‹ Chroniques d'Orient; documents sur les fouilles et découvertes dans l'Orient hellénique de 1883 à 1890Chapitre 9 sur 406 · PRÉFACE XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XV

blier une seconde série de Chroniques^ ces recherches longtemps différées y occuperont autant de place que l'exploration de T Acropole dans la première. Puissentelles être plus fructueuses encore ! Fouilleur retraité, mais ayant gardé la passion des fouilles, je me réjouis par avance de suivre au pied du Parnasse l'heureux directeur de notre mission permanente en Grèce, M. Théophile HomoUe, qui m'inspira jadis le goût de l'archéologie militante au pied du Cynthe à Délos.

Musée de Saint-Germain-en-Laye, juillet 1891.

Salomon Reinach.

(REVUE ARCHÉOLOGIQUE, 1S83, t. T, p. 246-251.)

Attique. — « On vient de découvrir du côté est du Parthénon des débris d'antiquités que Ton suppose remonter à Tépoque du sac de l'acropole par Xerxès. Ces antiquités consistent en débris de vases, sur l'un desquels est gravé le nom de l'artiste, et de statues. On a trouvé aussi une tête en bronze et un tronçon de serpent du même métal. >

Cet entrefilet a paru dans le Messager d'Athènes du 17 février 1883. Le même journal, dans son numéro du 10 mars, nous donne les nouvelles suivantes :

€ Les fouilles faites par la Société archéologique à l'Acropole continuent à donner des résultats satisfaisants. Outre la belle tête de femme dont nous avons parlé dans notre avant-dernier numéro, on vient de découvrir une statuette de femme assez bien conservée, la moitié d'un buste et une main d'une statue colossale d'Athéné, appartenant à une époque antérieure au siècle de Périclès. D'autres objets d'art, se rapportant à la même époque, iront enrichir bientôt les collections de la Société archéologique. Les plus curieux représentent un groupe de serpents et un cocher assis sur son siège*. On suppose que ces débris faisaient partie des œuvres décoratives des monuments détruits à l'époque du pillage et de l'incendie de l'Acropole par les Perses.

c Nous croyons savoir que la Société archéologique se propose de publier ces découvertes dans un journal qu'elle doit faire paraître sous peu. La plus importante est une statue archaïque que M. Cavvadias, le savant auteur des fouilles d'Épidaure, a décrite dans l'A/è-

1. [Il s^agit du fronton archaïque en calcaire gravé dans V^Etftiy.tpiç àp/f^^o- Î^OYtxTi, 4884, pi. 7; cf. MiltheiLdes deuUchen InstiL, t. X, 1885, pi. à la p. 237. J

2 CHRONIQUE DOUENT (1883) [3, 247]

theia du 19 avril. Elle ressemble aux statues d'Artémis trouvées à Délos par M. HomoUe; la tète, qui est bien conservée, présente ce sourire stéréotypé particulier aux œuvres de l'ancien style. D'après M. Cawadias, elle remonterait à la première moitié du v* siècle avant notre ère. >

VHôra du 8 février publie également un courte notice de M. Cavvadias touchant un bas-relief funéraire trouvé à Spata, en Âttique. C'est une stèle surmontée d'un fronton représentant une femme drapée assise sur un siège ; devant elle est une petite servante debout tenant une cassette à bgoux. L'inscription se lit ainsi :

KAAAIITn OIA0KPAT0Y2 KON0YAH0EN

c'est-à-dire CallistOy fille de Pkilocrate du dème de Conlhylé (tribu Pandionide). C'est une œuvre distinguée du iv* siècle avant notre ère, qui vient augmenter la série déjà si nombreuse des bas-reliefs funéraires de l'Attique. M. Cawadias fait observer que la chevelure de la femme rappelle, par sa disposition, celles de quelques figures sculptées sur les frontons du temple de Jupiter à Olympie.

On a encore découvert sur l'Acropole un haut relief où sont figurés •deux guerriers combattant. Ces objets, de style archaïque, portent des traces d'une coloration très vive. Enfin, M. Cawadias nous signale la découverte d'une tète de serpent en bronze d'un excellent travail.

A Patissia, on a trouvé un bas-relief représentant Isis et, dans la <îour d'une maison, un beau portrait d'une femme romaine inconnue.

Les fouilles d'Épidaure et d'Eleusis ont recommencé au mois d'avril. Les premières seront dirigées par M. Cawadias, celles d'Eleusis par M. Athanase Koumanoudis.

Clazomène. — On nous écrit de Constantinople que le gouvernement turc se dispose à faire exécuter à ses frais et au profit exclusif <iu Musée d'antiquités de Tchinli-Kiosk des fouilles sur différents points de l'empire ottoman. Edhem-Pacha aurait ouvert à ceteflet une souscription parmi ses collègues du ministère et les fonctionnaires de son département.

Nous ne voyons pas ce qui induit le gouvernement turc à se charger d'une besogne coûteuse que les étrangers feraient volontiers pour lui ; les 25,000 piastres que l'on doit consacrer à ces travaux seraient mieux employées à payer des commissaires chargés de surveiller les explorateurs européens.

Ce qu'il faut approuver sans résene, c'est la résolution que parait

avoir prise le gouvernement de faire transporter à Constantinople les antiquités disséminées dans les provinces et qui sont exposées à toute sorte de dégradations et de dangers. Les précieux sarcophages en terre cuite, décorés de peintures archaïques rappelant le style des plus anciens vases grecs, qui ont été signalés par nous dans un article de la Revue des DexAX-Mondes du !•' marsl883, viennent d'être embarqués pour Constantinople et déposés au Musée. Nous avons sous les yeux des photographies de ces monuments exécutées par l'heureux explorateur de l'acropole de Pergame, M. Humann. ingénieur à Smyrne*. Le plus grand a S'*,!^ de long sur 0"»,65 de haut et 0"",97 de large; la terre cuite a une épaisseur de 0",48. La partie extérieure est décorée avec beaucoup de goût et de simplicité : une série d'oves peints en noir sur fond blanc, puis une saillie demi-circulaire pointillée de segments noirs, enûn une double rangée d'étoiles et de méandres entourant le caisson rectangulaire central dont la décoration a presque entièrement disparu. A l'intérieur, le sarcophage est orné jusqu'à la moitié de la hauteur : une rangée d'étoiles et de méandres, une autre d'oves et de perles, puis une saillie en demi-cercle vers l'intérieur décorée de segments jaunes et bruns alternants, enfin des étoiles et méandres jaune brun et rouges sur fond jaune. Au-dessous, le dedans de la cuve est couvert d'un enduit noir, également répandu sur les côtés et sur le fond. La partie supérieure du sarcophage est plus curieuse encore ; il y a des peintures sur les registres latéraux et sur les petits côtés, disposées symétriquement de part et d'autre du grand axe.

!• En haut, sur le petit côté, on voit, entre deux rangées de méandres, un char conduit par un guerrier accompagné d'un chien et suivi d'un cavalier marchant à gauche. Sur l'autre moitié du petit côté, la même scène est répétée symétriquement, de manière que les personnages marchent vers la droite. Les figures sont coloriées en rouge tirant sur le violet ; le fond est jaune clair.

2* En haut du registre de gauche, deux guerriers armés de boucliers ronds et de lances combattent sur le corps d'un troisième étendu à terre. Ils sont encadrés par deux rangées de cercles noirs séparées par deux traits verticaux. Même scène sur la côté latéral de droite.

S*» Deux sphinx ailés se faisant face. Au-dessous, rangée de méandres. Mêmes figures à droite.

1. [Ces sarcophages oat été publiés depuis dans les Monumenti dtlV Instituto, t. XI, 1833, pi. 53; dans le Journal ofHellenic Sludies,iS^3, p. ll,fig. 12; dans les Denkmaler des AUerthums de Baumeister, p. 853. Cf. C. Smith, Earlypain. tings ofAsia M'inor, dans le Journal of Hellenîc Sltidies, 1885, p. 180-191.]

4® Une longueur de 1°*,25 sur chaque côté est occupée par des ornements d'un style très pur, méandres, étoiles et spirales, peints en brun tirant sur le rouge.

50 De chaque côlé, deux sphinx ailés se faisant face. Au-dessous, une rangée de cercles séparés par deux lignes verticales. Les sphinx sont peints en couleur sombre, mais il resie des traces de jaune, ayant servi de base à une autre couleur, sur les tètes et les ailes.

60 De part et d'autre, marchant l'un à droite, l'autre à gauche, u» cavalier d'un très beau dessin, tenant un faucon et accompagné d'un chien.

7° Le petit côté du bas est décoré aussi de deux scènes symétriques et conrnie affrontées, représentant quatre chars se dirigeant deux à droite et deux à gauche, de part et d'autre d'une borne. Chaque char est attelé de deux chevaux, au-dessous desquels court un chien. Las figures sont noires et rehaussées de jaune clair en quelques endroits. Au-dessous, une rangée de méandres.

Le second sarcophage, trouvé au même endroit que le premier, est plus petit et présente la forme d'une bière; la surface supérieure n'est pas horizontale, mais inclinée. Il a 2«",05 de long. 0",41 et 0",36 de hauteur, 0"*,34 de profondeur; la longueur de la cuve est de i^,bl, ce qui donne 0",24 pour l'épaisseur de la terre cuite. L'intérieur et les côtés verticaux ne sont pas décorés, ou du moins la décoration a complètement disparu ; mais la surface supérieure est ornée de peintures rouges très intéressantes, disposées, comme celles du premier sarcophage, avec une parfaite symétrie. 1° Sur le petit côté supérieur, deux guerriers combattent autour du corps d'un troisième ; de part et d'autre, s'avançant l'un vers la droite et l'autre vers la gauche, un char attelé de deux chevaux conduits par un guerrier casqué. A côté des chevaux marche un serviteur accompagné d'un chien. Plus bas, une rangée de méandres, une rangée d'oves et une seconde rangée de méandres. 2® Au-dessous de cette scène, de part et d'autre, deux sphinx ailés se faisant face de chaque côté d'un vase ; au-dessus et au-dessous des sphinx^ une rangée de méandres. 3® Sur les côtés latéraux, un guerrier courant, encadré de méandres; au-dessous, un ornement fort compliqué ; enfin une tête de guerrier casqué d'un caractère très original, rappelant les vases de Camiros en forme de tètes casquées étudiés par M. Heuzey [Gazette archéologique ^ 1880, p. 145). Les garde-joues du casque couvrent tout le visage, sauf les yeux et le nez, et se terminent en pointe à la hauteur de la naissance du cou. Les cheveux du guerrier, qui s'échappent du casque et descendent sur la nuque, sont figurés par six lignes ondulées. 4° Une

rangée d'oves entre deux rangées de méandres. 5* Le petit côté inférieur est orné d'une peinture bien conservée, représentant un quadrupède du genre antilope paissant entre deux lions de style asiatique. Le fond est décoré de rosaces et d'étoiles d'un art très curieux.

Ces remarquables sarcophages ont été découverts à Clazomène par un paysan, au mois de septembre 1882, confisqués par le gouvernement turc et transportés d'abord, non sans éprouver de grandes avaries (le petit sarcophage est brisé en deux morceaux), au konak de Smyme. Grâce à l'obligeance de S. E. Diran-Bey, directeur des affaires étrangères du vilayet d'Aîdin, nous avons pu les étudier et en prendre des calques le lendemain de leur transport . Mais ce n'est pas d'après des calques que l'on peut publier des objets aussi précieux pour 1 histoire de l'art, et nous devons nous contenter ici d'une description qui, mafgré son exactitude, n'est guère capable de donner une idée nette de l'importance de ces monuments. M. Humann a fait parvenir à llnstitut archéologique de Rome des reproductions en grandeur naturelle des deux sarcophages, et le monde savant n'en attendra plus longtemps la publication complète.

On nous a assuré à Smyme que beaucoup de fragments provenant de sarcophages analogues avaient été trouvés à Clazomène et que quelques-uns même avaient pu être vendus et exportés. Comme toutes les nécropoles de la côte d'Asie, celle de Clazomène promet d'admirables découvertes à celui qui la fouillerait méthodiquement. Les deux sarcophages que nous venons de décrire suffiraient à signaler cet emplacement aux explorateurs. Le Musée Britannique possède depuis plusieurs années un sarcophage en terre cuite orné de peintures, découvert à Rhodes ; mais ses dimensions sont beaucoup plus petites et les peintures ne consistent qu'en ornements. Nous croyons qu'aucun musée de l'Europe ne renferme de monuments semblables provenant de l'Asie Mineure ; la conservation et le mérite artistique de ceux de Clazomène ajoutent encore à leur rareté.

Il est toujours très difficile de se prononcer sur l'époque à laquelle appartiennent des objets presque uniques en leur genre. Toutefois, l'analogie des peintures qui les décorent avec les vases grecs à figures noires, l'identité de type que nous avons signalée entre les tètes casquées du second sarcophage et les petits vases de Camiros, autorisent, ce nous semble, à les rapporter au milieu du vi* siècle avant notre ère, alors que l'art hellénique commençait à se substituer, sur les côtes de l'Anatolie, à l'art asiatique qui avait contribué à le former.

Nous pouvons annoncer, en même temps, que le gouvernement turc a donné l'ordre de transporter à Conslantinople les fragments de

sculpture et les bas-reliefs restés épars sur le sol auprès du temple de Bacchus à Téos. Un grand morceau bien conservé de la frise nous a été montré par M. Newton dans les sous-sols du Musée Britannique ; avec un torse entré au Louvre, c'est la seule partie de celte composition qui soit arrivée en Europe. Lors de notre passage à Téos en 1880, nous avons dessiné tous les fragments de ces bas-reliefs, tristement mutilés par les Turcs de Sigadjik, ainsi que deux statues en ronde bosse, dont Tune représente un personnage coucbé et l'autre, de dimensions colossales, est un torse nu modelé avec talent, peutêtre un fragment de la statue deBaccbus qui était placée dans la cella du temple. La frise représente une procession bacchique ; on y voit des joueuses de flûte et des Centauresses touchant de la lyre *. Le travail en est assez sommaire et le style rappelle celui des bas-reliefs du temple d'Artémis Leucophryne à Magnésie. Bien des fois, pendant notre séjour à Constantinople, nous avons signalé cette frise à l'attention du directeur du Musée, en le priant de prendre les mesures nécessaires pour qu'elle fût mise à l'abri du vandalisme. Nous sommes revenu avec insistance sur ce point dans un récent article de la Revue des Deux-Mondes* y et c'est avec plaisir que nous constatons aujourd'hui le succès de nos réclamations.

D'après les avis que l'on nous transmet de Smyrne, les curieuses inscriptions de Téos, encastrées dans les murs du petit port de Sigadjik, vont être également transportées au Musée de Constantinople. Nous ne croyons pas qu'il y en ait d'inédites, mais il sera toujours utile de contrôler les copies qui en ont été publiées d'après les estampages.

Hamdi-Bey, le directeur du Musée de Constantinople, est depuis quelque temps à Smyrne. C'est dans les environs de cette ville, probablement sur l'emplacement présumé de Grynium, qu'il se propose de faire exécuter des fouilles.

1. [Des gravures tout à fait insaffisantes de ces bas-reliefs, d'après les croquis de M. G. Hirschfeld, ont été publiées dam^YArchcteoiogischeZeiiungf 1875, pi. 5; M. PuIIan en a fait reproduire quelques parties dans son ouvrage sur Priène et Téos, Londres, 1881.]

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