‹ Chroniques d'Orient; documents sur les fouilles et découvertes dans l'Orient hellénique de 1883 à 1890Chapitre 7 sur 406 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

ses soDt restées les mêmes, mais je me suis convaincu que ma polémique n'avait pas accompli son œuvre, puisque les abus ou les fraudes que j'ai dénoncés sub^sistent encore. 11 y a d'abord les lois malencontreuses « qui régissent et prétendent prohiber » l'exportation des antiquités de Grèce et de Turquie ; il y a ensuite la manie des publications in-folio, aussi incommodes et coûteuses qu'elles sont souvent inutiles ; il y a encore et surtout la supercherie très habile à laquelle nous devons les groupes en terre cuite dits d'Asie Mineiu'e. Si cette fraude n'avait eu pour effet que de tromper des collectionneurs en introduisant dans leurs vitrines des surmoulages peinturlurés de figurines authentiques, je me serais volontiers abstenu de la combattre avec tant d'obstination. Mais, dans l'espèce, il s'agit de bien autre chose. Les fabricants, marchands et praecones des groupes « d'Asie Mineure » ont prétendu enrichir l'histoire de l'art de compositions toutes nouvelles, de motifs absolument inédits; la science a commencé par se laisser tromper par eux, et j'ose dire que si elle a réagi à temps, c'est grâce à la polémique que les Chroniques d'Orient ont instituée. Cependant, à l'heure actuelle, la lumière est encore loin d'être faite. Non seulement les « groupes » et les figurines isolées sorties des mêmes officines continuent à se montrer dans les ventes, mais ils font l'objet de publications spéciales où ils coudoient des produits authentiques de l'art grec. Les savants du monde entier semblent s'être donné le mot pour faire le silence autour des intrus ; on ne les trouve cités dans aucune monographie, dans aucun article de revue sérieuse. Mais

PRÉFACE xni

presque tous aussi s'abstiennent de formuler une appréciation à leur égard, d'essayer de distinguer le vrai du faux, de percer le secret dont les faussaires ont su s'entourer jusqu'à ce jour. On a des soupçons, ou prononce certains noms à mi-voix, mais on n'écrit rien, et ceux qui pourraient faire la lumière se tiennent coi. Tecum îu^,\iii .i%est mihi sermo Rubelli! C'est aux ministres athéniens que je m'adresse, c'est à eux que je reproche une apathie tout à fait contraire aux intérêts de la science. L'Éphorie a constaté, dès 1886, que les groupes, déclarés faux par elle-même, étaient embarqués à Athènes ; elle a su qui les expédiait et le gouvernement n'a pas poussé son enquête plus loin. Peut-être faudra-t-il, pour le décider à agir, quelques colères qu 'il doive soulever, une interpellation à la Chambre des députés d'Athènes. Le gouXeuT^ç qui prendrait l'initiative de cette interpellation mériterait bien de l'archéologie. Si les groupes sont faux, que l'on découvre et que l'on dénonce les faussaires; s'ils sont authentiques, comme ils proviendraient alors de la Grèce propre — l'hypothèse de la provenance asiatique étant abandonnée des marchands eux-mêmes, — il faut qu'on informe pour en préciser la provenance. La science a fait son devoir : au bras séculier maintenant de faire le sien.

Je me suis laissé emporter un peu loin du but de cette préface, mais on doit m'excuser si je ne puis parler avec calme de la question des groupes dits d'Asie Mineure. Dans les polémiques ordinaires, qui sont la vie de l'érudition, on ne risque de blesser que l'amour-propre d'un contradicteur ; ici, ce sont des intérêts matériels

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