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CHRONIQUE D’ORIENT (1887) p, 77-S]
Asie Mineure. Dans la Grèce propre, brique et mortier ne se trouvent dans aucun édifice touchant à la période archaïque; la scie ou le foret creux ( tubular drill) ne se rencontrent pas antérieurement à l’an 800 avant J.-C. Or, dans les ruines de la citadelle de Tirynthe explorée parM. Schliemann, non seulement il y a beaucoup de matériaux provenant d’une construction plus ancienne qui attestent l’usage de la scie, du foret creux et du ciseau ( mortised with the chisel), mais dans le mur du prétendu palais on trouve beaucoup de mortier et par endroits des briques d’une espèce connue seulement dans les constructions byzantines. M. Schliemann répond que c’étaient des briques séchées au soleil, qui, par l’effet de la conflagration où le palais a péri, furent changées en briques cuites, en même temps que le calcaire avec lequel le mur était construit devenait de la chaux et du mortier par la même cause. Et cependant, M. Schliemann a pu retirer des murs les restes des peintures en stuc qui ornaient le palais, peintures que la conflagration aurait épargnées en laissant également intacte la mosaïque du sol ! M. Dôrpfeld, par contre, nie l’existence des briques, en admettant celle du mortier ; mais cela est contraire au témoignage de mes yeux ainsi qu’à celui des archéologues anglais qui m'accompagnèrent à deux reprises sur les lieux. Ils ont comme moi vu les briques qui, je puis l’affirmer, étaient visibles sur deux points au moins du mur du palais. M. Dôrpfeld répond qu’il y a eu un établissement byzantin en cet endroit et que les briques ne se sont rencontrées que dans la partie de la ruine désignée comme byzantine sur son plan. J’oppose à cette assertion un démenti formel. Les murs de l’établissement byzantin, comprenant la chapelle, ne diffèrent de ceux du palais que par leur construction plus hâtive et moins soignée ; par leur caractère général et leurs matériaux, ils sont identiques, le palais ayant seulement comporté l’emploi des matériaux de ruines plus anciennes qui étaient trop massifs pour les petites constructions avoisinantes. Non seulement je maintiens que les murs, désignés dans le plan de M. Dôrpfeld comme ceux du palais, contenaient dos briques et du mortier, mais j’ajoute que les briques étaient de celles que l’on rencontre dans les constructions byzantines du xic siècle après J. -G. Elles étaient d’ailleurs peu nombreuses, comme si elles n'avaient pas été un élément essentiel dans la construction, mais apportées là de quelque autre endroit. L’ensemble du mur était en pierres de carrière cassées, avec du mortier en quantité par endroits ; le mortier même était de mauvaise qualité, friable, ne ressemblant en rien au ciment que nous trouvons quelquefois à l’intérieur de très anciennes citernes.
~° On a recueilli dans les fouilles des fragments de poteries byzantines, grecques archaïques, gréco-romaines, mais le tout était confondu dans un puits où 1 on avait évidemment jeté ces débris après que l’emplacement avait été fouillé ou cultivé. Toutes les époques étaient absolument mêlées et fous les fragments avaient été déposés là en même temps. Je tiens ce détail d’un des auxiliaires de M. Schliemann. Les témoignages de l’occu-
pation byzantine sont incontestables et couvrent toute la colline de la citadelle, formant le dernier stratum de débris. Mais dans le palais comme ailleurs cette couche est la plus élevée et n'a été recouverte par rien ; le palais lui-môme est la dernière en date des constructions faites à cet endroit.
Si les Byzantins ont construit sur toute la colline, pourquoi auraientils respecté les ruines du palais qui occupait la position la plus élevée et la plus désirable? II y a bien des années, le site a été examiné et les plates-formes aujourd’hui visibles ont été déblayées, mais comme on reconnut qu’elles étaient byzantines, on les abandonna comme dénuées d’intérêt.
3° Toute la construction connue sous le nom de palais repose sur des débris auxquels M. Schliemann n’a pas touché. Le sol s’est même affaissé par endroits, parce que les matériaux inférieurs ont cédé ; il serait nécessaire d’examiner ces cavités pour se rendre compte de l’époque à laquelle les constructions peuvent appartenir. C’est ce que M. Schliemann aurait dû faire avant d’émettre une opinion touchant l’antiquité du « palais de Proetus ».
4° Les bases de pierre des colonnes qui formaient la grande salle sont incontestablement d’un travail barbare et de basse époque ; dans certains cas elles sont superposées à des débris, ce qui serait inadmissible dans une construction primitive.
5° Le sol est pavé en mosaïque. Il est vrai que cette mosaïque est très simple et grossière, mais le procédé lui-même était inconnu à l’époque grecque archaïque ou même à l’époque classique.
6° Les fragments de peintures murales n’ont rien d’archaïque, mais sont d’un travail byzantin pauvre et hâtif avec quelques traces affaiblies de la tradition classique.
Tels sont les motifs généraux sur lesquels nous nous sommes fondés — cinq archéologues anglais et américains, parmi lesquels M. Penrose et moi-même — pour nier le caractère antique du palais de Tirynthe. Malheureusement j’avais quitté la Grèce avant le commencement de la discussion, et je n’ai pu revenir sur les lieux pour y chercher des arguments nouveaux. Je ne voudrais pas contredire M. Dôrpfeld sur une question d’architecture classique ; mais ici il s’agit de savoir si les ruines sont préhistoriques ou byzantines. Je me suis occupé pendant de longues années, surtout au point de vue technique, des restes de monuments préhistoriques qui subsistent en Grèce et en Italie ; c’est une question sur laquelle je suis en droit d’avoir une opinion. On ne me répond pas en disant que les briques, les scies, etc., étaient connues en Égypte à une époque plus ancienne que celle où nous les rencontrons en Grèce ; bien d’autres procédés, inconnus à la Grèce, étaient pratiqués en Égypte, en Mésopotamie, peut-être aussi en Chine. Jusqu’au jour où l’on pourra signaler des briques, du mortier, de la mosaïque et des peintures murales dans une construction incontestablement archaïque , nous n’aurons pas le
droit d’attribuer les édifices de Tirynthe à une époque très ancienne. Admettre cette attribution sans autres preuves, c’est renverser tout ce que nous savons sur la technique de l'art dans l’antiquité.
Bien à vous,
W-.J. Stillman.
Larissa. — La démolition d’une mosquée a fait découvrir deux fragments d’architrave avec une inscription où l’éphore des antiquités de Thessalie, M. Kousis, a lu ces mots : Mx/.wv ’0p.ça7iiüvoç tov vafèv] Ait MetTvi^tw1 2.
Bardarion. — A Bardarion, en Thessalie, on a découvert un sarcophage en marbre décoré de sculptures : un homme et une femme entourés d’Éros, un homme avec deux couronnes, entre deux aigles et des tètes de lions; les petits côtés sont ornés de sphinx. A l’intérieur du sarcophage on a trouvé différents bijoux et une monnaie en ors.
Olympie. — Au sujet de l’identification définitive du Léonidaïon avec le grand monument du sud-ouest de l’Altis, dont il a été question dans notre dernière Chronique (plus haut p. 284), M. Gust. Hirschfeld veut bien nous faire observer que cette identification avait été proposée par lui dès 1882 ( Archaeol . Zeitung, 1882, p. 120). Combattu sur ce point par M. Chr. Scherer dans la dissertation De Olympionicarum statuts (Gottingue, 1885, p. 45 et suiv.) et par M. Kalkmann ( Pausanias der Perieget, p. 93), M. Hirschfeld a persévéré dans son opinion, qui vient de recevoir une confirmation éclatante.
Nous devons dire aussi que M. Laloux, ancien pensionnaire de la Villa Médicis, et auteur d’une restauration encore inédite d’Olympie, était arrivé au même résultat en 1884 par l’étude comparée du terrain et de la périégèse de Pausanias.
Volo. — Une très importante découverte a été faite en 1887 (26 janvier-26 février) près de Dimini, à une heure de Volo, sous la direction de MM. Kondakis, nomarque de Larissa, et Kousis, éphore des antiquités. MM. Lolling et Wolters, qui ont assisté aux fouilles,