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The Athenaeum , 19 mai

Chypre1 2. — MM. Ernest G-ardneiy Hogarth et James, chargés par le Cyprus Exploration fund de commencer les fouilles, sont arrivés dans l’ile au commencement de l’année courante. Les recherches ont porté sur trois points :

1° M. James a éludiéla colline dite Leontari-Vouno, à 4 milles sudest de Nicosie (7-24 janvier). Il y a relevé les traces d’une très ancienne acropole avec de nombreuses citernes, quelques tombes creusées dans le roc et dans la terre, ces dernières contenant des vases de très ancien style, des instruments en bronze, des spirales en cuivre et en argent (?). Un perçoir en bronze, trouvé dans une tombe, est encore muni de son manche de bois. Il faut ajouter aux découvertes de cette courte exploration de nombreuses fusaïoles en argile, quelques perles de porcelaine et une pointe de lance en bronze, longue de 26 pouces (?) qui a été recueillie en dehors d’une tombe ;

2° Aux environs de Paphos, on a examiné plusieurs nécropoles où la plupart des tombes avaient été antérieurement violées. On a cependant découvert des poteries ornées de cercles concentriques, une inscription chypriote, une stèle peinte et d’importantes verreries ; l'une d’elles porte un dessin gravé qui représente un enfant dansant et un aigle. Deux jolis flacons affectent la forme assez rare de grappes de raisins ! ;

3° Le principal effort a porté sur les ruines du temple de Paphos, à Ivouklia, où M. Gardner a dirigé les fouilles, tandis que M. Elsey Smith travaillait à en lever le plan. Cette dernière tâche était fort malaisée, les vestiges du temple archaïque, peu nombreux d’ailleurs, se confondant avec ceux du temple reconstruit à l’époque de Tibère. M. Smith a dressé un plan à l’échelle de 1 pouce par 5 pieds. L’édifice ruiné, dont une restitution semble difficile, comprend trois grandes salles parallèles entourées de portiques ; l'un d’eux conserve encore son pavé de mosaïque.

On a découvert plus de cent cinquante inscriptions, dont quelquesunes chypriotes; la plupart appartiennent à des bases de statues et sont intéressantes pour l’époque hellénistique et romaine (statue élevée par les Paphiens à Tibère qui avait reconstruit leur temple; lettre d’Antiochus à Ptolémée, au sujet des Séleuciens; liste des souscripteurs à l’èXaio^piorlov ; inscription en distiques se rapportant à la for-

1. The Athenaeum , 3 mars, 10 mars, 1 avril, 14 avril, 21 avril, 5 mai 1888.

2. On a trouvé deux beaux flacons de même forme dans la nécropole romaine de Poitiers ( Musée de Saint-Germain, salle de la verrerie). Cf. Revue archéol., 1858, p. 538; Deville, Histoire de la verrerie, pl. LU; Froehner, Collection Charvet, p. 58 et pl. IV.

tification de Paphos par le roi Nicoclès; inscription relative à un bibliothécaire du Musée d’Alexandrie; piédestal d’une statue d un prêtre d’Aphrodite ; piédestal d’une statue d’un o'p/uwp.a'îoœûXa; et professeur de tactique à Alexandrie ; piédestal de la statue d’un 7,'.vupxp-/cç). En monuments de sculpture, la récolte a été plus maigre; on ne peut guère citer qu’une tête grecque archaïque, en marbre, une tête en marbre d’Éros et quelques têtes en terre cuite de bon style. Signalons encore deux cônes votifs, analogues à ceux qui sont figurés sur les monnaies ;

4° Avant le commencement les fouilles de Paplios, MM. Guillemard et Hogarth ont découvert au village d’Anoyira, parmi des restes de poterie grossière, un monolithe perforé, émergeant du sol à une hauteur de 8 pieds ; ce monolithe est analogue aux deux pierres de Paphos représentées dans le livre de Cesnola. Vingt huit autres menhirs ont été trouvés aux environs; la plupart sont placés sur de petites éminences. M. Guillemard n’admet pas que ce soient des monuments phalliques; il les rapporte à l’époque romaine, et pense qu’ils avaient quelque relation avec les pressoirs à l’huile dont on trouve souvent les ruines tout auprès. Ces pierres sont d’ailleurs, à Chypre, l’objet de pratiques superstitieuses. M. Hogarth s’est expressément associé à l’opinion exprimée par son collègue, et nie que ces monolithes aient aucune analogie avec les fameux cônes sacrés figurés sur les monnaies de Paphos.

Dans VAcademy du 11 février 1888, M. Sayce a publié une lettre assez pessimiste, d’où il ressort que l’ile d’Aphrodite a été une déception pour lui. L’Angleterre, dit M. Sayce, n’a presque rien fait pour Chypre, et il constate, non sans amertume, le contraste entre l’état de choses qu’elle y laisse subsister et ce que la domination ou le protectorat de la France ont fait en Algérie et en Tunisie. Routes, ports, auberges, tout est encore dans l’état le plus primitif. Les habitants sont accablés d’impôts et, par surcroît, mal administrés. Quant aux antiquités, il n’en reste que de maigres vestiges à la surface du sol. L’emplacement qui serait le plus fécond, si on l’exploitait d une manière méthodique, est la nécropole de Paraskevi, près de Nicosie. De là sont venus beaucoup de cylindres intéressants : l’un portant un aigle à deux têtes, symbole connu des monuments de la Ptérie, est au Musée local, et la même nécropole a récemment fourni un cylindre babylonien avec une inscription cunéiforme en deux lignes. M. Sayce n’osait pas recommander de tenter des fouilles à Paphos (Kouklia) , à cause des dépenses considérables qu’elles devaient entraîner ; ce qui l’a frappé surtout, c’est le grand nombre d’emplacements déjà

bouleversés par les chercheurs de trésors. Le savant voyageur nous apprend que M. de Castillon, vice-consul de France à Larnaka, a fait récemment quelques découvertes heureuses à Curium, notamment celle d’un beau vase hellénique, avec les mots Môya'/./.îjç xa'Aoç, à l’intérieur duquel était placé un second vase qui contenait à son tour un casque de bronze. M. de Castillon aurait aussi recueilli des bijoux d’or, nolamment une bague avec chaton gravé, des verreries et d’autres objets intéressants. Nous regrettons de n’avoir repu aucun renseignement complémentaire sur ces découvertes, qui mériteraient d’être mieux connues.

— On a vendu à Londres, au mois de mars 1888, une nouvelle portion de la collection chypriote formée par le major di Cesnola et appartenant à M. E.-H. Lawrence. Un certain nombre d’antiquités de même provenance ont été récemment acquises par le Musée de Munich.

— Pendant que le Cyprus Exploration fund poursuit sa première campagne, des doléances continuent à nous arriver sur le régime des antiquités à Chypre. A en juger d’après les faits qu’on nous signale, ces doléances ne sont pas sans fondement. Les vieux Chypriotes affirment que les explorateurs anglais ne se soucient nullement du Musée local et qu’ils veulent transporter à Londres toutes les trouvailles qui vaudront le transport; ils ajoutent que l’administration laisse le Musée sans ressources, qu’elle ne se préoccupe pas de donner à ses collections une installation moins défectueuse. N’est-il pas visible — ce sont toujours les vieux Chypriotes qui parlent — que le pillage des antiquités de l’ile, par les fonctionnaires et les antiquaires anglais, va s’exercer désormais en toute liberté et sans le moindre contrôle? On se propose d’interpeller à ce sujet le gouverneur dans une des prochaines sessions du parlement local. Il y a, croyons-nous, des mesures à prendre pour sauvegarder les intérêts du Musée de Chypre; nous comprenons l’émotion des insulaires patriotes en présence des fouilles nouvelles dont ils risquent de ne tirer aucun profit.

Voyages de M. Sterrett en Asie Mineure. — La bibliothèque de l’École américaine d’Athènes vient de s’enrichir de deux beaux volumes contenant les inscriptions recueillies en Asie Mineure par M. Sterrett, au cours de fructueuses expéditions dont nous avons déjà entretenu les lecteurs de cette Chronique. D’excellentes cartes, dessinées par M. H. Kiepert, permettent d’embrasser d’un coup d’œil les résultats de premier ordre que la géographie de l’Asie Mineure doit à ces voyages si intelligemment conduits. M. Sterrett comptera désor-

mais, à côté de Le Bas, de MM. Waddington et Ramsay, parmi les savants auxquels l’épigraphie et la géographie anatoliennes sont redevables des enrichissements les plus précieux. Ses recherches ont porté sur la Cilicie, la Lycaonie, l’Isaurie, la Pisidie et la Cappadoce : il y a copié plus de mille inscriptions, identifié une vingtaine de villes, et décrit, pour la première fois, de nombreux monuments figurés. Nous ne pouvons donner même une idée sommaire de l’abondance des matériaux nouveaux que les épigrapliistes, en particulier, trouveront dans ces deux volumes : qu’il nous suffise de les signaler chaudement à l'attention et de rendre hommage, une fois de plus, au courage, au dévouement et à la science du jeune explorateur qui, pourvu d’un modeste viatique de 1,000 dollars, a trouvé moyen de nous rapporter tant de bonnes choses l 2.

Alep. — On disait à Srnyrne, au mois de février, que M. Humann devait prochainement partir pour faire des fouilles près d’Alep, dans un endroit où l’on a signalé des monuments hittites. Les dépenses de la campagne sont supportées par une société d’amateurs qui s’est formée récemment en Allemagne, à l’effet de faire pratiquer des fouilles en Orient. M. Humann dispose, dit-on, de 50,000 francs.

Cymé. — Nous publions une héliogravure d’après les statues découvertes à Cymé par M. Démostliène Ballazzi [Revue, 1888, 1, p. 85) L S. M. le Sultan s’est, parait-il, vivement intéressé à ces dernières fouilles et a demandé à voir les photographies des statues; l’heureux archéologue qui les a fait sortir de terre a reçu le titre d’Excellence et un grade civil correspondant à celui de général de brigade. Toutes nos félicitations à notre ami et correspondant, avec nos meilleurs souhaits pour les campagnes archéologiques qu’il entreprendra encore, au plus grand profit de la science, sur les côtes et dans les îles de son beau pays.

A la Société archéologique de Berlin (mai 1888), M. Bôhlau a présenté les dessins d’une amphore de Cymé qui appartient à un parti-

1. On peut voir à ce sujet un excellent article anonyme dans la Nation , 188S, 10 mai, p. 388. Les frais de l’exploration étaient faits par une dame américaine, miss Wolfe, qui est morte avant la publication de M. Sterrett.

2. [Voir le frontispice du présent volume.] La tête en haut de la planche est celle de Tibère; je doute fort que les quatre autres soient des portraits. 11 est à peine besoin de dire que les têtes reproduites sur les côtés sont figurées chacune sous deux points de vue et qu’il y a donc, en tout, cinq marbres seulement. La statue féminine du milieu est un charmant spécimen de la sculpture gréco-romaine du Haut-Empire.

culier de Smyrne; sur un des côtés figure une scène de banquet, sur l’autre un cavalier. Le dessin est noir avec des rehauts blancs; le style rappelle celui des sarcophages de Clazomène et des vases de Caere1.

— M. Kiepert est arrivé à Smyrne avec M. Fabricius au mois de mai 1888; il est parti pour l’intérieur du pays en quête de documents topographiques. M. Ramsay s’est rendu en Phrygie au mois d’avril; nous comptons faire connaître bientôt le résultat de sa nouvelle mission. Un appel vient d’ètre adressé au public par Y Asia Minor Exploration fund, à la fin de mettre notre vaillant ami en mesure d’entreprendre deux nouveaux voyages d’exploration et de publier une carte à grande échelle du centre de l’Asie Mineure.

Myrina. — M. Dém. Baltazzi nous a communiqué une plaque de bronze circulaire, munie de deux œillets, qui a été trouvée dans une tombe à Myrina. Cette plaque porte, en lettres pointillées, l’inscription suivante (diam. 0m,056) :

A N A Z 1 T 6 NHCKAIKCw///

( AvaÇiyévïjç Kar/.oi)

Ce petit monument appartient à la série des plaquettes sépulcrales que nous avons découvertes à Myrina ( Nécropole , p. 206-210), mais toutes celles que nous connaissions jusqu’à présent, au nombre de vingt-neuf, affectaient une forme plus ou moins rectangulaire.

— Je reçois de M. Baltazzi les estampages de deux inscriptions funéraires sur marbre, qui ont été récemment découvertes dans la nécropole de Myrina :

HPAII2

APIITONim TYNA

(Lettres bien gravées, hautes de 0m,01 à 0in,018 ; A à barre droite, fl plus petit que les autres lettres, 1k branches presque parallèles.)

2° Stèle en marbre, haute de 0m,73, large de 0m,36. Au milieu, une couronne de feuillages entremêlés de baies, entourée d’une circonférence tracée au compas. Au-dessus de la couronne, en lettres hautes de 0m,015 :

HPAIE AICXDANTOY XA1PE

(A à barre brisée, O plus petit que les autres lettres.)

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