Nécropole de Myrina j p
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Asie Mineure. — [Groupes en terre cuite soi-disant trouvés en), — Je traduis littéralement, sans plus ample préface, la note insérée par M. Cavvadias dans le Bulletin archéologique des mois de janvier et février 4886 (supplément n** 117 au Journal officiel d'Athènes).
ANTIQUITÉS GOIfFISQUÉES
« Sur le paquebot de la Compagnie Fraissinet en partance pour Marseille, les douaniers du Pirée Georges Kossaras et Démétrios Kopidès ont confisqué deux caisses contenant des antiquités, que Ton expédiait à Paris.
« La première caisse renfermait un vase funéraire en marbre (haut. 0",83), avec une représentation funéraire de travail commun : c*est un homme vêtu, debout, qui serre la main d'une femme debout également et derrière laquelle se tient une autre femme : au-dessus, quelques lettres d'une inscription. Cette caisse était adressée à MM. ****, 24, rue Croix-des- Petits^hamps. Le bas-relief conûsqué a été déposé au Musée du Pirée.
« La seconde caisse était adressée à MM. ****. Elle contenait deux
GROUPES EN TERRE CUITE BRISÉS EX UN GRAXD NOMBRE DE FRAGMENTS et pourtant tout à fait complets, conservant des traces notables de coloration et de dorure. L*un des groupes représente Aphrodite couchée sur un lit (long. 0™,30; larg. 0»,08; haut. 0™,10), avec trois Amours assis à ses pieds ; Tautre (haut. 0»,30) est une Victoire ailée conduisant un taureau, précédée d'un Amour avec une torche allumée. Ces objets, déposés d'abord au Musée du Pirée, ont été ensuite envoyés à TÉphorie générale. D'après Texamen de la terre dont ils sont faits, de leur enduit et du style même du travail, il apparaît qu'ils sont apocryphes. On ignore encore qui en est le fabricant et qui en était le possesseur, bien qu'une enquête ait été ouverte pour éclaircir cette affaire. »
Les groupes faux confisqués p ir l'Éphorie générale sant pour nous de vieilles connaissances. Des répliques de l'un et de l'autre existent dans des collections parisiennes. Ils appartiennent à la série très connue des c groupes d'Asie Mineure », successivement attribués par certains industriels à Éphèse, à Cymé, à Myrina, puis à l'Anatolie in génère. Dès 1880, mon excellent ami Gabriel Charmes, dont la mort prématurée n'est pas seulement un deuil pour la politique, me signalait chez un marchand athénien que je ne fréquentas pas, des groupes de ce genre attribués à Cymé. Un peu plus tard, c'était sous le pavillon de
i. Je laisse le nom en blanc.
2. Je suprime les Doms et l 'aJresse. 11 s'agit dantiquaires parisiens d'une honorabilité au-dessus de tout soupçon, qui ont été dupés par des correspondaots peu scrupuleux.
Myrina que Ton offrait, à un prix très élevé, le groupe de la femme au taureau qui a été publié depuis dans la Gazette archéologique de 1882 (pi. XVI) Ce groupe était le premier qui osât affronter l'épreuve de l'héliogravure; il conservera, de ce fait, l'intérêt d'un document historique dans les annales de la mystification et de la fraude *. Les publications de MM. Froehner, Cartaultet von Duhn accrurent bientôt, dans des proporlions inquiétantes, la liste de ces chefs-d'œuvre sans état civil qui bravaient le scepticisme des connaisseurs. A ceux qui osaient exprimer des doutes, on répondait en montrant les nombreuses cassures de la terre et l'on affirmait, très justement d ailleurs, que ces groupes arrivaient en France à l'état de fragments. Quelques gens difficiles à satisfaire n'en hochaient pas moins la tète et objectaient : i^ que 1q style de ces groupes rappelait Canova plutôt que l'antique ; 2^ qu'on les disait asiatiques alors qu'aucun collectionneur de Smyme ou de Syrie n'en avait jamais vu de semblables ; 3<> que Ton ne trouvait dans le commerce ni tètes, ni fragments de torses du même style, alors que les vitrines sont remplies de fragments de Smyrne, de Myrina ou de Tarse ; 4« que les cassures portent totyourssur le socle et les parties peu importantes, mais qu'elles épargnent religieusement les têtes et les accessoires ; 5<* que les draperies féminines de ces groupes présentent des plis crêpelés qui n'ont rien d'antique; 6® qu'ils sortent évidemment d'une même officine et se ressemblent exlraordinairement, malgré la différence des sujets traités*.
Le problème soulevé par ces groupes aurait été discuté plus tôt et sans réticences si les collections publiques avaient consenti à les accueillir; mais Paris, Londres et Vienne se tenaient sur la réserve, et l'on comprend qu'il soit délicat d'attaquer l'authenticité d'objets qui font partie de collections particulières ou sont à vendre chez des marchands. En 4885, le Musée de Berlin ayant acquis une réplique du célèbre groupe de Charon (aujourd'hui chez le prince Liechtenstein à Vienne), la polémique trouva enfm le terrain qui lui manquait. M. de Duhn publia ce groupe dans Y Archaeologhche Zeitung (4885, pi. I, p. 4-23), en l'attribuant à Athènes et non à l'Asie Mineure; M. Furlwaengler répliqua qu'il provenait indubitablement de Myrina.
1. Je crois que cette terre culte, d'un travail fort remarquable, est une imitation d'un bas-relief de Florence publié par d'Agincourt, Histoire de VArt, t. iV, pi. I, n«» 23.
2. En publiant le groupe de la Femme au taureau, dans la Gazette archéolo^ gtque de 1882 (pi. XVI), M. Babelon, qui connaissait les autres groupes récemment arrivés à Paris, signalait très justement l'air de famille qui existe entre ces produits.
C'est alors que je crus pouvoir donner à la ISation de New-York (24 septembre 1885, plus haut, p. 234) et à la Revue archéologique (1886, I, p. 458) deux bouts d'articles qui n'ont pas été les bienvenus, mais où je me suis simplement fait l'interprète des meilleurs juges qui pensaient depuis longtemps ce que je me suis décidé à écrire. Entre temps, Hamdi-Bey avait demandé à M. Démosthène Baltazzi un rapport sur les groupes d'Asie Mineure^ dont un spécimen était entré dans une collection particulière de Constantinople. Hamdi- Bey, qui est artiste et homme de goût, quoique partisan et même auteur de la loi turque contre les antiquités, considérait le groupe comme faux; M. Baltazzi lui affirma qu'aucun fragment de groupe de ce genre n'avait jamais été vu à Smyrne, ni chez les marchands du baz<ir, ni chez M. Lawson, ni chez M. Humann. Son rapport, dont je possède une copie, contient quelques détails intéressants sur la fabrication ou le truquage des terres cuites. Ainsi Tan dernier, lors de la faillite d'un marchand d'antiquités de Smyrne, on trouva chez lui nombre de moules; plus récemment, un marchand du bazar ayant vendu à un marchand d'Athènes une tète d'Hercule de fabrique smyméenne, fut très étonné quelques semaines après de voir celte tète, dans l'officine de son confrère athénien, artistement posée sur un corps intact. M. Baltazzi nommait aussi un individu du Pirée qui, ayant commis un meurtre, s'expatria il y a quelques années en Crète et y commit des terres cuites dont M. Lawson lui-même fut dupe. Quant aux auteurs des groupes, il ne pouvait les désigner, par la bonne raison que ces objets sont probablement fabriqués en Italie*, expédiés de là en fragments à Athènes et envoyés ensuite d'Athènes à Paris, comme le prouve le compte rendu de M. Cavvadias que nous avons traduit plus haut. Mais ces groupes ne sont pas les seules terres cuites fausses mises en circulation dans ces dernières années. Il y a les fausses figurines de Smyrne, généralement dorées et d'une terre très cuite, qui ne sont pas, en général du moins, entièrement modernes, ce qui en rend la critique fort difficile'; il y a des figurines de femmes isolées, Muses ou Victoires, tantôt debout et tantôt assises, dont les draperies rappellent le style des fameux groupes; il y a de grands masques, parfois copiés sur des masques authentiques; il y a