Philologische Wochenschrift , 1888, p
duite; les pièces attiques les plus rares, des monnaies précieuses d’Asie Mineure et d’autres provenances, disparaissaient sans que l’auteur du larcin pût même être soupçonné. L'émotion, comme cela arrive d’ordinaire en pays grec, fut encore plus grande que le dommage. Ce vol, suivant l’expression d’une feuille athénienne, prit les proportions d’une question d'État1. Le conservateur du dépôt, M. Postolacca, fut l'objet d’une mesure très rigoureuse ; son attaché, M. Svoronos, ne fut pas moins malmené. On se mit à récriminer contre la négligence des uns et des autres, faute de pouvoir sévir contre le voleur. L’éphore général déposa une plainte au parquet contre les exportateurs d’objets d’art anciens, comme si ce petit commerce était resté, jusqu’alors, inconnu des différents ministres qui se sont succédé au 88 de la rue d’Hermès! « On a aujourd’hui la certitude, écrit naïvement le Messager, que des marbres d’une grande valeur, des terres cuites remarquables, qui sont l’ornement des Musées de l’Europe occidentale, ont été vendus par des Grecs à l’étranger. » C’est là, on l’a répété souvent ici, une conséquence inévitable de la loi draconienne « qui régit et prétend prohiber », comme disait Lenormant, le commerce des antiquités ; pour l’avoir déclaré sans ambages dans la Revue des Deux-Mondes de 1883, je passe encore, après six ans, pour un mishellène aux yeux de quelques estimables Athéniens. Aujourd’hui, l’on fait semblant de s’apercevoir des résultats d’une loi impuissante et nuisible, mais on parle de poursuivre les coupables au lieu de chercher à améliorer la loi ! A quoi serviront les rigueurs que l’on médite? A ce que des antiquités grecques seront vendues en Europe sous le nom de campaniennes et vice versa. On augmentera les ennuis des archéologues et l’on ne découragera pas les exportateurs.
M. Périclès Raftopoulos fut imprudent; après avoir fait un bon coup à Athènes, il voulut en faire un meilleur à Paris, chez MM. Rollin et Feuardent, 4, rue de Louvois. Cette fois, il réussit à s’emparer d’un véritable trésor valant au bas mot 500,000 francs ; mais sur une indication du consulat grec, notre police prit ses mesures et Raftopoulos fut appréhendé à Paris. On retrouva la presque totalité des pièces volées rue de Louvois ; pour celles du Cabinet d’Athènes, c’était plus difficile, puisqu’on n’en possédait pas d’inventaire exact. Toutefois, un des éphores des antiquités, M. Staïs, a pu en recouvrer un certain nombre à Paris, entre les mains de gens à qui Raftopoulos les avait vendues. D’autres se trouvent, dit-on, en Italie, où Raftopoulos a fait
i. Messager d’Athènes, 7 mars 1888.
un pelit voyage à la suite de son premier exploit. Les journaux de Grèce et les nôtres se sont beaucoup occupés de cette affaire et Raftopoulos est devenu du coup plus célèbre que s’il avait donné une seconde édition de Mionnet.
Nous ne résistons pas au plaisir de reproduire une page bien spirituelle d'une correspondance d’Athènes publiée par 1 q Journal des Débats 1 :
Athènes, le 28 avril.
L’émotion causée par l'arrestation de Périclès Raftopoulos, le voleur présumé du Cabinet des médailles, commence à se calmer. De temps en temps, une correspondance, datée de Paris et insérée dans VÉphéméris ou l'Acropole, avertit encore la nation hellénique qu’un frère indigne, arrêté par la police parisienne, regrette, à Mazas, dans une cellule morose, les mers souriantes, le ciel de satin bleu, le profil lointain des Cyclades couleur d’or et l'eau des sources de l’Hymette, si douce à boire au café de la Belle-Grèce, pendant les soirées tièdes, entre deux liasses de journaux. Et c’est tout. — Raftopoulos, toutefois, n'a rien à regretter; il a eu cette satisfaction, qui, pour un Grec, est une volupté suprême : on a beaucoup parlé de lui. Pendant une quinzaine, il a été, sur toute la surface du royaume, le sujet de toutes les conversations et le héros du jour. Sa biographie s’est vendue à des milliers d’exemplaires. Les journaux donnaient son portrait et vantaient sa beauté, qui n’était pas justifiée par leurs images. A cause de lui, les Grecs ont à peine vu le défilé d’ombres chinoises qui est, maintenant, la scène principale de notre comédie politique.
A Athènes, la curiosité naturelle était aiguisée par ce fait, que tout le monde, ou à peu près, l’avait connu. Quiconque avait fréquenté, dans ces dernières années, les salles de l’Université ou de la Bibliothèque nationale, retrouvait, dans ses souvenirs, ce rusé compère, dont l’inclination naturelle était de voler, et qui avait joué à sa propre famille de fort bons tours, avant de tomber aux mains implacables de M. Goron. Il volait, fort calme et très digne, pour rien, pour le plaisir. La police le savait, et même, un beau jour, avait fait mine de se fâcher. Mais de hautes protections implorèrent sa grâce ; il en fut quitte pour une verte semonce, et, depuis cette brouille passagère, on se contentait de le surveiller de loin, avec une paternelle indulgence.
Raftopoulos était poète à ses heures; il jouait de la cithare et célébrait sur le mode lyrique, avec des mots éthérés, les charmes très matériels d’une beauté locale, l’opulente Phrosô. Il l’appelait « sa petite perdrix » ( perdicoula ); il comparait son regard à une épée flamboyante
I. [L’auteur de cette correspondance est M. Deschamps, membre de l’École française, aujourd’hui sécrétaire à la rédaction des Débats.]
qui traversait le cœur de l'amoureux, il refusait de vivre loin de ses cheveux « noirs comme le feuillage d’un cyprès ».
Quand il publia le recueil de ses poésies, quelqu’un fit l’inventaire de ces tendresses passionnées, et déclara que l’auteur les avait « empruntées » à plusieurs de ces amis, amoureux et poètes comme lui, et qui revendiquèrent bruyamment leurs droits de propriété littéraire.
Raftopoulos était journaliste. Sa copie, abondante et facile, alimentait plusieurs recueils périodiques et beaucoup de feuilles quotidiennes. Il fut un reporter sublime : le lendemain du vol du Cabinet des médailles, il interviewa le sous-directeur, M. Svoronos, et se fit raconter l’événement par le menu. Enfin, Raftopoulos faillit devenir diplomate; il s’était fait inscrire au concours pour un posté d’attaché ; sûr du succès, il avait déjà commandé son épée, son frac et son tricorne. Malheureusement, la veille de l’examen, il s’attira une méchante affaire ; pour un petit vol, pour une peccadille sans importance, l’astynomie se mit décidément en colère, et le jeta en prison, justement ce jour-là, pendant quelques heures. Le roi Georges frémit encore en pensant qu’il aurait pu être représenté auprès des cours étrangères par cet habile homme, trop aventureux.
A ce moment, Périclès Raftopoulos, ennuyé du séjour d’Athènes, et désireux de se produire sur un plus vaste théâtre, résolut d’aller à Paris. La grande ville le fascinait; il voulait dépayser sa mauvaise réputation ; il espérait se perdre dans cette cohue d’hommes et de choses, où les coffres-forts sont plus impersonnels et les porte-monnaie plus anonymes. Comme il jugea nécessaire, avant d'aller à Paris, de se munir d’un titre retentissant, il prépara, en quelques nuits, l’examen du doctorat en droit. Il connaissait les lois mieux qu’un juge d’instruction ; le Code pénal, qu’il avait étudié comme un ennemi dont il faut connaître toutes les ruses, n’avait pas de mystères pour lui. L’Université d’Athènes, avec une admirable philosophie, lui donna la mention lian halos (très bien), et lui délivra un diplôme signé de tous les prytanes et de tous les cosmètes. Ce fut le dernier succès de cette rapide et brillante carrière.
Je ne sais si M. le préfet de police et M. le chef de la sûreté ont pris le temps de lire, dans les journaux grecs, le récit de leurs prouesses. Pour ma part, j’ai trouvé à ces récits une saveur imprévue et très rare. Cela prenait, sous la traduction en langue byzantine, une couleur lointaine et un parfum de Bas-Empire, qui faisait songer aux temps de Jean Zimiscès et de Nicéphore Pbocas. Nos fonctionnaires en habit noir apparaissaient, déguisés en dignitaires des chancelleries impériales. Le préfet de police était archège de l’astynomie ; le brigadier Rossignol était dêcarque et archiphy laque ; nos commissaires de police étaient astynomes; les gamins de Paris n’auraient pas reconnu, sous ce travestissement historique, la silhouette coutumière des gardiens de la paix. Je passe d’autres titres plus retentissants encore. Il est à souhaiter que M. Victorien Sardou consulte ce catalogue de dignités. Il y trouvera, pour la reprise de Thêodora, des titres encore plus étranges que ce fameux « centurion des
gardes scholaires » qui a fait la joie des chroniqueurs érudits et le ravissement des petites comédiennes fortes en histoire.
Maintenant que tout ce bruit s’apaise, il est intéressant d’analyser le sentiment qui a fait ici, pendant quelques jours, la grande célébrité de Raftopoulos. Ce sentiment était composé des éléments les plus contraires. On y trouvait, avec la satisfaction d'avoir un voleur célèbre, un certain dépit de voir aux mains de la police parisienne un maître fripon pour qui la police athénienne avait eu de grandes indulgences et presque des égards. La vanité nationale n’admettait pas que M. Goron fût un limier plus exercé que l'excellent major Staïkos, astynome d’Attique. Cette arrestation en pays étranger satisfaisait la morale et de justes ressentiments, mais elle froissait la bonne opinion que les Grecs ont d’eux-mèmes. La Nêa Ephiméris, dans son numéro du 23 mars, déclara sans détours que sans doute la police parisienne avait des qualités, mais qu’enfin le premier mérite de cette capture appartenait aux magistrats athéniens qui, les premiers, avaient porté leurs soupçons sur Raftopoulos.
Nous tenons aussi à reproduire la lettre suivante, publiée par le même journal, parce que l’on semble avoir singulièrement exagéré, dans celte triste affaire, les torts de M. Postolacca :
Paris, le 18 mai 1888.
Le Journal des Débats a annoncé dernièrement que, parmi les médailles du Cabinet d’Athènes volées par Raftopoulos, il s’en trouve de fausses, échangées avant le vol contre de véritables antiques.
Mon vieil ami, M. Postolacca, ex-directeur du Cabinet d’Athènes, me charge de protester de sa part contre cette insinuation : les fausses médailles en question proviennent sans doute de la série spéciale formée par lui dans un but d’instruction, et publiée dans sa Synopsis numorum veterum, pages 154 et suivantes.
« Dans l'espoir que vous voudrez bien insérer cette rectification dans un de vos prochains numéros, je vous prie d’agréer, etc.
Arthur Engel,
Ancien membre de l’Ecole française d’Athènes.
— Un élève de M. Mommsen, M. B. Pick, a été chargé de réorga niser ce qui reste de la collection numismatique d’Athènes et d’en dresser promptement le catalogue. M. Lolling, passant au service du gouvernement grec, doit cataloguer les inscriplions du Musée central.
Le Pirée. — M. Dragatsis a publié dans la Philologische Wochenschrift (1888, p. 163) plusieurs inscriptions funéraires récemment découvertes au Pirée. L’une d’elles, irouvée dans le quartier Ivapaêâ, se lit "OXujjixoç aùXrjTVjç ; une antre, exhumée sur la nXaTeïst toù àp. a-
Çoffrafffou (traduction élégante de station des fiacres), porte suivant M. Draqatsis :
SOSIA E GALLIS TE LIA BENE MERENTI
Les inscriptions latines numérotées 3880 et 3883 dans le recueil de M. Koumanoudis, proviennent du même endroit *.
Icarie1 2 3. — Nos lecteurs se souviennent que M. Milchhoefer découvrit, en 1887, sur la route de Marathon à Kephisia, le sanctuaire de Dionysos à Icarie ( Revue archéol., 1887, II, p. 74). L’archéologue allemand exprima le vœu que l’on y pratiquât des fouilles, et nous fûmes heureux de nous en faire l’écho ici-même. Dans l’été de 1887, M. Merriam, le nouveau directeur de l’École américaine, passa par Berlin en se rendant à Athènes : M. Curtius l’engagea à faire explorer l’emplacement d’Iearie, et M. Merriam, aussitôt arrivé en Grèce, sollicita l’autorisation nécessaire. Les fouilles ont commencé au mois de février 1888 et le succès en a été considérable, comme on le verra par le résumé suivant.
Le point initial des excavations est une église byzantine ruinée, qui a conservé, dans le langage populaire, le nom de Sto Dionyso, frappant exemple de la survivance des vocables mythologiques en Grèce. L’église est au pied delà colline de Stamatovouni, d’où l’on jouit d’une très belle vue sur la plaine et sur la baie de Marathon; le regard s’étend, au loin, jusqu’aux montagnes de l’Eubée. Les premières recherches eurent pour objet de dégager un monument choragique qui semblait avoir été engagé dans l’abside de l’église. L’architrave de ce monument était visible, portant les noms des chorèges; l’inscription avait été lue par Chandler et rééditée parBoeckh, mais avec une légère erreur (A1NIAZ pour ATNIA1E). On fouilla d’abord derrière l’église, à l’est de l’abside, et l’on retrouva bientôt tous les éléments d'une restauration du monument choragique, mais on s’assura que cet édicule avait dû être situé à quelque distance de l’église et non pas à l’endroit même où elle fut construite. Au nord de l’église, on découvrit plusieurs inscriptions portant le démotique IKAP1EYZ, notamment un
1. La Philologische Wochenschrift a aussi publié un plan des environs d’Héétioneia (1888, p. 226), avec une notice sur les fouilles de l'École française. Cf. ibid., p. 451, article sur les noms de lieux modernes au Pirée.
2. The Nation, 1887, p. 202, 233-236, 241, 262; Revue des Études grecques,
décret fort long et parfaitement conservé (iue ou iv° siècle), par lequel les Icariens couronnent le démarque Nicon pour avoir présidé avec zèle à la fête de Dionysos.
Parmi les autres textes épigraphiques, on signale une stèle hypothécaire. A l’ouest de l’église, on a trouvé un siège de marbre et trois bas-reliefs funéraires parfaitement conservés, dont l’un surtout — - une femme assise à laquelle une servante tend une cassette — parait être d’un excellent travail. Un torse viril, plus grand que nature, a peut-êlre appartenu au Dionysos du sanctuaire ; notons encore une jolie tête féminine et le torse d’une statue finement drapée.
M. Buck, qui dirigeait les fouilles, apprit de ses ouvriers qu’il existait des 'iréTpa'.ç p.s à environ 2 milles de là. S’y étant trans¬
porté, il découvrit l’inscription suivante :
[TTJANTAKAHI [n]ANTAlNETOY TTAflOE I EYZ XAIPAMENHZ MO AOTOY 1 KA P I E Y 2
Cette inscription donne à penser que la bourgade de Plolheia devait être dans les environs d’Icaria. Plotheia, comme on sait, est une des trois bourgades épacriennes ; les deux autres seraient Semachides et Icarie (cf. Bursian, Geogr. von Griechenland, t. I, p. 342).
Les fouilles subséquentes autour de l’église byzantine ont fait découvrir deux œuvres de sculpture de la plus haute importance : une tête colossale de Bacchus barbu, appartenant sans doute au via siècle, avec les cheveux et la barbe indiqués à la manière orientale, et une longue, stèle qui porte une réplique fort exacte du guerrier de Marathon , où il ne manque que la tète. Un torse de jeune Satyre, un torse colossal de statue virile drapée, deux stèles ornées de reliefs représentant des processions et des sacrifices, deux inscriptions du vc siècle avant J.-C., dont l’une est relative au culte rural de Dionysos, sont bientôt venues s’ajouter aux découvertes faites dès le début. Puis on a commencé le déblaiement d’un nouveau temple, le Pythionou sanctuaire d’Apollon à Icarie : on y a trouvé un joli relief qui représente Apollon, assis sur Yomphalos, tenant des rameaux d’une main et une patère de l’autre; derrière le dieu est une femme debout, sur le devant est un autel avec un adorant. Un autre relief représente Apollon jouant de la lyre. Non loin de là, on croit avoir reconnu quelques degrés d’un théâtre. Le
propriétaire du terrain fouillé se propose de doter Icarie d’un musée local.
Oropos — Les fouilles de l’Amphiaraïon sont terminées et l’on attend la publication d’ensemble des résultats (cf. les IIpaxTixæ de 1884 et Mittheil. des d. Inst ., 1886, p. 329; les inscriptions sont données dans l’ ’Eç Y)p.ep(ç àp/zioloyi.v.-q). Le grand portique placé audevant du temple s’étend sur une longueur de 110 mèlres; il servait à abriter, en cas de mauvais temps ou pendant les entractes, les spectateurs du théâtre voisin. La face principale était ornée de cinquante colonnes doriques ; une longue inscription était gravée dans les métopes, singularité dont nous ne connaissons pas d’autre exemple. Contre les murs étaient appuyés des fauteuils de marbre, dont plusieurs portent des noms propres. La grande halle centrale du portique était divisée en deux parties par une rangée de colonnes ioniques et séparée des deux ailes par des murs percés chacun d’une porte. Parmi les monuments figurés, peu nombreux d’ailleurs, qui ont été découverts au cours des fouilles, on cite une statue et un bas-relief représentant Amphiaraos dans l’attitude et avec les attributs d'Asklépios. Sur le relief, Amphiaraos est accompagné d’Hygie, assise auprès de lui ; une tète de Pan, jouant de la double flûte, parait à travers une lucarne dans le champ.
Thèbes*. — Les fouilles de l’École allemande au sanctuaire des Cabires ont pris fin. On a encore trouvé vingt-cinq vases, quatre figurines en terre cuite et six statuettes votives d’animaux, dont trois en plomb et trois en argile. Tous les objets découverts ont été transportés à Athènes.
TanagreL — On a découvert une tombe d’enfant contenant treize terres cuites; toutes ces statuettes, de type identique, représentent un éphèbe nu tenant un coq de la main gauche contre sa poitrine. La même fouille a donné d’assez nombreux vases, une très grande ferre cuite représentant une femme debout, une vieille femme portant un enfant, des femmes assises, un enfant nu assis sur ses talons, etc.1 2 3 4. Les fouilles subséquentes n’ont pas été moins fructueuses5; on men-