, et jiussi le cuidoit le guet en passant par icellui endroit. Quant le guet fut passé , ceux de dedans firent que temps estoit de faire monter ledit seigneur , firent le signe que faire dévoient quant seroit de monter, et montèrent parles eschelles qui moult estoient près à près.
Iteniy la n^oitié des gens dudit d'AuflFemont alla esmouvoir l'ost , pensant que quant il sermt monté lui et l'autre moitié de ses gens , qu'il vendroit accompaigné de ceux de la ville pour secourir les autres ; mais il advint autrement. Colimie en la propre eschelle par où ledit seigneur montoit, avoit devant lui quatre ou cinq ribaux montans comme lui, dont Tung avoit à son col unes besaces qui toutes estoient pleines de harengs-sors que ledit larron avoit embléesen venant à ung marchant. Comme il estoit presque au plus haut de Tescbelle, et sa besace lui eschappe , qui pesoit et estoit fort loyée , et encontra ledit seigneur d'Auffemont sur la teste, et le tresbucha de si hault comme il estoit, dedens les fossés. Quant ses gens l'entendirent , si dirent l'ung à l'autre : Aidons à monsieur. « Helas ! » monsieur est cheu. » Cà et là es fossés avoit desAnglois du commun qui faisoient le guet; si cuidoient que ceux qu'ils oyoient parler , feussent de leurs
5l2 JOUBIIAL (i4a»)
fjens ; mais quant ils onïrent dire : Aide a monsieur y sifurentesbahis, car bien sçavoient que nulbomme de nom n'avoit celle nuit avecqueseux au guet; et Guidèrent que ceux de . la ville descendissent sur eux; si cuidèrent eslongner la place pour l'aller dire à l'ost ; mais pour ce qu'il estoit aprè^ minuit, que leurs corps estoient travaillés de veiller, aventure les mena tout droit aux escbelles. Si ouyrent qu'on plaignoit trop le seigneur. Si dirent : « Mon- » sieur, de parle deable vous morts tretous.» Et crièrent allarme , et furent les Arminaz si effrayés , qu'ils s'enfouirent qui mieux mieux ; et fut ledit seigneur prins par ung qui estoit queux de la cuisine du roy anglois, ,et dix ou douze autres qui furent menés au roy d'Angleterre comme prinsonniers.
Iterriy ceux qui dedans la ville estoient sç^a-r voient bien que la mine que le roy d'Angleterre avoit fait faire, estoit près de percée , et seeurenk bien le lendemain que le sire d'Auffemont estoit prins et autres, et que le plus d'babitants estoient contre eux s'ils eussent pu et osé ; si prindrent conseil ensemble qu'ils porteroient leurs biens et leurs vivres ou marché, qui moult estoit fort, et bouteroient le feu en la vÛle , et tueroient tous ceux qui ne seroient de leur malle intention dampnable f et ainsi commencèrent à porter leurs biens oudit marché tellement , et de tel cœur y entendirent , que délaissèrent et oublièrent tout entièrement la garde des murs de la ville. Ung bon preudomme
(l4as) d'un bourgeois DE PARIS. 3l3
des habitants de ladite ville, quant il vit qu'ils estoient eu ce point, en soi pensa "^S^il povoit qu'il garderoit la cité d'ardoir, et monta sur les murs, et fist assavoir au^t Anglois leur voulenté ,' et qbe hardiment assaillissent, que personne ne leur con- Ir.ediroit ; si lui baillèrfenl Une eschelle, et descendit , et fut mené au roy , et lui dist qu'il vouloit qu'on lui coupast le col , se ainsi n'estoit comme devant est* dit. Quant les habitants de la ville se virent ainsi sourprins, si se boutèrent es églises cà et là où ils pyrent , et cuidèrent njieux sauver: et quant le roy Anglois apperceut ainsi leur îneschef, si fit crier par tout que chascun revenist à son propre hostel, et que chascun fist son labour comme devant faisoieijt^ et ainsi le firent; et le roy d'Angleterre mist le^ siège devant le marché de ladite ville.
Iteniy en ce temps avoit au chastel d'Oursay , vingt murdriers ou trente, qui le sixiesme jour d'avril prindrent le pont et le chasteau de.MeuUant, et fut avecques eux le capitaine d^Estampes; dont tout enchérit après merveilleusement en celui an l'an mil quatre cent vingt-un , à Paris , pour ce qu'il ne venoit nuls vivres en ce temps à Paris que de Rouen; si con venoit passer parla, allant et venant, dont ceux de Paris furent moult esbahis; mais par la grâce de Dieu ils ne s'y tindrent que quatorze jours ou environ, qu'ils ne s'en allassent francs et quittes par traité, et enaportèrent tout ce qu'ils voldrent emporter ; car on ne povoit pour
3l4 JOURNAL (i4a»)
lors mieux faire , pour ce que le siège estoit toujours devant Meaux.
Item y en celle année estoit la plus belle apparence es vignes en tout le royauijie de France qu'on eust oncques veu ; maià la nuit jSaintrMarc et la nuit ensuivant furent toutes 'gelées entièrement; et sembloit proprement qu'on eust bouté le feu par tout de fait advisé^ tant estoient bcojises )cisc[ue6 à ^ terre.
Item , celle année mil quatre cent vingt-deux, fut la grant ^nnée de hannetons, de Pasquea jusques à laSaitit-Jehan.
Item y le premier dimanche de mai suivant, se rendirent ceux dû marché de M eaux à la voulenté du roy d'Angleterre, etfist-on parmi Paris les feux et très grant feste.
Item y le jeudi ensuivant envoya à Paris le roy d'Engletèrre bien cent prisonniers dudit chastel , et estoient liés quatre et quatre , et furent mis dedans le chastel du Louvre , et le deuxiesme jour après furent reinis en bateaux et menés en divers prisons en Nornaandie et en Angleterre.
Item y le mardi ensuivaat , on en admena de rechief bien cent et cinquante , et l'évesque au Louvre comme les autres; et le vendredi ensuivant, quinziesme jour de mai furent mis en bateaux , comme les autres devantdits ; mais les premiers ne furent point ferrés , mais ceux-ci le furent deux et deux chascun par une des jambes, se non l'évesque de Meaux, et ung chevalier qui avec lui estoit.
(i4aî») d'un BOUUGEOIS DE PAIUS. 3l5
Ces deux forent entre eux deux en ung batel petit, et tous les^ autres comme porcs en tas ; et en c^ pointfijrent menés comme les autres devantdits. Et n'avoient trois ou quatreàTeure que ùng pain bien noir pesant deux livres > et très pou de pitance et de Feau à boire: Et ce pourquoi estoient ferrés et non les autres, la cause est pour ce que natifs du pays estoient et d'environ, et estoient avec ce tous de renom et de chevance ; ^ais les laboureurs du pays en icellui temps n'avoient nuls pires ennemis; car ils estoient pires à leurs voisins que n'eussent esté les Sarrazins,
Item y le cinquiesme jour de mai fut le bastart de Vauru traisné parmi toute la ville de Meaux , et puis la teste coupée et son '^corps pendu à ung arbre, lequel il avoit nommé à jsoii vivant l'arbre de Vauru, et estoit ung orme; et dessus lui fut mise sa teste en une lance au plus haut de l'arbre, et son estendaùt dessus son corps.
Item y emprès lui fut pendu un larron meurdrier , nominé Denis de Vauru , lequel se nommoit son cousin, pour là grant cruauté dont il estoit plain \ car on n'ouyt oncques parler d^ plus cruel chrestien en tyrannie, que tout homme de labour qu'il povoit attraper, ou faire attraper, quant il véoit qu'ils ne povoient de leur rançon finer , il les faisoit mener liés à queues de chevaux à son ourme tout battant, et s'il ne trouvoit bourrelprest, lui-mesme les pendoit , ou celui qui fut pendu avecques lui qui se disoit son cousin. Et pour certain , tous ceux
3l6 JOUUKAI. (*4a»^
de ladite garnison ensuivoient la cruaulte des deux tyrans devant dits; et bien parut par une dampnable cruauté que ledit de Vauru fist, que tî'estoit le plus cruel que oncques guères fut Noirou ne autre; car quant il print ung jeune homme en faisant son labour, il le loia à la queue de son cheval > et le mena battant jusques à Meaux ) et puis le fist gehenner; pour laquelle doulepr le jeune homme lui accdt*dace qu'il demimdoitpourcuider eschever (éviter) la grant tyrannie qu'ils lui faisoient souflPrir; et fut à si grand finance, que tels trois ne l'euésent pu payer. Le jeune homme mapda à sa femme , laquelle il avoit espousée en ceLan , etestoit assez prest de terme d'avoir enffent , la gra^t somme en qupi il s'estoit assis* pour eschever la mort' et le quassement de ses membres. Sa femme qui moult Taimoit, y vint , qui cuida améliorer le cueur du tyran , mais rien n'y esploita ; ains lui dit que s'il n'avoit la rançon à certain jour nommé, qu'il le pendroit à son ourme.. La jeune femme commanda son mari à Dieu moult tendrement plourant , et lui d'autre part plouroit moult fort pour la pitié qu'il avoit d'elle. Adoncqse départit la jeune femme maudissant fortune, et fist le plustot qu'elle pot finance , mais ne pot pas au jour qui nommé lui estoit , mais environ huit jours après. Aussitost que le jour que le tyran avoit dit fut passé , il fist mourir le jeune homme , comme il avoit fait les autres , à son ourme , sans pitié et sans merci. La jeune femme vint apssitost qu'elle pot avoir fait
(J4ai) d'uTÏ bourgeois DE PAIUS. Zl'J
finance ; si vint au tyran , et lui demanda son mari en plorant moult fort , car tant lassée estoit que plus ne.se povoit soustenir, tant pour l'eure du travail qui approchoit , que pour le Aemin qu'elle avoit fait, qui moult estoit grand ; brief , tant de douleur avoit qu'il la convint pasmer. Qus^nt elle revint , si se leva moult piteusement quant au secret de piature , et demanda son mari de -rechief ; et tantost lui fut respondu que jà ne le verr/)it, tant que sa rançon fust payée. Si attendit encore, et veit plusieurs» laboureurs admener devant lesdits tirans , lesquels ,.aussitost qu'ils ne povoient payer leur rançon , estoient noyés ou pendus sans merci. Si ot grant paour de son mari ; car son pauvre cueur lui jugeoit moult mal ; néantmoins amour la tint de si près, qu elle leur bailla ladite rançon de son mari. Aussitost qu'ils orent la pécune , ils lui dirent qu'elle s'en allast d'illec, et (fueson mari estoit mort ainsi que les autres villains. Quant elle ouyt leur très druelle parole , si ot tel deuil à son cueur que nulle plus ; et parla à eux comme femme forcenée , qui son sang perdoit pour la grant douleur d« son cueur. Quant le faux et cruel tirant, le bastard de Vauru, veit qu'elle disoit paroles qui pas ne lui plaisoieçit , si la fist battre de bastons, et mener tout battant à son ourme , et lui fist accoler etja fist lier , et puis lui fist coupper touts ses draps si très courts, qu'on la pouvoit veoir jusques au nombril, qui estoit une des plus grandes inhumanités qu'on
3l8 JOmiTliLL Çi4aa)
pourroît .penser, et dessus lui avoit quatrevin^ ou cenls hommes pendus, les ung» bas, les autres hauts ; les bas aucunes fois, quant le vent les faSoit brandiller, touchoient à sa teste, qui tant lui faisoient de fraour , qu'elle ne se povoit soûstenir sur jpied ; si lui coppoient les cordes dont elle eçtoit liée la char de ses bras ; si crioit la pouvre la^pe moult hauts cris et piteux plains. En cette douloureuse doulour où elle estoit , Vint la nuit , si se desconforta sans mesure , «omme celle qui trop de martyre souflProit ; et quant il lui souvenoit de rhorribfe lieu où elle estoit,* qui tant estoit espouventable à humaine nature, si recommançoit sa doulour si piteusement , en disant : (( Sire , Dieu , qpant me cessera cette pesme dou- « lour que je souffre. » Si ^crioit tant fort et longuement , que de la cité la po voit-on bien ouyr : mais il n'y avoit nul qui l'eus t osée oster dont elle estoit , que n'eust esté mort. En ces douloureux cçis, le mal de son enffant la print, tant pour la doulour de ses Cris, comme de la froidure du vent qui , par dessous ,• l'assailloit de toutes parts ; ces ondées la hastèrentplus. Si cria tant hautque les loups qui là repperoient (venoient) pour la charongne, vinrent a son cri droit à elle, et de toutes parts l'assaillirent espécialement au pouvre ventre qui descouvert estoit ,* et lui ouvrirent à leurs cruelles dents , et tirèrent l'enfant hors par pièces , et le remenant (reste) de son corps despécèrent ; tout ainsi fina celle pouvre créature ; et fust ou mois de mars, en karesme mil quatre cent vingt et un.
(i42?) D*UN BOURGEOrS DE PARIS. ^IQ
Item y ea ce temps , le samedi vingt- troisiesme jour de mai > firent crier soudainement les gouverneurs-dé Paris, que nul, de quelque estât qu'il fust, neprinst gros, ne ne feist prendre; sur très grosses peines, et que on les portast tous aux changeurs ordonné^ pour ce chànj^er , lesquels estoîent quatre qui avoient ch»scun ung banquère de France à leur change; et n'avoit^on du marc pesant des bons gros que huict solsparisis des mauvais aussi comme rien ; qui fust une très esbahissante chose à Paris aux riches et aux pouvres , car le plus n'avpient autre monnoie ; si perdoient moult ; car le meilleur qui souUcnt valloir seize deniers^ ne valloit que ung denier ou tftag tournois*; si oit grai^t murmure du peuple , mais à souflBrir leur convint, quelque nécessité qu'ils eussent de pain ou de vin par defFaut d'autre monnoie ; car vrai est que iceux grps furent ainsi defiençlus-à prendre pour gros très mauvais que le dauphin ou les Arminâs faisoient faire en son nom, qiii par eux estoient envoyés à Paris, et es autres bonnes^ villes non tenants leur parti dampnable, par faux marchants^ quiîiprès ce encore gagnoient par grant déception; car quant la monnoie fust criée que plus ne eust de cours, tout le meilleur d'iceux gros faux on n'en a voit qu'une maille tournois , et pour celle cause fust ainsi deffendue que nul n'en fit aucun trésor.
Item y le vingt-cinquieame jour de mai, jour Saint-Urbin, furent à Paris descapités deux dei* capitaines de la rébellion de Meaux; c'est assavoir
520 JOURNAL fi4ia)
m^iistre Jehan de Roubres, et ung chevalier qui estoit bailli de ladite ville , nommç' messirdiG^s.
Iterrty ce jour, vint la royne d^An^etèrre ou bois de Vincennes à moult belle compaignie de chevaliers et de dames. •
Item^^e vingt-neuviesme jour dudit mois de mai vint la roine à Paris , et portoit-on devant la litière deux manteaux d'ermines , dont le peuple ne scavoit que penser sur ce , se non que c'estoit signe qu'elle estoit royne de France et d'Angleterre»
Item y pour l'amour du roy d'Angleterre et de la royne , et des signeurs dudit pays , firent les gens de Paris, les festes de laPanthecotes, qui fust le derrain jour de mai, le m^^stère de la passion Saint- George en l'hostel de Néelle. *
Item^ lendemain de laFèste-Dieu; se partistle roy d'Angleterre de Paris, et emmena à Senlis le roy et la royne de France et sa femme , et la sepmaine ensuivant fust prins ung armurier de la Heaume-
rie, nommé maistre Jehan , lequel estoit ou
avoit esté armurier du roy et sa femme, et ung boullanger du coiug de la Heaumerie, nommé. . . . . , lequel bouUanger ot la teste coppée un pou de temps après , et fust prins ledit armurier à Couppaux les Saint-Marcel dehors Paris, et sa femme aussi, et furent emprisonnés au Palais, et disoit-on qu'ils avoient marchandé aux Arminaux de livrer la ville de Paris le dimanche ensuivant , qui estoit le vingtuniesme jour de juing mil quatre cent vingt-deux , et que pour celle cause les Arminas de Compiègne
(liai) D*Ulf BOURGEOIS DE PARIS. 32 I
s'estoient plustost rendus en espérance, que en celle journée cm pillast Paris. Mais IHeu qui ordonne, et nous devisons, les en garda ^ dont ils se tindrent moult àdeceups; car ils estoient assés forts et bien envi taillés pour tenir ungan entier laplace^ comme il apparut quant ils issirent. Us estoient plus de cent hommes d'armes à cheval , et bien mille de pié , et bien cinq cents foies maies femmes, qui tous firent le serment au roy que jamais ne s'armeroient contre le roy de France ne d'Angleterre ; et ainsi s'en allèrent francs et quittes , emportant jchascun ce qu'il pot emporter, sans aucune autre aide de chevaux ou de charrettes ; et s'en alloient moult joyeusement en celle intencion de piller Paris.
Item ^ en celle année fist merveilleusement chaut en juing et en juillet ,^ et n'y plut qu'une fois , dont les terres se sentissent ; pourquoi les potaigés et les mares furent ain^ji que tous ars aux champs , et ne rendirent pas la moitié de leurs semences ; et convint arracher les advoines et les orges à la main , racine et tout sans faucher ne soyer ; et pour celle grant chaleur fut si grande année d'enfants malades de la vérolle , que oncques de vie homme on eust veu ; et tant en estoient couverls , que on ne les recongnuissoit ; et plusieurs grans hommes l'avoient , espécialement des Anglois ; et disoit-on que le roy d'Angleterre en ot sa part. Et vrai est que moult de petits enfants en furent si aggrevés , que les ungs en mouroient ; les autres en perdoient la vue corporelle.
MOMSTRELET. T. Xf^. — JoURM. d'uH B0UB«. DE PÀ»1S. 2 1
$22 10UANA.L (Mat)
I^niy icelle année mil quatre cent vingt-deux, fust largement fruit et si bon c[ue on doit ou peut demander, et très bon bléet Fargement; et vrai est qu'il fut â très peu de vin , qu'en deux arpents on ne trouvoit qu'une caque de vin ou ung poinsson tout au plus.
Item y en U daraine sepmaine d'aoust estoient plaines vendangea.
Iteniy en cel an, ou mois de juing, deffièrent les Arminas le duc de Bourgongne et toute sa puissance ; et devoit estre la journée le deuxiesme mercredi d'aoust ; et le dounesme jour dudit mois ce devoit estre la bataille en leurs marches sur la rivière de Loire , vers la Charité-sur-Loire • Si fist le duc de Bourgongne une très belle assemblée , et vint en la place où estoit devisé que la bataille seroit ; et là fut devant la journée que ce devoit estre , et après trois ou quatre jours* Mais les Arminas quant ils sceurent sa puissance , ils ne se osèrent oncques montrer , et n'orent point de honte de eux enfouir sans cop frapper, et tant que le duc de Bourgongne les attendoit, qui les avoit bel attendre; car ils scavoîent que le plus des grans garnisons deNorm^indie estoient venuesen l'aide du duc deBourgongne.Làtournèrent-ilset firent oocisions, boutèrent feu, ardirent églises , et tous les maux que on peut penser, comme eussent fait Sarrazins.
Itenij en ce mois d'aoust, le darrain jour, à ung dimanche , trespassa le roy d'Angleterre Henr j au bois de Vincennes, qui pour lors estoit régent de
(i4aa) d'un BOUlt6fM)IS DE PARIS. 323
France , Gomme devant est dit ; et fut audit bois tout mort pour rordonner comme à tel prince affiert, jusqu'au jour de Texaltation de Sainte-Croix en septembre ; et ce joui" après disner fut porté à Saint-Denis , sans entXOT à Paris ; et le lendemain^ jour desoctaves Nostre4)ame, fut fait son service à Saint-Denys en France, et toujours y avoit cent torches ardents en chemin comme aux églises.
Item y de Saint-Denys fut porté à Pontoise , et de là à Rouen.
Item y le samedi après la Sain*e-Croix en septembre , vint le roy de France et la royne-à Paris , qui moult avoit esté grant pièce à Seniis, et moult fut le peuple de Paris joyeux de leur venue , et crioient parmi les rues où ils passoient moult hautement Nouëll et faisoient bien signe que moult amoient leur souverain seigneur loyalemeut.
Item y ils fireat au soir des feus parmi Paris; et dansoient et monstroient signe de liesse moult grant de la venue dudit seigneur.
Item y le samedi ensuivant , après la venue du roy et de la royne , qui fut vingt-cinquiesme jour deseptembre mil quatre cent vingt-deux^ fut descollé et escartelléès halles de Paris ung nommé messire des Bosquiaux , chevalier et grant teirrien et grant signeur,lequelestoit de la malditebandeung dessouverains ; et congnut et confessa que par luiestoient bu avoient esté tués et murdris,de laboureurset autres, plus de six à sef^cents hommes, sans ce qu'il avoit bouté feux, pillé églises, efforcé pucelles et femmes
524 JOORMAL fi423)
de religion et amtres ; et si fut le principal de piller la ville de Soissons.
Item y le vingt-uniesme jour du mois d'octobre , vigille de onze mille vierges, trespassa de ce siècle le bon roj Charles, qui plus longuement régna que nul roy chrestien dont on eust mémoire; car il régna roy de France quarante-trois ans; etfut enFhostel Saint-Pol , comme il estoit trespassé dedans son lict en sa chambre, le visage trestout descouvert deux ou trois jours, la croix au pied de son lict et bel luminaire ; et le véoit chascun qui vouloit pour prier pour lui.
Item y il fut ordonné à Saint-Pol, comme à tel prince appartenoit ; et y mist-on , tant pour Tordonnance comme pour attendre aucun des seigneurs du sang de France pour Taccompaigner à mettre en terre ; car il fut à Sainct-Pol depuis le premier jour de son trespassement devant dit, jusqu'au neufviesme jour d'octobre ensuivant , jour Saint-Martin : mais oncques n'y ot à l'accompaigner cellui jour , nul du sang de France , quant U fut porté à Nostre-Dame de Paris ne en terre, ne nul seigneur que ung duc d'Angleterre , nommé le duc de Belfort , frère du feu le roy Henry d'Angleterre , et son peuple et ses serviteurs, qui moult faisoient grant deuil pour leur perte ; et espédalment le menu commun de Paris crioit quant on le portoit parmi les rues : Ha très cher prince ^ jamais n^auwns si bon^ jamais ne te verrons* Malditle soit la mort y jamais n^aUt*ons que guerre puisque tu
(i4s3) d'un bourgeois de paris. 525
nous as laissé. Tu vas en repos ^ nous demourons en toutte tribulaiion et en touUe douleur j car nous som^ mes bien tailliés que nous ne soions en la manière de la chetivoison (captivité) des enffants d'Israël quant ils furent menés en Babjrlone. Ainsi disoit le peuple en faisant grands plains, profonds soupirs etpiteux. Item y la manière comment il fut porté à Nostrei)ame de Paris. Il y avoit que évesques, que abbés, dont les quatre avoient la mitre blanche , dont l*iing estoitTévesque de Paris nouvel ; car il avoit chanté premièrement à Parisle jour de laToussainct comme évesque; lequel attendit le corps du rôy à l'entrée de Sainct-Paul pour lui donner eaue benoiste au partir dudit lieu , et tous les autres entrèrent dedens ledit lieu , se non lui ; c'est assavoir tous les mandiants, l'université en son estât ^ tous les collèges , tout le parlement, le chastellet, le commun ; et lors fut apporté hors de Sainct-PoL Quant tout fut assemblé, lors commencèrent les serviteurs tel et si grant deuil , comme devant est dit.
La manière comment il fut porté à No3tre- Dame et à Sainct-Denis , et enterré.
Il fut porté tout en la manière que on porte le corpsdeNostre-Seigneur àla feste Sainct-Sauveur, et ung drap d'or sur l«i, porté par quatre proches ou six , et le portoient les serviteurs sur leurs espauUes, et estoient bien trente oa plus ; car il pesoit bien comme on disoit.
Item y il estoit haut comme une toise , largement couché envers en unglict , le visage descouverl ou
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sa semblance , cpuronné d'or, tenant en une de ses mains un sceptre royal, et en l'autre une manière de main faisant la bénédiction de deux doigts, et étoient dorés et si longs, qu'ils advenoient à sa couronne.
Item^ tout devant alloient les mandianis, l'université , après les églises de Paris , après Nostre- Dame de Paris, et le palais après, et chaotoient ceux-là et non autres. Et tout le peuple qui estoit en m j les rues, et aux fenestres ploroient et crioient comme se chascun veist mourir la riea (chose) que plus amast; et vrayement leurslamentationsestoient assez semblables à ceux de Jérémie le prophète , qui crioit âu dehors de Jérusalem, quant elle fut destruite : Quomodo sedet sola cwitas plena populo.
Item y là avoit sept croces; c'est assavoir : l'ivesque de Paris nouvel, celui de Beau vais, celui de Terouenne, l'abbé de Sainct- Denis, celui de Sainet-Germain des Près , celui de Sainct-Magloire, celui de Sainct-drespin et Sainct-Gre&pinien; et estoient lies prestres et clercs tous d'un rang, et les seigneurs du palais , comme le prévost, le chancelier et les autres de l'autre rang ; et devant y avoit deux cents torches que lespouvres serviteurs portoient, tous vestus de timr, qui moult fort plouroient, et ung pou devant y avoit dix* huicts crieurs de corps.
Item^ il avoit trente-quatre croix de religieux et autres sonnants leurs cloches devant. Ainsi fut porté ; et estoit après le corps tout seul le duc de Betfort, frère du feu roy Heury d'Angleterre , qui
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tODt seul fâisoît le deuil, ne quelcooqi^ homme du sang de France n'y avoit. Ainsi fut porté ce lundi à Nostre-Dame de Paris^ où il avoit deux cents torches qui touttes estdent allumées^ Là furent dittes vigilles; et landemain bien matin la » messe; et après la messe fut porté en la manière devant ditte à Saincl-Denis, et fut après son service enterré emprès son père et sa mère ; et j alla de Paris plus de dix-huict mille personnes, tant petits que grans ; et fut faitte une donnée à tous de huict doubles , qui pour lors valloient deux deniers tournois la pièce ; et n'avoil pour lors plus grant monnoye n^ plus petitte, se n'estait d'or,
Item^ on domsa a disner à tous venants, e% fut le mercredy qu'il fut enterré; et quant îHut enterré et couvert, et que l'évesque de Paris, qui avoit ditte la messe , et son diacre l'abbé de Saint- Denis^ et le sous-diacre l'abbé de Sainct-Crespin, qu'ils orent dit les commendaces des trempasses, ung héraut cria batrtemient que chacun priast pour son ame , et que Dieu voul^ sauver et garder le duc Henry de Lanclastre, roy de Fram^e et d'Angleterre ; et eu criant ce cry, tous les serviteurs du roy trespassé tournèrent ce dessus dessous leurs maces, leurs veines, leurs espées comme ceux qui plus n'estoient officiers.
Item y le duc de Belfort, a^u revenir, fit pcK^ter l'espée du roy de France devant lui cooame régent, dont le peuple mumtisroit fort ; inai& à souffrir à celle fois le convint.
328 JOURNAL (»4»a)
Item y z tel jour proprement, le jour Saiûct- Martin d'y ver, et avecque à telle heure, comme il entra à Paris au revenir de son sacre, au quarante-troisiesme an de son règne fut-il porté enterrer à Saint-Denis le jour Sainct-M artin d'yver^ et disoient aucuns anciens qu'ils avoient veu son père venir du sacre, et vint en estât royal, et en telle manière fut porté enterrer à Sainct-Denis ; et aussi comme on disoit, avoit esté cestuy roy à son sacre ainsi ordonné de souliers d'azur semés de fleurs de lys d'or , vestu d'un manteau de drap d'or vermeil, fourré d'erniines, et comme chascun le pot veoir ; mais plus noble compagnie à son sacre qu'il n'ot àson enterrement; et son père ot aussi plus noble compaignie ou plus à son enterrement qu'à son sacre ; car il fut porté enterrer de ducs et de comtes, et non d'autre gent, qui tous estoient vestus des armes de France ; et y avoit plus de prélats , de chevaliers et d'escuyers de renonwnés , qu'il n'y avoit à accompaigner ce bon roy à ces darrains jours de touttes gens, de quelque estât que ce fust ; et veues les grands lamentacions que le pouvre peuple si débonnaire avoit perdu le pou d'amis qu'ils avoient, et la foison d'ennemis, n'est pas merveilles se ils doubtoient moult la fureur des ennemis, et se ils disoient la lamentation de Jérémie le prophète : Quomado sedet sola civitas ? Et par toujours faisoient iceux ennemis de pis en pis ; et convint en ce temps abattre le ehastel de Beaumont, et fut abattu.
(i4aa) d'un BOUUGEOIS DE PARIS. SsQ
Item , en décembre , les blancs de deux blancs en là première sepmaine furent criés à prendre par tout , un pou devant NoueL
Item y en icelui temps fut démis le prévost de Paris devant nommé , qui avoit esté bailly de Vermandois , et fut esleu ung nommé messire Simon Môrthier, chevalier,
Itemy en icelui temps, le premier jour de Tan , prindrent les Arminaz le pont de Meullent , qui tant cousta que Dieu le scet ; car il leur convint assiéger, et ils se tindrent fort et puissamment ; et coururent jusques à Mante, souvent piller et rober, ou ailleurs, comme accoustume l'avoient.
Item y le dixiesme jour après qu'ils orent prins Meullent, à la commutation du mois de janvier, douziesme jour, fit le plus aspre froit que homme eust veii faire ; car il gela si terriblement , qu'en mains de trois jours, le vinaigre, le verjus geloit dedans les celiers, et pendoient les glaçons es Toutes des caves ; et fut la rivière de Saine, qui grande estoit , toute prinse , et les puits gelés en mains de quatre jours, et d'une telle aspre gelée dix-huict jours entiers ; et si avoit tant négé avant que celle aspre gelée commencast environ ung jour ou deux devant, comme on avoit veu trente ans devant ; et pour l'aspreté de cette gelée, et de la neige, il faisoit si très froit, que personne ne faisoit quelque labour que fouUer, crocer, jouera la pelote ou autres jeux pour soi escbauflPer ; et vrai est qu'elle fut si forte , qu'elle dura, en gla-
33o jourhal (Uta)
coTis en cours y en rues, près de fontaines^ jusques la Nostre-Dame ea mars. Et vray est que les coqs et gelines avoient les crestes gelées )usques à la teste.
Item , en icelui mois de février, furent sarmentés tous ceux de Paris, c*est assavcâr : bourgeois, mesnaigers, charretiers, bergers, yacbers, porchers des abbayes, et les dbambrières, et les moines mesmes, d'estre bons et loyaux au duc de Betfort, frère de feu Henry, roy d'Angleterre, régent de France , de lui obéir en tout et partout , et de nuire de tout leur povoir à Charles, qui se disoit roy de France et à tous ses alliés ou complices. Des ungs de bon cueur le firent, les autres de très malTese voulenté.
Item^ en iceluitemps cuidèrent les Arminaz faire lever le siège qui devant le pont de Meidlent estoit ; mais ils n'osèrent , pour ce que trop pou estoient , et moult doubtoient les communes qui trop les hayoient ; et à bonne cause estoit ; car tous les pires Sarrazins de ce monde ne leur eussent pas fait plus de tyrannie qu'ils faisoient quant ils les prenoient. Et quant ils virent la puissance dudit régent, se lui mandèrent journée de bataille au vendredy, vingt-sixiesme jour de février; et la sepmaine devant celuy jour, ob ne cessoit jour et nuit de prendre gens à Paris que on soupconnoit estre de leur parti , et estoient mis en prinsons.
Item^eu celle sepmaine on fit quatre jours ensuivant processions , et ne fist homme à Paris quel- €[ue labour en ces jours.
{ih^) d'uh bourgeois de paris. 33 1
Item^ quant ce vint à la journée que combattre se dévoient les Arminaz, vint à quatre lieues près ou environ , un comte d'Escosse qui estoil bien accompaigné ; mais il attendoit le secours de Tanguy du Chastel, quiluiavoit promis qu'il le secoureroit; mais il lui joua de son mestier^ dont Gannelon joua à son vivant ; car il n'y vint ne n'y envoya. Quant ce vit le comte d'Escosse qui fut trahy, il se retrait le plus bel qu'il pust pour sauver ses gens et lui vers le pays des Arminaz ; et là ot grant contendon entre lui et Tanguy, et grosses paroles ; par quoi ledit comte se parti de leur compaignie, et s'en alla en son pays. Et ceux de MeuUent qui dedans estoient assiégés, ne se sceurent comment conseiller ; car bien apperçurent que Tanguy, en qui ils se fioient le plus, les avoit trahis. Si se fièrent pou ou demeurant des Arminaz ; car ils n'avoient à manger si pou non ; et bien sçavoient que les communes les hayoient très mortellement, comme ceuxc qui bien l'avoient desservi à eux, comme devant est dit , de leur crilauté et tyrannie. Si n'osèrent attendre plus, ne eux fier en leur fortune ; ains se rendirent, bon gré malgré, à la voulenté du duc de^Betfort, régent, lequel les priât tous à merçy le premier jour de mars, l'an mil quatre cent vingt-deux, pour ce que à grant foison estoient gentilshommes; car ils estoient bien de cent à quatre-vingts cottes d'armes. Si soi pensa que moult appetissoit la puissance des autres, et que la sienne croistroit, dont il fut déceu; car auswtost qu'ils
porent yssir, ik ne tindrent oncques ne foy ou serment qu'ils eussent fait, mais firent pis qu'ils n'avoient fait devant^ dont le peuple fut moult à malle paix ; mais à sou£Prir le convint.
Item^ en avril ensuivant après Pasques^ qui furent le quatriesme jour d'avril, l'an mil quatre cent vingt-trois, fut fait ung grant conseil en la cité d'Amiens de nos signeurs, et là firent mariaiges et alliances de maintenir la guerre contre les Arminaz ; et fut donnée la sœur du duc de Bourgogne au régent de France , et après leursdits mariaiges vindrent à Paris ; c'est assavoir : le duc de Betfort, le comte de Salsebry, le comte de SuflPort et plusieurs autres signeurs d'Angleterre; ne n'y vint quelque signeur de France , se non Anglois , lesquels menoient le plus grant estât de vesture et de joyaulx que on eust ôncques veu de aage d'homme ; ne nul ne s'en remettoit du gouvernementdu royaume que eux.
Item y en celui an furent tous les figuiers, romarins , les treilles de marais , et très grand partie de vignes toutes gelées, et des noyers, de la gelée devant dite, espécialement tout ce qui estoit dehors la terre ; et environ la mi-mai commenq^rent à jetter de terre.
Item y en cel an quatorze cent vingt-trdis , la
seconde sepmaine de juing, allèrent les Anglois
N devant Oursay, qui tant avoit fait de mal en
France , espécialement autour de Paris , de toutes
parts ; caries larrons qui estôient dedans le chastel.
(i4a3) d'un BOUUGEOIS DE PAniS. 533
estoient pires que Sarrazins qui oncques fussent ; n'esl nul qui creust la douleur et la tjrannie qu^ils faisoient souffrir aux chrestiens qu'ils prenoieht ; car premier nulz n'eschappoit d'eux quant ils le prenoient, qu'il ne perdist quant que il avoit, s'ils povoient; et après celle cruelle rançon, quant ils avoientf tout ce que les pouvres gens ou les riches povoient finer , les faisoient-ils aucunes foi^ mourir de faim ou d'autre cruelle mort. Et pour ce, aussi tost que on mistle siège devant , ceux de Paris et des villaiges d'alentour j allèrent de bon cueur; et fut assiégé ledit chastel moult asprement. Moult se deffendirent les larrons qui dedans estoient , car bien ayoient de quoi ; car grant temps avoit qu'ils n'avoient fait que gaigner par roberies; mais leur deffense rien ne leur valut ; car avant huit jours ensuivant ils furent si hôDîteusement prins, qu'ils furent amenés à Paris, chacun ung chevestre (licou) dedens le col bien estroit, ferme , accouplez l'ung à l'autre, comme chiens, venants à pié depuis ledit chastel jusques à Paris ; et estoient environ cinquante, sans les femmes et petits paiges. Item y ceux que on tenoit à gentilhommes venoientuQ pou après les devant diz, et n'avoient point de corde au col ; mais ils tenoient chacun en la dextre main une espée toute nue par le milieu de l'alemelle ou environ, la pointe contre la poî- ^ trine en signe de gens rendus à la voulante du prince ; et furent admenez le jour Saint-Gervais et Saint-Prothais , qui fut celle année au sabmedy. .//^m^tantost après fut faite une grosse taille et
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emprunt qui fiât tant de grief aux pouvres gens , que très grant foison s'en allèrent hors de Paris demourer.
Iteniyldi daraine semaine du moys de jiiUlety fut ordonné par l'évesque de Paris, que nulle femme ne seroit ou cueur du moustier , quand on feroit le divin oflSce , ne nul homme bigame ou sans conronne, ne toucheroit aux reliques ne à quelque chose qui fust sacrée ou béniste , ne serviroit le prestre à l'autel ; mais ce ne dura guères.
Item y en ce temps fut monnoie noire de trois tournois la pièce, que on n'osa faire oncques courir pour ce que cdle de deux tourdois estoit blanche, et celle de trois tournois noii^. IjC peuple en fut ^ mal comptent , qu'il la convint laisser, et si estoit tout assenée.
Itemy^xi ce temps venoient à Paris les loups toutes les nuyts , et en prenoit-on souvent trois o<u quatre à ugne fois ; et estoient portés parmi Paris pendus par les pies de derrière , et leur donnoit-on de l'argent grant foison.
Item y le jour de l'Invention Saint-Etiesne , troisiesme jour M'aoust , fut faitte grant feste à Paris au soir , comme de faire grants feuz , dancer tout ainsi comme à la Saint-Jehan : mais c'estoit moult piteuse chose à penser pourquoi la feste se faisoit; car mieux on deust avoir plouré : car , conwnae on disoit que trois mille ou plus furent morts des Ar* minaz par armes , et quelques deux milles prins, et quelques quinze cents noyés pour eschever la cruelle mort que ceux qui les soivoient leur pro-
(.4^3) I>'lII^ BOURGEOIS DE PABTS. 355
mettoient. Or bien quel dommaige et quelle pitié par toute chrétienté ; car pou d'iceux qui ainsi sont morts , ont petite souvenance de leur créateur à Teure , et ceux qui les occient aussi pou : car le plus n'y vont que pour la convoitise , et non point pour Tamour de leurs signeurs, dont ils se renomment , ne pour l'aniour de Dieu , ne pour charité aucunejdont ilssont tous en péril d'estre honteusement morts au siècle, et les âmes à perdicion. Iterrij qu'aux lieux demoùrez inhabités, comme villes, chasteaux, moustiers, abbayes et autres, hélas ! quantes orphelins on peut en terre chrestienne trouver, et quantes pouvres femmes veufves et chétives par telles occisions! Hélas! se ung chascun de nous regardoit bien se autel (semblable) douleur nousestoit advenue ou promise comme grant douleur et comme grant hayne nous perceroit les cuers de nos ventres , et com grant voulenté nous aurions de en estre vangez ; et tout pour ce nous n'a vous nul regart ou temps qui est à advenir; lequel est moult doubteux tant au regart de cruellç mort par vengeance divine , pour la jcâe que nous avons du mal d'autrui, et de la destruction dont on nous peut tous juger d'homicide ; car on dit que bonne voulenté est réputée pour fait. Et se dit Nostre-Sei^ gneur par la bouche de l'Apôtre : Qui de glaive ferra y de glais^e mourra. Nous faisons semblant , comme fist Galcas, ung devineur de Troyes la grant, lequel alla à son Dieu qui estoit nommé Appollo , par le congé du roy Priam , pour demander les-
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quels seroient vaincus , ou ceux de la grant Troje ou les Grégois; si lui fust respondu qu'en la fin Troie seroit destruite , pourquoi il laissa sa cité et ses amis , et s'en alla par devers les Grégois , et leur dit le response d'Apollo; par quoy ils firent moult grant joye pour celle pour le respons d'Apollo, auquel AppoUo le diable conversoit , qui dit'^à Calcas que les Gregeoys vaincroient : mais il leur cela la très grant douleur qui leur en advint; car tous périrent ; car très pou en eschappa , que tous ne furent occis ou périUiez en mer à leur retour , ne Calcas n'ot oncques puis joye que ung pou , quant il vint avec les Gregeoys; ne oncques puis on se fia en lui. Or véez quelle douleur il en advint aux deux parties pour vouloir avoir vengeance ; car l'écriture tesmoigne que là moururent par glaive et par feu plus de vingt-deux milliers d'hommes, dont très grant partie d'orient demoura veufve et orpheline de toute chevalerie; car pou ou néant en eschappa qui peust rapporter les nouvelles plaines de douleur en son pays. Et pour ce pour l'amour de Dieu ayons pitié de nousmêmes , en craignant la main de notre Sauveur Jésus-Christ ; car nul ne scet que à l'œil lui pend ; car à telle mesure que nous mesurons nous serons mesurés.
Item^\di darraine sepmaine d'aoust vint le duc de Bourgongne à Paris à petit preu (utilité) pour le peuple, caril a voit grant compaignie qui tout dégastoienl aux villaiges d'entour Paris, et les Anglois