Imprimé dans la Philologische Wochenschrifij 8 mars
pai* la position de Constantinople, de même le plus ancien réseau, antérieur à l'histoire écrite, oblige d'admettre que la capitale de la péninsule était dans la Cappadoce du nord. » Cette capitale serait Boghaz-Keui et c'est là que se seraient croisées les anciennes roules. Des sculptures analogues à celles deBoghaz, centre d'un empire qui a pu embrasser toute l'Asie Mineure, se rencontrent non seulement à Eyouk et en Cappadoce, mais en Lydie, en Phrygie et en Lycaonie. M. Ramsay a décrit trois de ces sculptures, récemment visitées par lui : l® A Ibriz près de Cybistra, au-dessus d'une source, on voit un bas-relief taillé dans le roc, représentant un dieu debout, haut de 5 mètres, qui tient à la main des épées et des raisins; son costume est celui des paysans actuels de la contrée. £n face de lui se tient un prêtre ou un roi, richement vêtu, haut de 3 mètres seulement, qui l'adore les mains jointes ; les ornements sculptés sur son manteau ressemblent aux bijoux lydiens publiés par A. Dumont dans le Bulletin de Correspondance Hellénique (1879, pi. IV et V)*. — ^^ Le bas-relief d'Elflatoun-Bounar est également placé au-dessus d'une source; il est sculpté sur d'immenses blocs de pierre, dont l'un mesure 7 mètres de long. Le groupe du milieu représente une figure humaine avec des cornes sur la tête, debout auprès d'un autel. A sa gauche on voit la figure plus grande d'un dieu, coiffé du chapeau de forme particulière qui se retrouve sur d'autres monuments de cette classe; à droite est une déesse dont la coiffure rappelle celle du sphinx d'Eyouk. Le troisième relief décrit par M. Ramsay est à Tyane.
Cette ancienne civilisation de la Cappadoce fut refoulée d'abord par la domination assyrienne, puis par celle des Perses. Dans la même province on a rencontré des inscriptions cunéiformes dans une langue inconnue, dont sept, trouvées à Kaisarièh par M. Ramsay, sont aujourd'hui au Musée Britannique.
Les monuments en pierre de la Phrygie appartiennent, sauf quelques exceptions, à un style plus récent ; l'art qu'ils rappoîlenl le plus est celui de Mycènes. M. Ramsay a découvcii dès 4881 des tombeaux taillés dans le roc, dont la porte est surmontée de deux lions affrontés (Journal ofHellenicStudies, 4882, pi. XVII-XIX). Nonloinde là se trouve un grand monument rupestre (à Liyen, entre Kara-Hissar et Koutahia), haut de 27 mètres et semblable à un obélisque avec une chambre sépulcrale à sa partie inférieure. Le style rappelle celui
1. Ces bijoux ont passé depuis entre les mains de M. Hoffmann à Paris. (Ils sont aujourd'hui au Musée du L.ouvre.]
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du tombeau de Midas ; des ornements croisés et des méandres décorent la façade à la manière d'un tapis. Le mur du fond de la chambre porte une image en relief de Cybèle, haule de 8 pieds, avec une lionae de chaque côté, les paltes posées sur Tépaule de la déesse. Aude98tts de la porte est un fronton orné de deux sphinx affrontés, de style (rès archaïque. Sur les deux petits côtés du monument sont figurés un lion et un griffon, sculptés à la hauteur de la porte. M. Ramsay a pris des dessins de tous ces reliefs, dont l'importance pour l'ethnographie et Thisloire de l'art n'a besoin que d'être signalée
Tavium. — Les Sitzungsberichte de l'Académie de Berlin nous apportent l'écho d'une intéressante discussion entre MM. Hirschfeld et Kiepert sur la position de Tavium, la capitale des Galates Trocmes (1883, p. 1243; 1884, p. 47). Suivant M. Hirschfeld, les identificatJOfis proposées avec Tchorum, Nefez-Keui et Yôzgâd ne sont pas admissibles. Les Trocmes n'auraient pas habité seulement la rive droite de l'Halys, mais les deux rives de ce fleuve. C'est sur la rive gauche qu'au dire d'Hiéroclès se trouvait Tavium, qu'il faut donc elKrcher dans la région qui, paitant d'Ancyre, s'étend au nord-ouest le long de l'Halys. Ces considérations amènent M. Hirschfeld à reconnaître l'ancienne Tavium dans Iskelib : on y trouve, en efl*et, des tombeaux creusés dans le roc comme en Paphlagonie et en Galalie et, d'autre part, la route romaine d'Ancyre à Amasia, que la Table de PeuUnger fait passer par Tavium, traverse certainement Iskelib. M. Kiepert n'admet pas le tracé de la roule romaine d'Ancyre à Amasia tel que l'indique M. Hirschfeld : il pense que Tavium doit être cherchée sinon à Nefez-Keui, du moins à quelque localité voisine ?ers l'est, dans la grande plaine d'Aladja. Quant à Iskelib^ on ne peut encore se prononcer sur le nom de la ville antique qui s'élevait à sa placée M. Ramsay, qui a parcouru le pays, certifie du moins que -^8 restes de ville antique à Nefez-Keui sont très peu considérables.
LvciB. -- Bien q"« nous n'ayons pas l'habitude de rendre compte des voyages pittoresques, nous voulons pourtant dire quelques mots des Bonierische Landschafien de M. de Warsberg (Vienne, 1884), que leur titre un peu fantaisiste pourrait faire négliger des archéoiJô^ues. Le sou^-titre du premier volume, le seul qui ait paru, porte les indications suivantes : L Le royaume de Sarpédon; II. Rhodes; m. Dans la mer Egée. Les deux derniers chapitres ne présentent
4. [M. Kiepert place à^ Iskelib Andrapa-Neociaudiopolis, hypothèse adoptée par M. Ram8ay,i/w/. geogr.of As, Min.^ p. 320.]
rien de nouveau : en revanche, le premier, contenant le récil d'une excursion à GjOlbaschi au moment des fouilles, fournit quelques renseignements curieux sur ce mausolée dont les sculptures ont enrichi le Musée de Vienne. Deux gravures exécutées d'après des photographies en reproduisent les principaux aspects; nous signalerons surtout la porte d'entrée du monument, surmontée de protomés de taureaux qui rappellent le fameux portique de Délos. La description des bas-reliefs contient bien des hypothèses, mais aussi quelques rapprochements heureux. M. de Warsberg est un homéromane, à la façon du docteur Schliemann; c'est aussi un enthousiaste de Tart et un ami sincère de l'antiquité. Parlant du théâtre de Telmissos, dont les gradins en marbre ont récemment été enlevés par les Turcs pour bâtir la caserne de Scutari, il écrit avec raison (p. 47) : c On ne peut s'empêcher de perdre patience en présence de pareils actes, qui sont comme un éè^\ je(é aux goûts artistiques de notre temps. » Ajoutons que si quelques pages de ce livre peuvent servir aux archéologues, ce n*est certes pas un archéologue qui l'a rédigé. Et pourtant, on ne lit pas sans agrément ces notes de voyage, toutes chaudes encore des émotions de Tauleur. Les gravures sont bien choisies et moins mauvaises que dans les livres allemands du même genre; il manque une carte, qui aurait été foit utile, M. de Warsberg nous avertissant lui-même que le croquis inédit de M. Kiepert, dont il possédait un calque, est très inexact pour la contrée qu'il a parcourue.
Palestine. — On sait que M. Clermont-Ganneau a découvert en Palestine et en Syrie bon nombre d'objets d'antiquité grecque et gréco-romaine dont il a déjà fait connaître les plus importants. Les journaux allemands nous apportent aussi des renseignements à ce sujet. La Philologische Wochenschrifi du 9 février dernier reproduit une notice de M. Schreiber insérée dans la Zeitschrift des deulschen PaUesdnaVi r.'ins au sujet des trouvailles intéressantes qui ont été faites en 1862 à Nabulus {Neapolls Flavia) au pied du mont Garizim, en Palestine. On signale surtout une base d'autel en marbre blanc*, haute de 4 mètre sur 0'",75, couverte de reliefs et d'inscriptions. Trois des faces présentent une double rangée de scènes, où les personnages principaux sont désignés par leurs noms. Sur la rangée inférieure sont figurés trois exploits de Thésée : 1* le jeune héros
1. Cf. Ciermont-Ganneau, Comptes rendus de VAcad. des insanplions^ 26 octobre 1883.
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soulève le rocher, pour en retirer Pépée de son père * ; à côté de lui sont Aithra et deux suivantes; ^ combat de Thésée et du Minotaure en présence des jeunes gens athéniens sauvés de la mort ; 3" le héros vainqueur ayant à ses pieJs le géant Periphetes étendu sur le sol ; derrière Periphetes, on voit Apollon jouant de la lyre et deux Muses dont Tune tient une double flûte. Les représentations de la rangée supérieure sont les suivantes : 1* Hercule enfant étouffant les serpents; à droite et à gauche, une suivante recule d*effroi; 2* Artémis, Apollon et Latone vainqueurs du serpent Python ; 3* Déméter sur son char traîné par des serpents; devant elle Gaea, étendue à terre, et dans un angle un arbre fruitier. L'exécution de ces reliefs est d'époque gréco-romaine, bien que les motifs eux-mêmes soient probablement plus anciens. On a aussi trouvé le torse d une statue d'Artémis, d'un travail assez grossier mais d'un type nouveau. Le pasteur allemand Reinicke rapporte que sur le même terrain on a découvert un autre socle analogue au précédent, mais que le propriétaire a dû le recouvrir de terre pour n'être point obligé de le livrer sans indemnité aux fonctionnaires ottomans. Édifiant résultat d'une législation barbare que nous ne nous lasserons pas de dénoncer comme elle le mérite I
EGYPTE. — A la date du 17 décembre 1883, M. Sayce écrivait du Caire à la Philologische Wochenschrift (n" du 12 janvier 1884) pour signaler quelques antiquités grecques dont M. Maspero a enrichi le Musée de Boulaq II y a notamment des figurines en terre cuite, couvertes de couleurs très vives, qui rappellent le style des statuettes de Myrina. La campagne de M. Sayce sur le Nil parait avoir été très fructueuse; dans une lettre qu'il m'a adressée à la date du 16 avril dernier, il me parle notamment d'un grand nombre de copies d'ins* criptions grecques qu'il a rapportées à Oxford. A Abydos, le savant anglais a relevé beaucoup de graffiti dont la lecture avait découragé la patience de ses prédécesseurs; cette ville lui a fourni 33 textes cariens, plus de 60 phéniciens, 43 chypriotes (auxquels s'ajoute un autre trouvé dans les tombeaux des rois à Thèbes) *, enfin une quan-
1, Cf. Terres cuites de la collection Campana^ pi. CXVII.
2. D'aprè8 une lettre de M. Sayce à la Philologische Wochenschrift (24 mai 4884), les 44 graffites chypriotes qu'il a copiés dans la Haute-Egypte proviennent du temple de Séti !«', à l'exception d'un seul qui se trouve dans le temple de Ramsès II. Les graffîtes se composent en grande partie de noms propres, dont plusieurs sont nouveaux ; quelques mots sont importants pour la connaissance du dialecte chypriote. Une des inscriptions est ainsi conçue :
[4*, 100-lJ CHRONIQUE D'ORIENT (1884) 89
tité de grecs, dont quelques-uns paraissent aussi anciens que celui des mercenaires à Abou-Simboul. L'un d'eux semble même plus ancien encore, car, bien que l'alphabet soit ionien, TE a la forme particulière d'un D barré qu'il présente en vieux corinthien. De Karnak, M. Sayce a rapporté des ostrakay la plupart en grec; le plus ancien remonte au règne de Tibère, le plus récent à celui de Pescennius Niger. L'activité de M. Sayce dans presque tous les domaines de la philologie est véritablement étonnante; l'Angleterre, plus heureuse que nous, a conservé son François Lenormant.
— On sait que l'archiduc Rénier a récemment acquis pour TAutriche une grande collection de papyrus trouvés dans le Fayoum *. Déposés par le généreux donateur au Musée de Vienne, ils ont éti soumis à l'examen de MM. Wessely, Krall et Karabacek, D'après les renseignements communiqués aux journaux allemands*, les papt/rus Rénier sont un véritable trésor, riche en révélations aussi précieuses qu'inattendues. M. Wessely, chargé de Tétude du fonds grec, a déchiffré sur un fragment de parchemin 44 lignes du VIII* livre de Thucydide (91, 3 et 92, 1-6), écrites au iii« siècle et différant notablement de la vulgate. On sait que les plus anciens mss. de Thucydide connus jusqu'à présent ne remontent pas au delà du ix^ siècle. Parmi les textes tout nouveaux, on mentionne un discours polémique contre Isocrate, spécimen de la meilleure écriture alexandrine (rv« siècle); des fragments d une dissertation esthétique (ii« siècle); les débris d'un traité philosophique dans le style d'Aristote, quelques trimètres d'un auteur dramatique inconnu, des morceaux de Cyrille et d'aulres Pères, une metanoia du commencement du iv* siècle après J.-C, peut-être le plus ancien spécimen d'écriture chrétienne. Les fragments de l'Ancien et du Nouveau Testament, écrits entre le iv'et le VI® siècle sur papyrus et sur parchemin, sont en grand nombre et d'une haute importance pour la constitution des textes. La collection des documents émanés d'empereurs romains et byzantins forme une série presque ininterrompue jusqu'à Tépoque d'Héraclius. Les docu-
('Apt)<TToxXlfïj;6 SeXaiitvioç {x' àvs. '^Ave est un mot homérique qui se trouve aussi daus les tragiques, Pindare et Hérodote : l'orthographe ^eXapuvioç est remarquable. Dans une autre inscription on lil : : Zo^t^c ô Tt^io^àvaxto; 'A*/aif6; ('Axacoç, avec le digamma). Kepapiiv; et rjç sont deux autres formes nouvelles données par ces graffites; celle dernière est la 3« personne sing. de l'imparfait, comme en arcadien, dialecte dont la proche parenté avec le chypriote est confirmée par ce nouveau lémoignage.
1. Beaucoup de papyrus de cette provenance ont été achetés antérieurement par le Musée de Berlin. Cf. Philologus, XLIII, p. 107-136.