Î>'UN BOURGEOIS DE P^UIIS
oants le premier jour de juing quatorze cent quarante-quatre , et sur la mer le vingt-sixiesme jour dudit mois ; et furent publiées cedit mois parmi la France, et en Normandie, et en Bretaigne, et partout le royaume de France.
Item y en cel an fut le Landit qui n'avoit esté puis l'an quatorze cent vingt-six ; et fut fait dedan;s la ville de Saint-Denis. Et fut grant débat entre l'évesque de Paris pour la bénisson et l'abbé Saint- Denis \ car l'abbé disoit la ville estre à soi , de son droit, et que luiappartenoit la bénisson. L'évesque disoit que passé trois cents ans l'a voient fiiite ses devanciers évesques de Paris, et la feroit. Quand l'abbé vit ceci, luifist faire deflPense, sur grosse peine, de faire ladite bénisson; et l'évesque de Paris alla à ung autre costé du marché , et fist faire la bénisson par. ung maistre en théologie nomme maistre Jehan de Lolive , né de la ville de Paris.
Item y le douziesme jour de juillet fut faite procession générale ; et fut celui jour reporté le précieux corps de monsieur saint Cloud en la ville du saint, dont il avoit esté apporté pour les guerres bien avoit seize ans ou environ; et avoit esté à Saint-Simphorien, derrière Saint-Denis de la Chartre celui temps en garde en une châsse ; et le vindrent querre les bonnes gens des villes d'entour Saint-Cloud à procession, en chantant à Dieu des louanges.
Item y le douziesme jour de juillet, l'an quatorze cent quarante-quatre , fut ouverte la porte
MONSTRELET. 7\ XV • — JOURH. d'uK BOURG. DbPaRIS. 0L\
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Sainl-Martin , qui n'avoit esté mais ouverte puis le mois d'aousl quatorze cent vingt-neuf, que la Pucelle vint devant Paris, le jourdela Nostre-Dame en septembre ensuivant, qu'on feist premier la feste Saint-Laurent en la grant cour de Saint-Martin.
Item y à l'entrée de juillet , vint une grant compaignie de larrons et murdriers qui se logèrent es villaiges qui sont autour de Paris, et tellement que jusque» à six ou environ huit lieues de Paris , homme n'osoit aller aux champs , ne venir à Paris, ne n'osoit cueillir aux champs quelque chose que ce fust ; car nulle voiture n'estoit d'eux prinse , qu'elle ne fust rançonnée à huit ou dix francs: ne nulle beste prinse, fust asne, vache ou pourcel, qui ne fust plus rançonné qu'il ne valoit ; ne homme de quelque estât qu'il fust , fust mojoe , prestre ne religieux de quelque ordre, fust nonain, fust ménestrel , fust héraut, fust femme ou enfant de quelque âge, que s'il yssoit dehors Paris, qui ne fust en grand péril de sa vie. Mais se on ne lui ostoit sa vie, il estoit dépouillé tout nu, tous sans ung seul excepter, de quelque estât qu'il fust ; et quant on s'en plaignoit aux gouverneurs de Paris, ils respondoient : « Il faut qu'ils vivent, le roj j » mettra bref remède » • Et de cette compagnie , estoient principalement Pierre Regnault , Floquart , TExtrac et plusieurs autres, tous membres d'A.ntechrist , car tous estoient larrons et murdriers , boutefeux , efforceurs de toutes femmes et leur compaignie.
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Item y en celui an, le roy alla en Lorraine, et le dalphin son filx en Allemagne , guerrover ceux qui rien ne leur demandoient. Ces males-^ gents devant dites, qui tant faisoient de maux; que le roy contraint et tous ses gouverneurs ; et tellement mangèrent le peuple, que nul bien ne lui povoit venir, ou que il fust, car il laissoit son royaume, quiestoit tout meslé d'Angloys qui fournissoient et inforçoient leurs chasteaux, et ils alloient lui et son fils en estranges terres , où ils n'avoient rien à despendre ; et gastoient ses gens la finance de son royaume. Et en tonne foi , ils ne faisoient en dix ou en douze ans , ne pour eux ne pour autre quelque chose que ce fust pour le bien du royaume , qu'ils ne deussent avoir fait en trois ou en quatre mois.
Item y le quatriesme jour de sej^embre cessèrent les sermons jusques au treiziesme jour de mars , qui fut dimanche devant Ramis palmanan j et fut fait à Saint-Magloire. La cause fut pour ce qu'on fist une grosse taille ou on vouloit asservir les supposts de l'université de Paris. Si alla le rec^ leur pour deffendre et garder les libertés et franchises de ladite université, parler aux esleuz. Si y ot aucuns desdits esleuz qui mirent la main au recteur, parquoiles sermons cessèrent. En cellui temps fut apporté le circoncis de Nostre- Seigneur à Paris ; et ceux qui l'apportèrent, disoienl que le roy et le dalphin et Charles d'Anjou avoient impétré lettres à nostre Saint-Père le pape Eugène,
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que tous ceux quiprendroienl une lettre qu'il baîlleroit, qu'ils seroient absous de peine et de coulpe à Tearedela mort,* mais qu'ils feussent vrais confées etrepentantsçet très chiercoustoit une telle lettre ; car les riches en païoient quarante sols parisis ; et les moyens trente-deux ou vingt sols parisis, et les pouvres à la value ; et tauxoient ces lettres à journées d'ung ouvrier deux sols pour jour, le riche à vingt ou à trente journées^ les mains riches à mains; et disoient que Tévesque de Paris leur avoit octroyé à ce faire en sa diocèse. Par quoi le peuple print par dévocion plus de cinq cents de ces lettres, et aussi pour la réparacion de Nostre Dame deCoulombes, qui avoit esté détruite par les guerres; et quant ils eurent emporté la sainte reÛque, révesque de Paris fist commandement par toutes les paroisses de Paris que tous ceux qui avoient cesdites lettres les lui portassent, sur peine d'excommunié ; et plusieurs de ceux qui les avoient prinses pour paour d'encourir en celle sentence , les lui portèrent; et pour paour d'estre en indignacion du prélat et aussi de maleisson pour bénédiction; et quant ils les portoient on lespendoit à ung crochet en son estude. Et n'en fist-on plus pour celle heure jusques à une autre fois qu'on les devoit visiter plus à loisir; et ceux qui les avoient portées ne les porent avoir pour celle , dont moult furent troublés.
Item y après fut apportée la châsse Saint-Sébastien , et fut par les paroisses comme celle de
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devant ; et tous ceux qui se mirent dans la confrairie dudit sainct payoient chascun huit deniers.
Item y le jour de l'Ascension, qui fut le jour Saint-Jehan en mai, et le lendemain, gela à glace; par laquelle gelée les vignes furent gelées ; par quoi le vin enchérit si fort , que le vin que on donnoit par-devant à deux deniers fust tantost mis à six deniers parisis.
Item y en celle sepmaine, fut apportée à Faris la châsse Saint-Quentin, et fut portée par les églises de Paris ; et ceux qui le conduisoient faisoient ]>endre un grant fléau , comme il est au poids du roy, et là faisoient peser hommes et femmes; et eux estants en la balance, on les tiroit tant qu'ils perdoient terre; et en ce faisant, onnommoitsur eux plusieurs saincts ou sainctes, et après ils se racheptoient de blé ou d'argent, ou de ce qu'ils vouloient; et moult firent grant cuillette d'argent H Paris iceux questeurs de pardons en iceluL temps.
Item y le mercredi de la festë de la Penthecoste, chut le tonnerre en l'église de Nostre-Dame de Liesse^ environ six heures au matin; et tua dedans l'église de Nostre-Dame quatre hommes, et affola (estropia) bien vingt-huit ou trente personnes de leurs membres, et aucuns de leurs sens; et leva du pavement les quarreaux et barreaux de fer.
Item y\e deuxiesme jourd'aoust, fut faite une procession générale de toutes les paroisses de Paris à Nostre - Dame , et de Nostre - Dame allèrent à.
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Nostre- Dame -des -Champs par grand dévocioci : car vrai est que grand temps avoit que ung naoine de Saint-Denis pn France , pour le temps que les Anglois gouvernoient le royaume , print le cloud et la couronne à Saint-Denis , à celle fin que les Anglois neTostassent de ladite abbaye, et l'emportassent ^n leurs pays. Ledit moine print ces deux précieux joyaux et les porta honorablement à Bourges en Berry , où estoit a^loncques le roy de France Charles septiesme de ce nom. Et le premier jour d'aoust furent apportées par le vouloir du 3roy et des seigneurs du sang royal, et par le pourçhas de Tabbé Saint-Denis en France, nommé Gamaches par seurnom , à Nostre-Dame-des-Champs ; et le lundi deuxiesme jour d'aoust, mil quatre cent qua-r rante-quatre , furent apportées à Saint-Magloire par très honorables processions, à grand luminaire; fît là furent celle journée jusques à lendepiain, qui fut le jour de Tlnvenlion de Saint-Etienne , troisiesme jour dudit mois. Et ce jour vindrent à Paris l'abbé de Saint rDenis , et tout le couvent, revestus de chappes de drap d'or ou de soie , et avec ^eux toutes les paroles à bannières et à croix ^ et à très gr^d foisoja peuple ; et à très grand foison torches allumées vindrent à Saint-Magloire celui jour ; et là fut dit une messe très solempnelle, et après congé à l'abfcé et à tout son couvent , lequel les convoya jusques hors de Paris, vestu et tout aoarné cojgnme évesque , et tout son couvent revestu de cti^ppes ; et avec ces saintes reliques alla tant de
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peuple de Paris, que a peine seroit cru , qui ne Tauroi t point veu.
Item y le lundi seiziesme jour d'aoust-, trespassa en la ville de Chaslons , la femme du dauphin de France, nommée Marguerite, fille du roy d'Ecosse; et en celui temps fut fait chancelier de France , le frère à l'archidiacre de Paris et arcevesque deRains, tousdeux enffentsde feu maistre Jacques Jouvenel.
Item y la seconde sepmaine d'octobre, la vigille des octaves de Saint-Denis, fut ouverte la porte de Montmartre, à ung vendredi.
Item y le roy ne nuls des seigneurs de France n'alloientne venoient à Paris; et tout temps faisoiton grosses tailles, sans ce que on fist aucun bien pour le commun ; et toujours s'enforçoient les Anglois, et avitailloient leurs forteresses^ et nefaisoient ne trêves, ne paix; et ne challoit au roy comment tout en allast que de chevaulcher de pays en autre, toujours bien accompaigné de vingt mille ou plus de larrons , qui tout son pays mettoient à destruction.
Item y encel an fut la plus terrible maladie de la verroUe depuis la mi-àoust jusques après la Saint- Andry, que on eust oncques veue, espécialement sur petits en jffents : car en la ville de Paris, on eust vu durant celui temps plus de six milliers; et moult en mourut de cette maladie; et mouroient depuis qu'ils estoient guéris de cette vérolle mauldite ; et moult en furent malades plusieurs hommes et femmes de tous âges , espécialment à Paris.
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Item , en celoi temps vint ung jeune cordelier à Paris , de la nation de Troyes en Champagne, on d'environ , petit homme , très doux regard, avoit; et fut nommé Jehan Crète, âgé de vingt et ung ans ou environ ; lequel fut tenu à ung des meilleurs prescheurs qui oncques eust esté à Paris depuis cent ans, car vraiement on ne vit oncques homme lire plustost qu'il disoit son sermon , et sembloit proprement qu'il sceust tout le vieil testament et le nouvel, et toute la légende dorée et tous les anciens livres de toutes nations du monde; et oncques on ne le vit faillir de revenir à son propos , et par tout où il preschoit , le moustier estoit tout plein de gens.
Iterriyïi se départit deParis environ huit joursavant Noël, et alla prescher ou royaume d'Angleterre.
Item , le vingt-quatriesme jour de février, l'an mil quatre cent quarante-quatre, fut dédiée l'église des Innocents par révérend père en Dieu l'évesque de Paris , nommé messire Denys des Moulins.
Itemy le premier lundi de mars ensuivant , furent renouvellées les trèvies du premier jour d'avril jusques au premier jour d'avril de l'année ensuivant, et fut crié par les carrefours de Paris.
Item y à un mardi, douziesme jour d'avril l'an mil quatre cent quarante-cinq , en la sepmaine peneuse , entre la mi-nuit et prime du jour, gela si très fort, xjue toutes les vignes furent toutes perdues et tous les noyers cuits de la gelée; et après vint tant de hannetons et de chanilles et d'autre
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orde vermine, que toute celle année n'y ot ne vin , ne verjus , ne fruit par toute la France ; et fut le dix-septiesme jour de la lune de mars ; et furent Pasques le dix-septiesme jour d'avril, en cel an mil quatre cent cpiarante-six. '
Item y en celui an vint ung jeune homme qui n'avoit quev ingt ans ou environ , qui sçavoit tous les sept arts libéraux, par le tesmoing de tous les clercs de l'université de Paris ; et si sçavoit jouer de tous instruments, chanter et deschanter mieux que nul autre , peindre et enluminer mieux que oncques on sceust à Paris ne ailleurs,
Iterriy en fait de guerre, nul plus appert; et jouait' d'une espée à deux mains si merveilleusement, que nul ne s'y comparast : car quant il véoit son ennemi il ne failloit point à saillir sur lui vingt ou vingt-quatre pas à ung saut.
Item, il est maistre en arts, maistre en médecine, docteur en décret, docteur en théologie; et vraiement il a disputé à nous au collège de Navarre^ qui estions plus de cinquante des plus parfaits clercs de l'Université de Paris, et plus de trois mille autres clercs ; et a si haultement bien respondu à touttes les questions qu'on lui a faites , que c'est une droile merveille à croire qui ne l'auroit vu.
Item y il parle latin trop subtil, grec, ébreu, caldaïque^ arabique, et tous autres langaiges.
Item y il est chevalier en armes ; et vraiement
I . On retrouve souvent dans les anciens ouvrages l'imparfait écrit ainsi.
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se ung homme povoit vivre ceot ans sans boire , sans manger el sans dormir , il ne auroit pas les sciences qu'il scet toultes par cueur aprinses ; et pour certain il nous fist très grant fréour ; car il scet plus que ne puet scavoir nature humaine ; car il reprent tous les quatre docteurs de la sainte église. Bref, c'est de sa sapience la nompareille chose du monde. Et nous avons en l'escriture que Ante-Christ sera engendré en advantive de père chrestian , et de mère juifve , qui se feindra chrétienne, et chascun cuidera qu'elle le soit ; il sera né de par le Diable en temps de toqttes guerres , et quetoutles jeunes gens seront déguisez d'abit, tant femmes que hommes , tant par orgueil comme par luxure, et sera grant haine contre les grants signeurs , pource qu'ils seront très crueux au menu peuple.
Item , toutte sa science sera de par le Diable, et il cuidera qu'elle soit de par sa nature ; il sera chrestien jusques à vingt-huit ans de son aage ; et visitera en cellui temps les grands sigiieurs du monde , pour monatrer sa grant sa pience et pour avoir grant renommée d'iceux ; au vingt-huitiesme an viendra de Jérusalem , et quant les Juifs incrédules verront sa grant sapience , ils croiront en lui et diront que c'est Messias qui promis leur estoit, et l'adoureront comme Dieu ; adpncques envoira ses disciples par le monde, et God et Magod le suivront , et régnera par trois ans et demi ; à trentedeux ans les diables l'emporteront , et adoncq les
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Juifs qui auront été cleceups , ils se convertiront à la foy chrestienne ; et après vendront Hénoch et Elie ; et après sera tout chrestien et sera l'Evangile dusainct qui dit : ]Et fietunum ovile , et anus pastoPy adoncq approuvée ; et le sang de ceux qu'il aura fait tourmenter, pour ce qu^iis ne vauldrent adourer , criera à Dieu vengeance ; et adoncq vendra Saint- Michel, qui le trébuchera lui et tousses ministres ou prio^on , puis d'enfer. Ainsi comme devant est dit , le racontèrent les devantdiz docteurs de cellui homme devant dit, lequel est venu d'Ëspaigne en France ; et pour vrai , selon Danjel et l'Apocalypse, Ante^Crist doit naistre en Babylone , en Caldée.
Item y en cellui an mil quatre cent quarantesix , fut le mois de mai le plus froit et le plus pluvieux que on eust oncques vu d'aage d'homme vivant ; car oncques jour ne fust qu'il ne gelast ou que il ne pleust ; et fut avant la feste de la Trinité, qui fut le douzième jour de juing, que le temps se eschauffa. '
Item , la sepmaine devant l'Ascension , fut crié parmi Paris que les ribauldes ne porteroient plus de sainctures d'argent , ne de collets renversez , ne pennes de gris en leurs robes , ne de menu ver , et qu'ils allassent demourer es bordeaux ordonnez, comme ijs estoient au tenaps passé.
Item y la vigille de l'Ascension fut enterré le prévost de Paris, nommé AmbroysLore, l^aron de Juille, aimant le biçn commun plus que nul pré-
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TosI que devant loi eost esté puis quarante ans ; car il aroit nne des femmes qu'on peost voir en tout Paris , la {dus belle et honeste, eft fille de nobles gentils gens de grant ancienneté ; et si estok si loxorieux, qu'on disoit pour rrai qu'il avoit trois ou quatre conculnnes qui estoient drmtes conminnés; et supportoit partout les femmes folieuses, dont trop aToit àf Paris par sa lasdieté; et acquist une très mauvaise renommée de tout le peuple ; car à peine povoil-on avoir droit des fiches femmes de Paris, tant les supportoit, et leurs maquerelles.
Item, après son trespassement, le septiesine jour d'aoust, on ordonna pour eslre prévost de Paris j Jehan d'Estouteville, chevalier, conseiller et chambellan du roj nostre sire, mil quatre cent quarantesix, au jourdevantdit, courant le dimenche par V.
Item y le troiziesme jour de septembre ensuivant, fut crié à trompes parmi Paris qu'on portast i Pontoise tous vivres, pour la solempnité de la feste de la Nativité de la Vierge Marie , qui fut le jeudi ensuivant , pour cause de certains pardons et indulgences que nostre sire le roj, et monsieur le dalphin, et monsieur de Bourgogne avoient impétrez par-devant nostre Saint-Père le pape Eugène: c'est assavoir pour l'église Nostre-Dame de Pontcôse, qui moult estoit empirée par les guerres et par les longs sièges qui devant avoient esté par plusieurs fois , tant d'Anglois comme de François.
Item y ledit pardon commença à douze heure de nuit , la vigille de la Nativité de Nostre-Dame , et
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dura jasques à minuit de la journée d'icelle feste, qui sont vingt-quatre heures ; et fut dit plain pardon comme il est à Rome ; mais cellui de Rome dure plus longuement; et fault estre vrai confes et repentants.
Item^ celle année mil quatre cent quarante-six , fut le vin si cher, que on ne avoit point de vin qui vaulsist rien qui ne coustast dix ou douze deniers parisis la pinte; et fust si pou de vin, que on n'avoit point le sextier qui ne coustast du moins seize blancs ; et si peu de noix, que le cent en coustoit quatre blancs, que on avoit l'année précédente pour deux deniers parisis ou pour deux tournois.
Item y celle année , vint à Paris par eaue et à charroy, que on avoit le quarteron pour six deniers parisis, les plus grosses poires d'angoisses, ou pour deux blancs au plus ; et si estoient de si bonne garde , qu'elles n'empirèrent point jusques à la my-mars. Et de vray , les tas en estoient es halles de Paris comme je vys oncques de charbon à la croix de Grève, non pas ung tant seulement, mais six ou sept tas sans garde; et des pommes autant ou plus qui furent apportées du pays de Languedog, de Normandie et de plusieurs autres pays.
Item y celle année, fut né ung fils de la royne de France, le jour des Innocents^ après Noël, qui furent cette année le mercredy ; et fut né à ung chaslel nommé le Motis, enTouraine; et fut nommé Charles, ducdeBerry.
Item , celui an , fut le grand pardon au mont
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Saint-Michel , par deux fois ; c'est à sçavoir en may l'an mil quatre cent quarante-six, et en septembre ensuivant oudit an.
Item yen may mil quatre cent quarante-sept, le dimanche , dix-huictiesme jour , landemain de Saint-Jehan Porte-Latin.
Item y le dimanche ensuivant, qui fut le quatorziesme jour de may mil quatre cent quarante-sept, fut faite procession de nostre mère l'Université à Nostre-Dame de Paris, qu'on priast pour feu pape Eugène , qui trespassa le troisiesme jour de février, le jour Saint-Biaise.
Item y fut institué après lui pape Nicolas, cinquiesme du nom; et toujours estoit pape FeKx, duc des Savoysiens, en sa voulenté première; c'est à sçavoir, de vouloir estre pape sans vouloir aucunement soi condescendre que à sa voulenté ; et disoit que le saint concile de Basle l'avoit ordonné sans nulle prière qu'il en fist aucunement , et pour pape se tenoit.
Item y en celui temps, estoit le vin à Paris si cher, et ne buvoit le pouvre peuple que sarvoise (bière) , ou hochet, ou bière, ou cidre, ou peré ou tels manières de breuvages , et en ce temps, environ la my-may, arriva tant de vins en la ville Saint-Denys en France pour le Landil, qui devoiï estre le mois ensuivant, que furent prisiez à douze mille queues et environ sept cents muys, que de Bourgogne que de France ; et après le Landit , en fut tant ramené à Paris, qu'on avoit aussi bon vin pour quatre dou-
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bles ou pour six deniers, qu'on avoit devant pour douze doubles ; et bientost après ot-on très bon vin pour quatre deniers pinte.
Item y ou mois de septembre mil quatre cent quarante - sept , trespassa de ce siècle révérend père en Dieu monsieur Tévesque de Paris , le quinziesme jour de septembre , nommé monsieur De nys des Moulins , patriarche d'Antioche, arcevesque de Thouloze ; et fut enterré à Nostre-Dame de Paris.
Item, le jour Saint-Nicolas, en décembre, fut fait par élection évesque de Paris messire Guillaume Charetier, homme de très bonne renommée, et estoit chanoine de Nostre-Dame de Paris.
Ttemy en celui temps fut décollé maistre Pierre Mariette, pour le contans (débat) qull avoit mis entre le dalphin et le duc de Bourgongne , par sa grant mauvaise tié et desloyauté ettrajson.
Item y le douxiesme jour d'avril mil quatre cent quarante-huit, fut confirmé abbé de Saint- Magloire frère Jehan Jamelin, lequel avoit esté tout nourrj en ladite abbaje, né de la cité de Paris; et le sacra et béney l'évesque de Meaulx, lequel avoit esté moine de Saint-Magloire ; et estoit avec ce abbé de Saint-Mor et prieur de Saint- Eloy de devant le palais; et fut à sa béneisson l'abbé de Saint-Denys, l'abbé de Saint-Germaindes-Prez, l'abbé de Saint- Victor, l'abbé de Sainte - Geneviève.
Item y la darraine sepmaine d'avril vint à Paris
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une damoiselle 9 laquelle on disoit estre aimée publiquement au roy de France, sans foi et sans loi, et sans vérité à la bonne royne qu'il avoit espousée ; et bien y apparoist qu'elle menoit aussi grant estât comme une comtesse ou duchesse; et alloit et venoit Wen souvent avecques la bonne royne de France , sans ce qu'elle eust point honte de son péché. Dont la royne avoit moult de douleur à son cueur ; mais à souffrir lui convenoit pour lors. Et le roy, pour plus monstrer et manifester son grant péchié et sa grant honte et d'elle aussi, lui donna le chastel de Beauté , le plus bel chastel et joli, et le mieux assis qui fust en toute l'Ile-de-France. Et se nommoit et faisoit nommer la Belle Agnez; et pource que le peuple de Paris ne lui fist une telle révérence comme son grant orgueil demandoit, que elle ne pot celler, elle dist au départir que ce n'estoient que villains , et que se elle eust cuidé que on ne lui eust fait plus grand honneur qu'on ne lui fist, elle n'y eust jà entré ne mis le pié , qui eust été dommaige; mais il eust esté petit. Ainsi s'en alla la belle Agnez , le dixiesme jour de may ensuivant, à son péché comme devant. Hélas ! quelle pitié, quant le chef du royaume donne si malle exemple à son peuple; car s'ils font ainsi ou pis, ils n'en oseroient parler; car on dit en ung proverbe: Selon signeur mesme duyte ; comme nous avons d'une dame 'royne de Babylone, nommée Sémiramis, qui fut une des neuf preuses, qui fist de son propre fils son ami ou son ribault ; et quant
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elle vit que son peuple en murmuroit , elle fist crier publiquement par tout son royaume, que qui vouldroit prendre sa mère, sa fille ou sa sœur par ïnariaige , ou par fol amour ou autrement, qu'elle*en donnoit à tout son peuple , quel qu'il fust , licence et povoir de ce faire, et le commandoit; dont il vint moult de maux oudit royaume de Galdée ; car les hommes efForcoient les femmes et les filles, dont maint homicide fut fait depuis cette loi que Sémiramis fist pour couvrir sa grant luxure ; car quant ung si grant signeur ou dame fait publique-^ ment grands pèches , les chevaliers et son peuple en est plus hardy à pécher.
Item y en celui an fust si bon marché de pain et de vin , que ung homme laboureur avoit assez de pain pour deux tourncôs à vivre pour ung jour; très bon vin pour tout homme pour deux deniers parisis la pinte , blanc et vermeil ; à la Sainct Jehan , le quarteron d*œufs pour huit deniers parisis ; un très grant fromaige pour six deniers; la livre de bon beurre pour huit deniers parisis.
Item y à un dimenche , courant par F celui an , le jour de la Madelaine, fust sacré et béni Tévesque de Paris, en Tabbaye de Sainct-Victor -lez-Paris; et celui jour fust faite une procession à Sainct- Germain TAuxerrois ; et là fust ordonné qu'on iroit rachepter des chrestiens qui estoient es mains du soldan , auxquels od faisoit souffrir moult des martyres ; et le deuxiesme ou troisiesme jour après ce , partirent de Paris aucuns frères de Sainct-
WOMSTRELEr. 7*.^^. — JoUBM. d'oN BOURG. DE PARlS. 35
Mathurin el autres, pour aller audit voya^ piteux.
hertty le dimenche ensuivant , quatriesme jour d'aoust , fu^ receu ledit éyesque à Noslre-Dame de Paris ; et partist de Sainct-Victor sur ung cheval blanc , et vint à Saincte-Geneviève , et de là fust porté à Nostre-Dame de Paris à très grant honneur.
Item y celle année iust la rivière de Saine si petite , que , à la Toussainct , cai venoit de la place Maubert tout droit à Nostre-Dame de Paris, à Taide de quatre petites pierres, et hommes et femmes el petits enffents, sans mouiller leurs pies , et devant les Augustins , jusques au pont Sainct-Michel, en quatre ou en cinq lieux, en telle manière, pour venir au pallays du roy par la porte de derrière.
Item y celui an feurent commandées à Tester les Testes de madame saincte Geneviève, comme le jour du dimenche, par Tévesque de Paris devant nommé, et la feste de madame saincte Katherine, lesquelles on festoit devant , aux us et coustumes.
Item y monsieur de Paris dessusdit fist une belle prédication aux Innocentsle jeudi absolu, et donna absolucion à tonts les trespassés , qui, par faute d'amis ou de pécune, ou par mauvais procureurs, avoient esté au estoient nommés es églises , excommuniés par négligence ou autrement , f usques à trente jours. Et en iceluy temps le bon preudhomme visita les registres , et y mit très bonne ordonnance contre ceux de la cour d'église, qui
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ainsi tost faisoient excommùDieruoe personne, fust tort ou droit , et le dimenche qu'on dit nûserlcovdia Dominiy fist dire vigiles et les comoiandassions landemain, et messe très solempneile par toutes les paroisses de Paris ^ et. aux Innocents^deux fois la procession.
Iterrij en ce temps fieurent prinscaymans ( mendiants), larrons etmeurdriers; lesquels^ par gehaine ou autrement, confessèrent avoir emblé enffents , à Tung avoir crevé les yeux, et à autres avoir coppe les jambes , aux autres les pies et aux autres maux assez et trop ; et estoient femmes avec les meurdriers pour mieux décevoir les përes et les mères et les enffents ; et demouroient comme logés es hostels trois ou quatre jours ^ et quant ils véoient leur point en plain marche, pays ou ailleurs, ils embloient ainsi les enffânts, et les martyroient comme devant est dit.. En ce temps, en la fin de mars mil quatre cent quarante-huit , feurent au* cuns prins, qui encusèrent touts les autres. Et de ces caymants feurent pendus ung homme et une femme , le mercredi vingt-troisiesme jour d'avril emprèsle moulin au vent, ou chemin de Sainct- Denisen France, mil quatre cent quarante-neuf. Aticuns desdits caymants qui estoient de la compaignie d'iceux devantdits, feurent mis en prison ; car on disoit qu'ils avoient fait ung roy et une royne par leur dérision, et prouvé contre eux qu'ils avoient, à petits enffents qu'ils avoientemblés es villaiges ou ailleurs , coppé les jambes , crevé
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les yeux; et assez et trop de tels meurdres fait où Ûs repairoient ; et estoient très grants compaignies de tels larrons à Paris et ailleurs.
Item y lequatorziesme jourd^aml mil quatre cent quarante-neuf, feurent à ung mercredi publiées unes lettr^sque pape Nicolas estoit paisiblement demouré en la papalité, du bon gré de Félix, duc de Savoye ; et ledit Félix , par l'ordonnance du conseil , fust ordonné cardinal et légat.
Item y le jeudi ensuivant , cinquiesme jour dudit mois, fust faite grant joye à Paris pour lesdites nouvelles, et flst-on les feux parmi les rues, comme on fait à la Sainct- Jehan.
Item y le vendredi ensuivant, fist-on procession générale à Sainct-Victor à Paris ; et ne fist-on rien à Paris ne que au dimenche.
Item y en celui temps estoit si grant marché d'oeufs , qu'on avoit à l'Ascension ung quarteron pour six deniers parisis , un fromaige pour quatre ou cinq deniers, et bon vin, deux doubles, et ung pain, pour vivre ung homme, pour ung bon double, dont les trois valloient quatre deniers parisis ; mais de poires ne de pommes ne feurent nulles celle année ; çt si feurent les hannetons à grant puissance, qui moult firent de maux. '
Item y en celui mois de may fust gaigné sur les Angloys le Pont-de-l' Arche ; et le mardi, vingtseptiesme jour de may , feurent faites processions générales au Palais du roy en la Saincte-Ghappelle; et là feurent monstres la précieuse couronne, de
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quoi Nostre-Seigneur Dieu fust couronné , et le fer ^e la lance et ung des doux dont il fust percé , et autres clignes reliques largement, qui n'a voient esté monstrées au peuple, puis la prinse de Pontoise, qui fust Tan mil quatre cent-un.
Item y le trentiesme jour de may , fist ung terrible tonnerre environ quatre heures après disner, qui descouvry tout le clochier des Augustins d'un costé et d'autre , rompy gros chevrons , et rompy le bras à un crucifix sur l'autel , et abbalty de la couverture du moustier grant partie.
Item , en celui temps , on a voit bon blé froment pour huit 'sols et pour moins , et bon blé seigle , pour quinze ou seize blancs , mais on gaignoit pou.
Itemy en celui an, environ la Sainct-Jehan , fust prins le Pont-de-l'Arche , et environ la my-aoust fust prins Manie, Vernon, et plusieurs villes et chasteaux que les Anglois tenoient en Normandie. En cel an fust le grand pardon général en la cité ' d'Evreux ; et y vint le roy de France sans venir ne lui ne la royne en la bonne cité de Paris.
Item^ en cel an fust faite une procession bien' piteuse, le treiziesme jour d'octobre, des enffents de quatre ordres mendiants, et de toutes les escolles de Paris, de valetons et de pucelles; et feurent nombres à douze mille cinq cents enflPents et plus ; et touts vindrent aux Innocents , en la grant rue Sainct-Denis ; et là fust chanté une messe ; et là fust moult bien honorablement prins l'un des
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Saincts-Innocents , et porté par deux dévotes personnes à Nostre-Dame de Paris, et les enffents après, touts portants cierge ou chandelle de cire en sa main ; et fust faite une moult belle prédication par un maistre en théologie ; et au revenir près de leurs églises, commencèrent //w^/o/ato^jusques dedans l'église , et disoient une antienne du sainct ou saincte de Téglise et une oraison.
Item y le dimenche dix-neuviesme jour d'octobre, entra le roy en la ville de Roiien; par la voulenté du commun et malgré les Anglois; et le lundi ensuivant on sonna par touts les moustiers de Paris ; et lendemain fist-on des feux pour la joye de l'entrée do ladite ville, qui fust faite sans sang espandre ; et se bouttèrent les Anglois dedens le pallajs qu'ils avoient fait faire , que mestier leur fust ; car le commun de la ville moult pou les avoit chers, pource que trop de mal leur avoient fait ou temps qu'ils signourisoient.
Item^ le jour Sainct-Simon et Sainct-Jude fust faite la plus belle procession à Sainct-Martin-des- Champs , qu'on eust vu puis cent ans devant ; car ceux de Noslre-Dame^ accompaignés de toute l'Université et de toutes les paroisses de Paris, allèrent querrele précieux corps de Nostre-Seigneur à Sainct-Jehan en Grève , accompaignés de bien cinquante mille personnes , tant du parlement que d'autres; et parmi les rues où ils passèrent, les feirent encourtiner comme le jour du Sainct-Sa-
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crement ; et lust fait en la graot rue Sainct-Marlin, devant la fontaine Maubrie, ou près.ung moult bel eschaffault où on fist une très belle bi|toire de paix et de guerre , qui longue chose scroit à raconter, que pour ce on délaissera.
FIH Dr JOl'RlIàL D DN BOURGEOIS OE PARIS, ET DU QUINZIEME VOLUME DES CHRONIQUES DE MONSTRELET. '