‹ Chroniques d'OrientChapitre 149 sur 410 · Perrot, Revue archéol., 1882, t. Il, p · texte numérisé non relu

Perrot, Revue archéol., 1882, t. Il, p

3. Revue archéol., 1883, t. I, p. 59. [Cf. Ramsay, Arch. Zeit., 1885, p. 208.]

que cet art ne peut certainement pas être considéré comme quelque chose d’uniforme et le produit de la même civilisation. » Telles sont, en résumé, les conclusions de ce mémoire, conclusions plutôt négatives que positives : elles se présentent dans leur ensemble comme une réaction contre le panhittilisme, qui risquerait d’égarer les recherches par le fantôme d’une unité trompeuse. M. Sayce répondra sans doute à M. Hirschfeld ; nous croyons qu’il n’a jamais professé, sans l’atténuer par quelques réserves, la thèse que son contradicteur a combattue. L’extension plus ou moins considérable de l’empire hittite est la question capitale sur laquelle devra porter désormais la discussion, en attendant que l’on ait déchiffré les hiéroglyphes.

Sidon. — D’importantes découvertes archéologiques ont récemment été faites à Sidon L Voici d’abord en quels termes elles sont annoncées par le Levant Herald and Eastern Express du 19 avril 1887 ; on verra que l’on se fait encore, à Constantinople, bien des illusions sur la valeur vénale des antiquités :

« Nous avons parlé jeudi dernier, dans notre partie anglaise, des antiquités découvertes à Sidon (vilayet de Syrie) et qui, d’après les archéologues et numismates qui les ont examinées, ont une valeur de plus de 30,000 livres turques. On est généralement d’avis que des fouilles considérables, pratiquées au même endroit, metlraient à nu des trésors historiques d’un prix inestimable. C’est pourquoi la Sublime Porte a chargé S. E. Hamdi-Bey, directeur du Musée impérial, de se rendre à Sidon pour surveiller et diriger les fouilles qui vont y être entreprises, prendre livraison des antiquités et objets d’art qui seraient découverts et les envoyer bien conditionnés à Constantinople. Hamdi-Bey est parti hier à bord du Sumatra, de la Compagnie italienne, en emportant avec lui des machines et instruments, nécessaires pour les nouvelles excavations. Il s’arrêtera tout d’abord à Smyrne pour y toucher ses frais de déplacement et les frais que nécessitent les travaux. Après un séjour de quarante-huit heures dans cette ville, il se rendra à Beyrouth et de là à Sidon. »

Le Moniteur oriental du 19 avril confirme ces renseignements :

« Sur des avis transmis par l’autorité du vilayet de Syrie que des objets d’antiquité avaient été découverts à Saïda, la Sublime Porte a

I. Des renseignements inexacts sur ces trouvailles ont été donnés par plusieurs journaux, p. ex. : The Times, 20 mars et 7 avril 18S7 ; Classical Reciew, 1887, p. 117; The Academy , 9 et 23 avril 1887; Philologische Wochenschrift, 21 mai 1887.

chargé S. E. Hamdi-Bey, directeur du Musée impérial, de se rendre sur les lieux et d’y surveiller les fouilles.

« Une délégation a été donnée à Hamdi-Bey sur le vilayet d’Aïdin, pour y puiser les sommes nécessaires aux travaux. Son Excellence part aujourd’hui. »

L’ingénieur du vilayet de Syrie, Bechara Deb, a adressé au sujet de ces fouilles un rapport détaillé à M. de Petiteville, consul général de France à Beyrouth, qui l'a transmis au ministère des Affaires étrangères (24 mars 1887). Ce rapport, très clairement rédigé, est venu entre nos mains grâce à l’obligeance de M. Perrot. Nous en reproduisons ici les principaux passages. On trouvera ci-dessous un plan sommaire de Saïda et de ses environs, dessiné d’après un croquis de M. Bechara, qui servira à orienter le lecteur (échelle de 1/24000).

« Les fouilles, opérées au début sans discernement, écrit M. de Petiteville, ont été conduites ces jours derniers d’une manière intelligente par l’ingénieur du vilayet, Bechara Deb. Ce fonctionnaire a compris que les sarcophages romains mis à jour avaient dû prendre la place de sépultures phéniciennes, et en creusant le sol jusqu’au

tuf en certains endroits il s’est facilement rendu compte de la réalité. Deux sarcophages anthropoïdes ont déjà été mis à jour. Pour le moment (24 mars), les travaux sont suspendus à Saïda, et il est interdit de pénétrer dans les cavaux. M. Deb va à Damas rendre compte au vali de sa mission; il reprendra les fouilles selon toute apparence a son retour et je tâcherai d’aller moi-même sur les lieux. »

Plan de la nécropole de Saïda.

M. Bechara Deb s’était rendu le 12 mars à Saïda, sur l’ordre du gouverneur du vilayet. La découverte qu’il avait mission d’étudier et de continuer est due au hasard. Un propriétaire nommé Mohamed Chérif, demeurant près du petit village de Halalier (Hélélié), à 500 mètres de ce village et à 1,200 mètres de la mer, occupait des ouvriers à extraire des pierres taillées du sol pour construire une bâtisse. Voyant que l’excavation était assez profonde, il eut l’idée de profiter des travaux déjà faits pour creuser un puits. C’est alors qu’il aperçut une ouverture à peu près quadrangulaire, de 3m,80 de côté et descendant à une profondeur de 12 mètres. Au bas des quatre parois paraissaient des ouvertures donnant accès à des caveaux taillés dans le calcaire tendre. La grotte artificielle était parfaitement orientée, la direction de chaque paroi répondant à l’un des points cardinaux. Malheureusement, tous les sarcophages avaient été anciennement violés.

Le caveau de l’est contenait deux sarcophages en marbre blanc :

1° Long., 2m,60; larg., lm,31; haut., lm,28. Sur les deux grands côtés, six pleureuses habillées à la grecque, en relief de O"1, 06; entre chaque pleureuse, une colonne ionique. Sur les deux petits côtés, trois pleureuses séparées par des colonnes de même ordre. Le couvercle a 0m,45 de hauteur; on trouve sur ses deux grands côtés une femme debout qui pleure, deux hommes conduisant deux chevaux, une voiture à roues massives Iraînée par quatre chevaux et portant un sarcophage. Le convoi est précédé d’un homme à pied, de deux chevaux conduits par deux hommes et d’une pleureuse. Sur les deux pelits côtés, on remarque sept personnes, les unes assises, les autres debout. Le dos du couvercle, imitant l’ardoise, est admirablement sculpté à 0m,005 de relief;

2° Long., 2m,40; larg., 0m,95; haut., lm,14. Pas de sculptures.

En creusant à une profondeur de 2 mètres dans le caveau de l’ouest, M. Bechara Deb a trouvé vers le nord un sarcophage anthropoïde de 2m,20 de long sur 0m,90 de large. « La tête porte une barbiche et de chaque côté se rabattent deux grands collets. » A l’intérieur du cercueil était une planche en bois de sycomore longue de lm,80 sur 0m,30 de large et 0ra,02 d’épaisseur; il y avait aussi un crâne entier et les principaux ossements d’un squelette. Un peu plus loin, on arriva à une chambre contenant quatre sarcophages. Les trois premiers ressemblent aux précédents (long., 2m,94; larg., ln,,15; haut., lra,34); ils ne sont pas ornés de figures, mais les pieds des sarcophages et les corniches sont sculptés. Autour des couvercles il y a des feuilles de vigne et des arabesques. Le quatrième sarcophage est colossal (long., 3m,20; larg., lm,70; haut., P», 30). Le couvercle seul a 0m,70 de hauteur. Le grand côté, malheureusement fort endommagé, représente une bataille : on distingue six cavaliers, cinq fantassins et cinq morts. Les combattants sont divisés en deux camps. Ceux du premier camp portent un casque, une cotte de mailles, un bouclier et une lance; quelques-uns sont complètement nus. Ils ont les cheveux frisés et n’ont point de barbe. Leurs adversaires, entièrement vêtus, portent une sorte de blouse avec ceinturon; les manches sont serrées dans toute la longueur du bras jusqu’au poignet. Ils portent également une sorte de caleçon collant qui se termine un peu au dessus de la cheville. Un manteau, jeté sur les épaules des combattants, flotte par derrière. La chaussure est très fine et enserre étroitement le pied. Le petit côté nord représente encore une bataille, à peu près identique à la première; seulement il n’y a qu’un cavalier et cinq piétons. Sur le côté ouest est figurée une scène de chasse: on

voit trois cavaliers, cinq piétons, trois lévriers, un lion et un cerf. Le côté sud est décoré d’un cavalier, de quatre piétons, d’une hyène (?) et d’un lévrier. Les chasseurs sont armés de lances, de haches et de flèches. Les reliefs sont bien conservés et exécutés avec soin. Les deux grands côtés du couvercle ne portent pas de sculpture, mais sur le petit côté nord est figurée une nouvelle bataille entre six fantassins divisés en deux camps. Le petit côté sud porte cinq fantassins et un cavalier. Sur les quatre angles du couvercle, on remarque quatre

lions; une arabesque suivie d’une rangée de feuilles de vigne court autour du couvercle.

Le caveau sud est plus remarquable encore. D’abord, les deux sarcophages qu’il contient sont plus bas de lm,70 que le niveau du vestibule. Les figures sont plus grandes que dans les autres tombeaux. Un des sarcophages (long. , 2"’,62; larg., lm,20; haut., lm,2(i) est en marbre noirâtre, sans sculpture. Le second (long., 2m,30 ; larg., lm,20; haut., lm, 30) porte sur le grand côté est « cinq cavaliers au galop, ayant des casques et de grands chapeaux ; à leurs pieds se trouve un sanglier. » Le côté ouest représente « deux femmes qui courent après quatre chevaux et ensuite deux autres femmes qui courent après quatre chevaux ». Sur le côté nord, qui est endommagé, on remarque deux Centaures élevant des coupes à la hauteur de leur tête; à leurs pieds est un homme nu tenant un bouclier. Le côté sud présente deux Centaures barbus « tenant un lévrier qu’ils semblent se disputer ». Le couvercle, haut de im,40, porte deux figures que M. Bechara s’est contenté de dessiner; à en juger par son croquis, qui n’est pas net, ce seraient un sphinx et un aigle.

Au fond du caveau nord, on remarque deux ouvertures. Dans la

grotte supérieure est l’emplacement d’un sarcophage; un second sarcophage en marbre noir se voit au-dessous. A l’est du caveau, à 2m,25 plus bas que le sol, on a découvert la porte d’une chambre sépulcrale creusée dans le roc calcaire qui contenait deux sarcophages, l’un anthropoïde à tète de femme, l’autre en marbre noir sans sculpture. Au même niveau du caveau, du côté opposé, une autre chambre sépulcrale contenait quatre sarcophages, dont trois en marbre blanc sans sculpture. Le quatrième, dont nous donnons ici un croquis d’après M. Bechara (p. 378), est en marbre blanc. Le seul côté sculpté représente « un homme avec une grande barbe, coiffé d’un bonnet pointu d’une hauteur double de la figure. Il est assis sur une chaise et tient à la main un sceptre. Une femme le regarde d’un air courroucé et tend vers lui ses deux mains. Après la femme viennent deux hommes suivis de deux chevaux. Cette composition a beaucoup souffert. »

Sur les boucliers et les selles des cavaliers du sarcophage représentant des scènes de combat, M. Bechara a remarqué « plusieurs dessins de différentes couleurs, mais assez ternis ». Cette constatation de la polychromie des reliefs est bonne à noter.

Des renseignements ultérieurs au sujet de ces fouilles ont été publiés par le Moniteur oriental (25 mai 1887). Ils sont empruntés par ce journal au Hadikat-el-Aklibar de Beyrouth.

Nous avons déjà signalé l’arrivée en Syrie de S. E. Hamdi-Bey, directeur du Musée impérial et des Beaux-Arts à Constantinople, pour présider aux travaux nécessaires au déblaiement de superbes antiquités mises dernièrement à jour à Saïda et pour aviser à leur transport et à leur expédition à la capitale.

Hamdi-Bey a pour adjoint dans cette mission scientifique et délicate Démosthène-Bey Baltazzi, directeur du Musée de Smyrne. Becbara-Effendi, ingénieur en chef du vilayet de Syrie, a été également envoyé par l’autorité supérieure pour assister aux travaux.

Les découvertes ont été faites dans une grotte taillée dans le roc, située à une demi-heure à l’est de Saïda. Sa profondeur au-dessous du niveau de la terre est d’environ 15 mètres. Cette grotte parait n’avoir eu aucune porte ou issue, ses parois formées par le roc même étant intactes. Découverte par hasard, on y descendait d’abord en s’aidant de cordes que Hamdi-Bey fit enlever en établissant des échelles en bois.

Le fond de la grotte présente une sorte de salle carrée entourée de tous côtés de plusieurs niches taillées dans le roc aussi et dans lesquelles ont été trouvés dix-huit superbes sacorphages en marbre blanc et d’un travail infini. Hormis quelques-uns qui remontent aux Phéniciens, ils sont pour la plupart grecs. Trois d’entre ces sarcophages sont les plus remarquables et ils appartiennent à l’art grec : le premier a été trouvé

dans la niche orientale et il a la forme d'un mausolée en marbre blanc ayant sculptées en relief sur les côtés dix-huit femmes larmoyantes; sur le couvercle on aperçoit également sculpté le cérémonial de l’enterrement du défunt; les deux autres sarcophages ont été trouvés dans les niches méridionales. L’un d’eux se distingue par sa sculpture artistique d’une beauté incomparable : on voit sur ses quatre côtés des groupes de cavaliers armés dans l’élan du combat; plus haut on voit également, mais de moindre dimension, d’autres groupes de cavaliers et de piétons, quelques-uns admirablement coloriés au rouge, mais tellement beaux et artistiquement disposés en relief que l’on ne peut que s’extasier dans la contemplation de ces sculptures que le plus grand maître ne réussirait d’imiter sur la cire même. Le troisième sarcophage représente un grand mausolée d’un poids de 15 tonnes environ dont aucun musée au monde ne possède de pareil jusqu’ici; son couvercle est de forme convexe et représente en sculpture différents groupes de coursiers dans l’ardeur de la course et divers types de femmes. Sur un côté du sarcophage, on voit des sphinx.

Chaque sarcophage est formé d’un seul bloc de marbre et le couvercle de même.

Dans l'impossibilité de soulever ces immenses sarcophages pour les mettre sur terre, et la grotte se trouvant au pied d’une colline, Hamdi- Bev a fait opérer le percement d’un tunnel de la largeur de 15 mètres, qui, taillé dans le roc au niveau du sol, traverse un jardin pour aboutir à la route carrossable.

Les travaux de percement seront terminés dans quinze jours et les sarcophages seront alors extraits et embarqués sur un navire spécial pour Constantinople.

Hamdi-Bey, dont l’érudition est vaste en matières scientifiques et artistiques, se propose de publier un ouvrage qui donnera une description détaillée de ces antiquités avec les notions historiques qui s’y rattachent.

Nous avons reçu depuis la dépêche suivante de M. Démosthène Baltazzi, datée de Beyrouth, le 2 juin 1887 ;

« Hamdi-Bey et moi en mission à Saïda avons découvert un sarcophage anthropoïde en marbre noir couvert d’inscriptions hiéroglyphiques et phéniciennes dans caveau non violé. Continuons les fouilles.

« Démosthène. »

Cette dépêche, communiquée à l’Académie des inscriptions (séance du 3 juin 1887), a été confirmée par un télégramme adressé à M. Clermont-Ganneau. Il s’agit d’un sarcophage en diorite dont le couvercle est couvert d’hiéroglyphes; vers les pieds du couvercle anthropoïde est gravée une inscription phénicienne de huit lignes. L’analogie avec le sarcophage d’Eschmounazar est évidente. Hamdi-Bey a eu l’obli-

geance d’envoyer les estampages accompagnés d’un mémoire à l’Académie des inscriptions. C’est donc dans les Comptes rendus des séances de l’Académie que nos lecteurs doivent chercher l’épilogue de cetle brillante découverte, à laquelle la Revue archéologique consacrera une étude développée 1 .

Égypte. — M. Naville, agissant au nom de VEgypt Exploration fund, a commencé au mois de février dernier l'exploration d’une nécropole gréco-romaine à Tell-el-Yahoudièh2. Dans le tell lui-même, qui avait été complètement bouleversé par les fellahs, il n’a découvert qu’un bloc en granit portant le nom d’un roi inconnu de la XXIIe dynastie3. La nécropole se compose de tombes taillées dans le roc, généralement sur un plan uniforme. Deux ou trois marches conduisent à une petite porte qui s’ouvre sur une chambre carrée, dont les parois sont percées de niches horizontales assez grandes pour recevoir des cercueils. Presque toutes les tombes auraient été anciennement violées. M. Naville a recueilli une longue épitaphe grecque mutilée et d’autres inscriptions funéraires qui rappellent les noms de Juifs hellénisés.

MIKKOC NsOANeüiC nACI OIAî XPHCTs AuPe XAlPe «C stwN Ae Lis <t>Aw0l IA sAsAZAPe AtoPe XPHCTe ÜACI OIAe

D’autres noms, comme CAAAMIC» BAPXIAC, peuvent bien aussi avoir été portés par des Juifs. M. Naville est disposé à croire que le nom de cette localité, Jell-el- Yahoudièh, est l’écho d’un fait historique confirmé par les épitaphes qu’on y recueille. Avec M. Brugsch, il pense qu’elle marque le site de la ville donnée aux Israélites par Plolémée Philométor.

Une nécropole voisine, à un quart de mille plus loin dans ledésert, contenait des tombes violées : les cercueils en terre cuite, affectant la forme de momies, sont couverts de peintures grossières imitant le

1. [Voir Revue archéologique , 1887, II, p. 1-10, pl. XI, XII.]

2. The Academy, 23 avril 1887. Des fragments de même provenance sont entrés au Brilish Muséum dès 1874 ( Revue archéol., 1874, H, p. 63.)

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