‹ Chroniques d'Orient; documents sur les fouilles et découvertes dans l'Orient hellénique de 1883 à 1890Chapitre 28 sur 406 · Le sens de cette phrase est très douteax.J · texte numérisé non relu

Le sens de cette phrase est très douteax.J

CSes exemples et la traduction ci-dessous suffisent à donner une idée de Tadmirable texte que M. Cavvadias a eu Thonneur de découvrir et de publier. L'inscription contient le récit de vingt guérisons ou plutôt de vingt miracles, car, suivant la juste remarque de Tédileur, il n'est nulle part question de remèdes pharmaceutiques, mais seu-

Ambrosia d'Athènes, aveugle d'un œil. Cette femme vint en suppliante vers le dieu, et se promenaDt dans Tenceiate sacrée (35), elle se moqua de quelques-unes des guérisons, prétendant qu'il était invraisemblable et impossible que des boiteux marchassent et que des aveugles vissent simplement pour avoir eu un songe. S'étant endormie, elle eut une vision. 11 lui sembla que le dieu lui apparul et lui dit qu'il la guérirait, mais qu'il exigeait d'elle, à titre de salaire, qu'elle plaçât dans le temple un cochon d'argent en souvenir de la stupidité dont elle avait fait preuve (40) ; parlant ainsi, il entr'ouvrit l'œil malade et y versa un certain remède. Quand le jour parut, elle sortit guérie.

Un enfant muet vint en suppliant au temple pour recouvrer la voix; aprè* quil eût offert le sacrifice préliminaire et accompli les autres cérémonies d'usage, le serviteur qui portait le feu du sacrifice se tourna vers le père de l'enfant et lui dit : « Consens-tu (45), d'ici à un an, si tu obtiens ce que tu es venu demander, à offrir un sacrifice au dien pour prix de cette guérison? » Alors l'enfant dit tout à coup : « J'y consens ». Le père étonné lui ordonna de parler de nouveau, et Tenfant parla de nouveau et dès ce moment il fut guéri. •

Pandarof, Thessalien^ ayant des taches sur le front. S'étant endormi, il eut une vision. Il lui sembla que le dien attachait un bandean autour de ses taches- (50) et lui ordonnait, quand il serait sorti du dortoir, d'enlever le bandeau et de le placer comme offrande dans le temple. Le jour paraissant, il se leva et enleva le bandeau : il vit que son visage était délivré des taches et consacra le bandeau taché dans le temple.

Échédore reçoit en punition les taches du front de Pandaros (55) outre celles qu'il avait déjà. Cet homme, ayant reçu de l'argent de Pandaros pour le consacrer eu son nom au dieu, vint à Épidaure pour la môme raison que Pandaros et garda l'argent. S'étant endormi, il ent un songe. Il lui sembla que le dieu lui apparaissait et lui demandait s'il avait reçu quelque argent de Pandaros pour le remettre comme offrande au temple : il répondit que non,, qu'il n'avait rien reçu de tel de Pandaros (60), mais que si le dieu le guéris* «ait, il lui oflHrait une image avec inscription. Alors le dieu attacha autour de ses taches le bandeau de Pandaros et lui ordonna, lorsqu'il serait sorti du dortoir, d'enlever le bandeau, de se laver le visage à la source et de se regarder dans l'eau. Quand le jour parut (65), Échédore, étant sorti du dortoir,, enleva le bandeau qui ne présentait plus de taches, et s'étant regardé dans feau il vit son propre visage portant non seulement les taches qu'il avait primitivement, mais encore celles dont avait été délivré Pandaros.

Buphanhf enfant d*Épidaure, Souffrant de la pierre, il s'endormit : Il lui sembla que le dien lui apparaissait et lui disait : « Que me donneras-ta si je le guéris (76)? » L'enfaot répondit : « Dix osselets. ^ Le dieu se mit à rire et èit qnll le guérirait. Le jour venu, il sortit guéri.

Un homme vint en suppliant vers le dieu ; il était borgne an point qu'un de ses yeux n'avait plus que les paupières et semblait tout à£ait vide. Quelques

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lemenl de visions et de songes. On se demande quel proGl les médecins grecs ont pu lirer de documents pareils et de quelle utilité pouvait être la science médicale des prèlres d'Esculape, à moins que les prêtres n'aient administré les remèdes en secret, quitte à attribuer la guérison à Faction miraculeuse du dieu. Remarquons en outre que

personnes dans le temple le taxèrent de naïveté parce qu'il espérait (75) recouvrer la Tue alors qu'il n'y avait plus que la place (la cavité) d'un de ses yeux, et que l'œil lui-même n'existait plus. Il s'endormit et eut uae vision : il lui sembla que le dieu lui préparait un remède, écartait ses paupières et le versait dans l'orbite. Quand le jour parut, il sortit voyant des deux yeux.

La coupe. Un porteur de bagages, allant vers le temple, fît une chute quand il en était k 10 stades (80) ; s'étant relevé, il ouvrit son sac et vit que les objets qu'il renfermait étaient brisés. Lorsqu'il s'aperçut que la coupe où son maître avait l'habitude de boire était brisée en morceaux, il se désola et, s'asseyant sur la route, essaya d'en rajuster les fragments. Un voyageur l'ayant aperçu : « Pourquoi, ô malheureux, lui dit-il, perds-tu ta peine à vouloir raccommoder ta coupe? Escnlape lui-môme, le dieu d'Épidaure (85), ne pourrait pas la guérir. *» Ayant entendu ces parole*, le garçon mit les tessons dans son sac et se rendit au temple : à son arrivée, il ouvrit le «ac et en retira la coupe toute rajustée. Il alla raconter à son maître ce qui s'était fait et ce qui s'était dit, et celui-ci, au récit de la chose, offrit la coupe au dieu.

(90) Eachine^ alors que les suppliants étaient déjà endormis, monta sur un arbre et jeta un regard furtif dans le dortoir; mais étant tombé de Tarbre sur une palissade de pieux, il se blessa grièvement aux deux yeux. Très souffrant et devenu aveugle, il Implora le dieu, s'endormit, et sortit guéri.

(95) Euippos porta pendant six ans dans sa joue une pointe de lance : il s*endormit et le dieu, ayant arraché la lance, la lui remit entre les mains. Quand le jour parut, il soriit guéri, portant la lance dans ses mains.

Un homme de Toroné ayant avalé des sangsues (?). S'étant endormi, il eut un songe; il lui sembla que le dieu lui ouvrait la poitrine avec un couteau« en retirait les sangsues (100), les lui remettait entre les mains et recousait sa poitrine. Quand le jour parut, il sortit, ayant les sangsues dans les mains, et depuis ce moment il fut guéri. Sa maladie était due à une ruse perfide de sa belle-mère, qui avait jeté les sangsues dans un mélange de vin et de miel qu'il avala.

Un homme ayant une pierre dans la vessie. Cet homme eut un songe; il Im sembla (105) se cum pulchro puero concumbere, et s'étant réveillé, il rejeta la pierre et sortit en la tenant entre ses mains.

Hennodicos de Lampsague^ impotent du corps. Il s'endormit et le dieu, l'ayant guéri, lui ordonna de sortir et de porter dajis l'enceinte sacrée la plus grande pierre qu'il pourrait : en effet, il y porta celle qui est (aiyourd'kui) devant le dortoir (110).

Nicanor, boiteux. Cet bomme étant assis, un enfant lui vola son bâton et s'enfuit : Nicanor s'étant levé le poursuivit et dès ce moment il fot guérL

Un homme fut guéri d'un mal d'orteil par U serpent. Cet homme souttnkt beaucoup d*ane plaie crueUe (nlcère) à nn orteil. Les serviteurs du temple le portèrent^dehors et le firent asseoir sur un siège (115) : le sommeil Taymiit

les maladies dont il est fait mention sont de celles contre lesquelles la médecine scientifique est impuissante : ce sont des aveugles qui voient, des boiteux qui marchent, des chauves dont les cheveux repoussent par enchantement. Un des cas les plus curieux est celui de ce facchino (lignes 79 et suiv.), qui laisse tomber son sac et brise la coupe où son maître avait Thabitude de boire. Gomme il se désolait et essayait de rassembler les morceaux, un voyageur vint à passer et lui dit: € Pourquoi, malheureux, t'efforces-tu en vain de raccommoder ta coupe? Le dieu même d'Épidaure ne pourrait pas la réparer. » A ces mots, l'homme remet les fragments dans son sac et se rend au temple ; en arrivant, il ouvre le sac et trouve la coupe raccommodée. Puis il court raconter à son maître ce qui s*esl passé, et celui-ci, apprenant le miracle, offrit la coupe au dieu. — Ne croirait-on pas lire un de ces récils contemporains où la crédulité populaire fait intervenir un saint ou une sainte pour tirer d'un embarras souvent vulgaire l'homme plein de foi qui a imploré leur aide? Bien des légendes qui circulent aujourd'hui parmi les pèlerins de Tinos — pour ne point parler de pèlerinages moins lointains — ont leur prototype dans les contes pieux conservés par cette inscription d'Épidaure. Il y a quelque chose de presque humiliant à constater que la crédulité des hommes n'a pas fait un pas en arrière depuis deux mille ans.

M. Cavvadias suppose qu'avec le temps, quand la foi et le nombre desguérisons vinrent à diminuer *, les prêtres d'Esculape se virent obligés, pour sauvegarder la réputation du temple, d'appliquer aux

pris, un serpent sortit du dortoir et guérit son orteil avec sa langue : puis il se retira dans le dortoir. L'homme s'étant réveillé et se sentant guéri, dit qu'il avait eu un songe et qu*un beau jeune homme avait paru appliquer un remède sur son orteil.

Alcétas de Haliké. Cet homme étant aveugle eut une visiou; il lui sembla que le dieu lui ouvrait les yeux avec ses doigts et qu'il voyait les arbres dans l'enceinte sacrée. Le jour paraissant, il sortit guéri.

Héraieus de Mytilène. Cet homme n'avait pas de cheveux sur la tète, mais il en avait beaucoup sur les joues. Honteux des railleries dont il était Tobjet, il s*endonnit dans le dortoir : le dieu lui frotta la tête avec un onguent et fit que les cheveux y repoussèrent (125).

Thyson d'Hermione^ enfant d'aveugle. Comme il était tout éveillé, un des chiens attachés au temple lui soigna les yeux (en les léchant) et il sortit guéri (126).

[Au sujet de cette dernière guérison, cf. l'appendice III à cette Cfu^onique.]

1. Les lignes 22-34, 35-40 de l'ioscription prouvent qu'à une époque déjà ancienne les malades n*étaient pas exempts d'un certain scepticisme. Il est évident que les médecins de profession devaient considérer avec mépris le charlatanisme de la médecine sacerdotale.

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malades les ressources de la médecine proprement dite que la tradition et Texpérience leur avaient révélées. C'est ce que semble prouver une inscription de Tépoque impériale découverte également à Épidaure et dont M. Cawadias a donné le texte ('E<pt;ijl., p. 230.) Il y est question d'un JuHus Apellas qui, étant affligé de dyspepsie, fut soumis par le dieu à un traitement assez compliqué auquel il fut redevable de sa guérison. C'est le malade qui parle lui-même :

M. 'louXioç 'AiceXXoç 'I8pteù<; MuXaaejç [xeTexéjXipOy^v UTCO ToU ©eoO, TcoXXàxtç etç v6ffouç evxCrrwv xal àxed/Catç XP^I*^®^' Kori Syj tov xXoOv èv AlyeCvî] èxéXeua£v 5 jAS [ù] xoXXà opYiÇe^ôatj è^e'i ^^ èYêv6|xrjV èv Twt bpwt, exéXeuaev àxl Soo V;ixépaç (rjvxaXii(|;a(j6at ty)v xeçaXr.v, ev atç o;jL6poi eY^vovco, Tupov xal aprov xpoXaôeTv, aéXeiva iJL£Ti OptSaxoç, aixov 8( aOxoD XoOaôai *, Bpojjwj) YujxvaÇeaôat, xiTpCou xpoXa[x6avetv xi axpa, eiç (IBwp izo6pé;at* x. t. X.

L'inscription de la seconde stèle n'a pas encore été publiée *, parce qu'il manque quelques fragments que l'on espère retrouver; mais M. Cav^adias nous communique à son sujet un détail intéressant. L'historien Hippys de Rhégium, qui florissait à l'époque des guerres médiques, raconte la guérison miraculeuse d'une femme qui souffrait d'un ver intestinal (Fragm. historié, graec.y II, 15)*. Cette guérison est aussi rapportée sur la seconde stèle. Il faut en conclure que ces documents, qui sont postérieurs d'un siècle au moins aux guerres médiques, ont été rédigés d'après des témoignages plus anciens que l'historien aura consultés également, peut-être d'après des inscriptions placées par les malades guéris sur les ex-voto qu'ils consacraient dans le temple. Cette remarque est importante, car elle restitue aux stèles d'Épidaure leur véritable caractère : ce sont, si l'on peut dire, les archives ês-miracles du sanctuaire.

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