SCULPTURES DE CYMÉ
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découvertes faites en Orient. En Allemagne, YArchaeologische Zeitung , sur le point de se transformer, avait renoncé depuis longtemps à s’adjoindre l’utile Anzeiger, fondé par Gerhard et si heureusement ressuscité depuis par M. Conze. Chez nous, la Gazette archéologique ne commença à publier une Chronique que le 30 juin 1883. La vieille Revue archéologique n’avait pas cessé d’insérer, sous la rubrique Nouvelles et Correspondance, des entrefilets de valeur et de provenance très diverses ; l’archéologie grecque n’était pas oubliée, mais le préhistorique, le celtique et le gallo-romain y revendiquaient naturellement la plus grande place. 11 y avait donc quelque chose à faire, et la preuve que le moment était bien venu de le tenter, c’est que ma Chronique d'Orient, d’abord isolée dans l’apport des revues continentales, ne fut bientôt que l’aînée parmi de nombreuses sœurs.
La Philologische Wochenschrift , grâce à la curiosité archéologique de M. Belger, un de ses directeurs, fit la première une place importante aux nouvelles d’Orient. Puis ce fut le tour de Y American Journal of Archaeology , dont les chroniques, embrassant le domaine entier de l’archéologie, sont encore seules à tenir les antiquaires au courant de tout ce qui peut les intéresser. Un peu plus tard, la Classical Review, le Journal of Hellenic Studies, la Revue des Études grecques commencèrent à publier des comptes rendus de fouilles. Le Jahrhuch des Instituts, succédant à V Archaeologische Zeitung , donne depuis 1886 une bibliographie archéologique où l’on trouve souvent jusqu’à l’indication d’articles de jour-
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C’est à M. Georges Perrot, l’un des directeurs de la Revue archéologique , que je dois 1 idée de ces Chroniques d'Orient. A mon retour de Grèce, vers la fin de 1882, j’avais conservé des relations avec quelques hommes instruits, archéologues de profession ou amateurs, qui m’informaient de temps à autre des découvertes faites au cours de fouilles et m’envoyaient les feuilles locales où ces trouvailles étaient relatées. J eus plusieurs fois l’occasion d’en causer avec M. Perrot, qui me conseilla de porter les renseignements que je recevais à la connaissance des lecteurs de sa Revue. Tel fut le modeste début de ces Chroniques-, elles ne devaient être, à l’origine, que la mise en œuvre de matériaux peu accessibles en France, ou plutôt la mise au net de mon courrier personnel relatif aux découvertes archéologiques du moment.
Ma première Chronique a paru au mois d’avril 1883. A cette époque, il n’y avait guère que deux revues anglaises, l’ Athenaeum et VAcademy, qui donnassent assez régulièrement des nouvelles touchant les fouilles et les
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accroître encore la confusion. C’est le premier motif qui me décida à les réimprimer, en les pourvoyant d’un fort index. Une lettre obligeante où M. Benndorf exprimait le vœu de posséder un pareil recueil me confirma bientôt dans ma décision.
Un autre motif qui m’y portait était le désir d’apporter des corrections de détail à des comptes rendus écrits au jour le jour, où bien de petites erreurs s’étaient glissées. Je ne me flatte pas de les avoir corrigées toutes, mais, enfin, j’en ai fait disparaître plusieurs centaines, et c’est toujours autant de gagné pour ceux qui croiront utile de me lire. Je dois de ce chef mille remerciements à M. Ramsay, l’un de mes plus actifs informateurs, qui a pris la peine de contrôler la plume à la main presque toutes les pages des Chroniques où il était question de ses travaux personnels.
Les Chroniques d Orient se trouvaient dispersées jusqu’à présent dans sept années ou quatorze tomes de la Revue archéologique, formant un ensemble de six à sept mille pages et appartenant à une série pour laquelle il n’existe pas encore d’index. L’index en préparation ne doit pas comprendre les Chroniques. Aussi ai-je cru devoir, dans celui qui termine le présent volume, renvoyer au millésime et à la pagination de la Revue archéologique , qui figurent entre crochets en haut de chaque page. Ce système, bien que comportant un surcroît de travail1, a encore l’avantage de faire retrouver plus aisément, dans le recueil des vingt-trois
1. Je dois reconnaître le concours intelligent que m’a prêté, dans la préparation de ce formidable index, un jeune et savant orientaliste russe, M. S.Fuchs.
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naux. Enfin, en Grèce même, l’excellent Bulletin de l’Éphorie , fondé par M. Cavvadias, devint une sorte de Chronique grecque rédigée sur place, d’après les rapports des commissaires chargés d’organiser les Musées, de poursuivre les fouilles et d’inventorier les découvertes dues au hasard dans toute l’étendue du royaume hellénique.
Stimulée par ces concurrentes la Chronique d'Orient élargit progressivement son cadre et s’efforça de conserver un caractère propre parmi les publications analogues qu’un même besoin d’information avait fait surgir. Elle offrit à ses lecteurs la substance des articles de fond publiés dans les recueils archéologiques ; elle indiqua plus sommairement, mais en essayant d’en négliger le moins possible, les livres et notices consacrés aux questions de son domaine ; enfin, elle fit une part importante aux enrichissements des Musées et aux ventes publiques. Cette transformation ne s’opéra pas en un jour; on peut en suivre les progrès dans le présent recueil et j’aime à croire qu’on en reconnaîtra le principe dans le désir d’être plus utile et de faire mieux.
Les premières Chroniques n’avaient pas été tirées à part ; on publia les suivantes sous forme de brochures, mais avec une pagination spéciale. Quand il y en eut une vingtaine, personne ne réussit plus à s’y reconnaître et leur auteur s’y perdit lui-même. Composées pour orienter les archéologues au milieu d’un dédale de publications souvent éphémères, mes Chroniques risquaient devenir
1. Auxquelles vient .s’ajouter maintenant la rubrique Nouvelles et Correspondance dans le Bulletin de Correspondance Hellénique (mars-juin 1891).
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ses sont restées les mêmes, mais je me suis convaincu que ma polémique n’avait pas accompli son œuvre, puisque les abus ou les fraudes que j’ai dénoncés subsistent encore. Il y a d’abord les lois malencontreuses « qui régissent et prétendent prohiber » l’exportation des antiquités de Grèce et de Turquie ; il y a ensuite la manie des publications in-folio, aussi incommodes et coûteuses qu’elles sont souvent inutiles ; il y a encore et surtout la supercherie très habile à laquelle nous devons les groupes en terre cuite dits d’Asie Mineure. Si cette fraude n’avait eu pour effet que de tromper des collectionneurs en introduisant dans leurs vitrines des surmoulages peinturlurés de figurines authentiques, je me serais volontiers abstenu de la combattre avec tant d’obstination. Mais, dans l'espèce, il s’agit de bien autre chose. Les fabricants, marchands et praecones des groupes « d’Asie Mineure » ont prétendu enrichir l’histoire de l’art de compositions toutes nouvelles, de motifs absolument inédits ; la science a commencé par se laisser tromper par eux, et j’ose dire que si elle a réagi à temps, c’est grâce à la polémique que les Chroniques d'Orient ont instituée. Cependant, à l’heure actuelle, la lumière est encore loin d’être faite. Non seulement les « groupes » et les figurines isolées sorties des mêmes officines continuent à se montrer dans les ventes, mais ils font l’objet de publications spéciales où ils coudoient des produits authentiques de l’art grec. Les savants du monde entier semblent s’être donné le mot pour faire le silence autour des intrus ; on ne les trouve cités dans aucune monographie, dans aucun article de revue sérieuse. Mais
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premières Chroniques, les passages visés par les références d’autres ouvrages où la pagination de la Revue archéologique est indiquée.
Les additions que j’ai faites sont de deux sortes. Les unes sont des articles publiés par moi dans différentes revues ; je les ai réimprimés en appendice, à la suite des Chroniques où le même sujet était abordé. Les autres, toujours reléguées entre crochets au bas des pages, ont pour but de tenir compte, dans une certaine mesure, des découvertes et des travaux postérieurs à la publication de chaque fascicule. On remarquera que je n’en ai point abusé 1 .
Excepté là où je constatais des erreurs, je me suis abstenu d’opérer des suppressions. De tout petits faits archéologiques, qui peuvent sembler insignifiants aujourd’hui, prendront peut-être de l’importance dans dix ou vingt ans ; une fois que j’avais eu la peine de les exhumer, j’aurais cru presque absurde de les enfouir à nouveau. Cela dit pour répondre à ceux qui eussent voulu me voir tailler dans le vif et extraire une histoire de ce journal. Dans l’état actuel de la science, on a moins besoin de vues générales que de documents ordonnés, de faits dégrossis : ce sont des documents de ce genre que j’ai Aroulu fournir; les amateuis d idées
générales construiront dessus.
Je n’ai pas non plus supprimé la polémique, bien qu’eu ayant parfois adouci ou précisé 1 expression. Non seulement, en effet, mes aversions pour certaines cho-
1. Quelques clichés ont été remplacés; je les aurais remplaces tous si je m’étais aperçu à temps que leur condition laissait fort à désirer.
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menacés qui se défendent et qui se défendent avec une acrimonie extraordinaire. Je ne crains pas la controverse, mais le pugilat littéraire n’est pas de mon goût et, vainqueur ou vaincu, j’aurais une reconnaissance particulière à celui qui ferait cesser la lutte en nous éclairant.
La période de sept ans qu'embrassent ces Chroniques a été singulièrement féconde pour la science-. Si elle n’a pas été marquée, comme la précédente, par la découverte de beaucoup d’œuvres d’art de premier ordre — je pense surtout aux fouilles d’Olympie, de Pergame, de Délos, de Dodone, de Tanagre et de Myrina — elle a vu s’opérer l’exhumation de l’art des Pisistratides, dont nous ne savions encore presque rien. A côté ou plutôt au-dessus des autres campagnes archéologiques, celles d’Épidaure, de Tirynthe, de Gortyne, d’Éleusis, d’Akraephiae, d’Orope, de Mantinée, de Thespies, d’Érétrie, d’Icarie, de Sidon, de Troie, de Pharis, de Corcyre — presque toutes les nations civilisées ont eu les leurs — l’exploration méthodique et définitive de l’Acropole d’Athènes, œuvre magnifique de M. Cavvadias, brille au premier rang parmi les beaux travaux dont la science du xixe siècle peut s’applaudir. La série de ces Chroniques a commencé en même temps que les grandes fouilles de l’Acropole ; elle se termine avec les derniers coups de pioche donnés à l’entour du Parthénon. Mais déjà d’autres espérances viennent solliciter notre curiosité et la tenir en haleine. Après dix ans de négociations, l’École française d’Athènes a conquis le droit d’explorer le sol de Delphes. S’il m’est permis de pu-
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presque tous aussi s’abstiennent de formuler une appréciation à leur égard, d’essayer de distinguer le vrai du faux, de percer le secret dont les faussaires ont su s’entourer jusqu’à ce jour. On a des soupçons, on prononce certains noms à mi-voix, mais on n’écrit rien, et ceux qui pourraient faire la lumière se tiennent coi. Tecum est milii sermo Rubelli! C’est aux ministres athéniens que je m’adresse, c’est à eux que je reproche une apathie tout à fait contraire aux intérêts de la science. L’Éphorie a constaté, dès l'886, que les groupes, déclarés faux par elle-même, étaient embarqués à Athènes ; elle a su qui les expédiait et le gouvernement n’a pas poussé son enquête plus loin. Peut-être faudra-t-il, pour le décider à agir, quelques colères qu’il doive soulever, une interpellation à la Chambre des députés d’Athènes. Le pbiAeoffc qui prendrait l’initiative de cette interpellation mériterait bien de l’archéologie. Si les groupes sont faux, que l’on découvre et que l’on dénonce les faussaires; s’ils sont authentiques, comme ils proviendraient alors de la Grèce propre — l’hypothèse de la provenance asiatique étant abandonnée des marchands eux-mêmes, — il faut qu’on informe pour en préciser la provenance. La science a fait son devoir : au bras séculier maintenant de faire le sien.
Je me suis laissé emporter un peu loin du but de cette préface, mais on doit m’excuser si je ne puis parler avec calme de la question des groupes dits d’Asie Mineure. Dans les polémiques ordinaires, qui sont la vie de l’érudition, on ne risque de blesser que l’amour-propre d’un contradicteur ; ici, ce sont des intérêts matériels
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menacés qui se défendent et qui se défendent avec une aci’imonie extraordinaire. Je ne crains pas la controverse, mais le pugilat littéraire n’est pas de mon goût et, vainqueur ou vaincu, j’aurais une reconnaissance particulière à celui qui ferait cesser la lutte en nous éclairant.
La période de sept ans qu’embrassent ces Chroniques a été singulièrement féconde pour la science-. Si elle n’a pas été marquée, comme la précédente, par la découverte de beaucoup d’œuvres d’art de premier ordre — je pense surtout aux fouilles d’Olympie, de Pergame, de Délos, de Dodone, de Tanagre et de Myrina — elle a vu s’opérer l’exhumation de l’art des Pisistratides, dont nous ne savions encore presque rien. A côté ou plutôt au-dessus des autres campagnes archéologiques, celles d’Épidaure, de Tirynthe, de Gortyne, d’Éleusis, d’Akraephiae, d’Orope, de Mantinée, de Thespies, d’Érétrie, d’Icarie, de Sidon, de Troie, de Pharis, de Corcyre — presque toutes les nations civilisées ont eu les leurs — l’exploration méthodique et définitive de l’Acropole d’Athènes, œuvre magnifique de M. Cavvadias, brille au premier rang parmi les beaux travaux dont la science du xixe siècle peut s’applaudir. La série de ces Chroniques a commencé en même temps que les grandes fouilles de l’Acropole ; elle se termine avec les derniers coups de pioche donnés à l’entour du Parthénon. Mais déjà d’autres espérances viennent solliciter notre curiosité et la tenir en haleine. Après dix ans de négociations, l’École française d’Athènes a conquis le droit d’explorer le sol de Delphes. S’il m’est permis de pu-
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blier une seconde série de Chroniques, ces recherches longtemps différées y occuperont autant de place que l’exploration de l’Acropole dans la première. Puissentelles être plus fructueuses encore ! Fouilleur retraité, mais ayant gardé la passion des fouilles, je me réjouis par avance de suivre au pied du Parnasse l’heureux directeur de notre mission permanente en Grèce, M. Théophile Homolle, qui m’inspira jadis le goût de l’archéologie militante au pied du Cynthe à Délos.
Musée de Saint-Germain-en-Laye, juillet 1891.
Salomon Reinach.
(REVUE ARCHÉOLOGIQUE, 1883, t. I, p. 246-231.)
Attique. — « On vient de découvrir du côté est du Parthénon des débris d’antiquités que l’on suppose remonter à l’époque du sac de l’acropole par Xerxès. Ces antiquités consistent en débris de vases, sur l’un desquels est gravé le nom de l’artiste, et de statues. On a trouvé aussi une tête en bronze et un tronçon de serpent du même métal. »
Cet entrefilet a paru dans le Messager cl’Atkènes du 17 févrierl883. Le même journal, dans son numéro du 10 mars, nous donne les nouvelles suivantes :
« Les fouilles faites par la Société archéologique à l’Acropole continuent à donner des résultats satisfaisants. Outre la belle tète de femme dont nous avons parlé dans notre avant-dernier numéro, on vient de découvrir une statuette de femme assez bien conservée, la moitié d’un busfe et une main d’une statue colossale d’Athéné, appartenant à une époque antérieure au siècle de Périclès. D’autres objets d’art, se rapportant à la même époque, iront enrichir bientôt les collections de la Société archéologique. Les plus curieux représentent un groupe de serpents et un cocher assis sur son siège1. On suppose que ces débris faisaient partie des œuvres décoratives des monuments détruits à l’époque du pillage et de l’incendie de l’Acropole par les Perses.
« Nous croyons savoir que la Société archéologique se propose de publier ces découvertes dans un journal qu’elle doit faire paraître sous peu. La plus importante est une statue archaïque que M. Cavvadias, le savant auteur des fouilles d’Épidaure, a décrite dans 1 ’Alè-
i. [Il s’agit du fronton archaïque en calcaire gravé dans 1’ àp^ouo- Xoy.Y.rt, 1884, pi. 7 ; cf. Mittheil.des deutschen Instit., t. X, 1835, pi. à la p. 237. J
theia du 19 avril. Elle ressemble aux statues d’Artémis trouvées à Délos par M. Homolle; la tète, qui est bien conservée, présente ce sourire stéréotypé particulier aux œuvres de l’ancien style. D’après M. Cavvadias, elle remonterait à la première moitié du ve siècle avant notre ère. »
L ’Hôra du 8 février publie également un courte notice de M. Cavvadias touchant un bas-relief funéraire trouvé à Spata, en Attique. C’est une stèle surmontée d’un fronton représentant une femme drapée assise sur un siège ; devant elle est une petite servante debout tenant une cassette à bijoux. L’inscription se lit ainsi :
KAAAI2TH <3>|AOKPATOYI KONOYAHOEN
■c’est-à-dire Callisto, fille de Philocrate du dème de Conlhylé (tribu Pandionide). C’est une œuvre distinguée du IVe siècle avant notre ère, qui vient augmenter la série déjà si nombreuse des bas-reliefs funéraires de l’Attique. M. Cavvadias fait observer que la chevelure de la femme rappelle, par sa disposition, celles de quelques figures sculptées sur les frontons du temple de Jupiter à Olympie.
On a encore découvert sur l’Acropole un haut relief où sont figurés deux guerriers combattant. Ces objets, de style archaïque, portent des traces d’une coloration très vive. Enfin, M. Cavvadias nous signale la découverte d’une tête de serpent en bronze d’un excellent travail.
A Patissia, on a trouvé un bas-relief représentant Isis et, dans la ■cour d’une maison, un beau portrait d’une femme romaine inconnue.
Les fouilles d’Epidaure et d’Eleusis ont recommencé au mois d’avril. Les premières seront dirigées par M. Cavvadias, celles d’Éleusis par M. Athanase Koumanoudis.
Clazomène. — On nous écrit de Constantinople que le gouvernement turc se dispose à faire exécuter à ses frais et au profit exclusif ■du Musée d’antiquités de Tchinli-Kiosk des fouilles sur différents points de l’empire ottoman. Edhem-Pacha aurait ouvert à cet effet une souscription parmi ses collègues du ministère et les fonctionnaires de son département.
Nous ne voyons pas ce qui induit le gouvernement turc à se charger d’une besogne coûteuse que les étrangers feraient volontiers pour lui ; les 25,000 piastres que l’on doit consacrer à ces travaux seraient mieux employées à payer des commissaires chargés de surveiller les explorateurs européens.
Ce qu’il faut approuver sans réserve, c’est la résolution que parait
avoir prise le gouvernement de faire transporter à Constantinople les antiquités disséminées dans les provinces et qui sont exposées à toute sorte de dégradations et de dangers. Les précieux sarcophages en terre cuite, décorés de peintures archaïques rappelant le style des plus anciens vases grecs, qui ont été signalés par nous dans un article de la Revue des, Deux-Mondes du lor mars 1883, viennent d’être embarqués pour Constantinople et déposés au Musée. Nous avons sous les yeux des photographies de ces monuments exécutées par l’heureux explorateur de l’acropole de Pergame, M. Humann, ingénieur à Smyrne*. Le plus grand a 2m,15 de long sur 0m,65 de haut et 0m,97 de large; la terre cuite a une épaisseur de 0m,18. La partie extérieure est décorée avec beaucoup de goût et de simplicité : une série d’oves peints en noir sur fond blanc, puis une saillie demi-circulaire pointillée de segments noirs, enfin une double rangée d’étoiles et de méandres entourant le caisson rectangulaire central dont la décoration a presque entièrement disparu. A l’intérieur, le sarcophage est orné jusqu’à la moitié de la hauteur : une rangée d’étoiles et de méandres, une autre d’oves et de perles, puis une saillie en demi-cercle vers l’intérieur décorée de segments jaunes et bruns alternants, enfin des étoiles et méandres jaune brun et rouges sur fond jaune. Au-dessous, le dedans de la cuve est couvert d’un enduit noir, également répandu sur les côtés et sur le fond. La partie supérieure du sarcophage est plus curieuse encore ; il y a des peintures sur les registres latéraux et sur les petits côtés, disposées symétriquement de part et d’autre du grand axe.
1° En haut, sur le petit côté, on voit, entre deux rangées de méandres, un char conduit par un guerrier accompagné d’un chien et suivi d’un cavalier marchant à gauche. Sur l’autre moitié du petit côté, la même scène est répétée symétriquement, de manière que les personnages marchent vers la droite. Les figures sont coloriées en rouge tirant sur le violet ; le fond est jaune clair.
2° En haut du registre de gauche, deux guerriers armés de boucliers ronds et de lances combattent sur le corps d’un troisième étendu à terre. Us sont encadrés par deux rangées de cercles noirs séparées par deux traits verticaux. Même scène sur la côté latéral de droite.
3" Deux sphinx ailés se faisant face. Au-dessous, rangée de méandres. Mêmes figures à droite.
1. [Ces sarcophages ont été publiés depuis dans (es Monumenti dell' Institulo, t. XI, 1 8S3, pl. 53; dans le Journal of Hellenic Sludies,i 883, p. ll.fig. 12; dans les Denkmaler des Allerthums de Baumeister, p. 853. Cf. C. Smith, Early pain, tings ofAsia Minor , dans le Journal of Hellenic Studies, 1885, p. 180-191.]
4° Une longueur de lm,25 sur chaque côté est occupée par des ornements d’un style très pur, méandres, étoiles et spirales, peints en bi’un tirant sur le rouge.
5° De chaque côté, deux sphinx ailés se faisant face. Au-dessous, une rangée de cercles séparés par deux lignes verticales. Les sphinx sont peints en couleur sombre, mais il reste des traces de jaune, ayant servi de base à une autre couleur, sur les tètes et les ailes.
6° De part et d’autre, marchant l’un à droite, l’autre à gauche, un cavalier d’un très beau dessin, tenant un faucon et accompagné d’un chien.
7° Le petit côté du bas est décoré aussi de deux scènes symétriques et comme affrontées, représentant quatre chars se dirigeant deux à droite et deux à gauche, de part et d’autre d’une borne. Chaque char est attelé de deux chevaux, au-dessous desquels court un chien. Les figures sont noires et rehaussées de jaune clair en quelques endroits. Au-dessous, une rangée de méandres.
Le second sarcophage, trouvé au même endroit que le premier, est plus petit et présente la forme d’une bière ; la surface supérieure n’est pas horizontale, mais inclinée. Il a 2m,05 de long. 0m,41 et 0m,36 de hauteur, 0™,34 de profondeur; la longueur de la cuve est de lra,57, ce qui donne 0ra,24 pour l’épaisseur de la terre cuite. L’intérieur et les côtés verticaux ne sont pas décorés, ou du moins la décoration a complètement disparu ; mais la surface supérieure est ornée de peintures rouges très intéressantes, disposées, comme celles du premiersarcophage, avec une parfaite symétrie. l°Sur le petit côté supérieur, deux guerriers combattent autour du corps d’un troisième ; de part et d’autre, s’avançant l’un vers la droite et l’autre vers la gauche, un char attelé de deux chevaux conduits par un guerrier casqué. A côté des chevaux marche un serviteur accompagné d’un chien. Plus bas, une rangée de méandres, une rangée d’oves et une seconde rangée de méandres. 2° Au-dessous de cette scène, de part et d’autre, deux sphinx ailés se faisant face de chaque côté d’un vase ; au-dessus et au-dessous des sphinx, une rangée de méandres. 3° Sur les côtés latéraux, un guerrier courant, encadré de méandres; au-dessous, un ornement fort compliqué ; enfin une tête de guerrier casqué d’un caractère très original, rappelant les vases de Camiros en forme de tètes casquées étudiés par M. Heuzey ( Gazette archéologique, 1880, p. 145). Les garde-joues du casque couvrent tout le visage, sauf les yeux et le nez, et se terminent en pointe à la hauteur de la naissance du cou. Les cheveux du guerrier, qui s’échappent du casque et descendent sur la nuque, sont figurés par six lignes ondulées. 4° Une
rangée d’oves entre deux rangées de méandres. 5° Le petit côté inférieur est orné d’une peinture bien conservée, représentant un quadrupède du genre antilope paissant entre deux lions de style asiatique. Le fond est décoré de rosaces et d’étoiles d’un art très curieux.
Ces remarquables sarcophages ont été découverts à Clazomène par un paysan, au mois de septembre 1882, confisqués par le gouvernement turc et transportés d’abord, non sans éprouver de grandes avaries (le petit sarcophage est brisé en deux morceaux), au konak de Smyrne. Grâce à l’obligeance de S. E. Diran-Bey, directeur des affaires étrangères du vilayet d’Aïdin, nous avons pu les étudier et en prendre des calques le lendemain de leur transport. Mais ce n’est pas d’après des calques que l’on peut publier des objets aussi précieux pour 1 histoire de l’art, et nous devons nous contenter ici d’une description qui, malgré son exactitude, n’est guère capable de donner une idée nette de l’importance de ces monuments. M. Humann a fait parvenir à l’Institut archéologique de Rome des reproductions en grandeur naturelle des deux sarcophages, et le monde savant n’en attendra plus longtemps la publication complète.
On nous a assuré à Smyrne que beaucoup de fragments provenant de sarcophages analogues avaient été trouvés à Clazomène et que quelques-uns même avaient pu être vendus et exportés. Comme toutes les nécropoles de la côte d’Asie, celle de Clazomène promet d’admirables découvertes à celui qui la fouillerait méthodiquement. Les deux sarcophages que nous venons de décrire suffiraient à signaler cet emplacement aux explorateurs. Le Musée Britannique possède depuis plusieurs années un sarcophage en terre cuite orné de peintures, découvert à Rhodes ; mais ses dimensions sont beaucoup plus petites et les peintures ne consistent qu’en ornements. Nous croyons qu’aucun musée de l’Europe ne renferme de monuments semblables provenant de l’Asie Mineure ; la conservation et le mérite artistique de ceux de Clazomène ajoutent encore à leur rareté.
Il est toujours très difficile de se prononcer sur l’époque à laquelle appartiennent des objets presque uniques en leur genre. Toutefois, l’analogie des peintures qui les décorent avec les vases grecs à figures noires, l’identité de type que nous avons signalée entre les têtes casquées du second sarcophage et les petits vases de Camiros, autorisent, ce nous semble, à les rapporter au milieu duvie siècle avant notre ère, Mors que l’art hellénique commençait à se substituer, sur les côtes de l’Anatolie, à l’art asiatique qui avait contribué à le former.
Nous pouvons annoncer, en même temps, que le gouvernement turc a donné l’ordre de transporter à Constantinople les fragments de
sculpture et les bas-reliefs restés épars sur le sol auprès du temple de Bacchus à Téos. Un grand morceau bien conservé de la frise nous a été montré par M. Newton dans les sous-sols du Musée Britannique; avec un torse entré au Louvre, c’est la seule partie de celte composition qui soit arrivée en Europe. Lors de noire passage à Téos en 1880, nous avons dessiné tous les fragments de ces bas-reliefs, tristement mutilés par les Turcs de Sigadjik, ainsi que deux statues en ronde bosse, dont l’une représente un personnage couché et l’autre, de dimensions colossales, est un torse nu modelé avec talent, peutêtre un fragment de la statue de Bacchus qui était placée dans la celia du temple. La frise représente une procession bacchique; on y voit des joueuses de flûte et des Centauresses touchant de la lyre Le travail en est assez sommaire et le style rappelle celui des bas-reliefs du temple d’Artémis Leucophryne à Magnésie. Bien des fois, pendant notre séjour à Constantinople, nous avons signalé cette frise à l’attention du directeur du Musée, en le priant de prendre les mesures nécessaires pour qu’elle fût mise à l’abri du vandalisme. Nous sommes revenu avec insistance sur ce point dans un récent article de la Revue des .Deux-Mondes s, et c est avec plaisir que nous constatons aujourd’hui le succès de nos réclamations.
D’après les avis que l’on nous transmet de Smyrne, les curieuses inscriptions de Téos, encastrées dans les murs du petit port de Sigadjik, vont être également transportées au Musée de Constantinople. Nous ne croyons pas qu’il y en ait d’inédites, mais il sera toujours utile de contrôler les copies qui en ont été publiées d’après les estampages.
Hamdi-Bey, le directeur du Musée de Constantinople, est depuis quelque temps à Smyrne. C’est dans les environs de cette ville, probablement sur l’emplacement présumé de Grynium, qu’il se propose de faire exécuter des fouilles.
1. [Des gravures tout à fait insuffisantes de ces bas-reliefs, d’après les croquis de M. G. Hirschfeld, ont été publiées dansl’ArchaeologischeZeitung, 1875, pl. 5; M. Pullan en a fait reproduire quelques parties dans son ouvrage sur Priène et Téos, Londres, 1881.]