‹ Chroniques d'Enguerrand de MonstreletChapitre 9 sur 54 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

: De la batwUe on tefiedatre qui fînt fiât sur le Mont-le-Hëry .

IjB roy de Franche et son ost estant en bataille sur le MontJe-Héry, et voyant au-dessoubs du moût^ en îâ vallée, en tirant vers Paris, le comte de Charollois et son ost mis en ordonnance , qui les attendoit de pied, qu'on fust par l'espace de quatre heures ou plus en bataille sans Tassaillir , combien qu'ils fuissent à ung traict d'arcque près Tung de l'autre , durant lequel temps le comte de Charollois faisoit jetler ses engins sur les gens du roy , et en tuèrent plusieurs ; mais pour ce que le roy ne les siens ne descendirent , ne feirent manière d'assaillir , ains faisoit aussi jetter ses engins à poudre pareillement es gens du comte , desquels il n'avoit pas tant que le comte , car touts n'estoient pas encoires venus, et quant touts euissent esté venus qu'il faisoit venir , si n'en avoit-il guères au regard de ceux du comte. Durant ce temps, plusieurs des gens du roy commenchèrent à touppier (roder) autour del'ost du comte, comme pourl'advironner, ou pour lui donner le soleil en l'œuil. Ce appercevant le comte et ses gens, si prindrent les capitaines conseil ensemble; et combien cpie le comte n'estoit point venu pour combattre le roy, doublant

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que ceux de Paris ne fuissent advertis que le roy estpit illecq, et ne venissent à grosse puissance en son aide , et ne fuissent assaillis d'ung lez du roy, et de l'autre de ceux de Paris, conclurent de marcher avant^ et issir de leur fort , et assaillir le roy et sa puissance. Lors commanda le comte de Cha* rollois de marcher avant ; et se partirent en deux aisles , Tune vers le bois , Tautre du costé du villaige , et la bataille au front emprès le càrroi , ayant les bois a^ dos ; et combien que on ne sçait bonnement qui premier assaillit dès trois batailles, au commenchier, la bataille fust bouttée au villaige, pour empescher que les Franchoîs ne descendissent par le villaige du Motit-le-Héry . Lors se comméncha la bataille en laquelle , de la première empaihcte (attaquer), plusieurs d'tin^ costé et d'autre se meirenten fuite. Du costé du comte deCharoUois s'enffuirent le-tiers de ses gens ou plus, entre lesquels s'enffuirent le seigneur d'Emeries, son premier chambellan, lequel avoit cent lanches d'ordonnance, le seigneur de Haplincourt, qui portoit le penon des archiers du comte de Sainct-Pol , le seigneur de Rabodenghues, et autres sans nombre, touts lesquels s'enffuirent au pont Sainct-Cloud , réservé le seigneur de Rabodenghues , qui n'alla point plus de deux lieues loing qu'il ne retourna , et avecq lui quatre mille combattants, mais ce fust après que ung hérault lui vint dire que le comte de Charoliois se cômbattoit éncoires, et qu'il avoit gagné la bataille. Du costé du roy print la villainç

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fuite le comte du Maisue^ frère du roy de Gecile, onde du roy; le seigneur de Montauban, admirai de Franche , le capitaine des archiers du roy, et autres sans nombre, et jusques au nombre de huict cents lanches ou plus , qui touts tournèrent vers Estampes, sans nuls d'eux retourner d'ung costé et d'autre. Tous les chemins estoient couverts de bagues, comme malles , bougés , vaisselles , joyaux , harnats, chevaux qui laissèrent cheoir les fuyants , et nuls d'eux n'avoient loisir de recoueillir, de poeur qu'ils avoient , car d'ung costé et d'autre, il sembloit que les ennemis fuissent à leurs talions, et si ne les suivoit-on pas. Et combien que d'ung costé ou d'autre y oit moult de fuyants , toutesfois s'assemblèrent lesdits deux osts ensemble, et se commencha la bataille cruelle et horrible de ceux qui estoient demourez ; et là oh mainte bataille faite d'ung costé et d'autre. Le comte de Gharollois entre les autres s'y porta valliamment, et donnoit courage à ses gens , en disant : « Or, avant , » mes amis, deflPendez vostre prince, et ne le laissiés » en dafigier, je ne vous laisserai jusques à la mort; » voyez moi chi pour vivre et mourir avecq vous. » Par sa valliance, non doublant son corps, se frappoit partout tellement qu'il fust bleschié d'un coup d'espée ; et lui cuida-t-on copper la gorge ; mais pour ce ne laissa, tout bleschié, de se frapper en la bataille, et à donner couraige à ses gens. Par sa valliance et paroUes , donna tel couraige à tant peu de gens qui lui estoient demourés, que chacun

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se boutta hardi comme ud lion, si qu'ils rebouttèrent les gens du roy , et fust Tavant-garde ruée jus; et là mourut u-ng sage , valliant et noble chevallier, nommé messire Pierre de Brésay, séneschal de Normandie, deux autres ralliants et hardis chevalliers, l'un nommé Flocquet, et Tautre Chiefroy Lahire, avecq plusieurs autres chevalliers et nobles hommes d'armes, jusques au nombre de trois cents lauches ou plus, lesquels seférirent si avant en la bataille qu'ils ne peulrent retourner. A ce commenchement aussi, feurent occis du cosléducomte, ung noble et valliant chevallier , nommé messire Philippe de Lallaing, lequel par sa valliance icellui jour, fust en partie cause que les gens du roy feurent rebouttés; et y fit moult de valliance* Aussi y moururent les seigneurs de Haines , hardi chevallier, messire Philippe d'Ongnyes, chevallier, le fils du seigneur de Saucourt, le fils de messire Regnauh de Raisse , et autres chevalliers et gentilhommes, dont je ne scai les noms , avecq grand nombre de vallianls et hardis archiers ; et feurent les morts estimés, tant d'ung costé que d'autre, de trois à quatre mille demourés morts en la place; et ne peut-on oncques sçavoir duquel costé il en mourut le plus, car sitost qu'ils estoient abbattus ou morts , ils estoient despouilliés toutnuds ; et par ce ne pooit-on cognoistre de quel costé ils estoient. En ceste bataille feurent prins le seigneur de Grèvecœup, qm s'y porta comme valliant et proèux chevallier , et en blessa plusieurs ains (avant) qu'il

peut estre prins. Si fust prins le seigneurde Brouay , le seigneur du Bois , le seigneur de Montcaurel et aucuns autres, touts lesquels estoient ayecq le comte de Charollois ; et des gens du costé du roy feurent prins le comte de Vantadour , le seigneur de Barbazan , qui fust ung jour et une nuict avecq les morts sans avoir cognoissance^ et autres. Quant le roy deTrancbe perçut que ses gens estoient rebouttés , et oy t que aucuns de ses gens lui dirent que on disoit , parmi son ost , que il estoit mort , op dit qu'il se frappa dedans ses gens , et osta sa salade de dessus sa teste, et disoit à ses gens : « Mes » amis, voici vostre roy, deôendez-vous de bon cœur^ » je ne suis point mort; » et s'y porta très valliamment jusques ad ce que on lui vint dire que ses gens s'en estoient fuis ; lors se retrait sur le Montle-Héry tout dessus; et illecq fust une espace de temps, durant lequel temps le remanant (reste) de ses genscombattoient ; et se recueillirent tellement qu'Us se retrayèrent sur le mont où le roy estoit. Le comte et ses gens demoura en la place naoult joyeux de sa victoire ; et se rallièrent ensemble , et se remirent en bataille, attendants et cuidants que le roy et ses gens derecbief leur deuissent venir courre sups. La bataille dura jusques à sept heures du vespres ; le roy se tint sur le mont depuis environ sept heures jusques soleil couchant^ qu'il se partist du mont et arriva, environ dix heures en la nuict , en la ville de Corbeil, à six lieues du Mont-le-Héry atout bien peu de gens, car jdù*

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sieurs de ses gens s'en estoiqnt fuis, que on ne soavoit où. Le comte qui, |us€[ues au lendemain au poinct du jour, s'estoittenu en bataille, attendant le roy, cuidantqull £ust encoires stir le ftiont, fust adverti de la départie du roy, mais il ne volt sousfrir que on allast après eux, craindant les embuçbes, non scachant encoires la villaine fuite des gem du roy, desquels aucuns fuirent si loing qu'ils B^ cessèrent fuire jiisques.à Amboise, disants partout où ils passoient que le roy estoit mort et desconfit. Le comte alla le lendemain sur le mont, où il trouya plusieurs chevalliers, planté (<|uantité) de mortS) et combien que aucuns diso^nt que les Franchoisiesy avoienl jettes, adfinque l'on ne sceut combien de gensdeleurcostéyestoient demourés, toutésfois à la vérité on ne «çavoit si c'e^toit des gens du roy ou du comte^ ear le jour de la bataille y plt dedans la ville sur le mont grande occision.

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