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République française du 14 octobre

les érudits de V Intransigeant, je crains fort que leur cause ne soit compromise.

— Je voudrais,, pour terminer, appeler l’attention sur un article de M, E.-J. Marey dans la Revue scientifique du 27 novembre 1886 (p. 679), intitulé La Locomotion animale. Bien qu’il n’y soit pas question d’archéologie, il me semble que l’archéologie peut y trouver un curieux enseignement. Grâce au perfectionnement des méthodes de la photographie inslantanée, M. Marey a réussi à fixer l’image d’un cheval ou galop, d'un sauteur franchissant un obstacle, aux différentes phases de leurs mouvements instinctifs. En jetant les yeux sur la photogravure (flg. 33), qui représente un sauteur franchissant une barrière, j’ai été vivement frappé de l’analogie qu’offre le second temps, lorsque le sauteur relève les pieds au moment de franchir l’obstacle, avec certaines figures de l’art archaïque que M. E. Curtius a étudiées dans une dissertation célèbre1. L’archéologue allemand a prouvé que ces figures, représentant des personnages appuyés sur un genou fléchi, ont été généralement mal interprétées; loin d’exprimer le repos ou la prière, l’artiste a voulu donner l’idée de la course très rapide qui relève à la fois un genou et le bas de l’autre jambe. Cette attitude est devenue presque classique, dans l’ancien style, pour les Gorgones et les Erinnyes ; ainsi s'expliquent les épithètes xa[j.éreou; (Eschyle, Les Sept,\. 772) et xap/rcealy ouvoç (Hésyehius) données aux Erinnyes, épithètes que l’on atraduites à tort par « qui fait fléchir les genoux des coupables ».

En étudiant ces figurines agenouillées, M. Curtius a finement observé que leur type, bien qu’étrange au premier abord, n’était ]'as en contradiction avec l’entente de la réalité qui caractérise l’art grec.

Les photographies de M . Marey démontrent d’une manière frappante à quel point M. Curtius a

eu raison. J’ai juxtaposé, dans le dessin ci-joint, deux silhouettes empruntées à la publication de M. Marey — le sauteur prenant son élan et franchissant l’obstacle — et un Éros sautant sur les vagues,

1. E. Curtius, D;e knienden Figuren der altgriech’schen Kunst. Berlin, 1869.

d’après un miroir étrusque gravé dans le recueil de Gerhard (LXX) et reproduit par Curtius (fig. 12). L’analogie parfaite entre l’Éros et le sauteur n’a pas besoin d’être signalée. Nous tirerons de là deux conclusions. D’abord, que les figures agenouillées de l’ancien art grec représentent moins des personnages courant que des personnages sautant, ce qui est, d’ailleurs, le genre de course attribué aux Érinnyes ; en second lieu, que les Grecs, sans connaître les merveilleux résultats de la photographie instantanée, étaient si familiarisés par la pratique du saut, à'Xp.a, avec l’attitude que prend le corps humain en franchissant un obstacle, qu’ils ont très exactement représenté cette attitude, quitte à produire des images assez étranges au premier aspect. La photographie instantanée nous en fait connaître de plus singulières encore. C’est ainsi que parmi les différentes altitudes d’un cheval lancé au grand galop, il n’en est pas une seule qui concorde, même approximativement, avec le modèle classique adopté par l’art depuis Géricault pour représenter ce mouvement rapide dont les détails échappent à la vision.

(REVUE ARCHÉOLOGIQUE, 1887, t. Il, p. 69-108.)

Athènes. — Un membre de l’École américaine d’Athènes adresse à la Nation de New-York (14 avril 1887) une intéressante correspondance sur les travaux en cours. La Société archéologique poursuit, avec un soin minutieux, le déblaiement si heureusement commencé de l’Acropole. Le sol a été nettoyé jusqu’au roc sur toute une moitié de la région septentrionale de la colline ; on examine soigneusement la terre, puis on jette les débris par-dessus le mur. L’espace entre l’Érechthéion et le Parthénon laisse maintenant voir à nu les fondations du temple antérieur à l’invasion persique1. Le mur oriental du crepidoma du Parthénon est déblayé jusqu’à la profondeur de 30 pieds, point où le roc de l’Acropole se dérobe vers le sud en faisant un angle de 45°. La partie inférieure de cette substruction ne présente aucune trace des courbes signalées à un niveau plus élevé par M. Penrose.

1. M. Doerpfeld a publié un intéressant article sur l’Acropole avant l'invasion persique, Mittheil. des d. Instituts , Ü887 , p. 162-169. M. Studniczka a essayé de restituer, à l’aide de fragments récemment découverts, un des frontons de l’ancien Parthénon, représentant la lutte de Minerve contre les Titans (ibid., p. 18S-199, pl. àlap. 188; cf. p. 352-334). Nous signalerons tout particulièrement le travail de M. Doerpfeld sur le Parthénon antérieur aux guerres médiques (Mittheil., 1887, p. 337-351, avec planche). La restitution, le plan et les détails de cet édifice ont été donnés parle même architecte dans \esAntike Denkmaeler, 1886, pl. I et \l. — Les Àntike Denkmaeler, qui remplacent les Monumenti dell’ Instituto de Rome, sont malheureusement une publication incommode, mal conçue et coûteuse. Le format mesure 60 centimètres sur 45! 11 n’y a pas une seule planche de la livraison parue qui n’eût gagné à être réduite de moitié. Nous ne nous lasserons pas de protester contre cette manie des grands formats qui encombre les bibliothèques et empoisonne la vie des archéologues.

CHRONIQUE D’ORIENT (1887) [7^ 69.70j

Au mois de mars, trois découvertes importantes ont été faites à l’angle du mur septentrional, près de l’Érechthéion. Sous une pierre, à 10 pieds de profondeur, on a trouvé une grande statue archaïque de femme, avec traces de peinture très vive1 2; on a recueilli aussi un relief en bronze partiellement doré, formé de deux plaques travaillées à jour et réunies à l’aide de rivels, qui représente Minerve debout avec l’égide, tenant peut-être le casque d’une main et une patère de l’autre5 6 7; enfin, on signale un fragment d’une inscription chorao-ique avec les noms d’Eschyle, de Xénoclès chorège et de Philoclès archonte’ ce qui confirme le témoignage du scolia 4ste3 sur la date de la représentation de . YAgamernnon (459 av. J.-C.). Le déblaiement de la partie postérieure des tambours de colonnes faisant partie du mur septentrional montre que cette partie du mur a été construite très rapidement, avec les matériaux qu’on avait sous la main.

On a découvert un assez grand nombre de fragments de vases du style de Mycènesb Près de l’Érecthéion a été recueillie une tète en

marbre qui présente de la ressemblance avec celles d’Alexandre le Grand5.

L’École allemande d’Athènes a pratiqué des tranchées aux alentours du Théséion, afin de chercher quelque vestige de l’existence dune agora dans ce quartier. Les résultas ont été peu imporlanls» mais on a pu se rendre compte de la grande accumulation de terres recentes au-dessus de l'ancien niveau du sol entre le Pnvx et l’Aréo page.

L’École anglaise, sous la direction de M. Penrose, a étudié les colonnades extérieures de l’Olympiéon. On a lieu de croire maintenant que la façade comprenait huit colonnes au lieu de dix ce oui concorderait avec l’allusion de Vitruve : Athenis octastylon templo Olympia'. Au mois de mars, on a découvert le pavé du temple com-

4S2; Philol. Wochenschrift, 30 avril 1887,

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