Cf. Revue archéol. , 1887, 1, p
— Je suis obligé, fort à regret, de revenir sur le vase de Tamassos, que j’ai publié dans ma dernière Chronique. [Revue, 1887, I, p. 77- 81). Ce vase, peu de temps après ma publicalion, est resté déposé pendant quelques semaines au Musée du Louvre, puis il a été renvoyé en Angleterre à son possesseur, qui n’avait pu s’entendre sur le prix avec la Direction des musées. Mon étonnement a été grand lorsque j’ai constaté que le vase, dans son état actuel, ne répondait pas exactement aux photographies que j’avais reçues de M. O. Richter et d’après lesquelles j’ai exécuté mes dessins. Des trois chèvres sauvages (p. 77), il ne restait guère que la moitié d’une; l’oiseau volant (p. 79) était défiguré par d’évidents repeints; la scène dechasse (p. 80) n’avait pas été moins maltraitée; enfin, la Gorgone(?) et la figure qui enfonce le clou (p. 81) avaient disparu presque totalement’. Comme cet épisode est de beaucoup le plus curieux, je désirais établir la sincérité de mes dessins à l’encontre des dénégations qui pourront se produire; j’ai donc immédiatement écrit à M. Richter pour lui redemander des épreuves photographiques, qu’il a eu l’obligeance de m’envoyer sans retard et que je montrerais, s’il était nécessaire, aux sceptiques. Deux points sont bien établis : 1° que M. Richter a photographié le vase alors que les peintures étaient relativement en bon état; 2° que le vase a depuis souffert très sérieusement et qu’on s’est efforcé, d’une manière peu heureuse, de réparer à l’aquarelle les injures du temps, sans toutefois réussir à les réparer toutes. M. Richter, sur ma demande, m’a donné de nouveaux détails relatifs à l’histoire de ce vase, détails que je crois nécessaire de résumer ici. Trouvés par M. Richter lui-même, les fragments ont été retirés par lui [eigenhàndig) de la fosse et transportés sous sa tente. Au moment de la découverte, le vase était couché sur le flanc, la chasse au lion en haut, l’épisode de Persée en bas. M. Richter nettoya lui-même les morceaux, qui présentaient par endroits un dépôt calcaire. Puis il les fit porter à son domicile, au couvent d’Hagios-Heraklidis. C’est alors qu’il recolla le vase, avec l’aide d’un ouvrier expérimenté : ce travail difficile lui prit plusieurs jours. Pour assurer la solidité de l’objet, M. Richter boucha les lacunes avec de l’argile et y passa de la couleur pour donner de l’uniformité à l’aspect. Il nie absolument avoir repeint
1. J’avais averti (p. 79) que mes dessins, exécutés d’après des photographies mal venues, ne pouvaient être considérés que comme des approximations. Parmi les erreurs que j’ai commises, la plus importante est l’omission d'un licou au moyen duquel le cerf (p. 78) est attaché à un arbre. Le casque du Persée fp. 81) paraît aussi avoir été inexactement rendu, mais il est presque complètement effacé sur l’original.
d’autres parties que les sutures et les lacunes (Ritzen und Fehlslellen) qui sont faciles à reconnaître. Les photographies furent prises par lui dans la cour du couvent qu’il habitait.
Un peu plus tard, comme le vase était à Nicosie dans la maison de M. Richter, le colonel Warren, possesseur de la trouvaille, demanda que l’intérieur du vase fût garni de plâtre. Ce travail fut exécuté par deux ouvriers de Dali, Lovsos et Similis; mais comme ils étaient maladroits et que la colle employée par M. Richter ne tenait guère, le résultat de l’opération fut que le vase tomba en morceaux. On se mit à le recoller une seconde fois, sous la surveillance de M. Richter : le dommage avait été insignifiant.
A ce moment commença le procès Watkins-Warren, oùM. Richter se trouva en lutte avec le colonel. La police mit les scellés sur la chambre de la maison de M. Richter où était déposé le vase, dont la réparation n’était pas encore achevée. De là, il fut transporté dans la maison du colonel Warren : les renseignements de M. Richter ne vont naturellement pas plus loin. En 1886, le vase figura à la Colonial exhibition de Londres; en 1887, on l’envoya à Paris; aujourd’hui, il est sans doute en Angleterre, mais je ne sais entre les mains de quelle personne.
J’ajoute que le 13 avril 1886, à la réunion du Conseil des antiquités de Chypre, le colonel Warren a déclaré que le vase avait été partiellement restauré en Angleterre. D’autre part, dans une seconde lettre datée de Larnaka, 19 avril 1887, M. Richter, répondant à une nouvelle mise en demeure amicale que j’avais cru devoir lui adresser dans l'intérêt de la vérité et de la science, écrivait ce qui suit : « Quand le vase en fragments a été découvert par moi, on voyait intégralement la Gorgone, l’homme avec le clou, l’homme avec le casque élevé, le bouclier, la lance et l’épée. Les deux hommes sur le char étaient aussi visibles que sur la photographie. Mes retouches ont exclusivement porté sur les sutures et les trous. Dans cette classe de vases chypriotes, la peinture a été appliquée d’une manière très peu solide; la cuisson consécutive a souvent été insuffisante, d’autres fois elle a entièrement fait défaut. En frottant avec de l’eau ou avec tout autre liquide, on fait aisément disparaître les couleurs. Enfin, je dois dire qu au moment d’exécuter les photographies, j’ai mouillé toule la surface du vase, pour faire mieux ressortir les figures, dont la reproduction était difficile. »
L’histoire du vase de Tamassos n’est sans doute pas terminée ; nous essayerons de le suivre dans ses futures pérégrinations. Mais, avant de savoir ce qu’il deviendra, nous tenions à établir, pour l’édi-
ficalion des archéologues, que s’il n’est plus conforme aux photographies et à nos dessins, ce n’est ni la faute de M. Richter, ni la nôtre.
— M. Cecil Smith nous apprend' que depuis 1881, époque de l’occupation de Chypre par les Anglais, d’incessantes demandes de fonds ont été adressées par les archéologues à ta Treasury afin de pouvoir commencer des fouilles. On n’a rien obtenu ; les quelques travaux exécutés en 1881, à l’instigation de M. Newton, ont été payés par une souscription privée. Tout ce que le British Muséum peut faire, c’est d’acheter les objets que l’on découvre dans l’ile lorsqu’il dispose de fonds suffisants. Ainsi, dans le courant de 1886, cet établissement a acquis trois importantes antiquités provenant de Polis tis Chrysokhou. Ce sont: 1° une bague d’argent portant une mouche d’or en guise de chaton, chef-d'œuvre d’orfèvrerie grecque; 2° un charmant petit alabastron en terre cuite décoré de deux Ménades polychromes sur fond blanc et signé (P)asiades, nom d'un céramiste jusqu’à présent inconnu, qui paraît avoir été conlemporain de Polygnote a ; 3° un lécythe à figures rouges avec ornements blancs et dorés ; le su jet représenté Œdipe perçant le Sphinx avec une lance, en présence d’Athéné et d’autres personnages. C’est la première fois que ce motif ainsi traité parait sur un vase. L’Athéné est foute pareille (sauf qu’elle ne supporte pas de Niké) à la statue chryséléphantine de Phidias ; le casque, l’égide, le bouclier, la lance sont dorés et le reste de la figure avec la draperie est peint en blanc. En face de l’Athéné on voit un Apollon assis ; dans le champ, Castor et Pollux d’un côté, Aineias de l’autre. L’attribution de toutes ses figures ne souffre pas de doute, les noms étant inscrits à côté des personnages.
La liste des monuments représentant Œdipe et le Sphinx a été dressée par O. Jahn 1 2 3, Overbeck4 et Heydemann 5, mais ces catalogues partiels comporteraint déjà bien des additions. Outre le vase inédit de Chypre, que nous venons de décrire, nous signalerons un lécythe atlique à figures noires qui est entré récemment au Musée du Louvre. Il avait été donné, en 1883, à M. La Fuente, inspecteur des succursales de la Banque de France, alors en mission à Athènes. Comme il était brisé en une vingtaine de fragments, M. La Fuente